DES TESTICULES PROPREMENT DITS
autre interprétation des parties que nous avons appelées œuf végétal ( § 62 ) et ovaire végétal ( § 50 ). En effet , si le prétendu œuf végétal correspond manifestement, non point à l'anthère, mais au grain pollinique', que ce dernier soit analogue au testicule des animaux , et son contenu au sperme , les deux membranes du premier doivent être les analogues de l'ovaire des animaux , et son amande seule être l'œuf de ces derniers. Ce qui vient surtout à l'appui de cette hypothèse, c'est que les membranes du prétendu œuf végétal constituent des sacs ouverts , le micropyle ne se formant que longtemps après la fécondation. Ce qu'on nomme l'ovaire végétal pourrait alors être comparé à la cavité pelvienne des animaux) (1).
A la vérité on peut encore se demander si le grain pollinique , au lieu d'être lui-même un testicule végétal , n'est pas plutôt un produit de ce testicule (de l'anthère ), produit qui ne différerait du sperme des animaux qu'en ce que la tendance prédominante de la substance végétale à prendre une forme solide fait qu'il s'enveloppe de membranes, tout comme une autre sécrétion , l'amidon, prend de la même manière la
forme d'un grain (*).
b. Testicules dans les animaux.
§ 70. Le testicule des animaux (testiculus), considéré d'une manière générale , consiste , comme d'autres organes sécréteurs, en canaux fermés à l'extrémité, ou, pour parler plus exactement , en culs-de-sac , dans lesquels commence la formation du sperme , et en extrémités béantes , par lesquelles ce liquide est évacué au dehors. L'échelon du règne animal où l'on voit pour la première fois , dans le sexe féminin, l'ovaire perdre le caractère d'un réservoir et d'un organe conducteur des œufs, sans qu'il existe en même temps que lui un organe spécial destiné à cette fonction ( § 60 ), cet échelon , auquel se rapportent quelques Poissons (§ 79, 2°), est le
(1) Addition d'E. Meyer.
(*) Voyez sur le pollen , Raspail , Nouveau Système de chimie organique, Paris 1833, p. 159-183, et Nouveau Système de physiologie végétale, t.I,p.72, 311,572.
seul où l'on trouve le testicule formé , non point de canaux conduisant le sperme produit dans leur intérieur , mais de cellules closes.
Nous distinguons donc surtout deux formes , la tubuleuse ( § 71 ) et la glanduleuse ( § 74 ).
* Testicule tubuleux.
§ 71. A un degré inférieur d'organisation, le testicule laisse apercevoir extérieurement sa forme tubuleuse, et consiste en des canaux libres, qui sont simples ( § 72 ) ou rameux ( § 73 ).
t Testicule tubuleux simple.
§ 72. Le testicule tubuleux simple représente la dernière de toutes les formes. Au plus bas degré, il se continue, sans ligne de démarcation appréciable , avec le conduit déférent , et de cette manière il ne fait qu'un avec ce dernier. A un degré plus élevé, on aperçoit une ligne de démarcation entre les deux organes.
Ce testicule est tantôt étroit, long , vasculiforme, et la plu • part du temps flexueux (1) ; tantôt large , en forme de sac ou d'utricule, court et droit (2).
A la première forme se rapportent , par exemple , les testicules de l'Ascaride lombricoïde, qui commencent par des entrelacemens de circonvolutions, se prolongent en circonvolutions plus libres , et ont en tout une longueur de deux à trois pieds (3). Ceux du Jule, qui sont filiformes, mais en ligne droite (4), appartiennent à la même catégorie. L'extrémité en cul-de-sac de ces testicules flexueux est tantôt terminée en pointe , comme dans la Tîpula , tantôt élargie en massue , comme dans l'Abeille (5).
Les testicules ont la forme d'utricules, par exemple dans Y Echinorhynchus gigas (6) , les Oniscus ceti (7) , ayuati--
(1) V. PL II , première forme.
(2) V. PL II, seconde forme.
(3) J. Cloquet , Anatomie des vers intestinaux , p. 46.
(4) Treviranus , Vermisclite Schiften , t. II , p. 25.
(5) Burmeister , Handbuch der Entomologie , t. I , p. 217.
(6) J. Cloquet , loc. cit., p. 89.
(7) Treviranus , loc. cit., t. II , p, 9.
cus(ï) et asellus~ ou chacun d'eux est divisé par un étranglement en une partie antérieure et une partie postérieure (2) ; dans les Scolopendres (3), les Araignées (4) et les Ephémères, où ils sont un peu plissés (5). L'extrémité en cul-de-sac se termine par un sommet pyramidal dans les Libellules , tandis qu'elle est dilatée dans les Cercopis et Tinea (6),
tt Testicule tubuleux rameuiu.
§ 73. Le testicule tubuleux rameuse se partage en canaux , qui tantôt sont longs et représentent des branches , tantôt forment de courts faisceaux et des vésicules. On le rencontre surtout chez les Insectes, et Muller en a fait connaître les différentes formes (7).
1° Lorsque cette division comprend les extrémités en culde-sac du testicule ou les.:points par lesquels il commence , ce sont tantôt des canaux parallèles les uns aux autres et formant des faisceaux , comme dans les Buprestis, Trichodes et Clerus , ou s' écartant en rayonnant dans tous les sens, comme dans les Bostrichus; tantôt plusieurs dilatations vésiculiformes, qui s'implantent sur le canal commun à la manière d'une fleur étoilée sur le pédoncule , comme dans les Apate , Asida, et Tenebrio , ou des vésicules isolées et plus grosses, à la surface desquelles s'élèvent une multitude de petites vésicules ou de courts utricules , comme dans les Musea, Elater, Blaps et Telephorus.
2° Les branches qui sortent des parois latérales du canal commun naissent, tantôt d'un seul côté], en sorte que le testicule devient pectine , comme dans YHtjdrophilus, tantôt de plusieurs côtés et sur toute la périphérie. Dans ce dernier cas , elles sont courtes , vasculiformes , nombreuses et serrées les unes contre les autres, comme dans les SembUs,Aou un
(4) Ibid., 1. 1 , p. 74.
(2) Ibid., t. I,p. 59.
(3) Ibid., t. II , p. 25.
(4) Treviranus, Ueber der innern Bau der Araclmiden , p. 37, ;
(5) Swammerdam , Bibel der Natur , p. 108.
(6) Burmeister, loc. cit., t. I , p. 217.
(7) De glandularum secementiam stmetura penitiori, JLipsiaî 1S30 ," n-fol,;p. 103.
peu plus longues et plus isolées, comme dans les Staphylinus et Sylpha.
** Testicule glanduleux.
§ 74. On peut appeler le testicule glanduleux lorsque les canaux qui le constituent sont réunis en une masse, de sorte qu'on ne parvient point à les distinguer clairement à l'extérieur , ce qui tient à ce qu'ils sont ou serrés les uns contre les autres, ou enveloppés par du tissu cellulaire. Il est impossible d'établir ici aucune ligne de démarcation bien tranchée , aussi distingue-t-on seulement la forme glandulaire proprement dite ( § 77 ) et celles qui ne font que s'en [rapprocher (§75).
t Testicule imparfaitement glanduleux.
§ 75. Les longs canaux étroits et vasculif ormes d'un grand nombre d'Hyménoptères (1) et autres Insectes , par exemple , du Gryllus verrucivorus (2) , sont contournés sur eux-mêmes, Dans quelques uns de ces animaux , par exemple les Ranatra, le canal simple est tordu en spirale. Dans d'autres encore, spécialement les Coléoptères, et surtout les Carabiques, il est roulé en peloton , de manière à représenter une seule masse qui , d'après Léon Dufour, est couverte d'une membrane particulière (3) ; quand on le déroule , on trouve qu'il a une longueur considérable , vingt fois plus grande , par exemple, que celle du corps entier dans le Bytiscus marginalis (4).
§ 76. Le testicule se rapproche davantage de la forme glanduleuse lorsqu'il consiste en un grand nombre de canaux parallèles les uns aux autres et réunis par du tissu cellulaire (5). C'est ainsi qu'on le trouve dans plusieurs Insectes, par exemple dans le Clerus alveolaris(6).
Nous mentionnerons encore ici une forme particulière , dans laquelle les canaux se réunissent en renflemens à leurs extré-
(1) Bulletin de la Soc. philoma tique , 1818 , p. 101 .
(2) Carus, Traité élénientaire/Tanat. compar., t. II, p. 388.
(3) V. PI. II , troisième forme.
(4) Hegetschweiler , Diss. de insectorum genitalibus , p. 19. (J5) V. PI. II , quatrième forme.
(6) Hegetschweiler , loc. cit., p. 19.
mités ouvertes (1). Ainsi, dans les Nepa, cinq canaux contournés se terminent par autant de renflemens qui se confondent ensemble du côté du conduit déférent. Dans le Cimex hyoscyami sept canaux plus courts et droits se confondent en un renflement indivis (2). I
tt Testicule parfaitement glanduleuse.
§ 77. Chez les Insectes , de même que chez les autres animaux articulés, outre les formes précédentes du testicule ( § 71-76 ), on en trouve aussi qui sont véritablement glanduleuses.
1° Le testicule est partagé en plusieurs portions distinctes , qui produisent un conduit déférent commun. Ces testicules multiples, ou ces lobes de testicules, aboutissent par leurs canaux à un point commun , d'où part le conduit déférent (3). Voilà ce qu'on observe spécialement dans les Coléoptères. Ainsi, d'après Strauss (4), il y a, chez le Hanneton , six disques présentant des plis rayonnes à leur surface et composés de canaux, dont les extrémités en cul-de-sac correspondent à la périphérie , tandis que les extrémités ouvertes et convergentes s'abouchent dans une cavité centrale, d'où part un conduit qui se réunit avec les cinq autres pour produire le canal déférent. On trouve cinq de ces testicules dans le Scarahœus fimetarius , et douze: dans le Scarabœus auratus.
Chez quelques autres Insectes , par exemple la Tettigonia, pîebeia , les canaux des testicules se réunissent en un conduit commun, non pas sur un seul point, mais sur plusieurs, de manière qu'il résulte de là une forme rameuse et en partie analogue à celle d'une grappe (5).
2° Le testicule apparaît, chez les Lépidoptères principalement, sous la forme d'une seule masse globuleuse, qu'on ne peut dérouler et dans laquelle on a de la peine à distinguer les canaux , à cause de leur ténuité. Dans l'Écrevisse, on aper-
(1) V. PI. II, cinquième forme.
(2) Hegetschweiler , loc. cit., p. 19.
(3) V. PI. II , sixième forme.
(4) Consid. génér. sur l'anat. comp, des an. articul.,]p. 292.
(5) V. PI. II, septième forme.
çoitces canaux, dont les extrémités en cul-de-sac sont dilatées de manière à représenter des vésicules (1).
§ 78. Parmi les Mollusques, les Céphalopodes ont des testicules dont les parois épaisses consistent en des canaux convergens qui ont leurs extrémités closes à la périphérie , se réunissent en dedans pour produire des troncs , et finissent par s'ouvrir dans une cavité centrale.
Chez les Gastéropodes, les testicules ont l'aspect de glandes conglomérées , dont les lobules ne sont réunis que par les canaux qui s'anastomosent ensemble afin de produire les conduits déférens.
§ 79. 1° Dans plusieurs Poissons , cartilagineux surtout , le testicule se compose , d'après Rathke, de vésicules closes , qui sont analogues à celles de l'ovaire , dont elles n'atteignent cependant point le volume, et qui ne versent dans la cavité abdominale le sperme sécrété par elles qu'autant qu'elles viennent à crever, attendu qu'il n'existe point de conduits déférens. Dans l'Anguille et la Lamproie, ces vésicules sont placées, au milieu d'une masse épaisse et gélatineuse , entre les membranes du testicule , et se distinguent des œufs principalement par leur couleur blanche (2). Dans les Pleuronectes et les Esturgeons , elles forment une masse épaisse. Dans les Raies et les Squales , elles sont très-serrées les unes contre les autres, et produisent ainsi des corps sphériques. Celles des Raies ont, d'après Muller (3), le volume d'une tête d'épingle]; une matière consistante les remplit , et des cloisons que la membrane délicate qui enveloppe le testicule entier envoie à l'intérieur, les réunissent en masses globuleuses grosses comme des pois. Le testicule des Squales est divisé, suivant Blainville (4) , en quinze ou seize lobes, dont chacun présente des globules de ce genre à sa surface.
%° Chez la plupart des Poissons le testicule est parcouru, dans toute sa longueur , par un canal commun , qui occupe
(1) Rathke , Untersuclmngen ueber diéBildung und Entwickelung des Flusshrebses , p. 4.
(2) Rathke , Bemerliungen ueber deninnem Bail der Pricke , p. 58.
(3) Zeitschrift filer Physiologie , t. IV, p. 100.
(4) Annales du Muséum , t. XVIII.
TESTICULE GLANDULEUX. Ijty
tantôt le milieu de l'organe et se partage des deux côtés en branches parallèles naissant à angle droit (1), tantôt l'un des bords , tandis que les extrémités en cul-de-sac des branches qui s'y abouchent sont situées à l'autre bord. Les branches sont presque toujours très-serrées les unes contre les autres , ce qui les rend même quelquefois anguleuses , et fréquemment elles se ramifient vers leurs extrémités en cul-desac , ou s'unissent dans tout leur trajet par des ramifications anastomotiques , qui produisent l'apparence d'un réseau"(2).
§80. Le testicule des Batraciens , lorsqu'on l'examine extérieurement , semble grenu , ou comme composé de globules (3) , disposition qui tient à ce que les extrémités en culde-sac des canaux sont un peu dilatées et placées à la périphérie. Les canaux eux-mêmes convergent en ligne droite , efserrés les uns contre les autres, vers le centre , où ils se réunissent.
Chez les autres Reptiles , les canaux ont plus de longueur, proportionnellement au volume du testicule ; aussi sont-ils flexueux ou contournés.
§ 81. Les canaux des Oiseaux et des Mammifères sonttrèscontournés dans tout leur trajet , pendant lequel ils ne changent point de diamètre , ne se ramifient presque jamais , et sont séparés les uns des autres par des cloisons que la membrane fibreuse externe envoie à travers la substance du testicule. Les extrémités en cul-de-sac , qui sont simples et non dilatées, se trouvent à la périphérie , d'où les canaux convergent vers l'intérieur et s'y réunissent peu à peu (4). Suivant Lauth (5), le testicule de l'homme renferme environ840 canaux, dont le diamètre est d'environ 0,06 ligne, et la longueur moyenne de 25 pouces ; ils se réunissent , à leur extrémité , en sept à dix-huit canaux , qui s'anastomosent ensemble , et pro • duisent ainsi un réseau , d'où partent douze à quatorze con-
(4.) V. PL II, neuvième forme.
(2) Rathke, Beitrœge sur GescJdchte der Thierwelt , t. II , p. 427. — * Muller , De glandularum structura , p. 105.
(3) V. PI. II , huitième forme.
(4) V. PL II , dixième forme.
(5) Froriep , Notizen, t. XXXII , p. 307/