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lextil'-s ont besoin d'être travaillées dans un milieu chaud et humide pour se prêter aux mouvements que doivent leur imprimer les machines. L'air humide a en outre l'avantage d'empêcher les fils de
s'électriser au frottement; l'électricité s'oppose au parallélisme des fibres et à leur glissement.
Dans la filature de lin et de chanvre, il est une opération qui s'exécute dans une atmosphère spécialement chaude et humide, c'est la filature au mouillé. Les fils passent dans des bacs d'eau chaude avant de s'enrouler sur les bobines. Ces bacs, généralement mal clos, remplissent l'air de vapeur. De plus, le mouvement des ailettes pulvérise de l'air en tous sens, de sorte qu'elle ruisselle partout dans l'atelier.
Humidité dans les tissages. Influence de l'apprêt. — Dans les lissages, l'humidité est nécessaire pour ramollir Yapprêi dont on enduit les fils en vue de leur donner de la raideur, du brillant et du poids. Autrefois l'apprêt ne répondait qu'aux deux premières qualités, et on en mettait environ 20 p. 100 du poids du tissu. Pendant la disette de coton due à la guerre de Sécession, on força l'apprêt pour augmenter le poids des tissus communs exportés aux colonies. Le coton est redevenu abondant, mais les proportions d'apprêt sont restées considérables.
Bridges et Osborne, inspecteurs du travail en Angleterre, chargés d'une enquête à ce sujet, ont constaté des additions de 50 à 200 p. 100 d'apprêt contenant notamment une forte proportion de chlorure de magnésium ou autres sels déliquescents, dans le but de charger le tissu d'humidité (1).
Les inconvénients de ces apprêts exagérés sont doubles: d'une part, ils obligent à une humidification excessive de l'atelier. D'autre part, ils produisent une quantité considérable de poussière dont l'absorption par les ouvriers est malsaine. En outre, cette poussière chargée de sels déliquescents pénètre les vêtements des ouvriers, les rend humides et constitue une cause de dangereux refroidissements.
Les avantages de l'air humide pour le travail des textiles avaient été remarqués depuis longtemps, et c'est en partie pour répondre à ces exigences que certaines industries se sont implantées dans les contrées où l'air se rapprochait le plus possible de l'état hygrométrique optimum (Normandie, Flandre, Angleterre). C'est pour les mêmes raisons que les anciennes salles de travail ont été construites dans des conditions qui permettent de les soustraire aux influences de l'air extérieur : murs épais, plafonds peu élevés, ouvertures réduites au strict minimum.
Les progrès de l'hygiène, d'une part, et la difficulté de maintenir, d'une manière quelque peu régulière, la même température et la même humidité, ont amené une transformation de ces méthodes. A l'heure actuelle, on ventile les ateliers de l'industrie textile tout aussi bien que les autres ateliers : on a même reconnu qu'il était
(1) Bridges et Osborne, Report on the effects of heavy sizing in colton weawing upon the health of the operatives employée!, 1882.
HUMIDITE. -î— 225
avantageux, pour l'industriel, de constituer un milieu qui fût aussi bien propre à entretenir la valeur de production de l'ouvrier que la souplesse des matières premières.
HUMIDITÉ EXIGÉE PAR LE TRAVAIL. — A la suite d'un rapport établi par une commission spéciale, le Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse déclare que les conditions optima sont : pour les filatures de laine, T = 21° C, humidité 70 à 75 p. 100; pour les filatures de coton, T=:210 à 22°, humidité 50 p. 100 quand le fil est en légère torsion, 65 p. 100 et même 70 p. 100 quand le fil est fortement tordu. Dans les tissages, les conditions de travail seraient d'autant meilleures que l'humidité est plus élevée; on ne serait arrêté que par le bien-être des ouvriers : 80 p. 100 parait être une limite convenable (1).
Dobson (2) pense qu'en filature de coton la température ne doit pas dépasser 25° et l'humidité 50 p. 100.
M. Simson, dont l'expérience dans les filatures de laine et de coton est incontestable, dit que la laine peignée fine se file dans d'excellentes conditions à 80 p. 100 d'humidité ; la laine moyenne à 70, 80 p. 100; les laines communes à 60, 70 p. 100. Quant au coton, il ne demande que 50 à 60 p. 100. Toutes les préparations pour la laine fonctionnent bien avec 70 p. 100. En ce qui concerne la température, une expérience déjà longue lui a appris qu'elle ne devait pas être inférieure à 22°, ni supérieure à 28° ou à 30° (3). Le même praticien a déclaré à l'un de nous, il y a quelques jours à peine, que de nouvelles expériences lui permettaient déjuger que ces limites pouvaient encore être abaissées sans préjudice d'aucune sorte pour le travail.
Enfin, d'après Kôrting, la filature de lin réclame 60 à 65 p. 100; le jute, 65 à 70 p. 100; la schappe, 70 à 75 p. 100; le peignage de la laine, 75 à 90 p. 100 (4).
HUMIDITÉ COMPATIBLE AVEC LA SANTÉ. — Nous avons vu que, d'après Layet et Glibert, la chaleur humide a une influence désastreuse sur l'organisme et entraîne fatalement l'anémie (5). Le D' Oliver (6) exprime une opinion identique. D'après Rûbner (7), vers 25° C, un air très humide (80 à 90 p. 100), immobile, devient très pénible à supporter et provoque un sentiment d'angoisse; la sueur peut ne pas être encore bien abondante, et pourtant la soif est vive, par besoin de se refraîchir, plutôt que par nécessité de remplacer l'eau éliminée; le nombre des respirations est un peu augmenté (8).
(1) Bull, de la Société industrielle de Mulhouse, octobre et novembre 1891.
(2) Dobson, Humidity in cotton spinning, 1901.
(3) Mémoire polygraphié.
(4) Zeitschrift fur Gewerbe Hygiène, 1907, p. 153.
(5) Dl" Glibert, Les filatures de lin, p. 294 et suivantes.
(6) Oliver, Dangerous trades, p. 702 et suivantes.
(7) D. Henry Vernusch, Considérations hygiéniques sur les filatures de laine, p. 104.
(8) Voy. les expériences de Haldane à la note 1 de la page 227.
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226 LECLERG DE PULLIGNY ET BOULIN.
HYG. INDUSTRIELLE
Pour reconnaître que l'appréciation de Rùbner est fondée, il suffit de se rappeler combien une température de 25° à l'ombre est pénible, quand le temps est ce qu'on appelle « lourd », c'est-à-dire quand il n'y a pas de vent et quand l'air est humide. Il suffit aussi de considérer l'impression qu'on ressent quand on pénètre dans une serre chaude ; les conditions de température et d'humidité y sont analogues à celles qui nous occupent, c'est-à-dire, 25° de température environ et humidité de 90 p. 100 ou plus.
On peut admettre en tout cas que l'état hygrométrique de 80 p. 100 pour une température de 25° est un maximum qui ne doit pas être dépassé, et on a vu plus haut qu une humidité plus grande nest jamais nécessaire, quelle que soil lu nalure du textile (1).
Humidité fixée par la loi anglaise. — Néanmoins, la loi anglaise sur les tissages de coton alloue un peu plus aux industriels pour les températures inférieures à 25°, un peu moins pour celles qui dépassent cette limite (2).
Humidité maxima admise par l'Act de 1880 sur les lissages de colon en Angleterre.