II. Œufs
§ 43. VOEiif e&t une masse vésiculiforme et contenant l'antagonisme d'un embryotrophe et d'un rudiment d'embryon , que produit l'action sécrétoire d'un organe particulier, appelé ovaire, L'individu qui s'y forme parcourt divers degrés de développement , en plus ou moins grand nombre , avant de devenir semblable à celui qui l'a procréé. Il se montre donc dès le principe revêtu d'une organisation qui lui appartient en propre , tandis que le jeune végétal ou animal qui provient immédiatement des spores a la même organisation que celui qui le produit. ( Pour se développer complètement , l'œuf a besoin , en général , de passer dans un lieu différent de celui où il a été produit. Cette règle n'est cependant pas sans exceptions ; car l'embryon des Blennius , des Baphnia et des Lynceus se développe assez, dans l'ovaire, pour qu'au moment où il naît , sa forme , du moins en ce qui concerne les parties extérieures, soit parfaitement semblable à celle des parens) (1). Cependant il reste à savoir si la partie de l'ovaire dans laquelle l'embryon se développe diffère de celle qui produit l'œuf, et n'est, quant à l'essence, qu'un simple réceptacle de ce dernier. (Comp. § 58.)
L'œuf lui-même sera décrit plus loin (§ 62-66) , attendu que son organisation ne diffère pas, qu'il soit produit par monogénie ou par digénie ; seulement la vésicule proligère paraît y manquer dans le premier cas. Nous n'aurons donc ici à examiner que les circonstances dans lesquelles il se produit, sans concours de sexes, un œuf soit complet (§ 44), soit incomplet (§ 45).
A. OEufs complets.
§ 44. UOEuf complet, qui renferme un germe apte à se développer, est produit par monogénie , tantôt d'une manière habituelle, et tantôt seulement de temps, en temps, selon les espèces.
(1) Addition de Ralhke.
y4 OEUFS COMPLETS.
I. Ce mode de propagation a lieu d'une manière habituelle chez les végétaux et animaux qui manquent des organes génitaux du sexe masculin.
1° Telles sont les Fougères. En effet , le germe de ces plantes ne se dépouille d'aucune enveloppe , et la spore tout entière devient le rudiment de la nouvelle plante. La partie à laquelle on a donné le nom de cotylédon dans ces végétaux , présente à peine une analogie éloignée avec les véritables cotylédons. Elle n'existe point avant la germination; c'est plutôt un premier jet amorphe , d'où se forment peu à peu de vraies feuilles , semblables à celles qu'on appelle protpthalle dans beaucoup de plantes acotylédones.
2° La détermination présente plus de difficultés chez les animaux, d'un côté, parce qu'il peut y avoir des individus mâles que leur rareté n'ait point encore permis d'observer, et d'un autre côté , parce qu'on n'a pas jusqu'à présent décidé la question de savoir si leurs germes doivent être considérés comme des spores ou comme des œufs. C'est donc d'une manière purement provisoire que nous rangeons ici , parmi les Entozoaires , les Oxyuris , Filaria , Ligula , Tricuspidaria , etc.; parmi les Annélides , les Serpula, Sabella , et autres Tubicoles; parmi les Mollusques, les Moules, et parmi les Gastéropodes , les Scutibranches et les Cyclobranches ; parmi les Entomostracés , les Cypris et Apus (1). On trouve, parmi les Moules , des individus qui , suivant les observations de Prévost (2) , renferment , au lieu d'œufs , une liqueur blanche , analogue à de la semence , et qui , d'après Baer (3), semblent se distinguer par la forme plus allongée de leur coquille, en sorte qu'on les a considérés comme des mâles; mais Carus (4) pense que cette liqueur lactescente est contenue dans l'ovaire , et qu'elle n'est autre chose qu'une masse d'œufs au premier degré de leur développement, masse
(1) 'Straus , Consid. génér. sur l'anat. comp. des animaux articulés , Paris 1828 , in-4°, p. 277.
(2) Froriep , Notizen , t. XI, p. 57. (Syjbid., t. XIII, p. 1.
(4) Nov. Jet. Nat. Cur., t. XVI, p. 14.
CEUFS COMPLETS. 7 5
qui présente un aspect grenu lorsqu'on l'examine au micro scope.
Les animaux vertébrés ayant une organisation supérieure à celle des invertébrés , il est fort peu probable que la monogénie soit de règle chez aucun d'eux. Si donc il n'a été trouvé que des individus portant des œufs dans le genre Syngnathus , par Pallas , dans la Perça marina , par Cavolini , et dans d'autres Poissons par quelques autres observateurs , on doit vraisemblablement s'en prendre à la rareté des individus mâles. (Je puis assurer, d'une manière positive, qu'on trouve des mâles dans l'espèce du Blennius vwiparus, de même que dans les Syngnathes et les Cyclostomes) (1).
IL Des êtres organiques qui d'ordinaire s'accouplent, peuvent aussi, dans certains cas» se propager par monogénie.
3° On a fréquemment observé ce mode'kde propagation dans les plantes diclines. Alston , Spallanzani , Fougeroux et autres , ont vu plusieurs végétaux monoïques et dioïques , dont ils avaient eu soin d'empêcher l'accouplement en détruisant les fleurs mâles , produire néanmoins des graines fournissant ensuite des plantes qui se propageaient de la même manière. Cependant Haller n'a pu en obtenir que des individus languissans , privés de feuilles , qui croissaient rapidement et périssaient avant de s'être complètement développés (2). Henschel, au contraire, s'est procuré, en pareilles circonstances, des graines parfaites de Zea , Cucurbita , Ricinus , Urtica et Coix (3). 11 a vu, de cette manière , des pieds de chanvre et de ricin se propager les premiers pendant deux et les autres pendant quatre générations (4). Dans les plantes hermaphrodites, on ne voit que rarement , ou même jamais , des graines parfaites résulter de la monogénie ; Henschel en cite des exemples fournis par des Salvia , Scrophularia , Tropœolum, OEnothera , Papaver et Nigella.
4° On a vu un Limnœus auricularis, qui, depuis sa naissance,
(2) Treviranus , Biologie , t. III , p. 358.
(3) Von der Sexualitœt der Pflan^zen , p. 312.
(4) Schlesische Provinsialblœtter , 1S24 , p. 461.
avait été renfermé seul , pondre des œufs ,~ d'où se développèrent plus de cent petits (1). Spallanzani a fait des observations analogues sur Y Hélix vivipara (2).
5° Les Phalènes , lorsqu'on les sépare des autres aussitôt après leur sortie de la chrysalide , pondent des œufs qui se développent complètement, d'après Albrecht, Pallas , etc. Rœsel assure que les Papillons ne pondent point sans accouplement. Suivant Lange et Schirach, l'Abeille femelle peut se propager sans copulation jusqu'à la seconde et à la troisième génération (3). Dans les Pucerons , une alternative régulière de monogénie et de digénie se rattache à la succession des saisons; au printemps, les œufs de l'année précédente ne donnent que des femelles ; celles-ci procréent, seules, des femelles vivantes , qui se propagent de même jusqu'à la neuvième génération ; alors , en automne , il naît aussi des mâles , après quoi l'accouplement a lieu , et des œufs sont pondus pour l'année suivante (4). D'après I\ittel!(5), un Puceron peut, sans accouplement, produire quarante petits dans l'espace de trois mois , et devenir ainsi la souche de treize générations (§46,4°).
6° Cette alternative régulière a été observée aussi dans le Cijpris incongruens (6), et la Daphnia longispina (7), par Ramdohr, dans la Daphnia pulex], par Schœffer, Jurine et Duméril.
7° Blancard a vu une Araignée se propager sans mâle pendant quatre ans.
8° Une Salamandre femelle , que Blumenbach (S) tint renfermée pendant cinq mois, sans lui donner aucune nourriture, mit au monde des petits , dont trente-quatre survécurent. Un
(2) Mémoires snr la respiration, Genève 1803, in-8°, p. 268.
(3) Heusinger , Z citsclirift fuer die organische Physik , t. LT, p. 263. ■
(4) Treviranus , Biologie , t. III , p. 263-266.
(6) Magasin fuer die neuesten Entdeclmngen der gesammten Natur- Ttunde , t. II, p. 90.
(7) Ramdohr , Beitrœge zur Naturgeschichte einiger deutschen Monoculusarteîi , p. 28.
(8) Kleine Schriften, p. 131.
ŒUFS INCOMPLETS. Jy
fait analogue avait déjà été observé avant lui par Wurfbain. Il serait très-possible cependant que ces animaux eussent été fécondés avant leur captivité.
B. OEufs incomplets.
§ 45. Un OEuf incomplet'peut se produire de plusieurs manières différentes".
I. Il est possible qu'une enveloppe embryonnaire se forme sans embryon.
1° Dans les plantes hermaphrodites, la monogénie se borne presque toujours à produire des fruits dépourvus de graines. Toutes les fois qu'ils avaient coupé les étamines avant leur développement complet, Spallanzanr, Camerarius, Geoffroy, etc., ont vu naître des graines qui ne parvenaient point à maturité, ou n'atteignaient pas la grosseur ordinaire, ou du moins étaient inhabiles à germer (1). Même dans les végétaux diclines , les individus femelles qu'on tient éloignés des mâles, donnent ordinairement des graines privées d'embryon ; ainsi des pieds femelles de Mercurialis elliptica, transportés en Allemagne, fournirent pendant plusieurs années des graines incapables de se développer , jusqu'à ce qu'enfin on apportât du pays natal de cette plante d'autres graines, d'où provinrent des individus mâles et hermaphrodites (2).
2° Les^œufs que les Phalènes pondent sans accouplement, se développent si rarement , que Rœsel ne les a jamais vus éclore.
3° Ici se rangent les œufs qu'on appelle clairs (ova suhventanea, , zéphyr ea , hypenemia) , qui ont toutes les apparences des œufs féconds, mais qui ne se développent point par l'incubation , et qu'on observe très-souvent chez les Oiseaux , dont plusieurs même en pondent régulièrement avec les œufs féconds (3).
4° L'analogie permet également de placer dans cette catégorie les rudimens de membrane caduque qui, suivant Den-
(1) Tieviranus, Biologie , T. III, p. 357.
(2) Link, Elemcnta jrfiilosophicœ botanicœ, Berlin 1S24, in-8", p. 413.
(3) Faber, Ucbcr des Lclen der Uockwrdischen Vœyel , p. 196.
mann, se forment quelquefois dans la matrice des vierges, et sortent au milieu de douleurs causées par une menstruation difficile , comme aussi les moles oviformes rendues par des femmes qui n'ont point eu de relations avec les hommes (1). Ces moles , tantôt sont entièrement vides , tantôt ne contiennent qu'une sérosité coagulable par l'alcool , ou du sang caillé et des masses spongieuses de tissu cellulaire. On ne peut pas croire qu'il y ait eu d'abord ici un embryon que la putréfac * don ait fait ensuite disparaître ; car , outre qu'on n'aperçoit pas la moindre trace de cette putréfaction, il resterait au moins quelques os du nouvel être, et la sérosité aurait dû perdre sa propriété de se coaguler. Quant à une absorption de l'embryon , à peine est-il permis d'y songer en pareil cas.
II. L'œuf incomplet peut aussi consister en une poche qui soit située dans l'ovaire ou dans la matrice , et qui contienne quelques parties d'un nouvel individu. Ces parties rentrent toutes dans la catégorie de celles qui ont plutôt le caractère d'un produit que celui d'un organe vivant doué d'une activité qui lui soit propre. Ainsi ce sont des poils, des os, des dents , de la graisse , des membranes fibreuses , mais jamais des nerfs , des muscles ou des viscères.
5° On rencontre de ces poches, entre autres, chez des filles de douze à quatorze ans , qui présentent tous les caractères de la virginité. Les poils ont parfois quelques pouces de long, et tantôt , dépourvus de racines , ils sont pelotonnés dans la masse graisseuse, ^tantôt ils s'implantent par des racines à la face interne du sac. Les pièces d'os affectent des formes diverses et irrégulières ; fréquemment elles ont une analogie éloignée avec une mâchoire. Les dents sont ce qu'il y a de plus remarquable. On les trouve isolées ou*en grand nombre ; quelquefois elles ont leurs racines implantées dans le sac ; assez souvent elles sont aussi grosses et aussi bien formées que celles d'un adulte (2). Baillie, par exemple (3), en ouvrant le
(1) Walter, Betrachtunyen ueber die Gelurtstheile des weiblichen Geschlechts , § 27.
(2) Voigtel, Handbuch der patholoyischen Anatomie , t, III, p. 542.
(3) Philos. Tram., 1789, p. 71.
corps d'une jeune fille de douze ans, dont l'hymen était intact, et la matrice petite, sans nulle trace d'état anormal, rencontra , dans l'ovaire du côté droit , un kyste graisseux , de la face interne duquel s'élevaient, renfermés dans des capsules propres , non seulement des poils , mais encore une canine et deux incisives égalant en volume les dents d'un enfant âgé de quelques mois.
6° La formation d'œufs incomplets paraît dépendre d'une force productive des organes génitaux femelles , qui , à défaut de satisfaction du besoin de la fécondation , vient à être exaltée par des stimulations contre nature. Au premier rang de ces dernières se placent les excitations mécaniques qui agissent directement ou indirectement sur les organes génitaux. Suivant Blumenbach, les femelles des Tourterelles , des Merles et autres Oiseaux sont parfois si voluptueuses que , pour peu qu'on leur passe légèrement la main sur le dos, elles se couchent et ouvrent leur cloaque ; si alors on leur chatouille cette partie , elles poussent des gémissemens , battent des ailes , et pondent quelque temps après des oeufs clairs (1). Harvey a observé le même phénomène sur un Perroquet (2). A l'ouverture du corps d'une jeune fille de treize ans , adonnée à la masturbation depuis sa plus tendre enfance , et qui était morte de consomption, on trouva le clitoris d'un volume extraordinaire , et l'ovaire gauche converti en un kyste long de huit pouces , sur cinq de large , qui contenait un liquide puriforme , des poils , de la graisse , des cartilages , des pièces osseuses cylindriques et plates , plusieurs couronnes dentaires libres , et un morceau de mâchoire inférieure , avec des couronnes de dents canines et molaires (3).
7° Mais l'imagination , quand elle se concentre sur les fonctions génitales , peut aussi , sans nulle excitation matérielle , donner lieu à de semblables produits imparfaits. Un Casoar, qui vivait depuis plusieurs années en Europe , et qu'on tenait enfermé dans une cage particulière , pondit un œuf clair peu
(1) Klcine Schriften , p. 44.
(2) Exercitat. de gêner, animalium , p. 48.
(3) Hufeland et Harles, Neues Journal der auslœndischen ined, chir. Literatur., t. II , cah. 2 , p. 484.
de temps après avoir vu deux autruches s'accoupler auprès de lui (1). Les Cailles femelles , dont on se sert pour attirer les mâles et auxquelles on ne permet pas de s'y abandonner , pondent fréquemment aussi des œufs clairs.
III. On rencontre , chez les oiseaux , les mammifères et l'homme , des monstres dans lesquels un individu tient par des liens organiques à un autre individu plus ou moins développé (2). La première idée qui se présente alors à l'esprit est de supposer une adhérence entre deux individus ; mais la science admet une autre possibilité , celle qu'un individu se soit fendu en deux. On peut donc se demander si les deux individus ont été produits par la même force procréatrice, puis confondus ensemble à la suite d'une anomalie dans le développement des deux jumeaux, ou bien s'ils n'ont fait primordialement qu'un seul et même individu. Si ce dernier cas a eu lieu, si par conséquent il n'y eut d'abord qu'un seul individu, par l'effet de la masse et de la puissance duquel un autre a paru auprès de lui , c'est là un phénomène qu'on doit considérer comme appartenant à la monogénie. Ce mode de génération serait, chez l'homme , un acte contraire à la marche ordinaire de la nature. Mais il y a unité et légitimité dans la nature , et ce que nous appelons anomalie consiste uniquement en ce que des actes qui sont conformes à la règle dans une certaine sphère , se manifestent dans une autre sphère qui ne les comporte pas. Nous ne pourrions , chez l'homme , regarder la production de ces monstruosités comme l'œuvre d'une mono*|jénie anormale, que dans le cas où, d'un côté, les phénomènesymraient de l'analogie avec ceux de la monogénie normale , et oû% d'un autre côté , l'analogie s'élèverait contre toute autre explication qu'on voudrait en donner. Or, ni l'un ni l'autre de ces deux cas n'a lieu. ;
8° En effet , toute monogénie ne s'effectue qu'après le développement complet de l'individu. La vie est une métamorphose assujettie à des lois ; le germe se développe , il devient un individu , et celui-ci , après avoir acquis son entier déve-
(1) Harvey, loc. cit., p. 20.
. (2) Buvdach , Anatomische Untersuckuiicjen\ 1818 , YI et VIT.
OEUFS INCOMPIEÏ'S. 8l
loppement , procrée de nouveaux germes. Mais le germe , comme tel , ne peut former d'autres germes ; car il faut toujours que letre qui procrée soit supérieur à l'individu procréé, et doué d'une force supérieure à la sienne ; l'un et l'autre ne peuvent occuper le même échelon. Or , dans l'hypothèse en question , il faudrait que déjà l'embryon eût procréé. Si la génération est un accroissement qui dépasse les bornes de l'individualité , si elle est le point culminant de la formation plastique , il implique contradiction d'admettre qu'elle puisse avoir lieu au début de la formation même , et nous devons , par conséquent, regarder la génération par des embryons comme une chose impossible. On trouve souvent des œufs d'oiseaux non couvés , et des fruits non germes , par exemples des citrons, qui renferment en eux des œufs ou des fruits plus petits (1) ; mais l'œuf d'oiseau avant l'incubation et la graine avant la germination ne déploient aucune force productive ; on ne peut donc point admettre de génération là où il n'y a pas même formation de soi-même , et les fruits ou œufs emprisonnés dans d'autres doivent avoir été engendrés par le même organisme-souche que ceux qui les renferment.
9° Il n'est pas rare de rencontrer, des corps parasites implantés à la surface ou logés dans l'intérieur d'embryons mâles ; mais il est contradictoire avec l'idée qu'on doit se faire du sexe masculin , qu'il puisse produire un nouvel individu par sa seule activité , puisque la monogénie n'a lieu que dans le,sexe féminin.
10° Deux corps également développés pourraient être le résultat d'une génération par scission ; mais ce phénomène n'est possible que quand le corps représente une masse ho mogène ( § 22, 25 ) ; il ne saurait donc avoir lieu dans l'organisme humain. Au reste, l'adhérence de deux individus par la tête ne s'accorde avec aucune forme connue de génération par scission, puisque, dans cette dernière, la tête conserve toujours son indépendance ou son intégrité, et ne devient jamais le siège de la scission.
11° Les individus implantés sur d'autres pourraient être
(4.) Treviranus , Biologie , t. TTI, p. 305.
des gemmes ; mais alors il faudrait que chaque organe eût ses racines dans l'organe correspondant de l' organisme-souche, le cerveau , par exemple , dans le cerveau , tandis que l'on observe le contraire. Il faudrait aussi que la formation des gemmes fût limitée à une certaine région , et elle ne pourrait avoir lieu à la tête.
42° Les individus logés dans le corps d'autres individus pourraient être le résultat d'une formation intérieure de gemmes ou d'une production solitaire d'œufs. Mais la productivité extraordinairement puissante qu'il faudrait supposer pour cela , ne pourrait cependant agir que dans l'organe générateur , puisque cet organe est le plus productif de tous, et le seul , par exemple , dans les formations accidentelles duquel on voie se développer des dents. Cependant les parasites internes n'ont jamais été trouvés dans cet organe : on les a toujours rencontrés dans des espaces libres de la cavité abdominale.
13° Comme la moelle épinière est le seul organe primordial , on ne pourrait admettre une union primordiale de ces doubles corps qu'autant que les deux moelles épinières seraient confondues ensemble à leur extrémité. Mais, la plupart du temps, l'union a lieu dans des parties qui n'apparaissent que quand l'embryon a pris un certain degré de développement. Elle ne saurait donc avoir été primordiale.
14° Il ne peut donc y avoir eu ici qu'une adhérence consécutive. Le fait est évident lorsque les deux corps ne tiennent ensemble que par la peau, comme dans le cas observé par Knothe, où deux embryons n'étaient collés l'un à l'autre , depuis la poitrine jusqu'à l'ombilic , que par un tissu fibreux situé sous les tégumens (1). Nous savons que des jumeaux se forment quelquefois dans un amnios commun , que la cavité abdominale est d'abord ouverte , qu'elle ne se ferme que peu à peu , que la peau se développe plus tard , que des parties dénuées de peau peuvent contracter adhérence ensemble, que deux moitiés de Polype , même appartenant à des espèces différentes , sont susceptibles de se souder l'une avec l'autre (2) ,
(1) Osiander, Handhuch der Entbindungskunst , 1. 1 , p, 314.
(2) Blumenbach, Ueber den Bildimgstrieb , p. 94.
DE LA. D1GÉNÏE. 83
que les Lichens (1) se confondent souvent avec l'épiderme de l'arbre sur lequel ils croissent (*) , que les branches des arbres qui peuplent nos forêts se greffent fréquemment les uns sur les autres, etc. L'analogie nous permet donc de conclure que deux embryons peuvent également se souder ensemble.