‹ Traitâe de physiologie considâerâee comme science d'observationChapitre 105 sur 120 · IDÉE FONDAMENTALE DE LA SEXUALITÉ · texte numérisé non relu

IDÉE FONDAMENTALE DE LA SEXUALITÉ

individu qui se propage d'une manière quelconque (§20-44) par voie de monogénie , ressemble à une femelle fécondée , si ce n'est qu'il a été mis dans cet état par une force propre et qui se suffit à elle-même. Et lorsque la monogénie a lieu exceptionnellement dans des circonstances où la digénie est de règle (§ 43-45 ) , ce n'est jamais qu'un organe femelle ou un individu femelle qui l'accomplit. Nulle part donc une espèce qui se propage n'est sans femelle , mais beaucoup sont sans mâles. Tout ce qui est procréé par son semblable a une mère, et la nature elle-même est un principe femelle, lamère de tout ce qui existe. Cette simple vue nous donne Vidée fondamentale de la sexualité; la féminité est le mode primitif de 'manifestation de la vie , mode qui conserve le caractère de la primordialité dans tous ses développemens , et la masculinité, au contraire , est une forme dérivée , qui provient de la primordiale par développement. Cette idée devient un fait matériel dans les Pucerons et quelques Entomostracés (§ 44, 6° ) ; au printemps il n'y a que des femelles , qui , se suffisantà elles-mêmes, produisent de nouvelles femelles pendant l'été , mais engendrent des mâles et des femelles aux approches de l'automne. Chez les Abeilles et les Fourmis aussi, les œufs des mâles sont pondus et éclosent plus tard que ceux des ouvrières, quoique plus tôt que ceux des femelles parfaites; ce qui tient à la condition particulière du sexe féminin chez ces animaux , condition qui sera examinée plus tard lorsque nous traiterons de la sémination.

De même que , dans les espèces qui viennent d'être citées, les mâles ne paraissent qu'en passant , par une sorte d'élan plus impétueux de la force génératrice , et qu'ils manquent entièrement dans les espèces monogènes , de même aussi ils sont, généralement parlant, moins nombreux que les femelles chez les animaux dont l'espèce se compose constamment des deux sexes. Pour un mâle, on trouve quatre femelles dans l'Ascaride lombricoïde , d'après J. Cloquet, cinq dans l'Echinorhynque , six dans les Céphalopodes , suivant Cuvier , quinze dans les Daphnies , selon Ramdohr , quarante dans les Poux , au dire de Swammerdam; chez les Abeilles, il y a un mâle pour dix ouvrières. Les mâles sont tellement rares dans quel-

CARACTÈRE GÉNÉRAL DE LA SEXUALITÉ. 55g

ques espèces de Poissons , qu'on a prétendu qu'il n'y en avait pas (§ 155 ) ; Rathke n'a jamais pu en découvrir un seul dans les Cobitis tœnia et fossilis (1). Ils sont plus rares aussi chez la plupart des Oiseaux , notamment les Gallinacés et les Palmipèdes, et chez le plus grand nombre des Mammifères, en particulier les Ruminans , les Rongeurs , les Amphibies et certains Carnassiers ; ainsi , par exemple , leur nombre est à celui des femelles I H!20 , dans l'espèce du Chat, suivant Frisch. Cependant il n'est pas rare de voir le contraire ; les anthères sont plus'nombreuses que les ovaires dans les fleurs hermaphrodites, et, dans les plantes monoïques, le nombre des fleurs mâles surpasse celui des fleurs femelles qui , paraissant les premières, mais arrivant plus tard à leur entier développement , sont situées plus bas sur la tige (2). La même chose a lieu chez les Végétaux dioïques ; dans le Chanvre et autres plantes sauvages de cette catégorie, les pieds femelles sont aux pieds mâles '. '. 1 ! 4 (3). Nordmann a trouvé deux mâles pour chaque femelle dans un grand nombre d'espèces de Lernées. De Geer fixe le nombre des mâles à un contre trois , et Lyonnet à un contre quatre , dans les Phalènes , et Meinecke (4) assure que la même proportion règne non seulement parmi les Lépidoptères, mais encore chez la plupart des autres Insectes. Suivant Bloch(5), il y aurait une fois au moins autant de mâles que de femelles chez les Poissons, ce qui ne peut cependant s'appliquer à toutes les espèces. Dans les Oiseaux de proie, quelques Gallinacés , Palmipèdes et Passereaux , plusieurs Mammifères carnassiers et les Quadrumanes , les deux sexes sont égaux en nombre , ou bien il y a un peu plus de mâles que de femelles , comme chez l'homme.

B. Caractère général de la sexualité.

§ 205. De l'idée fondamentale des sexes il suit que leur caractère consiste en trois antagonismes , savoir celui d'iudiffé-

(1) Beitrœge sur Geschichte der Thierwelt , t. II, p. 117.

(2) Henschel, V-on der Se.vualitœt der Pflanzen , p. 353.

(3) Sprengel , Neuo Entdeckuwjen , t. III , p. 343.

(4) Der Naturforscher , t. VIII , p. 438.

(5) Naturyeschichtc der Fische , t. I , p. 148. .

36o CARACTÈRE GENERAL DE LA SEXUALITÉ.

renceet de différence (§205) , celui de relation avec l'intérieur et de relation avec l'extérieur (§ 207), celui enfin de connexion avec le tout et d'individualité (§ 212).

ln Nous voyons partout que les différentes forces se manifestent d'abord confondues ensemble , et que c'est seulement par gradation qu'elles déploient leurs caractères particuliers, ou , pour employer d'autres termes , que ce qui apparaît d'abord est une chose indifférente , d'où émanent plus tard des différences. Il suit delà que le sexe féminin , auquel appartient la primordialité , doit renfermer en lui-même , dans la monogénie , la réunion des forces, qui, dans la digénie, sont réparties à deux organes ou à deux individus; il doit être indifférent. Mais lorsque la génération s'accomplit par le moyen d'une différence sexuelle , l'ovaire ne perd que la puissance de compléter ses produits , et il conserve sa forme , comme aussi le pouvoir de produire la substance qui , en se développant, devient la base ou la partie primordiale du nouvel individu, tandis que le produit du testicule élève cette formation à la dignité de fruit. La différence sexuelle ne repose donc pas sur une polarisation complète , sur une scission en deux facteurs qui s'excluent l'un l'autre ; l'ovaire reste jusqu'à un certain point la chose primordiale , indifférente , procréatrice de son propre fonds , et il n'y a antagonisme de polarité entre lui et le testicule qu'eu égard à l'achèvement de ses produits, par conséquent à l'intensité de sa force. Il n'a [donc qu'une différence relative , c'est-à-dire qu'il montre un développement dans lequel l'indifférence primordiale continue encore à être le fait caractéristique. Le testicule, au contraire, est toujours un organe surajouté , qui n'accomplit sa fonction , qui n'agit pour la génération, qu'à la condition d'être placé en regard de l'organe qui lui fait antagonisme , de sorte qu'il repose absolument sur la différence. Comme tout ce qui vit procrée , mais que l'être primordialement procréateur est femelle (§204), la femelle est aussi une vie générale et indifférente , tandis que le mâle est la forme de vie différente, et que c'est seulement lorsqu'il apparaît qu'on aperçoit la différence sexuelle ; c'est lui qui , à proprement parler , caractérise la sexualité. L'usage a consacré une erreur en fai-

sant les mots de génération et de sexualité synonymes. Lorsque Walther (i) soutient que l'être dépourvu de sexe est masculin, parce que, suivant lui, c'estla fémininilé spécialement qui constitue le sexe, qu'elle n'existe que par antagonisme à la masculinité , et par elle , et que cette dernière existe par elle-même , qu'elle est purement positive dans tous ses attributs , que par conséquent elle est primordiale , ce sont là autant d'assertions que l'expérience réfute complètement , et dont il nous paraît qu'on doit chercher la source tant dans l'intention formelle de faire l'apothéose du sexe masculin , que dans la confusion d'idée s qui est consacrée par le langage vulgaire. C'est la femme qui surtout procrée, mais l'homme est le sexe , c'est-à-dire ce qui a besoin de paraître pour qu'on puisse apercevoir une différence , ce qui ne se manifeste réellement soi-même que comme différence , ce qui enfin constitue l'être femelle à l'état de sexe , qui jusqu'alors lui était étranger.

2° Le système des organes génitaux exprime le même caractère. En effet, il se compose d'une sphère intérieure et d'une sphère extérieure , ou de deux extrêmes, opposés l'un à l'autre, qui sont prédominans chez l'homme, et d'une sphère intermédiaire ou indifférente , qui acquiert son plus haut degré de développement et de vitalité chez la femme (§ 1 18) , de sorte cjue la féminité semble être concentrée tout entière dans la matrice.

3° La femelle forme un nouvel individu ; le mâle éveille et exalte cette force plastique. Maintenant la formation consiste à enchaîner les forces en une existence durable , à mettre dans l'état d'indifférence 5 au contraire ^ ce qui a pour destination d'éveiller et de stimuler , doit se manifester comme force libre, comme chose spéciale, opposée, différente. La femelle qui produit agit donc comme chose indifférente, et le mâle qui excite , comme chose différente.

4° La femelle n'est point une indifférence absolue , autrement elle serait inerte ; c'est une indifférence relative , vivante, renfermant en soi des forces actives diverses , qui ne

(1) Physiologie dos Menschcn , § 620.

se détruisent et ne s'enchaînent pas réciproquement , mais qui ne font que se modérer, et entre lesquelles il s'établit non pas un équilibre stable, mais seulement une proportion. Par conséquent les différentes forces de l'humanité se réunissent, chez la femme , en un tout harmonique , dans lequel il y a consonnance entre le haut et le bas. L'homme , au contraire, a non seulement une sensualité plus grande et des désirs plus impérieux (§ 198 , 4°) , mais encore une raison plus puissante et plus active (§ 196) ; il est tantôt plus excentrique et tantôt plus trivial , tandis que les femmes savent mieux se tenir dans les termes d'un juste milieu , et se ressemblent davantage en tout temps.

§ 206. Le caractère général nous fournit à son tour quelques traits secondaires.

1° La réalité est la liaison de la masse morte et de la pensée qui consiste en pure activité , tout comme le présent est l'intermédiaire entre le passé et l'avenir. La femme vit plutôt dans le présent et la réalité (§ 195 , 196 , 197 , 2°) , représente le principe de l'existence , et ressemble davantage à la nature, ou est plus naturelle (§ 198, 201). L'homme vit plus dans l'avenir que dans le présent ; tantôt il poursuit l'idéal , tantôt il s'abandonne à la pesanteur, et se plonge dans la masse (§ 198 , 5°). L'activité tend, chez la femme , à maintenir et à conserver, chez l'homme à changer et à créer (§ 198 , 13°).

2° Dans l'existence réelle , l'antagonisme entre la matière et la force a disparu. De même , chez la femme , la matière et la force se font équilibre , et sont réunies en un tout qui se manifeste comme activité de la formation vivante. Chez l'homme, la matière et la force sont proportionnellement plus séparées ; son existence est plus massive et son activité plus dynamique; sa plasticité exige davantage de stimulation, mais donne aussi plus de masse. Chez la femme , la plasticité est plus active , mais produit moins de masse : l'hématose est plus abondante (§ 166 , 179) , mais le sang plus chargé de carbone (§ 168-178 ), et la cohésion du corps entier plus indifférente (§ 185).

3° L'indifférence , la réalité, la plasticité , procurent fixité et repos. La femme , en sa qualité de chose relativement et

vitalement indifférente, a pour caractère l'uniformité; l'activité et le repos sont , en elle , plus simultanés , plus mêlés ensemble, moins distincts. Les contours de son corps annoncent un tout continu, non pas un tout uniforme et homogène, mais un tout qui marche sans cesse vers la diversité par des lignes onduleuses (§ 199). Elle est mobile, mais n'a point d'énergie, et l'uniformité signale sa vie. L'homme , au contraire , éprouve le besoin d'une activité plus grande et d'un repos plus complet , de sorte qu'il y a une plus grande inégalité entre les momens de sa vie. L'humeur de la femme est plus égale , à cause du caractère propre de ses sentimens et de ses désirs (§ 198 , 3°) : ses sentimens sont plus faciles à émouvoir et cependant plus durables (§ 197 , 3°, 4°) , et elle s'attache davantage aux souvenirs (§ 197 , 2°) -, en un mot , elle a plus de constance , plus d'uniformité dans ses goûts.

4° Cette uniformité plus prononcée fait qu'il y a en elle plus d'harmonie entre l'intérieur et l'extérieur. Aussi sa forme est-elle plus expressive (§ 201) , et ses démonstrations sont-elles plus significatives (§ 202) ; aussi aime-t-elle davantage la forme des choses (§ 198 , 5°) , et regarde -t-elle l'amabilité comme son but suprême (§ 198 , 6°).

§ 207. Toute activité doit commencer par l'action d'un être au dedans de lui-même. Ce n'est qu'après avoir exercé sa force dans son propre intérieur, après avoir rempli son existence par l'activité , qu'il peut tourner cette dernière vers l'extérieur. Agir au dedans de soi-même est donc la condition primordiale , et agir en dehors de soi n'est qu'un développement consécutif. En outre , ce qui est indifférent s'annonce par la prédominance de l'activité intérieure ; car il réunit en luimême les différentes formes qui sont nécessaires pour son existence et son action. Ce qui est différent , au contraire , se dirige vers l'extérieur, vers ce qui lui est étranger ; car il ne peut entrer en pleine et entière activité qu'à la condition de rencontrer ce qui lui fait antagonisme. Or, puisque la femme est la chose primordiale (§ 204), et la chose indifférente (§ 205), puisque l'homme représente le développement secondaire et la différence , il faut aussi que l'activité de dehors en dedans prédomine chez l'une , et celle de dedans en dehors chez

l'autre. De là vient que l'ovaire a une forme sphérique (§ 86 , 2°) , qu'il produit en dedans de lui-même ( § 86, 3° ), et qu'il a une position centrale (§ 88) , tandis que le testicule se fait remarquer par la prédominance de la forme allongée et de l'éjection , ainsi que par sa situation près de la périphérie ; que la formation intérieure prédomine dans la sphère médiane des organes génitaux de la femme, et le mouvement expulsif dans celle de l'homme (§ 119); qu'ici la sphère extérieure est uniquement consacrée à rejeter au dehors , et conformée en membre extérieur , tandis que là elle a encore pour destination de recevoir , et qu'elle représente une cavité intérieure (§ 137). Ainsi, déjà dans les plantes diclines , la fleur femelle est plus cachée, moins proéminente, portée sur un pédoncule plus court , plus disposée à affecter une situation centrale , pourvue de nectaires moins développés, et souvent privée de corolle (1). Dans les plantes dioïques , les pieds mâles sont , d'après Girou (2), plus petits pour la plupart, plus garnis de branches latérales , creux, à parois minces, et fréquemment pourvus d'aiguillons ou de poils ; dans les végétaux monoïques , les fleurs femelles sont plus rapprochées de l'axe du tronc et des branches, et les mâles plus latérales; lorsqu'il survient des fleurs mâles à la place des feuilles , les parties extérieures , les écailles , les épines , les poils , etc. , diminuent; lorsqu'au contraire des fleurs femelles remplacent des branches , on voit des organes internes , des épines , des vrilles, etc., s'effacer ou disparaître. Dans aucun organe, si ce n'est dans ceux de la génération , la masculinité ne se manifeste d'une manière aussi caractéristique que dans le pins extérieur de tous , celui qui est tourné vers le monde du dehors , la peau (§ 182 , 483), et dans l'organe vocal , c'est-à-dire dans celui qui révèle le plus complètement l'intérieur (§ 202) ; l'un et l'autre organes ont acquis ici un développement beaucoup plus considérable. Chez la femme , la sensibilité , dont la direction est du dehors au dedans , prédomine , et le nerf, qui est plus développé (§ 189) , domine le muscle , qui est plus

(1.) Henschel, Von der Sexualitœt des Pflanzen , p. 353. (2) De la Génération , Paris 182S , p. 191.

faible (§ 190 , 3°). Chez l'homme , au contraire , l'irritabilité , dont la direction est du dedans au dehors , a la prééminence. Comme le testicule se distingue déjà par l'enveloppe musculeuse qui le circonscrit (§ 88 , 3°, 8° ) , comme le mouvement l'emporte sur la formation dans le canal déférent et la vésicule séminale (§ 116, 120) , comme l'irritabilité est plus puissante dans les organes de la digestion (§ 177 , 2°) , de la respiration (§ 178) et de la circulation (§ 180) , de même les membres ont pris plus de développement (§ 191), et les muscles, les os, les ligamens sont proportionnellement plus forts que les nerfs (§ 490). Et de même que, dans la génération , la femme reçoit, tandis que l'homme donne , de même aussi , chez celui-ci , la force se dirige davantage du dedans au dehors dans des organes de sens plus actifs (§ 192) , dans une volonté plus énergique (§ 498, 11°), dans des désirs plus vifs(§ 198, 5°), dans des mouvemens plus vigoureux (§ 190), et comme il tend toujours à sortir hors de lui-même pour s'égarer soit dans le monde physique, soit dans le monde intellectuel (§ 198, 2°), il dépend davantage aussi des choses du dehors , des alimens et de l'air ( § 179) , des impressions qu'il reçoit par les sens et de l'expérience (§ 190). Chez la femme, l'activité dominante se tourne davantage vers l'intérieur , comme sentiment (§ 1 97) agissant et produisant au dedans , et dépendant moins du dehors. Toute vie quelconque se caractérise par une activité intérieure qui n'a pas besoin de recevoir immédiatement l'impression du dehors ; aussi la femme est-elle une image de la vie en général , tandis que l'homme n'exprime qu'une direction particulière de la vie.

Le rapport de tendance vers l'intérieur et vers l'extérieur se répète dans ceux de conservation et de dissipation (§ 208) , d'unité et de pluralité (§ 209) , de réceptivité et de spontanéité (§ 240) , de contraction et d'expansion (§ 211).

§ 208. La direction de dehors en dedans (§ 207) a pour résultat de lier et de retenir; celle de dedans en dehors tend à séparer et disjoindre. En conséquence, les vaisseaux efférens, lymphatiques (§ 177 , 2°) et veines (§ 180) , sont proportionnellement plus actifs chez la femme ; il se forme davantage de graisse , et la plasticité se manifeste comme surabondance

de combinaison (§ 188). Chez l'homme, l'artère l'emporte sur la veine, la décomposition par la sécrétion urinaire; la vaporisation parla transpiration cutanée, la destruction, ladisgrégation, l'excrétion, sont plus considérables. C'est ici que nous trouvons à expliquer la réduction de la substance végétale en poudre dans le pollen (§ 82), celle de la semence animale en Spermatozoaires (§ 84, 2°), et la grande facilité avec laquelle le sperme se décompose (§ 84, 1°). Comme la consommation est plus considérable , ce qui accroît le besoin de substances restaurantes (§ 179) et de repos (§ 198, 5°) , l'homme s'épuise de meilleure heure , et sa vie dure moins long-temps (§ 188). De même aussi les mâles des animaux , par exemple les Cerfs (1), atteignent un âge moins avancé que les femelles. Chez les Pucerons et les Entomostracés , il y a pendant tout l'été des femelles , et en hiver des œufs d'où se développent au printemps suivant des femelles ; les femelles sont donc ici ce qui persiste, tandis que les mâles ne sont qu'une apparition passagère , qui se montre en automne seulement , et ne tarde pas à cesser. De même , dans la Daphnia longispina , les mâles naissent en octobre seulement, et périssent tous dès le mois de novembre, tandis que les femelles vivent jusqu'en hiver (2). Les femelles sont aussi celles qui survivent dans l'espèce des Abeilles ; elles passent l'hiver, et vivent plusieurs années , tandis que les mâles périssent dans le cours du même été qui les voit venir au monde. C'est ainsi encore que l'acte de la fécondation épuise davantage , et que , par exemple , il tue les mâles des Insectes avant les femelles. La femme n'acquiert la pleine jouissance de sa force qu'après le mariage et la grossesse ; c'est avant le mariage que l'homme a le plus de vigueur.

La forme de la femme porte le cachet de l'union et de la fusion ; celle de l'homme annonce la séparation et la distinction (§ 199). Comme il y a prédominance, chez la première, du sentiment , qui associe , et chez l'autre de l'intelligence ,

(1) Bechstein , Gemeinnuetzige Naturgeschichte , t. I , p. 463.

(2) Ramdohr , Beibrœye zur Naturgeschichte einiyer deutschen Mo* nocitlusarten , p. 27.

qui sépare (§ 194) , la femme est partout aussi le principe d'union et de synthèse, qui retient les hommes dans les liens de la famille et de la société , qui ramène vers le centre la force musculaire , toujours prête à s'en écarter, et qui apaise les inimitiés. C'est le sexe féminin qui fait apparaître , chez les Insectes , l'esprit de société , l'ordre , et la coopération à un but commun.

§ 209. La direction de dehors en dedans (§ 207) et l'action de lier ensemble les choses (§ 208) , visent à Y unité ; la direction de dedans en dehors , et la tendance à la division , ont pour but la pluralité. Ce nouvel antagonisme désigne également le caractère sexuel.

1° L'ovaire des plantes est la plupart du temps simple, tandis que les anthères sont multiples. L'ovaire des animaux est fréquemment simple, et le testicule plus souvent double (§ 89). Lorsque la sphère médiane des organes génitaux a pris un haut degré de développement , la d uplicité cesse du côté de la femelle (§ 100 , 107), et les organes multiples se trouvent réduits à un seul (§ 106 , 107) , tandis que , chez le mâle , la séparation des canaux déférens (110) et la variété des organes accessoires (§ 114, 115) continuent de subsister (§ 119). Il ne paraît pas qu'on doive considérer comme une particularité sans importance que le nombre des articles soit toujours pair dans les antennes des femelles d'Insectes , et impair dans celles des mâles (§ 192). Les formations cutanées qui appartiennent aux mâles se distinguent aussi par une plus grande variété. (§ 183).

2° La forme sphérique , annonce de l'unité , se montre dans la conformation dep'ovaire (§ 86, 2°; § 87, 3°) et de la matrice (§ 107 , 7°) ; la forme allongée désigne la pluralité et caractérise la texture du testicule (§ 86 , 2°; § 87 , 3°), de même que la forme des canaux déférens et des vésicules séminales (§ 111). Cet antagonisme caractéristique se prononce dans la forme du bassin (§ 162) , dans celle des membres (§ 191) , et dans la forme générale (§ 199). Comme la forme globuleuse exprime une direction de dehors en dedans , et que toute vie repose sur cette sorte de direction (§ 207) , elle est aussi la forme primordiale de l'organisme , celle de laquelle se déve-

loppe plus tard la forme allongée. De même nous la retrouvons exprimant la vie primordiale et générale chez la femme, les développemens particuliers et subséquens de cette vie chez l'homme (§ 204).

3° L'unité plus parfaite de la nature de la femme s'exprime par la prédominance de la sensibilité centrale sur la sensibilité périphérique (§ 493 , l°-5°), et par la sphéricité uniforme du cerveau (§ 193;, 6°).

4° De même aussi il y a plus d'unité dans la sphère morale; l'intelligence et le sentiment sont mieux proportionnés (§ 498, 5°, 13°) , et la femme est plus d'accord avec elle-même , tandis qu'il y a davantage de lutte et de désaccord dans l'âme de l'homme.

§ 210. La réceptivité et la spontanéité se comportent comme les directions de dehors en dedans et de dedans en dehors de )a vie (§ 207). Ainsi la réceptivité est plus grande chez la femme (§ 171 , 172) , et elle manifeste déjà sa plus grande activité par la proportion des nerfs aux muscles (§ 189). Comme la réceptivité passive est , proportion gardée , plus considérable chez la femme , c'est principalement aussi dans la passivité qu'elle montre sa force. La femme supporte mieux les douleurs .et les privations , les mauvais traitemens et l'infortune, contre lesquels l'homme combat avec plus d'énergie , ou qui l'abattent davantage et le font succomber plus tôt. Quand la réaction n'a point autant de violence, elle est aussi moins destructive, et une résistance plus faible s'accompagne d'une plus grande souplesse : voilà pourquoi la femme est plus sujette aux maladies , mais moins exposée à celles qui compromettent la vie , aux affections aiguës et promptement mortelles. Elle arrive plus sûrement à son but en cédant, tandis que l'homme s'y porte par une violente résistance.

La réceptivité morale est également plus vive chez la femme ; la faculté d'apercevoir l'emporte sur l'intelligence (§ 195) , et le sentiment sur la volonté (§ 197) ; de là vient la flexibilité dans la sphère de l'esprit (§ 196) , et la tendresse dans celle du cœur (§ 197, 1° ), de même aussi que tout l'extérieur parle davantage au sentiment (§ 200).

§ 211. La prédominance de la direction du dehors au de-

dans s'exprime enfin par une contraction plus grande , et celle de la direction inverse par une expansion plus considérable.

1° Comme l'eau , représentant de la plus parfaite indifférence , se comporte cependant , sous beaucoup de rapports , à la manière des substances oxygénées , de même aussi il y a prédominance relative chez la femme d'oxygène et d'électricité négative , chez l'homme de. combustible et d'électricité positive (§ 91, 3°, 5°; § Î86j.

2° La contraction féminine est surtout caractéristique , en ce qu'elle procure plus de masse , impose des bornes, et rétrécit le cercle d'action. Dans les plantes diclines, les fleurs femelles sont plus petites et plus délicates que les mâles. De même, dans l'espèce humaine, l'ovaire est plus petit que le testicule (§ 87 , 4°) , et la taille de la femme inférieure à celle de l'homme (§ 184, 4°). L'homme a davantage de masse, et la femme plus de délicatesse (§ 199). La femme a besoin de moins d'alimens , et elle est plus frugale (§ 177, 2°); la proportion de sa respiration fait qu'elle est organisée pour vivre dans un espace plus resserré (§ 178). Et comme ses sens sont moins appropriés pour saisir ce qui est loin d'elle (§ 492, 4°) , ses membres sont moins propres aussi à parcourir un grand espace (§ 191) , et sa voix retentit moins dans le lointain (§ 202). Son esprit s'applique mieux aux particularités, aux détails, aux choses faciles à saisir, qu'aux idées générales et abstraites (§ 165); l'intelligence surpasse la raison (§ 19G). Le sentiment a chez elle plus de profondeur que d'étendue (§ 197); sa bienveillance se porte plutôt sur les individualités que sur les classes (§ 198 , 3°), et le gracieux, l'élégant, satisfait davantage son goût que le sublime (§198, 5°). Le resserrement 'plus grand du cercle d'action , le caractère de primordialité , et le penchant à persister dans l'état primitif font que même les femelles des animaux témoignent plus d'attachement pour leur pays natal ; ainsi, par exemple , celle du Chevreuil ne quitte jamais sa station , ce qui arrive souvent au mâle, surtout quand il ne trouve pas de femelle dans son voisinage (1).

(1) Mellin, Neujafarsgeschenk fuer Jagd-vnd Forstliebhaber, 1797, p. 27. I, 2 \

§ 212. Toute chose particulière procède du tout : ce qui se manifeste en premier lieu , ce qui a le caractère de primordialité , est plus proche du tout , et s-y rattache plus intimement ; ce qui en émane , à un degré plus éloigné de développement, s'en sépare davantage. Ainsi , la femme , qui est la chose primordiale (§ 204), a des connexions plus intimes avec le tout, avec son espèce et avec la nature; l'homme, au contraire, qui est un développement secondaire, se montre plus individualisé.

1° La génération est le rapport de la formation vivante à l'espèce, et elle se trouve en antagonisme avec le maintien et la conservation de l'individualité. Or, cette circonstance que la formation outrepasse les bornes de l'individualité , est ce qui prédomine chez la femme, et la génération se rattache en elle d'une manière étroite , par les liens les plus vivans , à l'organisme tout entier (§ 157). L'homme engendre par momens; l'activité de la femme est toujours dirigée, au physique (§ 146), comme au moral (§ 198 10°)., versla conservation de l'espèce. La force et la substance qu' elle consomme pour la génération , et qu'elle perd par la menstruation , hors de l'état de grossesse (§ 171), l'organisme de l'homme en. tire profit pour sa propre individualité , de manière que , non seulement son corps acquiert plus de masse (§ 184, 4°), mais encore sataille devient plus haute (§ 183) , et sa force musculaire plus considérable (§ 190). La souche de l'organisme est le système génital chez la femme , et le système de la conservation individuelle chez l'homme (§ 138). La génération lie les individus en famille, et la femme est le principe unissant ; tandis que les Abeilles ouvrières et leur reine travaillent et agissent dans l'intérêt général de la république , les Bourdons sont des égoïstes , qui ne font que se nourrir etjs' accoupler ; dès qu'ils ont accompli la copulation, leur individualité devient superflue dans la société ; leur égoïsme est alors un pléonasme pour l'ensemble , et du moment qu'ils portent en eux le germe de la mort , les ouvrières les tuent, car ce qui est plein de vie porte inimitié à ce qui ne fait que languir.

2° La femme est plus en harmonie avec la nature , elle met à profit les forces et les biens qui lui sont tombés en partage ?

s'en tient à la réalité (§ 195, 197, 2°), et conserve son indépendance, son caractère naturel (§ 198, 5°, §201). Sa vocation est aussi , comme mère et comme épouse , de ramener l'homme à la nature , quand il s'en est écarté. L'homme veut devenir quelque chose par ses propres forces ; il veut , non pas recevoir , mais opérer lui-même , et se donne avec orgueil le nom d'homme fait. De cette manière , il rêve une individualité supérieure , en se mettant en lutte avec lui-même et avec la nature; insatiable dans son désir de s'élever, il veut franchir les bornes de l'existence , pour pénétrer jusqu'à la cause idéale de l'être. Tout se séparant dans son âme, et s'y individualisant par des antagonismes, sa conscience devient plus lucide , et il acquiert plus de puissance pour déterminer son propre individu. La femme, au contraire, reste davantage telle que la nature l'a faite , et montre ainsi la vie sous sa forme primordiale. La nature, ditHumboldt, a pris les femmes sous sa protection spéciale, et les a traitées avec lapréférence la plus marquée ; semblables aux filles de la maison , elles se pressent autour de leur diligente mère, tandis que le fils, aveuglé par le sentiment de sa force , s'élance à corps perdu dans le torrent de la vie. Le mérite de l'homme repose sur ce qu'il a fait; celui de la femme sur ce qu'elle est devenue, parce que la nature pouvait se développer en elle librement et sans obstacle. La nature lui vient partout plus en aide qu'à l'homme, quand il s'agit de démêler la vérité (§ 196), d'apprécier les convenances (§ 198, 9°), de déployer tout à coup une grande présence d'esprit (§ 198, 12°) , et même de résister aux maladies ; car on a remarqué que les crises sont, chez elle , plus régulières et plus complètes. La plupart des animaux de proie sont moins tentés d'attaquer les femmes que les hommes; au Kamtchatka, par exemple, les Ours ne suivent les femmes qui vont ramasser des fruits dans les forêts que pour leur en ravir une partie , quoiqu'ils soient d'ailleurs très-farouches (1). On voit aussi , dans nos ménageries , les Lions , les Éléphans, les Phoques, etc. , se montrer plus familiers, plus doux, plus obéissans envers les femmes ; et une femme court moins de

(1) Smellie, Philosophie der Natvrgeschichte, t. I, pag. 282,

risque qu'un homme en s'approchant d'une bête domestique devenue farouche , elle réussit mieux que lui à la calmer.

L'animal herbivore vit plus en paix avec ses semblables , et ne subordonne que la substance végétale au but de sa conservation ; plus rapproché des plantes , il est en quelque sorte sorti du règne végétal , et il entretient les relations qui l'y unissent en n'allant chercher qu'en lui sa nourriture. Le Carnivore , au contraire , est une aberration de la nature , dans laquelle l'animal terrasse son semblable , au sang duquel il demande de lui procurer des forces nouvelles. La prédominence du régime végétal ou animal est donc un des caractères des deux sexes (§ 177, 3°).

3° Les connexions plus intimes de ïa femme avec le tout rendent chez elle la sympathie plus grande (§ 198, 3°), les pressentimens plus vifs (§ 198, 2°) , la religion mieux sentie

4° La prédominance de l'individualisation fait qu'on rencontre, parmi les hommes, une plus grande variété dans la taille, comme dans les traits du visage , dans la proportion comme dans la direction des forces , tant physiques que morales , au lieu que , généralement parlant, les femmes se ressemblent davantage , et leur caractère présente moins de modifications.

5° Gomme , en vertu de sa destination , la femme tient plus intimement au tout et est moins individualisée , elle perd aussi tout point d'appui en s'éloignant de ce tout; le moindre écart qu'elle se permet est puni plus sévèrement par la nature que chez l'homme ; en s'associantà des bandes révolutionnaires elle devient une hyène (§ 198, 3°); en se livrant sans réserve aux plaisirs de l'amour , elle se ravale au niveau des rebuts de la société (§ 198, 10°); une fois pervertie , elle offre l'image de la plus affreuse laideur (§ 200 3°) ; si elle veut prendre place parmi les esprits forts , elle se perd dans des abîmes sans fin (§ 198 , 1°) , et l'intempérance la rend un des objets qui inspirent le plus de dégoût (§ 177, 2°).

§ 213. Nous avons reconnu que les'deux sexes diffèrent l'un de l'autre eu égard à la qualité , et par là nous avons acquis

la conviction que la différence qui existe entre eux ne peut pas être réduite tout entière à un simple rapport de quantité. Cependant , pour compléter ce qui précède , nous devons examiner l'opinion contraire sous quelques points de vue particuliers, parce qu'elle a été si souvent exprimée dans ces derniers temps, qu'on a fini par croire qu'elle était fondée. En effet , lorsqu'on entend la plupart des physiologistes modernes parler de la différence des sexes , on serait tenté de penser qu'on se trouve au milieu d'une assemblée de Browniens, qui ne connaissent la vie que comme une quantité simple, ne voient qu'une simple échelle dans son déploiement, et rapportent toutes ses modifications à un plus ou à un moins. L'esprit humain est enclin à tout ramener à une différence de quantité , parce que sa tendance le pousse vers l'unité dans le savoir. Mais il faut bien distinguer le monde des idées et celui des phénomènes. Ce dernier a pour caractère primordial et essentiel des différences de qualité. Lorsque effectivement on doit en venir à la spécialité du phénomène, il faut qu'il y ait partout plusieurs individualités , puisque celle qui serait seule n'en serait point une^ Toute connaissance de la nature repose sur ce que nous saisissons les qualités avec nos sens , les jugeons avec notre entendement , et les ramenons avec notre raison à des principes supérieurs. Quand nous avons devant nous une série d'individualités pareilles , nous pouvons les envisager sous le point de vue des différences de quantité qui existent entre elles , calculer les forces , et appliquer l'écheHe même à l'attention, à la mémoire, etc. Mais,

1° Cette manière d'opérer doit toujours être subordonnée , attendu qu'elle n'apprend rien de l'essence des choses, et n'éclaire que sur le compte des phénomènes qui ont trait à la qualité. Ainsi, dans ce qu'on appelle vulgairement l'optique, on ne dit pas un seul mot de la nature de la lumière , et l'on s'occupe seulement de la manière dont elle se propage.

2° Ce que l'on calcule ainsi a perdu sa liaison avec le tout, et n'est qu'une simple abstraction. Rien , dans la nature, ne se présente dans un tel état d'isolement ; chaque être réunit en soi différentes qualités élémentaires, qui sont plus prononcées, celle-ci dans telle direction, celle-là dans telle autre,

et nulle part il n'y a de série simple. Nous ne pouvons donc point juger l'homme et la femme en général d'après une échelle arithmétique; tout ce qu'il nous est permis de dire, c'est que l'un des sexes est plus fort à tel égard , et l'autre à tel autre égard. Dans les cas même où il s'agit seulement d'individualités qui frappent nos sens , la qualité vient toujours porter le trouble au milieu de nos calculs ; à peine pouvons-nous dire que l'homme est plus grand que la femme, car au bas-ventre c'est la Jemme qui est plus grande que l'homme.

Mais si nous trouvons dénuées de fondement , et l'opinion que les organes génitaux femelles n'égalent point les organes de l'autre sexe , sous le rapport çle la perfection (1) , ni celle que la femme occupe à tous égards un échelon inférieur à celui de l'homme , il nous est également impossible de donner notre assentiment à la ridicule exagération d'Agrippa de Nettesheim , ni de considérer l'exaltation maladive d'Erb (2) comme autre chose que comme une singularité littéraire.

§ 214. Nous avons dit que la fémininité était primordiale , ce qui ne veut pas dire une chose grossière et non déve'oppée, mais une chose qui , dans tous ses déploiemens , même les plus élevés , conserve le caractère de la primordialilé ; et nous avons ajouté que la masculinité , même à un degré réellement inférieur , est ce qui apparaît sous la forme d'une chose développée (§ 204). Nous avons déduit de la primordialité l'esprit religieux de la femme (§ 212), et du principe du développement les désirs de l'homme (§ 207) : il ne peut donc être question ni d'un plus ni d'un moins, ni d'un haut ni d'un bas, dans l'un ou l'autre des deux sexes considérés en bloc.

1° Le féminin est, proporlion gardée, indifférent (§ 205); mais on ne peut pas conclure de là qu'il soit inférieur; car, non seulement son indifférence n'est poussée que jusqu'à un certain point, au-delà duquel on le voit devenir actif, par antagonisme avec le masculin, mais encore elle est vivante, et suppose

(1) Jœrg, Schriften zv/r Befœrderung der Kentniss des JVeïbes , 1. 1 , p. 230.

(2) Forschungen tieber Geschleclitsnatur . Heidelberg , 1824 , in-8".

CARACTERE PARTICULIER DES SEXES. û?5

deux facteurs opposés qui soient contenus en elle , puisqu'il y a repos absolu et suppression de toute activité là où ne reste plus aucune trace d'antagonisme. Ainsi, le féminin, ou , pour le désigner de manière à le mettre plus en rapport avec l'intuition par les sens, l'ovaire, est, jusqu'à la formation du germe, un tout portant complètement en soi les facteurs de la génération , tandis que le testicule n'est qu'un fragment détaché, isolé, incapable d'engendrer sans la rencontre de son antagoniste.

2° Nous ne pouvons point considérer la femme comme le côté matériel ( § 206 ) , et par conséquent inférieur , ni l'homme comme le côté aciif , et par cela même supérieur. D'abord ce n'est point la substance morte qui prédomine chez la femme, mais bien la formation vivante ; l'activité en ellemême est un mot vide de sens , qui n'acquiert de signification qu'autant qu'on le rapporte à un objet déterminé ; or la formation est une activité qui a trouvé son objet et qui se manifeste en lui. En second lieu , la formation prédomine bien chez la femme , mais sous le rapport seulement de la qualité, et non sous celui de la quantité , ou de la masse , comme chez l'homme; sa prédominance est restreinte au but de la génération. Nous ne pouvons pas comparer, comme l'a fait Carus (1) , le bas-ventre plus développé de la femme au ventre prépondérant des animaux inférieurs , notamment des Poissons, ou de l'embryon, parce que, dans ces formes inférieures, et plus manifestement que partout ailleurs dans l'embryon ( § 431 , 6° ) , on rencontre une disposition semblable à celle qui se voit chez l'homme , et rinverse de celle qui a lieu chez la femme, c'est-à-dire que la région épigastrique prédomine, et que la région hypogastrique est plus faiblement développée ( § 158 ).

3° La tendance du dedans au dehors ( § 207 ) n'occupe pas d'une manière absolue le premier rang. Il est vrai que la forme rayonnante ou cylindrique qui lui doit naissance, procède de la forme organique primordiale , de la cellule globuleuse ou de la vésicule , par voie de développement ultérieur; mais, au plus haut degré de l'échelle des déploie-

(1) Lehrluch der Gynœkologie, t I, p. 20.

mens organiques , elle revient à la forme élémentaire , et répète la formation globuleuse. Comme l'ovaire affecte d'abord la forme d'un tube ( § 53 ), mais acquiert celle d'une sphère en se perfectionnant ( § 61 ), comme l'oviducte tubuleux devient une matrice vésiculeuse ( § 105 ), de même, l'intestin cylindrique s'élève, par les progrès de l'organisation , à la forme globuleuse de l'estomac , le vaisseau sanguin à celle du cœur , le nerf à celle du ganglion , la moelle épinière à celle du cerveau. Le testicule conserve , au contraire , chez les animaux supérieurs , la structure tubuleuse , qui n'appartient à l'ovaire que chez ceux des échelons inférieurs.

Une tendance plus forte de dedans en dehors n'acquiert une importance ou une valeur plus grande que quand il est question de se révéler ou de se manifester. L'expansion propre au sexe masculin fait que le testicule est chassé à l'extérieur; mais, pendant la génération, c'est-à-dire quand il joue son véritable rôle , lorsque sa vitalité vient à être exaltée, et qu'il déploie l'activité dévolue à son essence propre, il remonte plus ( § 88, 5° ) ou moins ( § 88 , G° ) vers la cavité abdominale, et se place jusqu'à un certain point dans les mêmes conditions que l'ovaire , tout comme l'anthère se transporte , pendant la fécondation, de la périphérie vers le centre.

Le sexe masculin vit plus dans le monde extérieur et en dépend davantage ; l'homme ne prospère qu'au grand air , où la femme s'abrutit presque toujours. Les pieds femelles de plantes dioïques qu'on transporte du terrain humide qui les a vues naître dans un sol plus exposé à la lumière ou à la chaleur , ou qui subissent tout à coup l'influence des rayons solaires après un temps humide et froid , deviennent mâles , suivant Mauz (1).

Le plus élevé de tous les phénomènes de la vie , la sensibilité , est un effet du dehors au dedans , une rétrocession de la périphérie vers un centre intérieur ; or , chez la femme , la sensibilité prédomine sur l'irritabilité.

4° Nous devons reconnaître que la nature de l'homme et celle de la femme sont excellentes; mais la femme est, et

(1) Spiengei , Neue Entdeckungen , t. III , j». 348.

l'homme devient ; or devenir est toujours une chose incertaine. Nous trouvons parmi les hommes plus de génies , mais aussi plus d'imbéciles ; plus de vertus éclatantes , mais aussi plus de vices ; plus de têtes pleines d'idéalité , mais aussi plus d'esprits vulgaires; plus de philanthropie, mais aussi plus d'égoisme. L'homme obéit davantage à son bon plaisir; mais ce n'est pas le bon plaisir , c'est la volonté ne faisant qu'un avec la loi qui constitue la liberté ; or la femme a plus de liberté , non parce qu'elle la cherche , mais parce que la nature la lui donne. Dire que la femme est plus soumise à la loi de la nécessité , qu'elle est par cela même concentrée en elle-même et inachevée , mais que l'homme vit dans l'empire de la liberté (1) , c'est raisonner d'après des idées fausses de la liberté. L'homme tend à ce qu'il y a de plus élevé, mais outre qu'il ne fait là qu'obéir aux ordres de la nature , et qu'une impulsion intérieure l'oblige à exercer la force inhérente en lui , cette tendance même est combattue par une sensualité plus impérieuse. L'expérience journalière peut seule prononcer sur l'issue de la lutte ; et que nous apprendelle à cet égard ? Mais laissons de côté l'appréciation de la valeur morale des deux sexes , et tenons-nous-en aux faits physiologiques , qui sont plus certains !

§ 215. Il est reconnu que le nombre des monstres femelles surpasse celui des mâles ; mais cette différence ne saurait tenir à ce que la femme occupe un rang subalterne (2) ; car , outre que les monstruosités sont plus rares chez les animaux inférieurs que chez ceux des classes supérieures (3), elles le sont plus aussi chez les animaux en général que dans l'espèce humaine. Sous ce point de vue donc, l'homme se comporterait plutôt, à l'égard de la femme , comme l'animal à l'égard de l'homme. Mais on remarque aussi, dans la monstruosité, des différences qui ont trait à la qualité , puisque telle force se produit plus fréquemment chez l'un des sexes , et telle autre chez l'autre sexe. Les résultats des observations sur la mon-

(4) Walther, Physiologie des Menschen , § 621.

(2) Meckel , Traité gén. d'Anat. comp., 1. 1, p. 543.

(3) Ilrid., p. 421.

struosité par multiplication démontreront peut-être que cette différence est caractéristique (1).

1° Le rapport du sexe masculin au sexe féminin a été pour les monstres parasites 34 ! 14 = 1 ! 0,40, et pour les monstres à corps double de 40 • 129 — 1 '. 3,22. La monstruosité parasite consiste en ce que, sur un individu complètement développé, sont implantés les rudimens incomplets d'un autre individu inhabile à jouir d'une vie libre et indépendante. Elle tient probablement ( § 45 ) à ce que, de deux embryons engendrés en même temps, le plus fort attire dans sa sphère le plus faible , qui dès-lors se réduit à des proportions rudimentaires, et n'arrive point à l'individualité, mais devient une partie de l'autre. Ce dernier , qui est ainsi le support ou la souche , anéantit donc l'individualité de l'autre par l'exubérance égoïste de sa propre tendance à l'individualité. Or il est beaucoup plus souvent mâle que femelle. Dans les monstres à corps double , au contraire , deux individus sont fondus ensemble sans que l'un prédomine sur l'autre, et cette perte de l'individualité , celte fusion de deux vies en une vie commune, se voit bien plus fréquemment dans le sexe féminin que dans le sexe masculin.

2° Les supports ou souches de parasites présentent à leur tour une différence sexuelle parmi ceux qui portent les parasites à l'une des surfaces de leur corps. Les mâles sont aux femelles ! " 26 '. 6 = 1 '. 0,23 chez ceux qui ont le parasite à la surface extérieure , et '. '. 5 \ 5 = 1 '. 1 chez ceux qui l'ont renfermé dans la cavité du tronc. Le sexe masculin attire donc davantage le parasite dans sa sphère extérieure , où prédomine le caractère de la masculinité , et ce parasite y apparaît semblable à une exubérance du tissu cutané ( § 183 ) ; lorsqu'au contraire le sexe féminin anéantit l'individualité , la tendance du dehors au dedans qui prédomine en lui fait que, proportion gardée, il attire plus fréquemment le parasite dans son intérieur , et le porte comme un fruit.

3° Quand la souche portait le parasite à Tune des surfaces

(1) Berichte von der anatomischen Ansialt zur Ktëniysberg , t. VI > p. 19, 51, 06, 75, 82, t. VII, p. S.

CARACTÈRE PARTICULIER DES SEXES. 5^g

terminales de son corps, le rapport des mâles aux femelles était de 1 '. 0 dans les cas d'adhérence par la tête, et de 2 I 3= 1 I 1,50, dans ceux d'adhérence parle bassin. Ainsi, dans le sexe masculin, c'est la tête , et dans le sexe féminin , le bassin , qui exerce la plus forte attraction.

4° Enfin on a remarqué une différence sexuelle parmi les supports suivant que le parasite était plus ou moins incomplet. Quand le parasite était une tête sans tronc , le rapport était de 10 : 3 = 1 : 0,30. Il était de 17 ! 6 =0,35 pour les cas de tronc sans tête , et de 7 '. 5 = 1 ; 0,75 pour ceux de corps entier. Il résulte de là que , proportion gardée , le sexe masculin anéantit le plus fréquemment le tronc , et après lui la tête du parasite , tandis que le sexe féminin exerce une action moins destructive sur ce dernier , et ne fait que le réduire à des proportions rudimentaires.

5° Quant aux monstres à corps double, le rapport des mâles aux femelles était de 2 l 6 = 1 1 3 pour les cas de réunion sur une même ligne, et de 38 '. 123 == 1 ', 3,23 pour ceux de réunion sous un angle quelconque. Comme la forme allongée est prédominante dans le sexe masculin , l'adhérence en ligne droite , ou par les dëux bouts , est proportionnellement plus fréquente chez lui.

6° Dans l'adhérence sous un angle quelconque, la proportion des mâles aux femelles était de 21 * 41 == 1 '. 1,95 pour les cas d'union à la partie inférieure , de 15 ', 59 = 1 ! 3,93 pour ceux d'union à la partie moyenne, et de 2 '. 23 = 1 ; 11,50 pour ceux d'union à la partie supérieure.

Ainsi c'était le bassin chez le sexe masculin, la tête chez le sexe féminin , qui annonçait fréquemment son individualité , phénomène concordant avec ce qui a été dit plus haut (3° ). La même proportion se manifestait d'une manière plus sensible encore dans les gradations de l'adhérence latérale qui procède de bas en haut -, le rapport était de 8 *. 7= 1 t 0,87 pour les cas d'un abdomen avec deux parties supérieures du corps ; de 3 t 7 = 1 ! 2,33 pour ceux d'un tronc avec quatre bras et deux têtes ; de 4 ; 11 = 1 : 2,75 pour ceux d'un tronc avec trois bras et deux têtes; de 4 : 9 = 1 '. 2,25 pour ceux d'un

ironc avec deux bras et deux têtes ; de 2 ! 7 = 1 ; 3,50 pour ceux d'un tronc avec deux bras et une tête double.

7° Lorsque l'adhérence avait son siège à la face antérieure, la proportion variait suivant que l'union portait ou sur la face tout entière (2 '. 4 = 1 '. 2 ), ou sur la poitrine et la partie supérieure du ventre ( 7 ". 18 = 1 ! 2,57 ) , ou sur la partie supérieure du ventre seulement ( 1 '. 6 ). En général donc, la proportion des femelles était plus grande que celle des mâles dans le cas d'adhérence antérieure , et celle-ci se bornait plus souvent à la région épigastrique chez les femelles , tandis que, chez les mâles, elle s'étendait, proportion gardée , plus fréquemment à la surface entière.

8° Dans le cas d'adhérence par la poitrine , la proportion était de 7 '. 18 = 1 '. 2,57 pour ceux de séparation des deux cœurs, et de 4 ', 16 = 1 '. 6,50 pour ceux d'union de ces organes. Ainsi l'anatomiste , même le plus froid, celui dont l'esprit a le moins la tournure sentimentale, et qui , tout entier à ses préparations , n'a jamais songé à faire la moindre excursion dans le domaine de la poésie , ne pourrait contester qu'il y a dans le cœur féminin plus de tendance que dans le cœur masculin , à contracter adhérence avec un autre cœur. § 216. Si nous portons nos regards sur l'hermaphrodisme , nous voyons qu'il y a plus d'hommes efféminés que de virago , plus de gynandres que d'androgynes , parce qu'il est plus facile à la différence de dégénérer en indifférence , ou l'expansion en contraction , qu'à la dégénérescence inverse de s'établir. Mais le passage du caractère féminin au caractère masculin, loin d'être un perfectionnement, est au contraire une dégradation ; la virago est une aberration de la nature , non moins choquante que l'homme efféminé. La castration prive l'homme de ses qualités viriles ; mais elle ne le fait point femme ; de même qu'elle laisse le caractère masculin aux poumons et imprime le caractère féminin au larynx, de même aussi elle laisse persister les penchans de l'homme , tout en détruisant son courage, et développe ainsi un lâche égoïsme. Après l'extirpation des ovaires, la menstruation cesse, avec l'appétit vénérien , et les seins se flétrissent , mais en même temps les muscles deviennent plus forts , il croît de la barbe,

CARACTERE PARTICULIER DES SEXES. Jtf i

et le caractère se rapproche davantage de celui qui est propre à l'homme. Ainsi la mutilation dégrade la femme en la faisant descendre à la condition de l'homme , comme elle dégrade l'homme en l'abaissant à celle de la femme. La masculinité ne peut donc point être la perfection absolue. Les maladies de l'appareil génital et l'allanguissement de la santé amènent aussi la manifestation des formes masculines chez la femme : un bois semblable à celui des mâles se développa dans un cas de squirrhosité de l'ovaire ( § 183 ). Vicat a vu une fille de vingt-quatre ans , qui était tombée dans le marasme par la perte de ses menstrues, acquérir une barbe longue d'un pouce, et Vaulevier a observé un autre cas où, par l'effet de la même cause, non seulement une barbe épaisse couvrit le menton, mais encore des poils très-forts se développèrent sur tout le corps, et la voix devint rauque(l).Oril serait absurde d'admettre que la santé et l'aptitude à engendrer ne sont, chez la femme, qu'un moyen d'empêcher le développement de la perfection masculine.

§ 217. La femme est à l'homme comme l'enfance à l'âge mûr. Une taille plus petite, des formes plus délicates et plus arrondies , une irritabilité plus grande , une sphère d'action moins étendue , un goût' spécial pour tout ce qui est facile à saisir, la naïveté, l'insouciante gaîté et beaucoup d'autres traits rapprochent la femme de l'enfant. Ainsi le caractère du sexe masculin manque pendant l'enfance, et les couleurs, les plumes, les poils , les bois , les dents , les cornes , la voix propre à ce sexe , ne se développent que dans le cours de la vie (2). 11 suit de là que , même après être arrivée au terme de sa maturité complète , la femme conserve les goûts et le caractère de l'enfant , précisément parce que nul développement ne peut effacer en elle le cachet de la primordialité ( § 204 ) ; elle reste non pas enfant, mais enfantine. Maintenant c'est une erreur très-répandue , et cependant fort grossière, que de considérer les âges comme une simple échelle de perfection, et de dire que l'enfant est absolument imparfait par

(1) Reil , Archiv, t. XI , p. 225.

(2) Meckel , Traité génér. d'anat. cornp., 1. 1 . p. 348.

rapport à l'homme mûr. Nous aurons occasion de nous convaincre, dans le cours de nos recherches, qu'il y a aussi, entre les âges , des différences ayant trait à la qualité , et que chacun d'eux a des avantages qui lui sont propres. Ce n'est donc pas l'imperfection, mais la qualité de l'enfant, que la femme conserve.

On a été plus loin encore , et, afin d'épuiser ce sujet , on a comparé la femme à l'embryon. Tiedemann et plusieurs autres prétendent que l'embryon est d'abord femelle, qu'il ne devient mâle que par l'effet d'un plus haut développement , et qu'on ne doit en conséquence considérer la femme que comme un embryon qui s'est arrêté à un degré inférieur de formation. L'histoire de l'embryon démontrera que cette opinion n'a aucun fondement. Ici nous nous bornerons à rappeler, d'après les faits exposés précédemment , que la différence sexuelle est d'autant plus prononcée que l'organisme s'est développé davantage (§ 85, 121, 136 , 157). Voilà pourquoi les organes génitaux ont plus d'analogie ensemble dans le principe. Le sexe masculin ayant pour caractère l'expansion , et celle-ci ne se développant que peu à peu ,' il doit alors ressembler davantage au sexe féminin. Mais celui-ci, dans son état d'imperfection, est plus rapproché aussi de l'autre, le clitoris est d'abord si gros qu'on pourrait aisément le prendre pour un pénis , et Rosenmuller a fait voir que l'ovaire porte un organe analogue à l'épididyme , qui disparaît dans les premières années après la naissance ; la femme passe donc également par la forme masculine , qui , à son égard , est un degré inférieur. La métamorphose que son ovaire éprouve par les progrès de l'âge s'accorde d'ailleurs avec ce qu'on voit dans la série animale , où l'ovaire le plus incomplet affecte aussi la forme du testicule. Si Rathke a considéré autrefois (1) le testicule comme un développement supérieur de l'ovaire, des recherches plus approfondies lui ont appris depuis que, chez la plupart des ani= maux, les organes génitaux mâles ne parcourent pas toutes les formes par lesquelles passent les organes génitaux femelles, qu'assez souvent ceux-ci présentent, avant d'avoir ac-

(1) Beitmge sur Geschichte der Thierwelt, t. II, p. 43-46,

quis leur entier développement , une conformation plus rapprochée de celle des organes mâles, que les canaux déférens ne se développent jamais d'une manière aussi complète que les oviductes , que par conséquent le sexe masculin ne saurait être regardé comme un développement supérieur du sexe féminin , et qu'au contraire les deux sexes sont des modes différens de manifestation d'une seule et même tendance (1).

Enfin la femme et les femelles des animaux , parvenues à un âge avancé et ayant perdu leur fécondité , prennent les manières et les goûts de l'autre sexe , comme nous le verrons plus tard. La femme décrépite revêt donc la forme de l'homme ; c'est donc là encore un nouveau motif qui ne permet pas de considérer cette dernière comme étant plus parfaite , dans un sens absolu.

§ 218. La femme et l'homme sont, à l'égard l'un de l'autre, dans le même rapport que la plante et l'animal. Il y a prépondérance de la plasticité dans la plante et chez la femme , de l'irritabilité dans l'animal et chez l'homme ; le carbone prédomine là , et l'azote ici ; là un état permanent de combinaison enchaîne la matière , et ici elle est agitée d'un mouvement continuel de décomposition; là, règne la continuité de l'existence , et ici une forte tension; là une connexion intime unit la vie avec tout l'univers , et ici elle s'isole et s'individualise davantage ; là des bornes fixes sont tracées à son activité , et ici elle peut se déployer en toute liberté ; la femme et la plante sèment l'abondance et les grâces sur la terre , l'homme et l'animal y répandent l'activité et l'énergie. Cette diversité s'exprime jusque dans l'influence du genre de nourriture (§177 , 3°); car les alimens tirés du règne végétal adoucissent l'homme et les animaux , tandis que les alimens tirés du règne animal leur procurent un surcroît d'énergie. On a également considéré cette coïncidence comme un fait attestant la supériorité absolue de l'homme. Mais

1° Une observation plus attentive de la nature a fait reconnaître depuis long-temps que la vie végétale la plus parfaite ne se lie point au degré le plus inférieur de la vie animale, que les deux règnes ne sont pas placés l'un au dessus de l'autre ,

(l)ifo'cM.III, p. «4.

584 CARACTÈRE PÀfiïICtILlEîl DÉS SÉXESV

mais qu'ils marchent l'un à côté de l'autre , de même qu'on voit paraître simultanément des animalcules et des végétaux infusoires , ou que ces êtres se succèdent tantôt dans tel ordre et tantôt dans tel autre. Nous aurons plus tard à examiner la différence qui existe entre les deux règnes sous le point de vue de la qualité ; ici nous voulons seulement porter un argument ad hominem, et demander si la comparaison d'une contrée entièrement dégarnie de végétaux , comme les déserts de la Libye et les côtes de la Courlande , où l'on ne rencontre que des insectes , des oiseaux de mer et des bêtes sauvages, avec une vallée fertile, verdoyante et fleurie, de laquelle tous les animaux seraient bannis , pourrait nous convaincre que la nature animale est , absolument parlant, plus parfaite que la nature végétale?

2° Un point important , dans ce parallèle , est de savoir si l'on compte l'homme au nombre des animaux. Kessler dit que la végétalité et l'animalité sont les grandes espèces de la nature organique , qu'on aperçoit dans la première une vie terrestre et maternelle , que l'autre est la manifestation de la vie céleste et paternelle (1). Nous n'avons aucune idée d'une semblable vie céleste en ce qui concerne les animaux ; nous connaissons bien des Oiseaux qui volent très-haut, afin d'apercevoir leur proie dans un champ plus étendu ; mais le nombre des vers de terre , qui n'ont rien à démêler avec le ciel, est bien plus considérable. Kessler a donc incontestablement compté l'homme parmi les animaux , et c'était lui seul , à proprement parler, qu'il avait en vue dans la phrase citée plus haut. Mais nous avons déjà dit que le caractère sexuel de l'homme est fort différent de celui des animaux (§ 200 ), parce que c'est dans l'espèce humaine seule que la sexualité acquiert toute sa profondeur et la fémininité sa pleine et entière signification. Nous devons donc ici séparer l'espèce humaine des animaux, et alors nous trouvons que l'homme est plus animal , et que la femme , qui se rapproche de la nature végétale , est plus humaine. En effet :

(1) Grundzueye zu einem System der 'Physiologie des Onjanismm , p. 77,80.

a. La peau velue de l'homme est encore un reste de la pilosité générale des tégumens communs chez les animaux , tandis que celle de la femme n'offre aucun vestige de poils , et qu'ainsi c'est plus spécialement elle qui se montre revêtue du caractère du l'humanité.

b. Le bassin de l'homme ressemble davantage à celui des animaux , sous tous les rapports. C'est chez la femme seulement qu'il acquiert la forme particulière à l'espèce humaine ( § 159', 160 ; 161 , 2° , 4° ; 162 , 3° ).

c. Nous ne pouvons apercevoir aucune différence essentielle entre l'homme et l'animal sous le point de vue de la structure du testicule , tandis que la matrice de la femme diffère essentiellement de celle des femelles d'animaux.

d. En remontant l'échelle animale , on voit peu à peu la face se rapetisser à l'égard du crâne, le volume des nerfs diminuer par rapport à celui du cerveau , et le tronc cérébral se rétrécir comparativement au manteau encéphalique. Dans cette série, au dessus de l'animal le plus noble, vient l'homme, et après lui la femme (§ 193 ); c'est donc chez la femme seulement que le caractère de l'humanité a pris son entier développement. A la vérité , la face , comparée au crâne, est plus petite aussi dans l'embryon , et chez lui , comme chez la plupart des Mammifères inférieurs , le cerveau a plus de volume par rapport au reste du corps ; mais le cerveau n'est point encore développé , quant à sa structure intime ; il est plus homogène , et représente en partie une vésicule à parois minces. Comme, au contraire , la configuration intérieure du cerveau est tout aussi développée chez la femme que chez l'homme', on doit voir dans la petitesse proportionnelle de la face chez la femme , non point une analogie avec l'embryon et les animaux inférieurs , mais seulement une perfection particulière. La grosseur du cerveau, dans l'embryon, est une simple esquisse de la tendance primordiale à la prépondérance de la vie centrale , interne et morale ; mais le cerveau de la femme est complètement développé , et , parvenu à son dernier terme de développement, il présente encore cette conformité de plus avec le caractère essentiel du sexe féminin, qu'il offre la réalisation de ce qui n'existait qu'en germe chez l'embryon.

e. C'est donc , à proprement parler, la femme qui porte le caractère particulier du genre humain ; toutes les vertus de l'humanité lui sont essentiellement inhérentes , tandis que l'homme est obligé de les acquérir.

f . Enfin l'homme se rapproche davantage des animaux par le volume de ses os et la force de ses muscles , par sa destinée , qui le voue à des travaux plus rudes , par son goût pour la chasse et la guerre , tandis que la femme agit , par son sentiment, d'une manière plus en harmonie avec l'humanité. La femme et l'homme sont donc , l'un à l'égard de l'autre , non comme la plante et l'homme, mais comme la plante et l'animal ; en d'autres termes , la femme est un homme végétal et par cela même plus pur, et l'homme est un homme animal.

§ 219. L'esprit humain lui-même est un phénomène de la nature ; l'étude des opinions humaines appartient donc aussi au domaine de la physiologie. Sous ce rapport, nous allons interroger l'histoire , et rechercher quels sont ceux qui ont pensé de telle ou telle manière à l'égard des rapports existant entre les sexes.

lo Comme la nature place souvent ses oppositions très-près les unes des autres, la même chose est arrivée pour l'école des péripatéticiens et l'académie. Aristote, qui avait fait beaucoup de découvertes par une infatigable assiduité à parcourir le champ de l'observation , qui devait à sa grande sagacité de savoir analyser et systématiser d'une manière rigoureuse , et qui cependant est tombé plus d'une fois dans l'erreur , Aristote regardait la femme comme un homme incomplet. Platon , plus riche d'imagination et de sentiment , mais plus pauvre de connaissances empiriques, et qui néanmoins parvenait souvent à saisir les phénomènes avec une précision surprenante , voyait dans l'homme et la femme deux membres qui complètent l'humanité.

%° La philosophie de l'identité reposait sur un principe purement masculin , puisqu'elle affichait la prétention de construire la nature avec de pures intuitions rationnelles. C'est en ce sens que Walther, Wagner, Kessler et autres, ont dit que la femme est un homme demeuré incomplet.

3o L'esprit des deux directions principales de la philosophie

a déterminé aussi l'intuition des formes sexuelles. Tiedemann, observateur habile , qui s'en tient rigoureusement au fait extérieur, a confirmé la doctrine d'Aristote par l'anatomie de l'embryon. Humboldt, non moins artiste que savant , a reproduit la doctrine de Platon, en portant les regards du génie sur la nature vivante et sur ses plus belles imitations.

4° Gœthe , dont la poésie développait sa puissance créatrice dans le cercle du sensualisme raffiné et de la réalité qui flatte, a crayonné des femmes aimables , voltigeant avec grâce dans la société. Schiller, dont le génie, s' élançant vers l'idéal, s'ouvrit des points de vue plus vastes , et perça l'enveloppe des phénomènes , a peint , avec les grâces de la femme , la sublimité de ses sentimens , avec la haute sensibilité qui la caractérise , la lucidité et la fermeté toutes spéciales de ses principes.

5° Chez les peuples grossiers , l'homme , parce qu'il a plus de force musculaire , regarde la femme comme une esclave sans volonté , et , parce qu'elle lui est nécessaire pour satisfaire sa sensualité , il voit en elle une véritable denrée commerciale ; il est non seulement assez extravagant pour l'accabler de mépris et de traitemens barbares , mais encore assez paresseux pour exiger qu'elle le serve et se livre aux plus épuisans travaux de la chasse , de l'agriculture , etc. Telle est la condition des femmes chez les Iroquois , comme chez les Nègres , chez les Samoïèdes, comme chez les Arabes. L'histoire nous apprend que l'appréciation du mérite particulier de la femme est partout en rapport avec les progrès de la civilisation. Mais, à côté de cette influence générale, nous apercevons des différences qui tiennent à la direction de l'esprit chez les peuples. Si les Turcs, qui n'ont qu'un semblant de civilisation , entretiennent des troupeaux de femmes , dont ils mutilent les gardiens, on en est peu surpris; car, chez ces barbares, l'intelligence ne s'élève pas au-delà du bon sens, et la sensualité , à laquelle rien d'idéal n'impose de frein , dé génère en grossier égoïsme. On conçoit fort bien aussi qu'à Rome les femmes fussent soumises aussi long-temps qu'y régna la sévérité des vertus guerrières de la république , et qu'à l'époque delà dissolution des mœurs, dégénérées elles-mêmes,

elles conduisissent les hommes à la lisière. Mais ce qui étonne, c'est que la dignité des femmes ait été généralement peu appréciée dans cette Grèce classique dont nous avons coutume de ne parler qu'avec enthousiasme. A la vérité, le Grec était trop délicat pour charger les femmes de rudes travaux ; mais il ne connaissait pas leur véritable valeur. Déjà du temps d'Homère, on les vendait et on les enfermait. Les filles étaient cloîtrées; elles ne communiquaient qu'avec leurs mères et leurs esclaves ; on ne leur enseignait que l'art de la toilette ; rarement leur apprenait-on à coudre , à filer , à tisser ; plus rarement encore les mettait-on au courant des soins que réclame la conduite d'une maison , et jamais on ne songeait à leur former l'esprit. Il était passé en principe que la destinée des femmes est de donner des héritiers légitimes à l'homme , de soigner les enfans nouveau-nés , et d'élever les filles à remplir un jour le même rôle; aussi les excluait-on de la société. Solon leur accorda le droit de divorcer , mais d'une manière injurieuse , et pour le cas seulement où leur mari ne s'approcherait pas d'elles trois fois dans le cours d'un mois ; du reste , il détermina les vêtemens qu'elles devaient porter, les sociétés qu'elles pourraient fréquenter, et donna aux pères, aux frères ou aux tuteurs , le droit de vendre les filles qui auraient fait un faux pas. Chez les Spartiates, le rapport naturel des femmes fut interverti en sens opposé ; car Lycurgue les plaça comme un instrument entre les mains du législateur; il fallut diminuer en elles le caractère de leur sexe, afin que, loin de détourner les hommes , par leurs charmes , des devoirs qu'ils avaient à remplir envers l'état, elles fussent dans le cas de les exciter aux grandes actions , et de leur donner des fils ■valeureux. C'est dans ce sens que les jeunes filles durent marcher couvertes de vêtemens qui les voilaient à peine , s'exercer dans les gymnases comme les jeunes gens , et y paraître même quelquefois dans un état complet de nudité; qu'on regardait comme une honte pour le jeune époux d'être surpris seul chez sa femme, et qu'il ne pouvait la voir qu'à la dérobée , obligé d'ailleurs de coucher parmi les autres jeunes gens. Lycurgue , pour ennoblir la race , permit que les époux échangeassent leurs femmes , que les hommes âgés se fissent rem-

CARACTÈRE PARTICULIER DES SEXES. 38g

placer par d'autres plus jeunes , et que celui qui se distinguai par sa beauté ou sa vaillance pût disputer à chaque époux sa femme. Il parvint à effacer tellement le caractère naturel du sexe, que les épouses et les mères des Spartiates tués à Leuctres se montrèrent partout en habits de fête et l'air triomphant , tandis que celles dont les époux et les fils avaient échappé à la mort , s'enveloppèrent dans le deuil et la tristesse. Personne n'attribuera ces égaremens, comme l'a fait Meiners (1), à ce que les premiers habitans de la Grèce étaient des Slaves, auxquels plus tard seulement se mêlèrent des nations celtes. Nous reconnaissons plutôt dans le caractère du peuple grec l'expression d'une masculinité juvénile, à laquelle les avantages qu'elle tient de la nature permettent de se déployer en produits magnifiques , mais qui , emportée par la sensualité , renverse toutes les bornes et ne connaît plus de frein. Le caractère de l'antiquité était l'aptitude à saisir puissamment la pleine et entière réalité , avec absence de toute sentimentalité. L'égoïste sensuel, qui n'estime point l'humanité, n'honore pas non plus les femmes : or ce qui prouve que le Grec méconnaissait les droits de l'humanité , c'est la manière dont il traitait les esclaves , les ilotes surtout. Il n'avait même pas de patriotisme ; car il n'aimait que sa ville natale,. et faisait les guerres les plus sanglantes, les plus cruelles, à ses compatriotes. Et comme , au nombre de ses dieux , il en comptait un supérieur aux autres , qui était voluptueux et débauché , de même il se faisait remarquer aussi par son goût pour l'hermaphrodisme , par son système de libertinage , et par sa pédérastie.

Les peuples germains forment la plus pure opposition à ce tableau. Malgré leur peu de civilisation , ils avaient cependant déjà plus de tact pour saisir le caractère de l'ensemble et de la primordialité , puisqu'on voit percer , même à travers leur idolâtrie , la connaissance d'un dieu unique et infini. Simple , loyal et chaste , le Germain honorait les femmes , malgré sa grossièreté et ses goûts belliqueux : il combattait pour elles , et les considérait comme ses compagnes dans la vie domesli-

(1) Geschichte des%ocibliclicnGcsclilechts>K.\^ p. 314. ■•

Page 1