PAR MALADIES DU FOIE
Des cabaretiers.
Des garçons de cabaret et d'hôtel.
Districts agricoles
— industriels
Londres ...
Pour les garçons, la mortalité par maladies du foie est remarquablement élevée dans les districts agricoles et remarquablement basse à Londres, tandis que la mortalité par alcoolisme fournit des constalations inverses. Quant au patron, lui aussi a le foie malade dans les districts agricoles (1010 décès par maladie du foie contre 860 à Londres). A Londres et dans les districts industriels, il meurt beaucoup plus par le foie que ses employés.
Parmi les professions du tableau précédent qui ont une mortalité supérieure à celle delà population active totale (190), nous trouvons les travailleurs du plomb (lead workers) (1), avec une mortalité nulle par alcoolisme, nulle aussi par goutte, et une mortalité par le foie très élevée : 472 contre 159 dans la population active totale el 100 dans la population agricole. Dans ces conditions, cet excès de mortalité ne paraît pas attribuable à la boisson, et on est tenté de penser que le saturnisme y est pour quelque chose : d'autant que cette intoxication frappe rudement ce groupe professionnel, comme on le verra plus loin. Mêmes observations pour les tailleurs de limes, également saturnins, avec une mortalité basse par
(1) Fondeurs, lamineurs, fabricants de marchandises en plomb ou alliages. Ce groupe ne contient ni les peintres, ni les plombiers, ni les mineurs des mines de plomb.
alcoolisme (100) et élevée par maladies du foie (212 décès). Parmi les professions à alcoolisme, on n'est pas étonné de trouver les voyageurs de commerce, grands mangeurs et grands buveurs, et les clercs de la basoche (anglais). Quant aux chapeliers, ouvriers en tabac, verriers, voire les travailleurs du cuivre et les cordiers, ils accusent probablement les poussières de leur métier de leur causer une « soif professionnelle ». Parmi les « manœuvres des districts industriels », on trouve sans doute beaucoup de ces travailleurs ignorants, fatigués et souvent misérables, dont nous avons parlé à la page 38.
Les tailleurs de limes, les travailleurs de rétain sont pour la plupart des ouvriers en chambre, et beaucoup d'entre eux ont aussi des conditions de vie précaires et malheureuses.
Professions à intempérance modérée. — Parmi les travailleurs dont la mortalité alcoolique est inférieure à celle de la population active totale, nous trouvons les pêcheurs avec 129 décès au lieu de 190. Une intempérance modérée n'est pas rare chez eux, mais elle est probablement bien supportée dans l'ensemble, grâce à une vie de plein air et à un travail qui est actif, sans être épuisant.
Lesbriquetiers-tuiliers,les constructeurs de bateaux et les houilleurs du Montmoutshire et du Lancashire ne paraissent pas non plus être très tempérants (200, 225, 175 et 125 décès par alcoolisme). Mais leur mortalité par maladies du foie est basse (100, 88, 94 et 100) et leur mortalité par goutte est nulle ou faible (zéro, 100, zéro, 100). Les briquetiers-tuiliers et les constructeurs de bateaux travaillent en plein air. Leur profession est assez fatigante.
Beaucoup plus bas sur la liste, nous trouvons encore un métier de plein air assez intempérant ( 1 25 décès par alcoolisme) avec une faible mortalité par maladies du foie (83 décès), et c'est encore une profession et une industrie campagnarde : celle du cordier.
Dans le travail de la laine et les mines de fer, la mortalité par alcoolisme est faible (75 et 100 décès), mais celle par maladies du foie s'élève un peu (124 et 118).
Métiers sobres. — Tous les autres métiers sobres qui terminent la liste sont aussi des professions actives sans être épuisantes, a travail régulier et bien payé. On y trouve le clergé et aussi quelques grandes industries, qui figurent en bonne place parmi les professions à basse mortalité dans la liste de la page 37 (fabriques de bonneterie de tapis et couvertures, de dentelles, houilleurs).
Autres causes de mortalité en relation avec l'alcoolisme. — Ce ne sont pas seulement les mortalités par alcoolisme et par maladie du foie qui caractérisent les professions intempérantes, et le tableau de la page 43 nous montre plusieurs autres causes de décès qui agissent beaucoup plus activement dans ces professions que dans la moyenne de la population active. Telles sont : les maladies
nerveuses (315 décès pour les cabaretiers contre 152 pour la moyenne) ; la goutte (cabaretiers, 1200 décès; coiffeurs, 800; musiciens, 900 contre 200 dans la population active totale) ; le mal de Bright et les autres maladies des voies urinaires (cabaretiers, 376 décès; dockers, 285 contre 171 dans la population totale).
Enfin les suicides sont particulièrement nombreux parmi les intempérants (cabaretiers, 320 décès ; coiffeurs, 350 ; ramoneurs, 310).
Quoique ces diverses causes de décès soient manifestement plus fréquentes dansles professions considérées que dans l'ensemble, il faut remarquer qu'elles se répartissent entre elles d'une manière irrégulière, et, si nous voulions en dresser des listes successives dans Tordre des fréquences de chaque cause, le rangement des professions serait différent.
Il est donc certain que, si l'alcoolisme des sujets a une certaine influence sur la fréquence de ces causes de décès, il n'agit pas seul, mais en compagnie d'autres influences résultant des conditions générales du travail ou de l'existence des personnes considérées.