POUSSIÈRES. V
d'entre elles ont une valeur marchande appréciable, soit comme matière première, soit comme sous-produit : les autres ne peuvent être rejetées à l'air libre sans soulever des plaintes du voisinage.
La récupération des poussières s'opère soit dans des chambres spéciales, soit dans des appareils centrifugeurs nommés cyclones, soit à l'aide de filtres particuliers.
Chambres à poussières. — Les chambres opposent en général une résistance assez marquée à l'air, à moins d'être dune grande capacité; mais alors il n'est pas possible d'y recourir dans les établissements où l'espace est mesuré.
Les chambres se rencontrent dans les usines métallurgiques, dans certaines industries textiles, dans les fabriques de produits chimiques et là où les poussières doivent subir un classement qui se fait naturellement par ordre densité : les poussières les plus lourdes tombant d'abord, les plus légères ensuite. Tantôt ces chambres sont partagées en casiers, de manière que l'air soit contraint d'y circulre en zigzag; tantôt elles contiennent de l'eau dans laquelle les poussières sont retenues. L'eau peut aussi y arriver sous forme de pluie ou en pulvérisation.
Appareils centrifugeurs, dits « cyclones ». — Le cyclone, qui a été inventé par M. Ransome, est représenté sur plusieurs des figures contenues dans ce chapitre ; on en voit le détail sur la figure 42.
L'air y arrive au sommet, tangentiellementà la partie cylindrique extérieure, et s'y détend, perdant sa vitesse: puis il passe sous le cylindre intérieur placé au centre et s'échappe par le haut à travers un orifice dont la dimension est réglable à volonté.
Les poussières continuent leur course en vertu de leur vitesse acquise, suivent le chemin en spirale qui leur est offert, perdent leur vitesse en frottant les parois du cône et tombent dans la chambre inférieure.
MM. Lambert frères, ingénieurs-constructeurs à Levallois, ont un
autre appareil centrifugeur à axe horizontal, spécialement destiné
aux poussières et déchets provenant du travail du bois et qui a,
paraît-il, cause dans ce cas, une perte de charge moindre que le
« cyclone » ordinaire à efficacité égale.
Filtres. — On reproche au cyclone de ne séparer que les particules grosses et lourdes et de laisser échapper les poussières fines et légères.
Pour retenir celles-ci, on a essayé de les filtrer à travers des toiles disposées sur le trajet de l'air dans les chambres à poussière ; mais ces toiles s'obstruent rapidement.
Filtres Beth. — Le procédé de captation des poussières par filtres a été considérablement amélioré par Beth (de Liibeck).
Le filtre Beth est constitué par une caisse en bois, dont le double
Traité d'hygiène- Vil. — 14
fond supérieur est percé d'ouvertures, auxquelles sont attachés des sacs en flanelle. Le ventilateur aspire l'air par la partie supérieure, et les sacs retiennent la poussière au passage. Un appareillage mécanique provoque, à des intervalles réguliers, une secousse énergique des sacs afin de faire tomber la poussière dans un récipient approprié. Lorsque deux filtres fonctionnent, l'un d'eux est toujours traversé par
Fig. 43. — Collecteur de poussières dit cyclone, inventé par M. Ransome.
Fia. 44.
Filtre Beth.
le courant d'aspiration, de façon à ne pas interrompre l'action du ventilateur.
La maison Fiechter (de Baie) a fait breveter des filtres sans maille, qui sont employés surtout dans les usines métallurgiques (Essen) et dans les fonderies de plomb (Pertusola, Noyelle-Godaux).
Enfin M. Lumpp, constructeur à Lyon, a imaginé un collecteur de poussières qui tient fort peu de place et qui a trouvé son emploi, notamment, dans certains ateliers de dé lissage des chiffons.
HOTTES. — Le système le plus communément employé pour évacuer les gaz, vapeurs et fumées incommodes, insalubres ou toxiques, consiste à placer au-dessus des points où se produisent les gaz, vapeurs ou fumées, une hotte dont la largeur el la disposition
offrent de nombreuses variétés. Tantôt elle occupe le milieu de l'atelier, tantôt elle est adossée contre un mur, ou même encastrée en partie dans l'épaisseur du mur. Parfois elle recouvre tout l'appareil où a lieu le dégagement gazeux; d'autres fois, elle enveloppe simplement le point par où les vapeurs s'échappent (1).
Quoi qu'il en soit, l'établissement d'une hotte exige qu'on se rende un compte exact du but qu'elle aura à remplir, afin de lui donner l'emplacement, la forme et les dimensions qui conviennent.
Matières employées à la confection des hottes. — En général, les hottes sontentôle; cependant, lorsqu'il s'agit d'entraîner des vapeurs acides, il convient de proscrire le fer et de le remplacer par du bois goudronné, des briques siliceuses, du grès ou des carreaux céramiques émaillés. 11 existe des hottes en toile goudronnée qui peuvent se déplacer facilement.
Dimensions. — Il est clair que plus la hotte est rapprochée de l'endroit d'où s'échappent les gaz, moins ceux-ci risquent de pénétrer dans les locaux de travail. A la fonderie de plomb de Selmeczbanva (Hongrie), les hottes qui recouvrent les fours de réduction descendent jusque vers le sol. Elles se composent dune large chemise en tôle disposée en octogone dont le bord inférieur est à hauteur d'homme. Chacun des nuits côtés est pourvu d'un panneau mobile pouvant s'abaisser ou s'élever à l'aide de contrepoids, et chaque panneau est parfaitement ajusté avec le panneau voisin. Avant la pose des panneaux mobiles, on avait constaté qu'une partie seulement des gaz s'engouffraient sous la hotte, le reste se diffusant dans l'atelier (2).
Dans les fonderies de plomb de deuxième fusion, le bord inférieur de la hotte doit reposer sur le massif en maçonnerie du four; on a soin de ménager sur l'avant de la hotte une ouverture pouvant s'obturer aisément, par où s'exécutent les manutentions.
Parfois les travaux industriels ou les recherches de laboratoire exigent la présence constante d'un opérateur à proximité du lieu de dégagement des vapeurs, cette personne exerçant simplement une surveillance ou effectuant diverses manipulations. Une simple hotte la protégerait insuffisamment contre certaines vapeurs dangereuses, même peu abondantes, comme celles qui se dégagent des liqueurs acides ou des bains de mercure et des amalgames. Dans ce cas, la hotte doit être pourvue d'une porte mobile vitrée.
Il arrive que des hottes placées au-dessus de certains foyers s'échauffent et rayonnent une chaleur intolérable, surtout en été. Le cas se produit dans les ateliers de gazage des fils, mais surtout auprès des ehaaffreltes, sortes de fours soufflés par en bas, analogues aux braseros comme forme, et que l'on emploie dans les boutonnières.
(1) Tel est le cas pour les hottes des métiers à gazer et pour celles qui surmontent les portes de travail de certains fours.
(2) Boulin, Bull, de l'Inspection du travail, 1906, p. 497.
Une usine allemande a relié les hottes qui surmontent ces chaufferettes à une conduite de ventilation, et la hotte a été pourvue dune double enveloppe avec une circulation d'eau.
Les manipulations que les ouvriers ont à effectuer à certains moments autour des appareils munis d'une hotte s'opposent quelquefois à ce que celle-ci descende assez bas pour capter toutes les vapeurs ou fumées. Il faut alors augmenter la largeur de la hotte et activer son tirage ; on peut aussi la rendre mobile dans le sens vertical au moyen d'une chaîne à contrepoids.
Il ne faut pas hésiter à donner aux hottes toute la largeur et toute lahauteur compatibles avec la grandeur du local dont on dispose et avecla quantité de lumière naturelle que nécessite le travail. C'est parce que les hottes qui recouvrent les portes des fours d'étenderie ne sont généralement ni assez larges ni assez hautes que les fumées provenant de la combustion incomplète du gaz des gazogènes s'échappent en si grande quantité dans certaines verreries.
Par hauteur, nous entendons la distance verticale qui sépare le niveau du bord inférieur de la hotte du point où celle-ci est reliée au tuyau de dégagement. Nous avons rencontré des hottes où cette distance s'abaissait au point que l'aspiration des vapeurs ne s'exerçait que sur une étendue égale à la section du tube de dégagement. Le reste de la hotte était plus nuisible qu'utile, puisqu'il empêchait les fumées ou les gaz de s'élever au sommet de l'atelier. -
Tirage de la hotte. — Les hottes n'ont qu'un but, celui de capter les gaz, vapeurs ou fumées pour éviter leur dispersion dans l'atelier ; mais elles seraient évidemment impuissantes à obtenir ce résultat si elles n'étaient pas munies, à la partie supérieure, d'une ouverture communiquant avec l'extérieur par un tube de dégagement. C'est dans ce tube que s'exerce le tirage par lequel les vapeurs recueillies sous la hotte sont emportées et remplacées par d'autres, et l'on comprend très bien que la section de ce tube, sa disposition, sa hauteur commandent l'activité du tirage et, par suite, en grande partie, l'efficacité de la hotte. En faisant abstraction de la gêne causée dans l'atelier par des tubes d'un grand diamètre, on peut dire que, d'une manière générale, tous les tubes surmontant les hottes usuelles ont une section trop réduite (1). Nous avons souvent constaté que l'agrandissement de cette section suffisait pour rendre efficace une hotte jugée jusque-là médiocre. Des hottes pourvues d'un tube vertical de dégagement de grand diamètre se sont même montrées
(1) Si Ton admet que le tube de dégagement doit emporter tout le mélange d'air de gaz, de fumée ou de vapeurs qui s'engouffre sous la hotte, la vitesse d'écoulé ment du mélange dans le tube, comparée à la vitesse d'ascension de ce mélange vers le bord inférieur de la hotte, devra être autant de fois plus forte que la section du tube sera contenue dans celle de la hotte à sa plus grande largeur. Toutefois cette vitesse ne peut dépasser um certaine limite au delà de laquelle l'aspiration ne se produirait plus sur toute l'étendue de la section de la hotte.
parfois plus actives que des hottes reliées à un système d'aspiration mécanique.
La nécessité de déterminer une aspiration suffisamment active a provoqué Temploi, à l'intérieur des hottes, d'injecteurs d'eau, d'injecteurs à vapeur formant trompe, ou de rampes à gaz. Dans l'atelier de décapage de MM. Christofle et Gie de Paris, le tirage de la hotte ■est activé par une rampe à gaz, et cela suffît pour entraîner les vapeurs légères. Quant aux vapeurs lourdes qui s'échappent des •cuves et retombent autour d'elles, elles sont reçues dans une canalisation reliée à un conduit où fonctionne un injecteur.
Fig: 45. — Aspiration mécanique de vapeurs acides. A gauche, la coupe en long du bâtiment; à droite, la coupe en travers.
Aspiration mécanique dans les hottes. — L'aspiration mécanique •des produits recueillis par les hottes occasionne une dépense supplémentaire, mais elle se justifie pour les installations de quelque importance, et elle est souvent compensée par la vente des produits de condensation ou par la préservation du matériel et des bâtiments. Les figures 44 et suivantes montrent divers systèmes d'aspiration pour l'entraînement des vapeurs acides d'un atelier de décapage.
Dans la première installation, les vapeurs sont aspirées et dirigées <lans une tour de condensation en grès, où elles rencontrent de l'eau qu'on recueille et renvoie dans la tour jusqu'à ce qu'elle soit suffisamment enrichie. La cheminée ne reçoit que des produits incondensables. Le second système est basé sur l'aspiration naturelle de la cheminée. Enfin la figure 47 montre le fonctionnement d'une aspiration déterminée par un injecteur de vapeur.
L'aspiration mécanique a un autre avantage appréciable, c'est'de permettre de donner à la hotte des dimensions moins grandes, avec
Fig. 46.
le
— Aspiration produite pai tirace d'une cheminée.
Fig. 47. — Aspiration produite injection de vapeur d'eau.
par
Fig.
i8. — Différents moteurs d'aspiration pour hottes de feux de forge.
une l'orme permettant le captage des gaz et des fumées plus près de leur point de formation. On se rapproche, en somme, de la ventilation
localisée, que nous avons étudiée au sujet des poussières.
Dans ce cas, le tube de dégagement peut, sans inconvénient, occuper une position inclinée :
moyennant une aspiration suffisante, on peut conduire les fumées dans un canal souterrain, disposition utile parfois, quand on veut éviter l'encombrement.
L'aspirai ion peut utilement être combinée à l'insufflation comme dans les cas représentés par les figures 46 à 18.
Dans les ateliers de gazage des fils, où se dégagent des poussières en même temps que desgaz nuisibles, entre autres l'oxyde de carbone, on a commencé à couvrir les métiers de larges hottes, puis on a tenté de faciliter l'aspiration en faisant arriver de l'air frais sous les métiers; ces moyens n'ont pas réussi ou n'ont réussi que très incomplètement. Actuellement, la hotte large a été remplacée par autant de petites hottes qu'il y a de flammes dans le métier, chaque hotte communiquant avec une canalisation commune d'aspiration (1). Enfin M. Vilain (de Lille) vient de construire un métier à gazer où l'aspiration se produit au moyen d'une fente vers laquelle se dirige la flamme renversée des brûleurs. L'aspiration se fait per descensum, et toute odeur a disparu.
L'emploi des ventilateurs mécaniques combiné avec celui des hottes se prête aux dispositions les plus variées. C'est ainsi que, dans les
(1) lUill. de l'Association des industriels de France, 1904, p, -09.
fabriques de superphosphates, on aspire les vapeurs acides immédiatement au-dessus desmalaxeurs(l),aulieu d'avoir recours à desimpies hottes plus ou moins efficaces. Parfois la hotte est située non au-dessus, mais à une extrémité du plan déformation des vapeurs ; un ventilateur envoie de l'airqui balaye la surface dubainémettant ces vapeurs, et celles-ci sont conduites avec l'air de ventilation dans la hotte, qui affecte la forme d'une corne d'abondance.
Dans certaines fabriques d'allumettes^ pareil procédé est mis en usage pour éloigner les vapeurs de phosphore qui se forment audessous des bassins de trempage ; on a même eu l'idée d'insuffler avec l'air des vapeurs d'essence de térébenthine auxquelles on attribue la propriété d'être un contrepoison du phosphore.
ASPIRATION « PER DESCENSUM ». — Nous avons déjà vu quelques exemples d'aspiration des vapeurs per descenswn. Ce système doit être employé généralement lorsqu'il s'agit de vapeurs plus lourdes que l'air, comme les vapeurs froides d'éther, d*alcool, de sulfure de carbone, etc.
MM. Felten et Carlswerk (de Mûlheim) ont placé au-dessus de leur machine à vulcaniser à froid une enveloppe vitrée ; l'aspiration se fait en dessous par une canalisation souterraine (2). Le rapport pour l'année 1904 du service de l'Inspection du travail en Belgique contient des détails intéressants sur la ventilation per descensum des tables de trempage dans les ateliers de vulcanisation du caoutchouc . L'aspiration des vapeurs de sulfure de carbone est combiné? avec la ventilation générale.
A Bourg-Argental, les vapeurs d'alcool, qui se dégagent pendant Yétuvageâes chapeaux de feutre, sont également aspirées per descensum, et c'est de cette façon qu'on procède pour éliminer le gaz carbonique dans les ateliers où la fermentation en dégage des quantités importantes.
Vapeurs produites en vases clos. — Les opérations qui donnent naissance à des gaz et à des vapeurs nuisibles se font parfois dans des vases clos, fours ou autres appareils. Dans ce cas, il n'existe qu'une manière d'éviter la sortie des gaz par les portes au moment de leur ouverture, ou par les fissures que produit la chaleur et l'usage : ce procédé consiste à créer à l'intérieur de l'appareil une dépression suffisante pour amener la pénétration de l'air extérieur. C'est par une aspiration suffisamment active qu'on met à l'abri les ouvriers des ateliers de grillage et de réduction des fonderies de plomb, et là où cette aspiration n'a pas été organisée, c'est par crainte d'avoir à établir des chambres de condensation coûteuses pour arrêter les Êumées de plomb.
\\) Aupetit, La fabrication des superphosphates {Bull, de l'Inspection du travail, 1905, p. 152).
(2) Zeitschrift fur Gewerbe Hygiène, 1904, p. 266 et 386.
Dans certains ateliers de sécrétage, on sèche les peaux enduites du secret dans une étuve chauffée au moyen de braseros ou de tubes de vapeur, et les ouvriers sont obligés de pénétrer dans l'étuve pour en retirer les peaux sèches. Le Dr Glibert cite une fabrique belge où Ton place ces peaux sur un chariot qu'on peut faire entrer et sortir de l'étuve du dehors, et les ouvriers n'ont pas à courir le risque d'absorber les vapeurs mercurielles.
CONDENSATION DES PRODUITS. —Les gaz, les vapeurs et les fumées que l'on enlève des ateliers ne doivent pas être rejetés dans l'atmosphère. Ils peuvent avoir de !a valeur, et alors il y a intérêt à les recueillir : ou bien ils sont nuisibles ou toxiques, et alors il est interdit d'exposer les voisins à les respirer.
Le plus souvent la condensation des produits se fait dans l'eau, au moyen d'appareils de formes et de dimensions très diverses. L'eau dissout un grand nombre de gaz ou de vapeurs; de plus, son emploi sous forme divisée amène un abaissement notable de température, ce qui est favorable à la dissolution et à la condensation des fumées et produits volatils (1). L'eau est amenée sous forme de pluie ou en pulvérisation dans la direction de haut en bas, alors que les gaz ou vapeurs sont aspirés et cheminent suivant une direction inverse.
Dans quelques cas, on fait usage de produits qui modifient la constitution chimique des gaz toxiques. Par exemple, on faitpasser l'hydrogène dont on se sert pour la soudure au chalumeau oxhydrique, — lorsque cet hydrogène a été préparé à l'aide d'acides ou de métaux pouvant contenir de l'arsenic, — soit dans un tube contenant une dissolution de sulfate d'argent, soit sur du permanganate de potasse, afin d'absorber l'hydrogène arsénié. Cette question est importante, étant donnée l'extrême toxicité de ce gaz : elle a fait l'objet d'un récent concours en Allemagne 2 .
Parfois la condensation des gaz, vapeurs, ou fumées constitue une partie essentielle de la fabrication (fonderies de plomb, fabrication des métalloïdes, usines de produits chimiques) ; ou bien les vapeurs et les gaz sont conduits dans des espaces clos pour y exercer, suides produits qu'on y a placés, une action chimique spéciale (fabrication du chlorure de chaux, blanchiment par l acide sulfureux, etc.). Lorsque la vidange de ces appareils ne peut avoir lieu mécaniquement, il faut veiller à ce que les ouvriers ne pénètrent pas dans les chambres de réaction avant qu'une ventilation efficace ait fait disparaître les dernières traces de gaz dangereux, ou avant que ces gaz aient été absorbés par des substances appropriées.
(1) L'eau facilite la condensation des vapeurs formées par les substances qu'elle ne dissout pas; par exemple, un jet d'eau pulvérisée condense les vapeurs d'éther, de sulfure de carbone, etc. (fabrication des poudres de guerre, vulcanisation du caoutchouc).
(2) Zeilschrift fur Gewerbe Hygiène, 1905, p. 257, 431, 521 ; 1906, p. 459.
VENTILATION AUXILIAIRE. — Quoi qu'il en soit des divers systèmes employés, on rencontrera des circonstances où il n'est pas possible d'organiser l'aspiration des gaz ou des vapeurs, de façon à empêcher tout dégagement; où ces gaz seront de nature à causer des intoxication graves, lorsqu'ils se répandront, même en proportion minime, dans l'atelier, comme l'hydrogène arsénié, l'oxyde de carbone, l'hydrogène sulfuré; enfin où certains gaz pourront se produire fortuitement dans certains locaux. Dans ces circonstances, il sera indispensable d'organiser une ventilation générale, même si l'on possède déjà une aspiration localisée : l'introduction de l'air frais ne pourra que la rendre plus facile.
Les règles de cette ventilation générale ont déjà été posées, et nous n'y reviendrons pas.
ADOPTION DE PROCÉDÉS MÉCANIQUES. — Lorsqu'on manipule des substances susceptibles d'émettre des vapeurs dangereuses, il convient de le faire dans des appareils absolument étanches, d'employer pour leur transport des méthodes exposant le moins possible les récipients à la rupture, et d'opérer les tranvasemenls par des moyens qui évitent le contact avec l'air (1).
Parfois la substitution de certaines méthodes de travail à d'autres est avantageuse aussi bien au point de vue de l'hygiène qu'au poinl de vue de léconomie. Par exemple l'emploi des fours mécaniques pour le grillage des pyrites, de la blende, de la galène, expose moins les ouvriers que le travail aux fours ordinaires. C'est en substituant la machine à la main de l'homme qu'on a diminué le nombre des accidents produits parles émanations hydrocarbonées dans la fabrication des briquettes agglomérées avec du brai (2). \J apprêt mécanique de la mousseline de soie ne donne pas lieu aux accidents d'oxycarbonisme constatés autrefois avec le charbon de bois. C'est parce que l'appareil assurant la marche automatique du travail ne fonctionnai! pas que plusieurs ouvriers ont été gravement intoxiqués par du gaz nickel-carbonyle(3). Enfin le Dr Glibert et, avec lui, tous les hygiénistes regrettent l'échec des méthodes qui opèrent mécaniquement le sécrétage des poils pour les fabriques de feutre. Néanmoins la question reste à l'étude.
MASQUES RESPIRATOIRES.— SOINS EN CAS D' ASPHYXIE. — Quand il est impossible de protéger l'ouvrier, il peut être nécessaire <le mettre à sa disposition un masque respiratoire, et, pour le cas d'asphyxie ou d'accident, il est utile d'avoir sur place un ou plusieurs ballons ou tubes d'oxygène. Avec des tubes d'oxygène comprimé
(1) A la fabrique de produits chimiques d'Einergraben, près de Barmeu, on fait usage d'un entonnoir spécial, à cet effet, pour les acides et pour les autres liquides •dangereux.
(•2) Poisons industriels publication de YOfJice du travail, p. 180.
(3) Bull, de l'Inspection du travail, 1905, p. 280.
et un masque inhalateur approprié, on peut faire respirer le gaz sous pression, pratique sur l'importance de laquelle nous avons déjà appelé l'attention (p. 136).