‹ Traitâe de physiologie considâerâee comme science d'observationChapitre 11 sur 120 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des cas dans lesquels V ' Hètêrogènie est problématique.

§ 17. Quelques animaux invertébrés des classes supérieures apparaissent parfois dans des circonstances où il est très-problématique qu'ils doivent leur origine à la propagation.

I. Tels sont principalement les Épizoaires ou insectes parasites.

1° Ici se range le Ciron de la gale {Acarus scabiei) , qui , d'après les recherches faites depuis peu en France , vit non pas dans le liquide des pustules psoriques, mais dans la substance de l'épiderme qui les recouvre, où il se creuse avec sa trompe un conduit demi-circulaire (2). Lorsqu'on place un de ces cirons sur la peau d'un homme bien portant , il s'y enfouit et détermine une inflammation, suivie de sécrétion, qui représente l'exanthème de la gale. On a vu aussi l'éruption se dissiper après qu'il avait été extrait (3). Cependant il n'est point encore prouvé par là que la gale et son ciron naissent toujours par propagation et transmigration. Car on n'a jamais vu ces animaux sortir d'eux-mêmes de leurs réduits pour venir à la surface de la peau , ramper dessus et se glisser dans les vêtemens , où ils ne trouveraient pas la nourriture qu'ils ren-

(1) Schweigger , Journal fuer Chemie und Physik , t. XIV , p. 70.

(2) Raspail , Mémoire comparatif sur l'histoire naturelle de l'insecte de la gale , Paris 1834 , in-8°, flg. ; et Nouveau système de chimie organique.

(3) Froriep , Dlothen , t. XLII , p. 165.

DE i'hÉTÉROGÉNIE PROBLÉMATIQUE. 09

contrent dans leur habitation primitive. On ne voit donc pas comment leur transmigration peut s'effectuer lorsqu'un léger attouchement d'un galeux a pour effet d'infecter l'homme qui se porte bien. La gale se manifeste fréquemment sans contagion chez les tailleurs ; mais il faudrait que ceux-ci ne travaillassent que sur des habits déjà portés pour qu'on pût présumer qu'ils y puisent les cirons producteurs de la maladie. D'ailleurs on a observé aussi l'éruption psorique chez des tisserands , et ici l'on pourrait seulement supposer que les œufs des insectes existaient dans la laine ; mais alors comment ces œufs arriveraient-ils sous l'épiderme (1) ?

2° Rolando , Martinet et Murray ont observé d'autres Acarides dans des tumeurs lépreuses (2).

3° Willan en a découvert un particulier dans l'éruption cutanée pruriteuse qui n'est pas rare chez les vieillards , et qui s'accompagne d'un trouble de l'action des organes urinaires.

4° Chaque espèce d'animal a une espèce particulière de vermine. Le Pou de l'homme , par exemple , ne se trouve chez aucun animal. Patrin prit les œufs d'un nid de perdrix , et les fit couver par une poule ; les perdreaux lui présentèrent le Pou particulier à leur espèce , et qui est fort différent de celui des poules.

5° Dans l'état normal , tous les enfans ont des poux , quelque proprement qu'on les tienne , et quoique les personnes qui les soignent soient exemptes de vermine. L'absence totale de ces animaux pendant l'enfance annonce une santé mal affermie. Ils sont très-abondans dans la cachexie scrofuleuse. Chez les adultes, ils paraissent quelquefois provenir de la malpropreté ou de la transmission.

6° Les poux se développent avec tant de rapidité et en si grande quantité dans la plique polonaise, qu'à peine est-il permis de songer à les expliquer par transmission ou par développement d'oeufs.

(1) Jœvdens , Eniomoloyie^und Helminthologie des menschlicheti Kœrpers , 1. 1 , p. 23.

(2) Ibid. , p. 5.

/jO DE l'hETÉROGENIE PROBLEMATIQUE.

7° Le phthiriasis paraît dépendre d'une dégénérescence particulière. On le rencontre dans des circonstances où la transmission de la vermine n'offre pas la moindre probabilité. Fonrnier (1) a connu une femme très-propre qui avait passé le peigne dans sescheveux avant et après l'accouchement, mais qui, pendant ses couches, s'était tenue la tête assez chaudement; au bout de quinze jours , elle fut prise d'un mal de tête si violent, qu'elle en perdit l'appétit et le sommeil ; on lui trouva le cuir chevelu couvert de pus fétide et d'une immense quantité de gros poux. Les auteurs rapportent des faits de ce genre qui paraissent incroyables, et n'acquièrent de la vraisemblance que par leur multiplicité. Ainsi Sichel (2) a rassemblé un certain nombre de cas où l'on a trouvé des poux non seulement dans des cavités ouvertes, mais encore dans des tumeurs closes de toutes parts. Fournier rapporte une observation de Marchettis relative à une femme robuste et sujette aux érysipèles , qui , pour s'être , à ce quelle croyait, peignée avec un peigne étranger, fut atteinte d'une énorme quantité de poux de diverses couleurs , blancs , gris , noirs , rougeatres , jaunâtres ; les substances les plus acres , le sublimé corrosif, etc., ne produisirent pas plus d'effet que le soin de couper les cheveux tous les deux jours ; enfin il sortit aussi des poux par les oreilles et par l'anus , notamment après que la malade avait pris des lavemens. Tant que ces animaux ne sortaient pas , la femme éprouvait de l'anxiété et des douleurs , et, peu avant d'en rendre, elle avait quelquefois des coliques. Au reste , les poux que l'on observe dans le phthiriasis constituent, suivant Alt, une espèce particulière (Pediculus tabesœntium) ; ils naissent dans les plis de la peau , et détachent des lambeaux d'épiderme , sous lesquels ils se cachent.

II. L'apparition de certains autres animaux sans vertèbres ne peut non plus quelquefois s'expliquer d'une manière satisfaisante parla propagation.

8° Les Méduses disparaissent en hiver, et parfois, surtout après les ouragans, elles se montrent en nombre prodigieux.

(1) Dict. des se. méd. , t. IV , p. 2S5.

(2) Historiée phthiriasis internes veroe fragmentùm , p, 207.

DE L'ilÉTÉROGÉJME l'IiO'BLÉM/vTIOUE. L\\

9° Une source qui coulait d'un rocher fut arrêtée par une digue /afin d'établir un étang à poissons ; au bout de quelques années, la vase de cet élang contenait des Moules, quoiqu'on n'en eût encore jamais trouvé dans la rivière d'où le frai de poisson avait été tiré.

10° On a aussi rencontré des vers et des insectes de familles diverses dans des cavités souterraines sans communication avec l'extérieur (1).

§ 18. Il est fort peu probable qu'aucune plante phanérogame ou qu'aucun animal vertébré provienne d'une substance organique hétérogène. Les graines des végétaux sont susceptibles de rester sans germer pendant une longue suite d'années , et jusqu'à ce que des circonstances favorables se présentent. Elles peuvent aussi être entraînées par le vent , comme les œufs d'animaux aquatiques par l'eau , ou par des oiseaux et autres animaux , du lieu où elles ont été produites , dans des endroits fort éloignés , où leur développement devient possible. Cependant il y a des cas où leur propagation ne paraît concevable qu'en admettant un singulier concours de circonstances accidentelles.

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