HUM 10/ TÉ
HUMIDITÉ INUTILE ET HUMIDITÉ NÉCESSAIRE. — Il y a
deux eas où les ouvriers travaillent dans des atmosphères d'une humidité excessive : celui où cette humidité est nécessaire au travail et celui où elle ne l'est pas.
Dans le premier groupe, nous trouvons la filature et le tissage du chanvre, du lin et du coton. C'est uniquement dans ces industries que Ton pratique l'humidification artificielle etparfoisle rafraîchissement de l'air.
Le deuxième groupe comprend principalement les buanderies de type ancien (1) et les teintureries. L'humidité est la conséquence des procédés du travail, mais n'est pas nécessaire aux opérations. Aussi Fairest froid en hiver et se charge de buées îovmanl brouillard. L'enlèvement de ces buées est un problème difficile, mais qui ;i reçu récemment de bonnes solutions.
HUMIDITÉ FROIDE ET HUMIDITÉ CHAUDE. — Les effets d'un séjour habituel dans l'air humide sont assez différents selon que cet air est chaud ou froid.
Les pécheurs, les matelots, nos populations du littoral sont soumis constamment à l'humidité froide, et cependant on trouve dans ces catégories des personnes très bien portantes et des gens fort âgés. Il est vrai de dire que la scrofule et les rhumatismes ne sont pas rares parmi eux, ce qui justifierait les accusations de Layet, qui s'exprime ainsi :
« L'influence de l'humidité s'accuse par une tendance marquée au relâchement de tous les tissus, en d'autres termes par une sorte d'amoindrissement des activités fonctionnelles conduisant au ralentissement des phénomènes de nutrition générale. La prédisposition au lymphatisme et à la scrofule se remarque chez la plupart des ouvriers qui travaillent dans les sous-sols, dans les caves, dans les ateliers humides. Par une influence moins immédiate, l'humidité conduit au refroidissement et, comme conséquence du froid humide, il se manifeste et s'affirme une certaine tendance professionnelle aux affections catarrhales et rhumatismales, telles que la bronchite catarrhale, le catarrhe intestinal, les douleurs rhumatismales, le lumbago, la névralgie sciatique, parfois la néphrite catarrhale, etc. (2).
(1) Dans les buanderies de type moderne, le linge est placé à sec dans un coll're à laver bien clos, et tout se passe par des envois de vapeur et d'eau clans ce cofl're tournant sans qu'aucune vapeur ne se dégage dans l'atelier.
(2) Layet, Hygiène industrielle, p. 378.
Il est permis île penser que les inconvénients de l'humidité froide doivent en effet se faire sentir spécialement chez les ouvriers d'industrie qui travaillent dans des conditions déjà déprimantes par elles-mêmes, dans des ateliers mal éclairés et mal ventilés, avec des journées trop longues et trop fatigantes.
La dépression produite par l'humidité chaude est encore plus accentuée.
« Sur les continents, fait observer Proust, la température est beaucoup plus élevée qu'en pleine mer: mais, pendant la saison sèche, l'air y est aussi beaucoup plus éloigné de son point de saturation; on peut alors supporter sans trop de fatigue une température diurne de 40 ou 45°; au contraire, pendant la saison humide, une température de 30 ou 35° devient intolérable pour nous. »
La régularisation thermique du corps est entravée, et on sait qu'il en résulte une souffrance pourles principales fonctionsde l'économie : celles du poumon, de la peau, du foie, du rein, notamment.
« Difficulté de l'hématose pulmonaire exprimée par l'anhélation rapide du travailleur et les sueurs profuses qui l'accablent: affaiblissement des actes nutritifs par l'obstacle apporté aux phénomènes de respiration interstitielle, tels sont les deux facteurs étiologiques qui concourent ici à la déchéance de la constitution (1).
« L'assimilation languit, la désassimilation est incomplète, et on arrive à l'auto-intoxication chronique avec toutes ses conséquences, dont la principale, la plus visible, a frappé tous les observateurs (Arlidge, Purdon, Layet, etc.), nous voulons parler de l'anémie. Celle-ci est presque de règle dans les ateliers de filage au mouillé, les inspecteurs la signalent l 745 fois sur 4 4 66 fileuses et rat lâcheuses. »
Il survient ensuite de l'œdème malléolaire, des dilatations des veines, des varices.
« Toutefois, la santé des fileuses ne s'altère pas tout à coup d'une manière grave. La marche de la déchéance organique est progressive, et les troubles pathologiques importants ne se déclarent que d'une manière insidieuse. C'est ainsi que s'expliquent les nombreuses maladies sans incapacité de travail qui ont été observées dans les rangs des ouvrières des salles de filage au mouillé (2).
D'autre part, l'excès de chaleur provoque une sudation active et excite les ouvriers à boire abondamment pour réparer leurs pertes, d'où une tendance à l'alcoolisme.
Enfin les vêtements des ouvriers et des ouvrières pendent au mur souvent froid, se chargent d'humidité et deviennent déplorablement conducteurs de la chaleur. En hiver, que l'ouvrière aille aux lieux d'aisance toujours ouverts à tous les vents, ou qu'elle sorte de l'atelier
(1) Layet, Hygiène industrielle, p. 378.
(2) Glibert, La filature de lin, loc. cit., p. 312 et 313.
pour rentrer chez elle, elle subit des refroidissements constants.
« Pour qui connaît l'influence de la réfrigération sur le développement des maladies microbiennes, sur la production par voie réflexe de l'albuminurie passagère ou durable, pour qui se souvient des troubles circulatoires occasionnés dans les organes profonds par le resserrement réflexe du réseau sanguin superficiel, il ne peut y avoir aucun doute sur les grands dangers que peut faire courir ce refroidissement instantané (1).
Les inconvénients de l'humidité sont d'autant plus accentués que cette humidité est plus grande elle-même et, pour la clarté de ce qui suit, nous croyons utile de rappeler quelques notions $ hygrométrie.
HYGROMÉTRIE. — On sait que 1 mètre cube d'air contient un certain poids de vapeur d'eau, grand si l'air est humide, petit s'il est sec, et qu'à chaque température le poids maximum de vapeur d'eau qu'il peut contenir est déterminé. Quand ce poids maximum est atteint, on dit que l'air est saturé. S'il n'est pas atteint, on prend le rapport du poids d'eau que l'air contient réellement à celui qu'il pourrait contenir s'il était saturé. Ce rapport s'appelle état hygrométrique ou humidité relative de l'air (2). Ce rapport s'exprime en centièmes.
Exemple : À la température de 16°, 4 le poids d'eau que le mètre cube d'air saturé contient est de 13*r,86. Si 1 mètre cube d'air non saturé contient à cette température 10 grammes de vapeurd'eau, on dit que son état hygrométrique est égal au rapport de 10 à 13g,,8(>. soit 72 centièmes :
10 72 ]3,S6~"ÏÔÔ"
Hygromètres. — On mesure l'état hygrométrique de l'air à l'aide <Y hygromètres, dont le plus parfait est un instrument de laboratoire : 1 hygromètre à condensation. Dans la pratique, on emploie souvent
(1) Glidert, loc. cit., p. 312.
(2) On définit, en général, Vétal hygrométrique comme le rapport de la tension de la vapeur contenue clans l'air au moment de l'expérience à la tension maxima que cette vapeur pourrait acquérir à la même température; mais le rapport de ces tensions est le même que celui des poids que nous avons considérés.
De même on trouve en général des tables des tensions de la vapeur d'eau aux diverses températures et non des tables des poids. Pour passer des tensions (exprimées en millimètres de mercure) aux poids d'eau par mètre cube (exprimés en grammes), il faudrait multiplier la tension par le coefficient :
/ étant la température.
A la température de 16° (exactement 15°, 8), le coefficient ci-dessus est égal à L'unité, c'est-à-dire que le nombre qui exprime la tension de la vapeur d'eau en millimètres de mercure exprime aussi son poids en grammes. Exemple : à 16°, 4, la tension de vapeur est de 13mm,86 et le poids de vapeur de J38',86. En pratique, on peut admettre que cette égalité se maintient suffisamment jusqu'à 30°.
des appareils assez simples, dont le fonctionnement est basé sur rallongement qu'éprouvent dans l'air humide certaines matières animales : cheveux, crins, cordes à boyaux, corne, gélatine. Tel est Y hygromètre à cheveux de Gay- Lussac.
Tous ces instruments doivent être rejetés, à moins qu'on ne puisse les régler souvent en les comparant au psychromètre, dont nous allons parler, car tous ont le grave inconvénient que la matière sensible, cheveu ou corne, se modifie avec le temps et que, placés dans les mêmes conditions à quelques semaines de distance, ils ne marquent pas le même degré.
L' hygromètre enregistreur appartient au type précité et doit être fréquemment vérifié.
Psychromètre. — Le psychromètre (fîg. 49) se compose d'un thermomètre ordinaire ou thermomètre sec et d'un autre, dit thermomètre mouillé, dont le mercure est entouré dune mousseline plongeant dans un réservoir d'eau qui la maintient humide. L'évaporation de l'eau sur la mousseline est d'autant plus active que l'air est plus sec et refroidit le mercure, de sorte que le thermomètre mouillé indique une température plus basse que l'autre. La différence est d'autant moindre que l'air est plus humide. Elle est nulle quand l'air est saturé (1).
La tension f de la vapeur d'eau se calcule en millimètres de mercure d'après les observations psychrométriques au moyen de la formule :
: m Fig. 49. — Psychromètre
dans laquelle h est la pression atmosphérique, d'August (Vauthier).
'/ la température indiquée par le thermomètre
sec, t' celle du thermomètre mouillé et f la tension maxima de la
vapeur d'eau correspondant à la température t.
(1) La construction et l'observation du psychromètre doivent respecter certaine? conditions qu'on trouvera décrites dans l'ouvrage : Angot, Instructions météorologiques, p. 49. Consulter aussi à ce sujet : Report of the chief inspector of factories for the year 1905, p. 419 : Humidity in cotton Spinning, par Dobson, p. 26-74, et Die Luft und die Methodender Hygrométrie, par Wolpert.
Mesure de l'humidité relative - par le psychromètre.
(Thermomètre mouille
au-dessus de z
éro.)
VALEUR DE l'hUMIDITÉ RELATIVE (EN CENTIEMES)
THERMOMETRE MOUILLÉ t'.
d'après la différence des deux thermomètres (t —
cen-
cen-
cen-
cen-
cen-
ct-n-
cen-
cen-
cen-
cen-
Ho
cen-
cen-
cen-
degrés.
tièmes.
tièmes.
tièmes.
tièmes.
tièmes.
tièmes.
tll'lil.'s.
tièmes.
tièmes.
tièmes.
tièmes.
tièmes.
tième.
La table ci-dessus donne directement la valeur de l'humidité rela-
live^(l).
(I) La table est calculée en supposant que la pression atmosphérique dans le lieu de l'observation est égale à 750 millimètres, de sorte que lesnombres sont un peu trop faibles pour les stations élevées. Si l'on veut plus d'exactitude, on pourra dresser une table de correction pour la station considérée à l'aide de la table ciaprès, qui donne le nombre ou la fraction de centièmes à ajouter pour une différence de pression de 100 millimètres, c'est-à-dire pour une station où la pression moyenne est de 650 millimètres. Comme la correction est proportionnelle à la différence de pression, on aura facilement sa valeur dans tous les cas.
Exemple : pour t — t ' = 5°, £' = 18°, et une différence de pression de 100 millimètres l'humidité corrigée sera :
59 + 1 ,9 = 60,9 centièmes.
Pour une différence de pression de 130 millimètres, elle serait : 59 + 1,9x1,3=61,5 centièmes.
Mesure de V humidité relative — par le psychromètre. Correction relative à l'ai-
titude pour une différence de pression de 100 mill
imètres.
DIFFÉRENCE DES DEUX THERMOMETRES {t — t).