MORT
Laine
Crins et soies. . ...
Cuirs et peaux
Autres industries
Autant qu'on peut comparer, il semble que la proportion des cas mortels soit la même en France (Seine, 28,4 p. 100 de 1886-1893), en Allemagne (31,6 p. 100 chez les criniers, sur 91 cas), en Italie (24,1 p. 100 pendant onze ans); mais ces chiffres ne sont pas absolument comparables; la mortalité nous intéresse d'ailleurs moins que la morbidité.
L'industrie des crins est la plus dangereuse. Elle n'emploie en Angleterre que 2 200 ouvriers environ; la proportion des risques est de 1,5 p. 100. Celle de la laine employant 260000 ouvriers ne fait courir qu'un risque de 0,0028 p. 100; il est vrai que les catégories dangereuses (triage et peignage de laines suspectes) donnent 1,3 p. 100.
Les rapports vétérinaires allemands donnent des chiffres qui, sans être comparables aux chiffres anglais, peuvent servir de documents à rapprocher. De 1894 à 1903, on note 901 cas de charbon humain, en Allemagne, avec 128 morts. La profession de 442 de ces malades était connue. La plus grande partie (312) correspond aux individus employés à manier les cadavres des animaux morts de maladie; puis viennent les fermiers (51), les bergers (25), les vétérinaires (7), les bouchers (6), les inspecteurs des viandes (4); le charbon véritablement industriel ne vient qu'ensuite : 26 ouvriers criniers, 9 tanneurs, 1 cordonnier, etc. Il est évident que cette statistique correspond bien plus à notre première catégorie, ayant été faite surtout au point de vue animal.
a. Crins. — Commençons par étudier l'industrie, qui emploie les crins, puisqu'elle paraît être la plus dangereuse au point de vue du charbon.
Le crin végétal ne peut être infectant. La soie du porc est peu dangereuse, cet animal ayant une grande immunité vis-à-vis du charbon (Toussaint, Arloing). Ce sont surtout les crins de cheval, de vache,, qui sont à incriminer. Les crins provenant de Chine (surtout) et de Russie paraissent les plus fréquemment contaminés.
Dès 1847, Trousseau avait attiré l'attention sur deux petites brosseries n'employant que 6 à 8 personnes, qui avaient eu, en dix ans, 20 ouvriers morts de charbon ; ces crins provenaient de Buenos-Ayres.
Le Roy des Barres a observé, en vingt ans (1875-1895), dans une usine de Saint-Denis occupant 160 ouvriers, 15 cas avec une mortalité de 14 p. 100.
Surmont et Arnould ont publié, en 1893, la relation d'une petite épidémie survenue à Pont-de-Marcq, près de Lille, dans un petit atelier de brosserie ; il y eut 7 cas en cinq mois' dont 2 de charbon gastro-intestinal, avec la proportion considérable de 6 morts. Ces crins (de cheval) provenaient de Chine. Chauveau fit un rapport sur cette épidémie au Comité consultatif d'hygiène de France.
En 1898, au Congrès de Nantes, Bertin relata 18 cas (avec 5 morts) survenus de 1895 à 1898 dans une manufacture de crins filés de Nantes. Ces crins provenaient de Chine, Russie et Amérique du Sud.
On a noté quelques cas de charbon, non plus véritablement professionnel, mais survenant chez des personnes s'étant blessées avec des brosses livrées dans le commerce, par exemple un cas de pustule maligne consécutif à une écorchure produite chez un coiffeur avec une brosse. Cela prouve que les spores charbonneuses peuvent persister sur les crins après toutes les manipulations industrielles. On a souvent cité le cas d'un ouvrier qui prit le charbon en retirant le crin des coussins de voitures de chemins de fer et en mourut.
En Allemagne, Wagner, dans un des premiers travaux sur le charbon professionnel, a incriminé les crins russes. En 1894, le Gouvernement bavarois a fait faire une enquête, à la suite de nombreux cas survenus dans une fabrique de brosses à Nuremberg et dans une corderie de crins de cheval à Kitzingen. Le résultat fut que, de 1890 à 1894, il y eut 82 cas de charbon, dont 25 mortels, dans les fabriques de l'Empire où on manipule des crins ou des soies de porc ; de 1895 à 189 i : 9 cas, dont 4 suivis de mort; de 1875 à 1890 : 50 cas, dont 15 morts, soit 141 cas avec 44 morts en vingt ans. La déclaration n'étant pas obligatoire, ces chiffres sont certainement inférieurs à la réalité. En tout cas, il s'agissait d'un certain nombre de centres (Eschwege, Kitzingen, Nuremberg), constituanl autant de petites épidémies et toujours dues à des crins étrangers (La Plata, Japon, Australie, Maroc, Russie surtout).
Dans le rapport de Legge, on trouve 70 cas (avec 24,3 p. 100 de mortalité) en cinq ans, en Angleterre, pour 2 206 ouvriers criniers. C'est à Londres qu'on observe plus de la moitié des cas.
On voit que le charbon des criniers est une maladie professionnelle fréquente. Elle est également redoutable, car l'infection est souvent broncho-pulmonaire ou digestive (charbon interne) ; on a vu combien ces formes sont plus dangereuses que la pustule maligne.
On comprend comment les professions qui manient le crin sont plus exposées que celles qui utilisent les cuirs au charbon interne; les poussières sèches, très abondantes, pénètrent dans les voies respira-
toires et digestives etles infectent. Dans l'épidémie de Glascow (1878), on n'eut affaire qu'au charbon interne.
Le crin arrive brut dans la manufacture, de provenance souvent inconnue ou très difficile à préciser. Il faut lui faire subir les opérations suivantes : déballage, battage, dégraissage dans l'eau bouillante, triage, peignage, cardage, etc. Lesbrossiers, les tapissiers l'emploient ensuite. Les crins les plus longs sont destinés au tissage ; les autres, aux emplois les plus divers et pour la fabrication des brosses. Toutes ces professions exposent : 1° à la pustule maligne par piqûre directe de la peau; 2° au charbon interne par les poussières sèches de l'atelier. Le crin une fois manufacturé et livré au public (brosses, etc.) peut encore être dangereux.
Voici un tableau dû à Legge, qui indique les manipulations les plus dangereuses du crin :
Camionneur 1 cas.
Employé de bureau 1 —
Entrepôt 3 —
Déballage, pesage et transport 8 —
Triage 1 —
Séparation des poussières 6 —
Mélange 2 —
Étandage 8 —
Remplissage du diable 1 —
Bouclage et cardage 8 —
Brosserie il —
Bobinage des écheveaux 1 —
Bourrage des gants de boxe 1 —
Garnissage des matelas 1 —
Fabrication de machines à nettoyer les couteaux 1 —
Remplissage des sacs 1 —
Total 55 cas.
Le siège de la pustule est surtout au cou et à la joue (2/3).
On compte, en Angleterre, 1 cas de charbon pour 2 000 livres sterlings de crins provenant de Chine.
Peut-on désinfecter le crin au point de tuer les spores charbonneuses? La question a donné lieu à un très grand nombre de travaux et de discussions.
En Allemagne, à la suite des expériences de Kubler et Musehold, une ordonnance de 1899 rend obligatoire la désinfection des crins et des soies par la vapeur à basse pression (+ 100° pendant cinq minutes) ou le bouillage pendant deux heures. La stérilisation à une température supérieure (-f 110°, + 120° pendant vingt minutes) altérerait le crin et serait plutôt moins efficace vis-à-vis des spores, probablement à cause des modifications produites dans les matières grasses du crin. La stérilisation réglementaire à + 100° ne fait pas subir de perte de poids aux crins préalablement nettoyés et n'altère pas l'élasticité des crins bouclés à la vapeur. Cobbett et Dalton ont
charbon. 9—591
vérifié le paradoxe que la vapeur à -(- 100° stérilise mieux le crin que la vapeur sous pression.
En Angleterre, on désinfecte également les crins. Webb et Duncan (1902) ont fait des expériences sur des crins infectés, clest-à-dire ayant leurs spores charbonneuses incluses dans la graisse et dans la saleté, et non artificiellement surajoutées et attachées en paquets. Un chauffage de -j- 118°, 5 pendant vingt minutes paraissait stériliser; mais le cardage mettait ensuite en liberté des spores virulentes qui avaient échappé à la stérilisation, protégées par la graisse. En faisant l'expérience avec des crins déliés, une température -f- 107° à -f- 110° suffit à la stérilisation. Webb conclut : « Aucun manufacturier ne devra faire manipuler des crins de crinières, des crins de vaches, ou des peignages, provenant de Chine, de Russie ou de toute autre région orientale, sans les avoir soumis à une désinfection à la vapeur de -f- 107° à -f- 110° pendant vingt minutes ; ce procédé est tout à fait opportun, surtout pour les crins longs. »
En France, Bertin (1) est arrivé à des conclusions analogues. Les vapeurs de térébenthine ou de formol sont inefficaces. Pour lui, les crins peuvent supporter une température de + 120° pendant trente minutes, sans être ni brûlés ni diminués en résistance; la couleur blanche a cependant légèrement jauni. J'ai proposé (2), à ce sujet, un moyen qui pourrait stériliser les crins à coup sûr, tout en leur conservant leur couleur. Il suffirait d'employer le chauffage discontinu. Les spores charbonneuses végètent très facilement dans un milieu très pauvre. Il suffirait de plonger pendant vingt-quatre heures à +37° les crins dans de l'eau légèrement peptonée et incolore pour que les spores germent. La simple ébullition de liquide détruirait alors les jeunes bacilles. On pourrait refaire cette opération une seconde fois. Cela est possible mais inutile, puisqu'un chauffage à la vapeur à -f- 100° suffit.
En somme : la désinfection du crin est possible sans diminution de sa valeur commerciale ; elle devrait être exigée immédiatement après le déballage.
6. Laines. — L'industrie de la laine (mouton, chèvre, chameau) vient en second lieu comme fréquence du charbon proportionnelle au nombre d'ouvriers.
Les laines indigènes sont rarement dangereuses. Les matières premières provenant de Perse (surtout), de Turquie, d'Asie Mineure, sont les plus fréquemment contaminées. La laine mohair, très souvent contaminée, provient d'une chèvre du Kurdistan ou des chèvres angoras de Turquie d'Asie ; celle de Perse est le produit du mouton.
En Angleterre, en 1900, 259 909 ouvriers (106 593 hommes et
(1) Bertin, Congrès de Nantes, 1898.
(2) J. Courmont, Congrès de Nantes de l'Association pour l'avancement des sciences, 1898, p. 297.
153 311 femmes) étaient employés à l'industrie de la laine. Sur ce nombre, 4264 seulement étaient exposés à lacontagion (triage et peignage de laines de catégories dangereuses). Le pourcentage annuel des cas de charbon est de 0,0028 sur l'ensemble de la population ouvrière et de 1,3 sur les 4 264 plus exposés (56 cas).
En France, plus de 500000 ouvriers travailleraient la laine.
Les premières opérations que subit la laine brute sont les suivantes : triage (débarrasser avec la main la laine des corps gras qui y adhèrent), lavage (à l'eau de savon), séchage, dégraissage (alcali dans eau chaude), nouveau séchage, teinture, battage, peignage, cardage.
Le charbon des ouvriers en laine a reçu le nom de maladie des trieurs de laine {Woolsorters disease).
Dès 1837, à Bradford, les premiers cas d'une maladie professionnelle nouvelle furent signalés, causés par les échantillons d'alpaga et de mohair. En 1846, Lachlan, puis Lodge père montrèrent les relations de ce charbon avec la provenance de ces laines, c'est-à-dire son origine professionnelle. En 1878, Eddison suppose que le Bacillus anthraciseslla. cause; Spear et Greenfield démontrent l'exactitude de cette hypothèse. A partir de ce moment, la maladie des trieurs de laine ( Woolsorters disease) est bien étudiée surtout à Bradford, qui offre plus de la moitié des cas anglais (41 sur 72). En 1884, sont édictées des mesures qui font beaucoup diminuer ce charbon industriel. Ainsi, en dix mois, de novembre 1879 à septembre 1880, on avait compté, à Bradford, 32 cas (9 pustules malignes et 23 charbons internes) avec 19 morts ; de 1884 à 1890, on n'en note plus que 1 à 3 par an.
Lodge fils a étudié cette question (1890) dans le laboratoire de Straus. Il montre que la maladie fut longtemps méconnue parce que le charbon est surtout interne.
Il est rare que les ouvriers, trieurs de laine, se piquent et soient atteints de pustule maligne, tandis que les poussières infectantes infectent surtout les grosses bronches et occasionnent le charbon broncho-pulmonaire. Les trieurs sont chargés de séparer les différentes qualités de laine. Dans les ballots de laine étrangère, on trouve fréquemment de la laine encore adhérente à des lambeaux de peau (flocons morts) arrosés de chaux pulvérisée. Ce sont ces parties qui sont dangereuses. Elles proviennent d'animaux malades (souvent de charbon) ; la récolte de la laine sur ces malades ou ces cadavres ne peut se faire sans écorchure de la peau, dont les lambeaux souillés de sang infectant restent adhérents : ces lambeaux sont donc l'indice d'une laine au moins suspecte. En outre, dans ces cas, on a ajouté de la chaux pulvérisée, qui joue par ses propriétés irritantes un rôle très important en créant de la bronchite. On s'explique bien ainsi le charbon des trieurs de laine : poussières, poussières irritantes, poussières infectées.
L<e ne sont pas seulement les trieurs de laine qui sont exposés au charbon : les ouvriers des dernières opérations après le lavage (peignage, cardage) sont également assez fréquemment infectés. Gela tient en partie à la séparation insuffisante de ces ateliers et aussi à la division minutieuse que ces opérateurs font subir aux fibres de la laine. Aussi, en Angleterre, existe-t-il des règlements spéciaux au peignage.
Voici un tableau, dû à Legge, qui indique le danger relatif des différentes manipulations de la laine :
Camionneur 1 cas.
Entrepôt 3 —
Surveillant 1 —
Patron 1 —
Triage 14 —
Séparation des poussières 11 —
Malaxage 1 —
Mécanicien 1 —
Cuve de lavage 5 —
Séchage 1 —
Cardage et peignage 15 —
Finissage, étirage, apprêtage 5 —
Filage, tordage, tissage 4 —
Enlèvement des déchets 1 —
Teinturerie 1 —
Machinerie 1 —
Total 66 cas.
Le siège de la pustule (dans les cas externes) était surtoutau cou ( 1/3) et à l'avant-bras (1/8.)
En Angleterre, on compte une importation annuelle de 22 198 413 livres sterlings de laine, dont 1000 000 environ de laine perse ; sur ce dernier million, on compte environ 1 cas par 16000 livres sterlings. Les laines de Perse sont très recherchées à cause de leur couleur noire, qui permet de faire des draps noirs non teints.
Contrairement à ce qui a lieu pour le crin, la laine ne peut être pratiquement désinfectée ; aucun moyen n'existe de rendre la laine inoffensive sans lui faire perdre sa valeur marchande. La formaline proposée par Willougby est inefficace.
c. Peaux. — Les industries qui manient les peaux (mégissiers, tanneurs, etc.) viennent ensuite.
Comme pour les crins et les laines, ce sont les peaux étrangères qui sont dangereuses. La Chine et les Indes produisent le plus fréquemment les peaux contaminées. On les conserve pour les moments où le marché remonte et est donc moins exigeant.
En Angleterre, c'est dans les ports de Londres et de Liverpool qu'on constate les trois quarts des cas de charbon dus aux cuirs et peaux, tandis qu'il est très rare dans les autres comtés à population mégissière très nombreuse.
Traité d'hygiène. VII. — 38
Le charbon est souvent interne (broncho-pulmonaire ou gastrointestinal).
Voici un tableau des professions les plus exposées (Legge) :
Docks 12 cas.
Quais ou entrepôts 34 —
Tanneries 19 —
Manufactures de chaussures ... 1 —
Fabrication de sacs de voyage 1 —
Marchands de cuir 1 —
Fabrication de courroies 1 —
Total 69 cas.
On le voit, ce sont les porteurs dans les entrepôts (de la halle aux cuirs) qui sont le plus exposés; les tanneurs viennent ensuite ; les manufactures le sont très peu. On a cependant signalé quelques cas où des souliers (de facture très primitive, il est vrai) ont pu donner le charbon. On remarquera, pour les cas produits dans les manufactures, que les spores charbonneuses peuvent résister au pelassage à la chaux.
Le Roy des Barres a signalé 57 cas de charbon sur une population de 560 mégissiers dans une usine de Saint-Denis (pustules et œdème malin avec 14 p. 100 de mortalité).
La pustule (cas externes) siège presque toujours au cou et aux joues.
Les peaux sèches et arseniquées peuvent donner le charbon (Chauveau, cas de Morlaix en 1892). Pour certains (1), le charbon serait rarement donné par les petites peaux, c'est-à-dire celles de chevreau, d'agneau (ganterie), celles d'animaux jeunes. Cette opinion est discutable.
Désinfection des peaux et cuirs. — Il n'y a aucun procédé pratique de désinfection des peaux et cuirs. L'Association professionnelle des industriels en cuirs de Mayence a ouvert un concours sur ce sujet. Nous n'en connaissons pas les résultats. Menessier propose les pulvérisations de sublimé : elles sont inefficaces.
Le séjour de dix minutes dans la solution de sulfure de sodium à 60 p. 100 à + 35° ne peut compter comme une stérilisation. Il faudrait une demi-heure pour les spores libres et plus pour les spores incluses.
Les eaux résiduaires des tanneries, même biologiquement épurées, peuvent contenir des spores : elles ne seront jamais déversées dans les prairies, où elles pourraient contagionner des bovidés.
d. Cornes, chiffons, etc. — Quelques autres industries (coupeurs de cornes, chiffonniers, etc.) peuvent être infectantes au point de vue du charbon. On comprend que des cornes, des os d'animaux
(1) Jullien, Thèse de Lyon, 1902.
charbonneux puissent être dangereux. Pour les cornes, il y a trois opérations successives : répointage, le fendage et le dolage. Cette dernière opération, qui consis te à racleret à aplanir la corne préalablement sciée en deux, est la plus dangereuse par la projection violente des débris.
Les cornes employées à Paris proviennent en général de l'Inde. Manipulées sèches, elles ne seraient pas très dangereuses ; mais on les fait macérer pendant trois semaines pour enlever la croûte qui les recouvre.
Voici un tableau de Legge qui correspond, pour l'Angleterre, à ceux que nons avons donnés pour les crins, les laines, les peaux :
Docks 2 cas.
Entrepôts de fruits 2 —
Manufacture de cornes . . 2 —
Triage de chiffons 1 -
Tissage de toile 1 —
Engrais chimique 1 —
Sellier 1 —
Déchargement des grains. . . 1 —
Station de chemin de fer 1 —
Total 12 cas.
En Allemagne et en Autriche, on connaît le charbon (presque toujours broncho-pulmonaire) des papeteries sous le nom de maladie des chiffons. En 1870, Eppinger a noté 77 cas en Autriche. Une seule papeterie allemande a présenté 38 cas.
On a noté une épidémie de charbon, produite par des graines, sur des chevaux de Londres.
Les chiffons pourraient être désinfectés ; les cornes, au contraire, ne paraissent pas pouvoir subir de désinfection: Tébullition les fendille. Lancereaux a proposé de placer les cornes dans un bain de vapeur pendant une demi-heure avant d'enlever la croûte, avant le dolage.
VI. PROPHYLAXIE DU CHARBON. — Les moyens de préserver du charbon professionnel sont très divers.
1° Faire disparaître le charbon animal. — Pour cela, la vaccination anticharbonneuse, telle que nous l'avons décrite (Voy. p. 579), est un moyen d'efficacité certaine. C'est aux vétérinaires, aux agriculteurs à l'employer, dans les régions où le charbon est endémique (Beauce, etc.). Dans les contrées où le charbon est une rareté, on ne vaccinera que si des cas sont constatés dans une é table.
En outre, la maladie charbonneuse doit avoir pour conséquence la destruction absolue de ranimai. La viande ne doit pas être consommée; les peaux, laines, crins, cornes, etc., ne doivent pas être livrés à' l'industrie; le cadavre entier sera détruit, brûlé si possible, enfoui en tout cas profondément, noyé dans de la chaux ou autre substance
corrosive ; l'enterrer sans précaution et superficiellement serait créer pour l'avenir un champ maudit, qui, tôt ou tard, donnerait naissance à de nouveaux cas de charbon.
Se rappeler que les spores ont besoin d'oxygène pour germer et que, par conséquent, il faut éviter l'extravasation du sang : pas de dépeçage, pas d'hémorragie; enfouir le cadavre entier.
En somme : le charbon animal doit disparaître comme la variole humaine a disparu des pays où la vaccination jénérienne est obligatoire. Avec lui disparaîtra le « charbon des campagnes » (bergers, agriculteurs, bouchers, équarrisseurs, etc.).
2° Surveiller les matières premières provenant de pays contaminés. — Nous l'avons dit : le charbon industriel est presque toujours dû à l'emploi de peaux, laines, crins, cornes provenant de pays contaminés et non surveillés (Russie, Chine, Amérique du Sud). L'idéal serait d'interdire l'introduction de ces matières premières, comme on le fait pour d'autres produits. Mais cela est impossible. Les crins pour meubles, les peaux de chèvre, les laines proviennent fatalement en grande partie de ces pays : l'industrie ne peut s'en passer. Chauveau avait proposé un règlement de police sanitaire internationale imposant la destruction ignée des corps charbonneux. Malheureusement aucune réglementation n'est possible précisément en Russie, Sibérie, Chine, Amérique du Sud; ces pays sont encore trop peu civilisés pour qu'on soit assuré soit de la vaccination, soit de la destruction. En outre, il est impossible de savoir d'où proviennent ces matières, centralisées dans des ports souvent fort loin de leurs lieux d'origine et avec des indications fausses. L'importation se ferait quand même par une voie détournée. Il faut donc, pour l'instant, renoncer à des mesures internationales.
Il ne reste donc qu'un moyen, c'est la surveillance spéciale de tout produit arrivant de ces pays dangereux. Si nos agents consulaires s'occupaient un peu plus des intérêts commerciaux français, on pourrait leur demander de nous renseigner sur la qualité des peaux, laines, etc., envoyées dans nos ports. Il ne faut pas trop y compter.
Dans certains cas, par exemple, pour les laines, le simple examen (Voy. plus haut) peut donner une présomption de provenance charbonneuse. On pourrait alors détruire par le feu ces parties contaminées et prendre des précautions spéciales pour le reste du ballot.
3° Stériliser les matières premières. — Puisqu'il est actuellement impossible d'éviter complètement les matières premières exotiques infectées, il faudrait prescrire leur stérilisation. Malheureusement, sauf peut-être pour les crins, cela est commercialement impossible. On se reportera plus haut pour les détails. Des peaux, des laines, des cornes stérilisées sont industriellement perdues.
4° Assurer l'hygiène de l'atelier. — En somme, ce sont surtout les poussières chargées de spores charbonneuses qui donnent le charbon le plus meurtrier, le charbon interne. Tout atelier exposé à cette contagion doit donc avoir surtout en vue la destruction de ces poussières et la préservation des bronches et de l'intestin des ouvriers. C'est donc l'application particulière de la lutte générale contre les poussières industrielles.
Avant d'être employées, les matières premières*devront être entreposées dans un magasin fermé à clef, où se fera le premier triage, le déballage des ballots. Les murs seront vernis ou au moins blanchis, en tout cas susceptibles d'être fréquemment lavés avec un antiseptique. Les poussières et balayures seront incinérées. Le déballage et le triage se feront sur des planchers ou des tables grillagés, auxquels aboutiront des tuyaux d'aspiration aspirant les poussières dans une chambre inférieure, où elles seront brûlées tous les huit ou quinze jours. Quand on rencontrera des produits trop suspects (laine avec lambeaux de peau), ils seront brûlés.
Tout le reste de l'atelier sera soumis à une ventilation énergique, les poussières étant autant que possible brûlées au passage dans les tuyaux d'aspiration. La laine pourra être trempée dans l'eau chaude, ce qui diminuera les poussières. Le balayage humide avec antiseptique sera pratiqué tous les jours.
D'une façon générale, les poussières et les déchets ne devront pas être conduits hors de l'usine sans être incinérés. Les eaux de lavage seront épurées, et, même après épuration, ne seront jamais versées sur les prés (contagion possible des troupeaux).
Les ouvriers auront des vêtements de travail spéciaux, des vestiaires, des lavabos, une solution de sublimé pour laver la plus petite écorchure. Il leur sera absolument interdit non seulement de manger dans l'atelier, mais encore d'y entreposer leur nourriture. Pour certaines manipulations (par exemple le dolage des cornes), des gants de caoutchouc pourraient être imposés. La désinfection des mains, le brossage des ongles (maintenus courts) seront imposés à la sortie, surtout pour les ouvriers à manipulations dangereuses. Des masques pourraient être obligatoires pour certains cas.
5° Exercer une surveillance médicale sévère. — Tout ouvrier ayant des écorchures ne devra pas être reçu au travail. Toute écorchure devra être immédiatement montrée au médecin, désinfectée. Toute pustule maligne devra être traitée chirurgicalement dès le début. Le médecin de l'usine devra être capable de faire le diagnostic bactériologique du charbon. Tout ouvrier ayant un commencement de bronchite sera exclu pour un certain temps (surtout des fabriques de laines ou de crins). On se rappelera, le cas échéant, que le sérum de Sclavo est fort employé en Italie.
6° Faire l'éducation de l'ouvrier. — Aucune réglementation
n'est efficace si l'ouvrier n'en comprend pas l'importance. L'ouvrier doit connaître les dangers auxquels l'expose sa profession, la cause première de ces dangers, la raison d'être des précautions exigées. Ce principe est général et n'est ici que d'application particulière. 11 faut que l'ouvrier sache l'importance de se préserver des poussières, de se tenir les mains propres, de faire de l'hygiène de la bouche et du pharynx, de ne pas travailler avec des écorchures, de montrer au médecin le moindre bouton. Il faut qu'il soit bien persuadé que la pustule maligne prise à temps est curable, qu'il a intérêt à ne pas cacher un état bronchitique.
En Angleterre, une notice résumant toute la prophylaxie anticharbonneuse est obligatoirement affichée dans les ateliers à professions suspectes. Il devrait en être de même en France.
7° Législation. — La loi anglaise (1901, article 73) prescrit au médecin et au patron la déclaration obligatoire de tout cas de charbon à l'Inspecteur des fabriques.
La question de la tuberculose professionnelle est fort difficile à traiter. D'une part, la tuberculose n'est pas une maladie aiguë, à début nettement défini ; il est presque toujours fort difficile de connaître ce début et l'origine de la contagion ; il est même des tuberculoses latentes qui, datant du jeune âge, ne font explosion que longtemps après. D'autre part, la tuberculose est tellement fréquente chez l'homme que les statistiques professionnelles sont fort difficiles à établir. Des considérations générales, posant nettement le problème, sont donc indispensables.