ANIMALCULES SPERMATIQUES
degré de perfection , est devenu très-décomposable et apte à la fécondation ; que par conséquent ils n'y existent point dès le principe , et qu'ils n'ont par eux-mêmes aucune connexion essentielle avec la vie de l' organisme-souche , que ce n'est point à eux qu'est due la faculté procréatrice , enfin qu'ils ne sont qu'un effet accessoire et un phénomène concomitant de cette faculté, motif pour lequel ils manquent chez les enfans , les vieillards et les malades. Voici quels sont les argumens sur lesquels repose cette opinion (*).
3° Les Spermatozoaires ne naissent que pendant le séjour prolongé du sperme dans le corps animal ; car lorsque ce liquide est évacué souvent et ne peut s'accumuler, il ne contient point d'animalcules , qui n'y reparaissent que quand les épanchemens de semence ont lieu à de plus longs intervalles. Gleichen n'en a point trouvé dans le sperme extrait des testicules du Taureau , du Verrat , du Cerf , du Lièvre, du Renard ; il a rencontré , dans les épididymes , de petits globules tournant avec rapidité sur eux-mêmes, et dans les vésicules séminales seulement des Spermatozoaires parfaits (1). Czermak (2) , qui a étudié les progrès de la formation du sperme des Oiseaux , à partir du commencement de la saison des amours , a trouvé cette humeur d'abord complètement liquide , puis grenue , ensuite parsemée !de Spermatozoaires , qui cependant étaient encore immobiles dans le principe; il a remarqué aussi que les animalcules aptes à se mouvoir ne se rencontraient , chez beaucoup d'animaux, que dans les conduits déférens.
4° Needham avait déjà observé que le nombre des animalcules augmente lorsque le sperme devient plus liquide et commence par conséquent à se décomposer, d'où il concluait qu'ils sont produits par la décomposition de la matière animale. Leeuwenhoek a trouvé aussi qu'ils ne deviennent vi-
(*) Cette opinion vient d'être combattue par M. R. Wagner {Fragmente zur Physiologie der Zeuyuny. Erlangue , 1837, in-4°, Og. ) , dans son Analyse microscopique du sperme.
(1) Abhandluny ueher die Saamen-und Infusionsthierchen , p. 32.
(2) Beitrœge zu der Lehre von der Spermatozoen , p. 20.
ANIMALCULES SPERMATIQUES. l35
vans que par la dilution du sperme , et Gleichen (1) que leurs mouvemenssont lents dans le sperme frais, qu'ils ne font que s'y traîner, et qu'ils acquièrent plus de vivacité lorsqu'on étend d'eau cette humeur. Asch n'a pu voir que des globules (2) , mais il a reconnu que ces globules aussi se forment peu à peu. Treviranus (3) a observé , dans la semence de grenouilles fraîche et étendue d'eau, des courans qui entraînaient les globules et les filamens contenus dans le liquide ; c'était plus tard seulement que] se formaient des animalcules doués d'une faculté locomotive propre. Prévost et Dumas (4) n'ont aperçu d'animalcules dans la semence épaisse des conduits séminaux des Mammifères, qu'après avoir délayé celle-ci avec de l'eau; c'était donc, au fond, une infusion qui appelait sur-le-champ des Infusoires à la vie animale , puisque la force plastique la plus énergique et la plus exaltée ne peut point maintenir la cohésion de la masse vivante , et ne l'empêche pas de se résoudre en liquide.
5° D'anciens observateurs disent avoir' vu des Spermatozoaires chez des Poissons (5). Si, malgré tous leurs efforts, Prévost et Dumas (6) n'ont pu en apercevoir aucun chez ces animaux , mais seulement des globules , ce n'est point là une preuve qu'il n'y en ait pas dans la laitance fraîche , et peutêtre doit-on s'en prendre à ce que le sperme des Poissons ne parcourt point des canaux si longs et si étroits. Au contraire ,r Bory de Saint Vincent (7) a vu des Infusoires naître au bout de quelqne temps dans la laitance mise en infusion. Du reste il est arrivé quelquefois à Prévost et Dumas (8) de ne rencontrer aucun Spermatozoaire chez de forts chats."
6° Les Spermatozoaires se comportent comme d'autres animalcules infusoires à l'égard des manifestations de leur vitalité.
(1) Loc.cit.,\>. 109.
(2) Diss. de naturâ spermatis, p. 103.
(3) Vermisclde Schriften' , t. I, p. 123.
(4) Annales des se. nat.,t. I, p. 18.
(5) Haller, Elementa physiologiœ , t. VII, p. 521. (6)Loc. ci*., p. 22.
(7) Magendie, Journ. de physiologie, Paris 1822, t. II, p. 231. (8)ioc c#i,p. 167.
l56 ANIMALCULES SPERMATIQUES.
Ils se meuvent et se reposent par momens, vont tantôt d'un côté , tantôt d'un autre , se fuient les uns les autres , font des efforts pour se remettre en liberté, quand ils ont été accrochés par les portions du liquide qui commencent à se dessécher, etc. (1). Cependant leurs mouvemens ne sont pas aussi agiles ni aussi multipliés que ceux de la plupart des autres animalcules infusoires (2). Gruithuisen (3) prétend avoir vu qu'ils se propageaient , comme ces derniers , par scission longitudinale , ou aussi par gemmation.
7° La petitesse des Spermatozoaires , qui ne permet pas de les apercevoir sans le secours du microscope, les range parmi les animalcules infusoires. Comme habitans d'animaux vivans, on doit les compterau nombre des Entozoaires. Mais ces deux classes n'étant caractérisées que par des qualités non essentielles (le volume et l'habitation), la place des Spermatozoaires dans un système fondé sur l'organisation n'est point encore déterminée , que nous les rapportions à l'une ou à l'autre de ces deux classes. Sous le rapport de la taille , de l'habitation , et du mode d'origine , ils ressemblent aux Cercaires , par exemple à celles du mucus intestinal , dont ils se rapprochent aussi jusqu'à un certain point, suivant H. Cloquet (4) , quand on n'a égard qu'à leur forme extérieure. Mais d'après les recherches plus étendues que Czermak a faites (5) , ils se partagent en trois grandes sections ; les Cèphaloïdes , qui sont arrondis , en forme de disque , jusqu'à un certain point globuleux , et propres aux Poissons , ainsi qu'à quelques Annélides ; les Uroïdes , ou filiformes , qu'on rencontre chez les Mollusques , la plupart des Reptiles , et plusieurs Oiseaux; enfin les Céphaluroïdes , qui ont une partie sphérique et une autre filiforme , et qu'on trouve chez les Mammifères , de même que chez la plupart des Insectes. Si l'on voulait les associer aux Infusoires , les Céphaloïdes pourraient rentrer , d'après Czermak , dans les Monadaires ,
(1) Haller, loc. cit., t. VII, p. 529.
(2) Gleichen, loc cit, p. 70.
(3) Beitrœge zur Physiognosie , p. 328.
(4) Dict. des se. médie., t. XXV, p. 37.
(5) Loc. cit, ,\t. 19
ANIMALCULES SI'EUMATIQUES. 10*]
les Uroïdes dans les Vibrionides, et les Céphaluroïdes dans les Gercaires. Mais , sous le point de vue de leur origine , ils doivent être considérés , de même que lesEntozoaires , comme les produits d'une substance organique qui se décompose dans l'intérieur d'un organisme vivant et sous son influence.
8° Ils ont la même forme chez des animaux différens. Ainsi, par exemple , leur forme est la même dans le chien et dans l'homme. D'un autre côté , on en trouve quelquefois plusieurs de forme différente chez un seul et même individu.
9J Leur grosseur n'est nullement proportionnée à celle de l'animal dans le sperme duquel ils vivent. Ceux de la Baleine ne sont pas plus gros que ceux qu'on rencontre chez certains animaux fort petits (1) , et quelques Insectes en ont qui sont plus gros que ceux de l'homme. D'après les mesures prises par Prévost et Dumas, on peut établir à cet égard la série suivante :
Hélix pomatia 0,833 millimètre.
Lymneus stagnalis 0,611
] Salamandre aquatique 0,400
Viper a Razumovski 0,100 Putois, Cochon d'Inde etLinot 0,083
Souris 0,080
Hérisson et Orvet 0,066
Cheval 0,050
Chat 0,040
Poule 0,033,
Grenouille 0,026
Chien et canard 0,016
Ils sont donc , par exemple , dans le Colimaçon , cinquantequatre fois plus gros que dans le Chien, et dans la Souris moitié plus gros que dans le Cheval.
40» Ceux des animaux inférieurs sont non seulement plus gros , mais encore plus nombreux que ceux des animaux supérieurs. Ceci s'applique surtout aux Mollusques , animaux chez lesquels une force productive et régénératrice très-ac-
(1) Hallev , loc. cit., t. VII, p. 522.
l38 ANIMALCULES SPERMATIQUES.
tive accompagne un corps mou , mucilagineux et très-enclin à se décomposer.
11° Gruithuisen (1) , enfin, dit en avoir vu naître aussi dans une infusion de sang.
D'après ces faits, la présence des Gercaires dans une humeur inconnue d'ailleurs ne suffirait pas pour démontrer que cette humeur est du sperme.
( Je partage entièrement l'opinion qui vient d'être développée , c'est-à-dire que je ne regarde les Spermatozoaires ni comme la seule partie active ni comme la seule partie essentielle du sperme. Je crois qu'ils vivent dans l'intérieur de la portion mucilagineuse ou plutôt albumineuse de la liqueur , dans celle qui file entre les doigts , et que l'eau les met en liberté , parce qu'elle dissout cette *substance. C'est une conclusion à laquelle nous sommes amenés par les anciennes observations et aussi par la comparaison avec les Vers intestinaux. Ceux-ci ne se montrent que sur les points où il y a eu préalablement accumulation, dans l'intérieur du corps, de mucus et d'albumine , qui paraissent être leur véritable matrice. Mais à peine , parmi les sécrétions du corps , s'en trouve-t-il une seule qui soit aussi chargée de ces substances que le sperme ; la liqueur séminale possède donc une aptitude toute spéciale à produire des organismes individuels. Ainsi les animalcules spermatiques me paraissent être des Entozoaires du sperme, non pas engendrés immédiatement par la sécrétion , comme le pensent Prévost et Dumas , mais seulement comme une suite nécessaire de la sécrétion du sperme , qu'en conséquence ils accompagnent toujours , quand il a les qualités requises pour être parfait. C'est l'étude des Moules surtout qui m'a conduit à cetle manière de voir. Le mucus et l'albumine prédominent dans le corps entier de ces animaux ; aussi tout leur corps est-il plein dlnfusoires , qui n'attendent que la disgrégation de la masse cohérente pour manifester une vie propre à eux. Ils sont variés à l'infini , quant à la forme , longs , larges, ronds, ou tout-à-fait amorphes ; souvent même on voit des lambeaux qui, à peine déta •
(1) Loc. cit., p. 329.
ANIMALCULES SPERMATIQUES. l5g
chés du corps , tournent en rond, avec une apparence de vie. On passe , par une gradation insensible , de ces masses informes à des animaux jouissant manifestement d'une vie qui leur appartient en propre. L'organe générateur est celui qui en contient le plus, quand il n'a point développé d'œufs, mais contient un liquide épais et blanc , la semence , que d'ailleurs cet organe soit un testicule ou qu'il se borne à fonctionner quelquefois comme tel. Mais là aussi les animalcules varient beaucoup. Je regarde comme des Spermatozoaires proprement dits ceux qui ont le corps aplati et dont la face ventrale est un peu excavée ; leur nombre l'emporte de beaucoup sur celui des autres. Indépendamment d'eux, on trouve d'autres Infusoires qui se distinguent par une longueur plus considérable et par les mouvemens d'une toute autre espèce qu'ils exécutent ; ceux-là peuvent bien avoir jusqu'à un vingtième de ligne de long. La vitalité de tous ces habitans du sperme dépend de l'état de vie et de la maturité des Moules. Fréquemment, la plupart des Spermatozoaires proprement dits sont immobiles ; quelquefois , au contraire , j'ai trouvé tout en mouvement dans le sperme', de manière que rien n'y était tranquille , si ce n'est le liquide. Il suit de là qu'on ne peut point attribuer le développement des animalcules spermatiques à la seule constitution chimique du sperme , qui ne comporterait pas de si grands changemens dans une même substance , mais qu'il faut encore , et surtout , le faire dépendre de circonstances dynamiques , auxquelles il est possible que la composition chimique se trouve assujettie. Il me paraît donc très-convenable de considérer la formation des Spermatozoaires comme analogue au développement du pollen, comme une réduction en poussière qui s' effectue dans le corps animal.
g Qu'il me soit permis de rapporter encore ce que l'observation des Limaçons m'a appris sur le rapport entreles Spermato zoaires et les Vers intestinaux. Quand on trouve ici ces animalcules en pleine jouissance de la vie , ils sont formés d'un corps arrondi et d'une très-longue queue, tels que Prévost et Dumas les ont figurés ; ils se meuvent alors avec une extrême vivacité et sans interruption. Dans d'autres Limaçons, on en voit
l4o ANIMALCULES SPERMATIQIJES.
quelques uns qui sont très-lents, et la plupart qui n'exécutent aucun mouvement ; ceux même qui vivent font des pauses très-longues. Dans cet état, le corps et la queue se sont séparés l'un de l'autre chez le plus grand nombre , et une grande partie ne sont que des queues vivantes. C'est dans cet état que Treviranus les a vus et représentés. L'extrémité en forme de crochet , dont il parle , est le bout rétréci par lequel la queue tenait au corps. Il faut que cet observateur les ait aperçus dans les derniers momens de leur vie , puisqu'il compare leur mouvement à celui des Gonferves oscillatoires ; celles-ci se meuvent de manière que le filament décrit la surface d'un cône , et l'extrémité libre un cercle plus ou moins régulier,'; mais le mouvement des queues de ces Spermatozoaires est absolument semblable à celui des Serpens , comme chez d'autres Cercaires ; elles ne deviennent plus raides que quand elles sont tout-à-fait sur le point de mourir.
On savait déjà que les phénomènes de la vie sont indépendans dans le corps et la queue , chez les Cercaires proprement dites , telles que Nitzsch les a caractérisées en établissant ce groupe. Mais ces animaux sont , comme je l'ai trouvé , des Vers entozoaires de Limaçons , qui se développent de préférence dans les parties génitales et les reins. Il y a donc, entre les Spermatozoaires des Limaçons et les Cercaires (d'après Mtzsch), affinité sous le point de vue des conditions vitales , du lieu de développement et de la forme. Cette dernière a fait désigner les uns et les autres sous le même nom générique. Les'véritables Cercaires ont seulement une organisation plus relevée que celle des Spermatozoaires , et sont du reste construites d'après le même type. Les Distomes sont , à leur tour, des Cercaires plus développées , et la transition est rendue plus complète encore par un Distome qui vit dans les Moules , et dont la queue fort longue se détache également du corps. Nous avons donc trois degrés ; les Distomes sont des parasites de certaines parties du corps où il s'accumule soit du mucus , soit de l'albumine ; les Cercaires sont des parasites de Mollusques, car on en trouve aussi dans les Moules ; enfin les Spermatozoaires sont des parasites du sperme. Tous sont bâtis sur le même type, seulement à des degrés di-
vers de développement ; tous sont des Infusoires , en tant qu'on désigne par ce mot non pas un degré ou un échelon de l'organisation , mais seulement un mode d'origine.
Les Limaçons renferment aussi des Infusoires dans d'autres parties de leur corps , quoiqu'ils ne soient ni aussi nombreux ni aussi variés que chez les Moules ) (1).
XIÏ. Parallèle entre l'ovaire et le testicule.
§ 85. Il nous reste encore à établir un parallèle entre l'ovaire et le testicule , pour faire connaître ce que ces organes ont de commun et ce qui constitue leur caractère particulier.
Tous deux s'accordent ensemble quant à leur destination générale ; ce sont des organes producteurs , dont le produit est la première et la plus essentielle des conditions de la génération. Ils ont aussi plusieurs traits de ressemblance , eu égard à l'organisation, comme d'être mis en rapport avec l'organisme par des nerfs et par des vaisseaux. Cette analogie, que l'on connaissait déjà dans l'antiquité, et qu'on avait cherché à rendre sensible en appelant les ovaires testicules femelles, est exprimée d'une manière d'autant plus patente et complète dans les particularités qui ont trait à la conformation , que le degré de la formation organique est moins élevé. L'ovaire tubuleux ( § 52) diffère à peine du testicule lubuleux (§ 71 ). A mesure que la vie se déploie , l'antagonisme entre la masculinité et la féminité devient de plus en plus prononcé , de sorte que nous devons considérer la séparation des sexes comme un caractère de développement d'un ordre plus élevé.
A. Parallèle entre l'ovaire et le testicule sous le rapport de la
forme.
§ 86. Examinons d'abord la forme élémentaire.
1° La forme élémentaire des deux organes est tubuleuse aux derniers échelons du règne animal. A des degrés plus élevés et au premier de tous , le testicule demeure tubuleux, non pas , il est vrai , dans sa forme totale ou d'ensemble , mais dans son tissu ; l'ovaire , au contraire , ne tarde pas à prendre
(1) Addition de Biiër.
l42 PARALLÈLE ENTRE ^OVAIRE ET LE TESTICULE.
la forme vésiculeuse , et à se séparer des parties tubuleuses (§ 55) , de sorte qu'il subit une métamorphose plus considérable dans le règne animal. Parvenu à la forme la plus élevée, le testicule est encore analogue aux premières formes de l'ovaire.
2° La forme globuleuse annonce une action parachevée , et qui revient sur elle-même. Elle s'exprime surtout dans l'ovaire. La forme allongée indique une progression, un rapport avec quelque chose d'étranger, une tendance vers l'extérieur; elle prédomine dans le testicule. Au plus haut échelon du règne animal, l'ovaire est un amas de vésicules closes, et le testicule un faisceau de canaux ayant une longueur telle qu'on n'en trouve de pareils nulle part ailleurs dans l' organisme. De même, l'artère spermatique femelle est courte et très-flexueuse, tandis que la mâle est longue et plus étendue.
3° Parvenu à un développement plus complet (§ 55 ) , l'organe producteur des œufs représente un tout clos de toutes parts , et séparé de la cavité évacuative ; ce sont des vésicules et des cellules fermées, qui n'ont aucune relation immédiate avec l'extérieur, et qui produisent au dedans d'elles-mêmes. A son plus haut degré de développement (§ 60, 61 ) , l'ovaire n'a plus de cavité évacuative. Le testicule, au contraire , se montre un organe producteur dans lequel prédominent et l'éjection et les rapports avec quelque chose du dehors ; car l'endroit où le sperme se forme faisant toujours corps avec les conduits excréteurs , le testicule , même lorsqu'il est arrivé à son développement le plus complet , demeure encore un organe de sécrétion et d'excrétion. Le caractère complet de la membrane muqueuse , qui consiste à former un tube et à être continue avec la peau extérieure , appartient partout au testicule, à une exception très-bornée près (§ 79, 1°), tandis que l'ovaire ne l'offre que dans sa forme inférieure.
4° La membrane extérieure et vasculeuse (albuginée) est, dans l'ovaire complètement développé , la surface condensée du parenchyme , qui renferme en lui-même les vésicules formées en quelque sorte par les extrémités closes des canaux de membrane. muqueuse. Dans le testicule, un développement plus considérable de l'extérieur, de la périphérie, fait
qu'elle a davantage le caractère de membrane tendineuse particulière , attendu que son feuillet interne forme en dedans des saillies filamenteuses ou lamelleuses , ou des plis et des renversemens qui constituent des cloisons plus ou moins complètes , partagent le testicule en cellules grandes et petites , et renferment complètement les vaisseaux , ou seulement les entourent jusqu'à un certain point. Chez les Oiseaux, ces saillies s'enfoncent , sous la forme de filamens , à travers la substance du testicule1, et, à la face postérieure, l'albuginée reçoit l'épididyme en elle-même, dans une fissure particulière (1). Chez les Mammifères on voit s'ajouter encore plus ou moins manifestement , en cet endroit , mais dans le testicule lui-même, un pli {corps d'Highmore) , qui consiste en tissu cellulaire condensé , s'étend sous la forme d'un renflement blanc, d'apparence ligamenteuse et semblable à une bandelette , dans toute la longueur du testicule, vis-à-vis de l'épididyme, fournit les cloisons, conduit les vaisseaux, reçoit les conduits spermatiques efférens , et représente ainsi la base ou le squelette cellulaire du testicule.
5° L'enveloppe péritonéale attache les ovaires aux organes voisins, vers lesquels elle se prolonge, notamment à la colonne vertébrale ; elle embrasse dans son repli , outre les ovaires , tes vaisseaux et nerfs qui s'y rendent, et quand les ovaires sont volumineux , quand ils sont un peu éloignés du rachis , elle leur forme une sorte de ligament suspenseur. Il en est de même pour le testicule , excepté dans ses formes supérieures.
§ 87. La forme totale ou d'ensemble nous fournit les considérations suivantes :
1° Les différens degrés de développement , avec toutes leurs transitions , constituent , dans les formes de l'ovaire , une série continue. Nous reconnaissons un type bien prononcé dans la progression régulière de cet organe. Le testicule n'est point dans le même cas, et n'offre pas la même continuité de développement. Si nous comparons ensemble d'autres organes qui se correspondent , par exemple le système sensitif avec le système irritable , ou les organes de la digestion avec ceux de
(1) Tannenberg, Depurtihis yenitalibus masculis avium, p, 17,'
l44 PARALLÈLE ENTRE l'c-VAIRE ET LE TESTICULE.
la respiration , nous voyons que partout où prédomine la direction de dehors en dedans , la tendance à la centralisation, ou l'ingestion , on rencontre aussi plus de simplicité ou de continuité dans la série des développemens de formes ; tandis que partout où règne la direction de dedans en dehors , l'activité périphérique et l'éjection , il y a plus de variété dans ce même développement des formes , qui fait souvent des sauts, et qu'on ne peut point aussi facilement ramener à un type fondamental. Il paraît que c'est aussi au caractère de centralisation des ovaires et au caractère inverse des testicules qu'on doit attribuer la différence des deux organes sous ce point de vue.
2° La forme totale des deux organes , surtout lorsqu'ils ont un grand volume, a quelque rapport avec celle du corps. Suivant que la longueur ou la largeur prédomine dans ce dernier , l'ovaire est ou allongé en manière d'utricule , ou élargi , globuleux et sacciforme , comme on peut s'en convaincre par la comparaison des Annélides et des Mollusques , des Urodèles et des Anoures , des Ophidiens et des Chéloniens , etc.
3° En général, une tendance à prendre la forme de grappe, ou à se couvrir de petites masses globuleuses , distinctes sur une surface plane , prédomine dans l'ovaire. Souvent l'ovaire tubuleux (§ 53 ) est entièrement rempli et distendu , d'espace en espace , par des œufs , entre lesquels on aperçoit des espèces d'étranglemens, de sorte que le tout ressemble à [un collier de perles, et quand plusieurs de ces colliers sont appliqués les uns à côté des autres, leur réunion produit l'apparence d'une grappe. L'ovaire à ramifications courtes (§ 54) revêt aussi cette forme. C'est chez les Oiseaux et les Mammifères inférieurs (§ 61) qu'on la trouve prononcée au plus haut degré , et si elle est plus obscure chez les Mammifères supérieurs et chez la femme , on n'en voit pas moins la forme botrytique se manifester là , vers l'époque du plus grand développement de l'ovaire , par la tuméfaction des vésicules disposées à la périphérie. La forme totale du testicule est la plupart du temps oblongue chez les animaux inférieurs; cependant l'organe ressemble aussi quelauefois à un peloton
PARALLÈLE ENTRE l'oVAIRE ET LE TESTICULE. l45
ou à une grappe. Il a la forme d'une plaque dans YIdotea entomon (1); dans le Scorpion, où il a pour base une lame cartilagineuse , dont l'enveloppe membraneuse adhère peu à la face interne et concave , sur laquelle elle produit des plis (2) ; dans la Lamproie , où il se compose de plaques transversales , minces et libres , qui sont attachées au réservoir du sang ; dans l'Anguille , où il forme des feuillets serrés les uns contre les autres , qui offrent , sur leurs deux faces , une couche de substance testiculaire globuleuse (3). Il est divisé en plusieurs portions chez certains Insectes , par exemple les Lepipma , Phrygana , Melolontha , Scarabœus , Lucamis et Dytiscus.
Dans les Triton niger et igneus , il est divisé en deux à quatre pièces , unies ensemble par de courts canaux (4). Dans la Salamandre, il se compose de deux parties, l'une antérieure, l'autre postérieure, qui sont construites delà même manière, et qui tiennent l'une à l'autre par un long canal. Ici se range encore le cas rare des hommes qui possèdent trois testicules , dont le surnuméraire est presque toujours plus petit que les deux autres , mais muni d'un épididyme et d'un cordon spermatique qui lui appartiennent en propre (5) ; quelques uns de ces hommes témoignent beaucoup d'ardeur pour les plaisirs de l'amour (6). La surface du gesticule est inégale et bosselée , comme celle d'une glande grenue, chezles Crustacés ; dans l'Ecrevisse , par exemple , l'organe se partage en six lobes. Il est également composé de lobes chez certains Oiseaux. Entier et lisse , dans le Protée , il ressemble à un cylindre allongé et grêle. Chez la plupart des Poissons, les Ophidiens et les Cétacés , il représente un sac oblong , qui va en se rétrécissant du côté du cordon déférent. Il est ovale chez le plus grand nombre des Oiseaux et des Mammifères.
4° Eu égard au volume , on remarque plus d'expansion
(1) Rathke, Beitrœge zur Geschichte der Thierwelt , 1. I , p. 124.
(2) Treviranus , Ueber den innern Bau der Araclmiden , p. 12.
(3) Rathke, loc. cit., p. 12S et 183.
(4) Rathke, loc. cit., t. I, p. 35.
(5) Voigtel, Handbuch der pathologische/i Anatomie , t. I, p. 35.
(6) Graaf, De virorum orgcmis generationi inserine ntilms, p. 7.