‹ Traitâe d'hygiáeneChapitre 138 sur 160 · I. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

I. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Pour savoir s'il est des professions plus dangereuses que d'autres au point de vue tuberculose, il faut que les points suivants soient bien établis:

1° La tuberculose est contagieuse. — Nous nous contenterons de l'affirmation, qui n'est plus aujourd'hui contestée par personne. Le bacille de Kochest l'agent virulent qui cause la tuberculose ; son introduction dans l'organisme est nécessaire pour que la maladie évolue.

2° Importance considérable du facteur terrain. — Mais, si la tuberculose est une maladie infectieuse, son étude est dominée par le fait suivant : l'homme est relativement peu sensible à cette infection; il lui est naturellement presque réfractaire ; la tuberculose, pour évoluer, exige un terrain préparé et des infections répétées.

En d'autres termes : un adulte vigoureux, bien nourri, sans

hérédité tuberculeuse, devient difficilement tuberculeux, ou, s'il le devient, la guérit rapidement ; un enfant, ou un adulte mal logé, mal nourri, à hérédité tuberculeuse, est une proie toute désignée pour la tuberculose. Le terrain prime la graine comme facteur social de maladie. Il n'est personne qui n'ait été soumis à l'infection tuberculeuse ; si notre terrain n'était pas naturellement résistant, l'espèce humaine aurait depuis longtemps disparu, décimée par la tuberculose.

Même sur un terrain favorable, à plus forte raison sur un terrain bien défendu, l'infection tuberculeuse ne parait pouvoir s'établir (sauf peut-être chez l'enfant ou chez des individus spécialement débilités) qu'à la suite d'infections massives ou répétées. Quelques bacilles de Koch, avalés çà et là, rendent rarement tuberculeux ; il faut une infection comme : l'alimentation journalière avec du lait tuberculeux, la vie d'atelier au milieu de poussières continuellement contaminées, l'habitation d'un logement infecté et que le soleil ne visite jamais, la cohabitation avec un tuberculeux qui ne prend ancune précaution vis-à-vis de ses crachats, etc.

Nous conclurons donc : le terrain humain est naturellement très résistant à la tuberculose ; pour que c,elle-ci s'établisse, il faut un des deux facteurs suivants ou plus souvent les deux : un fléchissement du terrain et des infections répétées.

Dans ce chapitre, nous ne pouvons traiter les tuberculoses pro fessionnelles où le facteur terrain joue le principal rôle ; ce serait traiter toute la tuberculose ouvrière ; ce serait faire le procès de toutes les professions insalubres ou à salaire insuffisant ; ce serait faire le procès de la plus grande partie des ateliers mal ventilés, mal ensoleillés, mal surveillés ; ce serait faire le procès des logements ouvriers, etc. On a démontré, par exemple, la fréquence de la tuberculose chez les ouvrières en soie lyonnaises : la raison tient non à la manipulation de la soie, mais au surmenage, à l'atelier insalubre, etc.

Encore une fois, nous n'en finirions pas si nous voulions étudier l'influence du travail en général sur le terrain humain quant à l'infection tuberculeuse. Nous ne nous occuperons que des professions qui soumettent l'ouvrier à des infections massives, fréquentes et de celles qui paraissent entraîner des lésions constituant une porte d'entrée évidente.

3° La porte d'entrée. — Elle est importante à connaître en hygiène professionnelle.

La porte dentrée cutanée es beaucoup plus fréquente qu'on ne le croyait (1), parce qu'elle ne laisse le plus souvent aucune trace locale.

(1) J. Courmont et Lesieur, Inoculation transcutanée de la tuberculose. Journal de physiologie el de pathologie générale, novembre 1907

Restent les voies pulmonaire et intestinale. La voie pulmonaire avait jusqu'à ces dernier temps la faveur des pathologistes : on supposait que la grande voie d'introduction de la tuberculose chez l'homme était l'alvéole pulmonaire ; on incriminait donc surtout les poussières respirées. Ainsi s'expliquait la fréquence de la localisation pulmonaire. La voie intestinale n'était certes pas niée ; elle était admise depuis les expériences de Chauveau en 1808; mais elle paraissait une voie d'exception, sauf peut-être chez les enfants. La tuberculose intestinale primitive n'était-elle pas fort rare? En tout cas, l'origine intestinale de la phtisie pulmonaire était à peine considérée comme possible. On avait trop oublié que les microbes, le bacille de Koch en particulier, traversentfacilement les parois intestinales et pénètrent dans les lymphatiques sans laisser le plus souvenl de traces de leur passage, sans faire de lésion intestinale (Nocard, Nicolas et Descos). On avait trop oublié que, chez le lapin, la tuberculose est pulmonaire, quelle que soit la voie d'inoculation; on avait trop oublié, en un mot, que le bacille faitlalésionaupointde moiudre résistance et non pas au point où il pénètre. Bref, la voie intestinale n'était pas considérée comme aussi dangereuse qu'elle l'est en réalité. C'est Calmette et ses élèves qui ont eu le grand mérite de montrer que le poumon se défend très bien contre les poussières bacillifères, que, d'ailleurs, ces poussières y pénètrent très difficilement, mécaniquement arrêtées qu'elles sont dans l'arbre trachéobronchique. Ils ont montré que la véritable voie d'introduction du bacille contenu dans une poussière est la voie intestinale; la poussière est avalée, le bacille traverse l'intestin sans le léser, entre dans les lymphatiques, est arrêté ou non dans les ganglions (surtout chez l'enfant, peu chez l'adulte), pénètre le plus souvent dans la circulation et va au point de moindre résistance (le poumon presque toujours) édifier la lésion tuberculeuse, si le terrain est favorable. Il en est ainsi des poussières bacillifères, il en est ainsi du lait tuberculeux ou de tout aliment contaminé (1). Les poussières sont donc bien dangereuses, comme on le disait, mais elles pénètrent par une autre voie. La grande règle prophylactique sera donc de ne jamais manger dans l'atelier et de se rincer les premières voies digestives avant les repas.

Bref, les recherches de Calmette sur l'origine intestinale de la tuberculose, loin d'innocenter les poussières, les montrent d'autant plus dangereuses que leur déglutition est plus facile que leur inspiration; ces recherches tracent en outre la voie à la prophylaxie. Il est plus facile de ne pas avaler des poussières que de ne pas les respirer.

(1) La théorie de l'anthracose pulmonaire, d'origine intestinale, est au contraire très combattue.

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