‹ Traitâe de physiologie considâerâee comme science d'observationChapitre 9 sur 120 · DE L HETERO GENIE DOMINANTE · texte numérisé non relu

DE L HETERO GENIE DOMINANTE

autre corps liquide, le vinaigre concentré pur, l'alcool, l'huile, le mercure, etc., ne donne dlnfusoires, nous devons donc considérer l'eau comme celui des membres concourant àl'hétérogénie qui agit non pas seulement par son état de cohésion , mais encore par sa matière , que d'ailleurs elle soit décomposée seule par les corps solides et gazeux, ou qu'attirant à elle des substances de ces corps , elle subisse une décomposition après s'en être imprégnée.

Nous examinerons plus loin ( § 243 , 244 ) l'influence de la chaleur , de la lumière , de l'électricité et de la saison sur la formation des Infusoires.

§ 13. Ehrenberg (1) pense que les Infusoires eux-mêmes ou leurs germes préexistent déjà dans l'eau ou dans la substance organique mise en infusion , et qu'ils ne deviennent visibles que parce que la décomposition de cette dernière leur procure une nourriture plus abondante. Comme on ne les apercevait pas au début de l'expérience , il s'ensuivrait de cette opinion qu'alors ils seraient ou trop petits pour pouvoir être aperçus avec le microscope , ou doués seulement d'une vie latente , et par conséquent à l'état d'œuf (§ 330, II ) ou de mort apparente (§626, 4° ). Examinons si l'une ou l'autre de ces deux hypothèses est admissible.

I. Quant à ce qui concerne la prétendue incubation d'œufs d'Infusoires dans l'infusion ,

1° Il faudrait d'abord prouver l'existence de ces œufs. Les dit-on trop petits pour être aperçus, c'est avouer qu'on ne peut rien savoir de leur existence ; mais veut-on qu'ils soient visibles, alors nous devons dire qu'ils n'existent pas, puisque des infusions, qui plus tard fourmillent dlnfusoires, ne montrent d'abord aucune trace d'œufs. Gœze (2) prétendait déjà avoir vu des Vibrions se propager par œufs ; le phénomène n'a point été observé chez d'autres Infusoires, et il est tout-à-fait arbitraire de considérer certaines parties de ces animalcules comme des organes génitaux. Mais , en supposant qu'il fût prouvé que les Infusoires peuvent se propager par des œufs, il ne

(1) Loc. cit. p. m, p. 21.

(2) Der Naturforscher , t.

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s'ensuivrait pas, suivant la remarque déjà faite par Tre viranus (1), que ces êtres dussent partout provenir d'œufs, car c'est un fait connu que différentes formes de génération sont possibles dans une seule et même espèce d'êtres organisés. Croire que partout où l'on rencontre des Infusoires , ils ont été précédés d'œufs , c'est donc admettre une pure hypothèse , qui n'a d'autre fondement que l'analogie. Mais l'analogie peut induire en erreur , quand de la ressemblance qui existe entre les caractères les plus généraux de deux choses , on conclut qu'il y en a une également entre toutes leurs qualités particulières. Parce que les Infusoires ont une cavité digestive , comme d'autres animaux , il ne faut pas leur attribuer aussi un système vasculaire , et s'ils se propagent, ils peuvent fort bien ne pas le faire par des œufs , à la manière des animaux supérieurs. Si c'est seulement par analogie qu'on suppose des œufs chez eux , il faut accorder à ces œufs des propriétés semblables à celles de tous les œufs connus ; car ce serait jouer sur les mots que de supposer qu'ils en ont de particulières à eux seuls.

2° Si l'on ne peut admettre cette dernière supposition, nous devons reconnaître aussi que les œufs n'ont pas échappé à la vue dans la substance solide employée pour faire l'infusion , mais que réellement ils n'existent point. Car , qu'on fasse bouillir ou rôtir cette substance aussi long-temps qu'on voudra , qu'on la mette, chaude encore, dans des flacons préalablement échauffés , et que sur-le-champ on bouche ceux-ci d'une manière hermétique , il se produit cependant des Infusoires , quoique tous les œufs connus , animaux ou végétaux , soient tués par la chaleur de l'ébullition. On a vu , en outre, des Infusoires se manifester dans une infusion de parties du corps d'une momie qui remontait probablement à des milliers d'années (2) ; or , autant que nous le sachions, nul [œuf animal ne conserve la faculté de se développer pendant une période décennale seulement , et à plus forte raison pendant des siècles. ;

(1) Loc cit. , t. II , p. 354.

(2) Fray , Zoc. cit.; p. 10.

â4 de l'hétérogénie dominante.

3° Les œufs ne peuvent point non plus être contenus dans l'eau employée pour préparer l'infusion , puisqu'il se produit des Infusoires dans cette eau , alors même qu'elle a été bouillie ou distillée ; or nous ne connaissons pas d'oeufs qui soient susceptibles de se laisser distiller ou de résister à l'ébullition. Ehrenberg n'a jamais pu non plus découvrir d'Infusoires dans l'eau de pluie ni dans la rosée (1) , quoique ces deux liquides soient très-favorables à leur production , comme on l'a vu précédemment ( § 10, 1°, 2°).

4° Il est également impossible que les œufs existent dans l'air. Notre atmosphère contient sans doute de la substance organique , que la transpiration des corps organisés y répand à l'état de dissolution, qui, par conséquent, y est invisible, el qui se précipite quelquefois avec la pluie ou la neige. Zimmermann (2) a trouvé dans de l'eau météorique une substance organique particulière , différente du mucus et de l'extractif, et qui dégageait de l'ammoniaque en se décomposant; cette substance, appelée par \mpyrrhine, y était mêlée avec du fer , du manganèse , de la chaux , de la magnésie et de l'acide hydrochîorique. Des Infusoires pourraient fort bien , ainsi que le présume Nées d'Esenbeck (3) , naître d'elle quand elle vient à se précipiter ; mais comme elle ne s'échappe des corps organisés que sous forme de vapeur et à l'état de dissolution , il est impossible qu'elle contienne des œufs. De trèspetits corps organisés , ou des particules détachées de ces corps, peuvent bien aussi, après avoir été desséchés et réduits en poussière, être entraînés par les vents, et, quand ils se déposent dans un vase ouvert , renfermant de l'eau , donner lieu àun développement d'Infusoires, phénomène que Schullze , entre autres, a observé (4). Mais ces observations ont appris également que la poussière se décomposait et se réduisait en liquide avant que les Infusoires parussent, que, par conséquent,

(1) Lac. cit. P. I, p. 79.

(2) ArcMv fuer die gesammte Naturlehre , t. I , p. 257.

(3) Dans sa trad. allem des œuvres de Robert Brown, t. I, p. 634.

(4) Micro skopische Untersuchungen ueher Brown' s Entdeckung lebender Theilchen in allen Kœrper?i,p. 29.

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ceux-ci ne provenaient point d'œufs. Nous ne connaissons aucun exemple d'oeuf animal qui puisse , sans perdre la faculté de se développer, subir une dessiccation assez complète pour que le vent le soulève du sol et l'entraîne avec lui. Mais , en supposant même que la poussière contînt des œufs d'Infusoires , on la voit cependant , et , dans toutes les expériences bien faites où Ton a eu le plus grand soin d'en débarrasser la substance mise en infusion , les Infusoiresont paru , quoi qu'on lui eût interdit tout accès en bouchant . les vases. D'ailleurs il se produit aussi des Infusoires sans air atmosphérique, et sous l'influence de gaz préparés par l'art.

5° Enfin , j'ai fait avec Hensche et Baer des expériences décisives sur des matières dont aucune ne pouvait contenir d'œufs susceptibles de se développer. De la terre franche , qui n'exhalait point d'odeur, et dans laquelle on n'apercevait rien d'étranger, fut bouillie pendant long-temps avec une grande quantité d'eau, et la liqueur réduite ensuite, par l'évaporation, à la consistance d'un extrait épais, en partie pulvérulent : cet extrait , renfermé avec de l'eau récemment distillée et du gaz oxygène ou du gaz hydrogène , dans des flacons bouchés à l'émeri, et coiffés d'une vessie, ne donna, sous l'influence delà lumière solaire, que de la matière verte de Priestley; mais, traité de la même manière ^avec de l'eau commune et de l'air atmosphérique , il fournit aussi de nombreux animalcules infusoires. Du marbre ayant été également renfermé dans un flacon, avec de l'eau distillée et de l'air atmosphérique , de l'oxygène ou de l'hydrogène , puis exposé à la lumière du soleil ou à la chaleur du bain-marie , il ne se produisit pas de matière verte, mais une substance mucilagineuse, avec des fîlamens blancs, dont quelques uns étaient ramifiés. Des morceaux de granit qui venaient d'être détachés du milieu d'un bloc , et que j'enfermai avec de l'eau distillée et du gaz oxygène ou hydrogène , donnèrent au soleil de la matière verte , avec des fîlamens confervoïdes , et au bainmarie des flocons seulement.

Muller! objecte qu'il aurait fallu débarrasser les instrumens employés pour changer de l'eau, de toutes les particules organiques susceptibles d'y adhérer, mais que chaque nettoyage

z6 de l'hétérogénië dominante.

aurait donné lieu à de nouvelles erreurs (1). Je ne vois , dans cette objection , qu'un parti pris de nier la possibilité d'une expérience décisive , plutôt que de renoncer à une hypothèse favorite. Les divers subterfuges auxquels les adversaires de l'hétérogénie se voient forcés d'avoir recours, ont été, il y a long-temps déjà , appréciés à leur juste valeur par Patrin.

IL Les Infusoires peuvent tomber dans un état de mort apparente par la dessiccation , être enlevés alors par le vent sous forme de poussière , et revenir ensuite à la vie par le contact de l'eau , ce qui a été démontré en particulier par Schultze. Mais il saute aux yeux que cet effet n'a pas lieu dans des expériences faites avec les précautions convenables , où l'on se tient à l'abri de la poussière , surtout quand on opère sur des substances bouillies et des gaz artificiels. D'ailleurs la revivification d'un animal desséché s'effectue sur-le-champ, dès qu'il s'est gonflé d'eau , tandis que la formation des Infusoires exige du temps et n'a lieu qu'après la décomposition.

III. Mais, en général, les phénomènes de cette formation s'opposent formellement à ce qu'on suppose une propagation ou une revivification.]

6° Les diverses espèces d'Infusoires prennent une configuration en harmonie avec les circonstances (§2). Gruithuisen (2) dit n'avoir jamais trouvé ces animaux parfaitement semblables de taille, etc., dans plus de mille expériences faites sur des infusions de substances diverses et au milieu de circonstances différentes. Il ajoute même les avoir vus varier suivant le degré de dilution des liqueurs. Si l'infusion ne servait qu'à nourrir des Infusoires déjà existans^ou leurs germes, elle ne saurait produire de pareilles différences d'organisation. Si cette diversité tenait uniquement à ce qu'en vertu de sa constitution particulière la nourriture ne convient qu'à certaines espèces d'Infusoires, il faudrait que toutes les espèces de ces animalcules ou leurs œufs existassent partout, afin que chacune pût se développer là où elle rencontrerait une alimentation convenable. Et si l'on ajoute encore les germes

{l) Handbuch der Physiologie , Coblentz , 1833 , in-S», t. I , p. 14. (2) Organosoonomie, Munich , 1811 , in-8°, p. 164.

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de tout ce dont nous expliquons l'origine par l'hétéf Ogénie , les Champignons', les Algues, les Entozoaires, etc., il en résulterait que le nombre de germes d'organismes inférieurs répandus partout s'élèverait au point de dépasser toute croyance.

7° Enfin les faits relatifs au mode de formation des ïriV fusoires ( § 269 ) témoignent de la manière la plus positive en faveur de l'hétérogénie.

§ 14. Les Entozoaires naissent en grande partie par hétérogénie, comme l'a surtout prouvé Rudolphi (1). Il est constant que ces animaux ne se trouvent pas dans l'eau , la terre ou l'air , mais seulement dans l'intérieur du corps animal , et que, quand ils en sont expulsés, ils ne tardent point à périr, de même que les Vers qui vivent dans la terre ou dans l'eau ne peuvent point subsister dans le corps des animaux. D'après cela , si les Entozoaires ne se développaient pas par hétérogénie, il faudrait qu'ils passassent des animaux servant de nourriture dans l'individu qui se nourrit de ces substances , ou des parens dans l'individu engendré par eux. I. Quant au premier mode de transmission , 1° Les Vers intestinaux peuvent fort bien parvenir dans le canal intestinal , lorsque les intestins , qui leur avaient servi jusqu'alors d'habitation , sont avalés crus et immédiatement après la mise à mort de l'animal, comme la chose a lieu chez les .oiseaux aquatiques qui vivent de poissons. ^Mais les Vers intestinaux périssent aussitôt après la mort de l'animal dans le corps duquel ils vivaient (2), comme aussi quand on fait cuire ce dernier. A la vérité, on a pu en trouver de vivans dans les intestins de poissons étuvés , parce qu'en faisant cuire certains poissons, à peine laisse-t-on bouillir l'eau , de manière que la chaleur "ne pénètre pas jusqu'à leur canal intestinal ; mais il n'y a plus de Vers en vie dans les intestins qui ont réellement subi la cuisson, ou dans ceux qui sont restés quelque temps en place après la mort de l'animal. 2° Si , d'après cela , la transmission d'un Ver intestinal vi-

(1) Entozoorum historié/, naturalis , Amst., 1S081, 1. 1 , p. 375, 400.

(2) Rudolphi , Entozoorum Synopsis , Berolini , 1819 , in-S°, p. 595.

DE l'hÉTÉROGÉNIE DOMINANTE.

vant n'est possible que dans un petit nombre de cas rares , celle des autres Entozoaires est tout-à-fait impraticable , et c'est pour cela qu'on a imaginé un transport des œufs. Mais ce qui rend déjà cette explication insuffisante , c'est que plusieurs Entozoaires , au lieu de pondre des œufs, font des petits vivans, de sorte que leur propagation n'est limitée que par la durée de la vie de l'individu dans le corps duquel eux-mêmes vivent. En outre, il se trouve des Entozoaires dans des espaces clos de l'organisme , dans le tissu cellulaire , dans l'intérieur des muscles, du cerveau, de l'œil, du foie, etc. Leurs œufs ne pourraient donc être portés au dehors qu'à la faveur du renouvellement des matériaux constituant le parenchyme de ces organes et le liquide contenu dans leur intérieur, c'est-à-dire qu'autant qu'ils seraient amenés dans le sang par l'absorption, et séparés de cette liqueur par la sécrétion, après'quoi il leur faudrait, pour arriver chez un autre individu , â l'endroit qui les doit recevoir , s'introduire avec les alimens dans le canal intestinal, puis couler avec le chyle dans le sang, et se détacher du sang pendant le travail intime de la sécrétion et de la nutrition. Mais ces migrations sont complètement fabuleuses , puisqu'il n'existe point ici de voies ouvertes , et que tous les vaisseaux sanguins ou conduits sécrétoires ont des parois closes, à travers lesquelles aucune substance ne peut pénétrer qu'à l'état de dissolution et de liquidité . D'ailleurs, quand bien même les œufs des Entozoaires parviendraient dans le sang, il leur serait impossible de circuler avec lui , parce qu'ils sont au moins dix fois plusgros que les globules de ce liquide, qui n'ont ' que juste l'espace nécessaire pour traverser les dernières ramifications des vaisseaux.

3° Mais ils ne sauraient s'introduire avec les alimens , puisque d'un côté les Entozoaires sont aussi communs chez les animaux qui vivent de végétaux que chez ceux qui se nourrissent de substances animales, et que, d'un autre côté, chaque espèce d'animal renferme aussi ses espèces propres d'Entozoaires. A la vérité,'Rudolphi(l) présume qu'une Ligule ou un Bothryocéphale peut prendre une autre forme en passant

(1) Loc. cit. , p. 596.

de i'hétérogénie dominante. ûq

du corps d'un poisson dans celui d'un oiseau ; mais , outre qu'il ne s'agit là que d'une simple conjecture , une pareille modification de l'organisation par les circonstances extérieures ne peut produire que des variétés , et non des genres ou des espèces.

IL L'homme donc ayant , comme chaque animal, des Entozoaires qui lui appartiennent en propre , et ne pouvant en recevoir les œufs que de son semblable , on a admis que ceuxci se transmettaient des parens aux enfans dans l'acte de la génération.

4° Dans cette hypothèse , plus de douze espèces d'Entozoaires se rencontrant chez l'homme , le premier couple humain devait porter en lui-même une collection complète de ces animaux. Comme certains Entozoaires se développent chez des individus dont les parens ou aïeux n'en ont point ^offert , il faudrait que leurs œufs eussent traversé plusieurs générations sans se développer. Comme un individu possède les mêmes Entozoaires tantôt que son père et tantôt que sa mère, il faudrait en outre que la transmission pût s'effectuer par les deux sexes. Le fils hérite du père les animalcules spermatiques ; il faudrait donc que les œufs des animalcules parvinssent avec la semence dans l'œuf procréé par la mère , qu'ils passassent dans les testicules de l'embryon qui se développe, et qu'ils y restassent endormis pendant une quinzaine d'années, c'est-à-dire jusqu'à la puberté, époque à laquelle les animalcules spermatiques apparaissent. De plus , il faudrait que la semence contînt encore les œufs reçus d'autres organes , et qu'elle les déposât dans les organes de l'embryon appropriés à leur séjour. Si la transmission s'effectuait par la mère , il serait nécessaire encore que les œufs , par exemple, de Vers intestinaux , pénétrassent d'abord dans le sang à travers les parois de l'intestin et de ses vaisseaux , puis qu'ils passassent du sang à travers les parois des vaisseaux sanguins et des organes génitaux de la mère, enfin qu'ils traversassent les parois des vaisseaux de l'embryon , pour se glisser de là dans le canal intestinal. C'est là [un tissu d'invraisemblances, qui rend ce mode de propagation inadmissible.

5° Mais nous en reconnaissons aussi l'impossibilité absolue

3o de l'hétérogénie dominante.

quand nous étudions l'acte de la génération , surtout lorsque nous acquérons la conviction que l'embryon ne procède pas de la réunion des deux substances procréatrices, mais qu'il provient d'une décomposition de ces deux substances , et que plus tard même il ne reçoit jamais en lui aucune substance provenant du corps maternel^ qui n'ait été préalablement décomposée.

III. Les Entozoaires naissent de la même manière que les Infusoires , par hétérogénie.

6° Ils se forment effectivement dans de l'eau chargée de substance organique ( dans de la sérosité ou dans des sucs muqueux) , le plus fréquemment dans l'intestin , où se trouvent de l'air atmosphérique et des gaz sécrétés par l'organe ou exhalés par les alimens , plus rarement dans des espaces clos, où se dégagent également des gaz(§ 817, III). Mais nous retrouvons ici et les conditions essentielles (§9, 10) , et même le phénomène principal de la formation des Infusoires, savoir, la décomposition (§9,4°). Les Entozoaires apparaissent fréquemment sans que la santé en souffre , et presque généralement dans le canal intestinal, où le concours du chyme à digérer , d'abondantes mucosités destinées à être excrétées et de l'air , fait que la décomposition s'exerce sur une plus grande échelle , et fournit des résultats plus abondans que partout ailleurs. Ils se manifestent, en outre, dans des circonstances où il y a formation abondante de masse organique et affaiblissement de l'activité vitale qui entretient l'unité dans l'organisme. Ainsi on les rencontre plus souvent chez les enfans que chez les adultes , et en général dans les maladies caractérisées par la tendance aux pseudomorphoses, notamment dans la diathèse scrof uleuse. Leeuwenhoek n'a trouvé d'Entozoaires microscopiques , dans son propre mucus intestinal, que quand il était atteint de la diarrhée (1). Brera a remarqué qu'une longue frayeur , comme celle qu'inspire, par exemple, une opération de taille imminente , leur donne très-fréquemment naissance.

7°i|Quelque chose d'analogue se passe à l'égard de .la for-

(1) Treviranus , Biologie, t. IV, p. 372.

DE I'hÉTÉROGÉNIE DOMINANTE. 5l

mation des Entozoaires chez les animaux. Dans le Cochon domestique , chez lequel les circonstances extérieures activent l'accroissement sous le rapport de la masse , et affaiblissent la vie animale, on voit fort souvent se développer le Cysticercus finna , qui est incomparablement plus rare chez le Sanglier. Les Mollusques, surtout les Acéphales, se distinguent par l'exubérance de la vie plastique , et par l'abondance des Entozoaires. Baer (1) a trouvé, chez les Moules, dans toutes les parties du corps , mais principalement dans les reins et l'ovaire , un tissu informe de Gercaires , de Paramécies et d'autres animaux microscopiques, sans compter des Entozoaires plus volumineux , par exemple des Distomes , dont une seule Moule contenait jusqu'à dix mille. Les formes des Entozoaires qu'on rencontre ici ne sont pas moins variées , puisque Carus a découvert , dans les ovaires seulement , deux genres nouveaux , appelés par lui Peripheres et Numulella (2). Parmi les animaux vertébrés , les Poissons paraissent être les plus riches en Entozoaires. Nordmann (3) a rencontré des ] Trématodes (Diplostomes, Distomes et Holostomes) dans presque tous les yeux 'de Poissons , dans le corps vitré , dans le cristallin , dans l'humeur vitrée et entre les membranes.

8° On a trouvé des Vers dans les intestins d'embryons. Eschholz a vu des Entozoaires dans des œufs de poule. Il y en a même qui habitent le corps d'autres Entozoaires. Bojanus a découvert dans le foie d'un Limaçon des vers jaunes (Distomes?) , chez lesquels vivaient des Cercaires (4) , et le fait a été constaté par Baer (5). Carus a découvert , dans le même organe , un ver (Leucochloridium), qui était plein d'œufs de Distomes (6). Nordmann a observé assez fréquemment des Entozoaires microscopiques dans les Trématodes habitant l'œil des Poissons (7). Enfin Siebold a découvert qu'un ver qui

(1) Nova Act. Natur. Curiosor. , t. XIII , P. II, p. 559.

(2) Ibid. , t. XYI , p. 77.

(3) Mikrogra.phische Beitrœge /Berlin , 1822 , in-4°, fig. , t.[I , p. 249.

(4) Isis , n° 189 , 1818, p. 729.

(5) Nov. Act. Nat. Cur. , t. XIII , P. II, p. 605. {6)Md., t. XVII, p. 1.

(7) Loc. cit. , p. 41.

5s DE l'hÉTÉROGÉNIE LIMITÉE.

vit dans le corps des Oiseaux échassiers et palmipèdes ( Monostomum mutahile), contenait déjà, à l'état d'embryon et dans l'œuf, un autre Entozoaire, semblable en tout au ver jaune aperçu par Bojanus; l'oiseau nourrit donc unMonostome, dans le corps duquel se trouve un œuf occupé par un jeune Monostome servant lui-même d'habitation à un Distome. Pour expliquer l'origine de ces Entozoaires à l'aide de la propagation, il faut recourir aux suppositions les plus arbitraires et les plus invraisemblables.;

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