LES PROFESSIONS SALUBRES
Profession agricole. — Passons maintenant aux professions rela livement salubres, dont la mortalité est inférieure à la moyenne (celle de la population active masculine totale, avec 15,6 décès par 1000), tout en étant supérieure à celle de la population agricole (avec 9,9 décès).
Cette population agricole, que nous prendrons souvent comme terme de comparaison de la salubrité des diverses professions, est un groupe de population masculine active qui réunit un million de têtes et qui comprend les fermiers, éleveurs, jardiniers et les ouvriers agricoles. C'est, dans l'ensemble, une population travailleuse, tempérante et bien portante, souffrant au minimum de l'inspiration professionnelle des poussières ou de l'air confiné.
En la comparant aux autres professions au point de vue de la
mortalité, on voit l'énorme gaspillage de vie qui se fait dans celles-ci.
Artisans et petits commerçants. — Parmi les professions relativement salubres, celles dont la mortalité est comprise entre celle de la population agricole et celle de la population active masculine totale, nous trouvons d'abord un certain nombre de professions où existent les causes d'insalubrité qui ont été déjà signalées, mais où elles sont compensées par d'autres conditions favorables.
C'est ainsi que les boulangers-pâtissiers (15,1 décès) sont exposés aux refroidissements et au surmenage du travail de nuit. La mortalité spéciale des ouvriers boulangers des villes, par tuberculose et maladies de poitrine, serait probablement trouvée élevée si on pouvait la distinguer. Mais, dans l'ensemble, le groupe des boulangers comprend un grand nombre de petits patrons qui sont rangés, intelligents, convenablement nourris et logés, et qui arrivent à conserver leur santé, malgré les dangers de leur profession. C'est sans doute pour les mêmes raisons que les petits commerçants et certains artisans ont une faible mortalité.
Professions sédentaires. — Les uns obtiennent ce résultat, malgré une vie sédentaire dans une atmosphère souvent confinée, mais avec peu d'occasions de refroidissement.
Tels les cordonniers-bottiers (15,1 décès), les comptables (15,0), les boutiquiers (14, 1), les quincailliers (13,2), les marchands de charbon (13,1), les domestiques (12,4) et les épiciers (10,9).
Professions de plein air. — D'autres artisans conservent leur santé, malgré les poussières ou les occasions de refroidissement, grâce à une vie de plein air, active, sans être épuisante.
Tels les forgerons (14,9 décès), les pêcheurs (13,8), les menuisiersébénistes (12,8), les charrons (12,7), les scieurs de long (12,6), les briquetiers-tuiliers (12,1), les constructeurs de navires (11,7), et enfin la population agricole elle-même avec (9,9 décès).
On peut ajouter à ce groupe les mécaniciens conducteurs de machines (12,8), les employés de chemins de fer (13,5) et les mécaniciens de chemins de fer (13,2).
Grandes industries. — Parmi les professions relativement salubres, nous trouvons nombre de grandes industries où les conditions d'hygiène générale ont été rendues satisfaisantes par les lois industrielles, où le travail n'est pas épuisant, où les salaires sont suffisants pour que la population ouvrière soit relativement aisée, tempérante et rangée : tels sont les établissements où Ton travaille la soie et le satin (avec 15,1 décès), les fabriques de papier (14,8), les fabriques de savon (14,8), de malt (14,5), de tapis et couvertures (14,3), les moulins à blé (14,8), les tanneurs etmégissiers(12,3), les fabriques de dentelle (11,7), de bonneterie (14,4).
Carrières libérales. — Quelques carrières libérales se placent parmi les mortalités assez basses, à peu près pour les mêmes raisons
que les petits commerçants et artisans. D'une part, une vie sédentaire dans une atmosphère confinée, mais, d'autre part, peu de refroidissements, peu de surmenage, peu d'excès, une vie réglée et de l'aisance. On peut ranger dans ce groupe les éditeurs (13,6 décès), les avoués et les avocats (13,4), les artistes et graveurs (12,7) et les instituteurs (9,9), dont la mortalité est la même que celle de la population agricole. Elle serait la plus basse de tout le tableau si celle du clergé (8,75) ne l'était encore davantage :
« Dieu prodigue ses biens
A ceux qui font vœu d'être siens ! »
Résumé des professions salubres et insalubres. — En
résumé, les professions où l'on meurt le plus sont celles où sévit l'alcoolisme : que la consommation d'alcool soit une nécessité professionnelle comme dans le cas du personnel des cabarets, ou que la soif soit provoquée par la chaleur extrême (verriers), ou par la poussière (ramoneurs, chapeliers); ou qu'elle se rapporte au besoin de résister à la fatigue, au froid et à l'humidité, dans des occupations pénibles, exercées par des travailleurs grossiers, insouciants et souvent misérables.
Immédiatement après ou au même rang, se placent quelques industries très exposées au saturnisme, puis ensuite les industries à poussières coupantes, où l'alcoolisme est souvent peu marqué.
Inversement, les professions où on meurt le moins sont celles où on boit peu ou point et où on n'est pas incité à boire parce qu'on n'est exposé ni au froid, ni à la chaleur, ni à une fatigue excessive. Dans ces professions, les conditions d'hygiène individuelles ne sont pas brillantes; néanmoins, la mortalité moyenne y est basse parce qu'elles échappent à l'alcoolisme, au refroidissement et au surmenage, qui sont les trois grands pourvoyeurs des cimetières.