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I. Le premier degré de réunion est marqué par une cavité

(1) Meckel , Beitrœye , 1. 1 , cah. 1 , p. 21.

(2) Ibid., p. 33.

HERMAPHRODISME PAR RÉUNION. ii65

génitale commune , qui reçoit les orifices des deux organes génitaux.

1° Chez la plupart des Planaires , outre le pénis , qui reçoit lui-même les deux canaux déférens, cette cavité contient l'orifice de l'ovicanal provenant d'un ovaire rameux , et celui d'une vésicule qui sert probablement d'organe accessoire.

2° De même , chez quelques Mollusques , les oviductes et les canaux déférens se terminent dans une cavité génitale extérieure commune , dont le pénis est cependant éloigné (1). Ici donc le testicule n'a point de connexions immédiates avec le pénis ; mais on le reconnaît aux caractères qui ont été exposés précédemment ( § 151, 4° ). Dans le Doridium coriaceum, l'un des organes génitaux, d'un blanc rougeâtre, a la forme d'une grappe conique , qui adhère intimement au foie, et qui est pourvue d'un long canal excréteur ; l'autre organe, blanchâtre et oblong , a une texture glanduleuse et aboutit immédiatement à la cavité génitale ; ce dernier est le testicule (2). L'ovaire du Limaçon des vignes est situé au dessous de l'extrémité du foie , et l'oviducte reçoit , dans son extrémité dilatée , les orifices de trois vésicules ; le canal déférent est attaché à l'oviducte , près de l'orifice duquel il se continue en une verge dans la cavité génitale située au dessous du tentacule droit (3). Wohnlich, Prévost, Treviranus et Brandt prennent l'ovaire pour le testicule et le testicule pour l'ovaire.

IL La réunion est poussée plus loin quand déjà elle s'étend aux conduits excréteurs des organes génitaux.

3° Chez quelques Mollusques , les oviductes et les canaux déférens se réunissent dès le voisinage de l'ovaire et du testicule (4). L'ovaire de l'Aplysie est une masse ovale et blanchâtre , occupant toute la partie postérieure du ventre , qui a une forme conique et une texture à petits grains ; l'oviducte en naît par plusieurs racines, marche en serpentant le long du côté droit du testicule , puis contourne le sommet de cet

(1) V. PI. VI , deuxième forme.

(2) Meekel, loc. cit., t. I , cah. 11 , p. 25.

(3) Carus , Traité d'anat. comp., t. II , p. 371.

(4) V. PI. VI , troisième forme.

organe et s'attache au canal déférent ; le testicule , corps elliptique et jaunâtre , est situé plus en devant ; le canal déférent est large , ou disposé en hélice autour du testicule , dont il se sépare ensuite pour s'appliquer à l'oviducte ; le conduit commun, qui résulte de la réunion de l'oviducte et du canal déférent , est un double canal assez long , partagé seulement par une cloison membraneuse.

2° L'ovicanal paraît recevoir le canal déférent chez quelques Trématodes, par exemple, d'après Baër (1), dans YAspidogaster. < \

§ 153. La pénétration d'un des conduits excréteurs du produit de la génération dans l'organe génital producteur du sexe opposé constitue une fusion des antagonismes sexuels qui représente l'hermaphrodisme parvenu au plus haut degré , et se rapproche de l'indifférence des sexes , par conséquent delà monogénie. Il est très-difficile de distinguer la sexualité des organes dans l'hermaphrodisme en général, même dans celui qui est le moins prononcé (§ 151,152), précisément parce que leur caractère sexuel se trouve plus ou moins effacé. La forme et la texture ne prouvent rien, et l'on peut très-facilement se tromper quand on prend pour guide le contenu. Le sperme contient , dans les Planaires , d'après Dugès, et dans les Sangsues, suivant Wagner (2), des globules, qui sont peut-être des sporocystes de Spermatozoaires, et que Ton court risque de prendre pour des œufs , erreur dans laquelle est trombe Treviranus , puisque cette circonstance lui a fait regarder les testicules de la Sangsue comme étant des ovaires ( § 151, 3° ). Dans les Naïdes , le testicule renferme des Spermatozoaires , qui , en raison de leur grosseur , ressemblent à des embryons parvenus à maturité et peuvent être confondus avec eux. D'un autre côté, on peut prendre un ovaire pour un testicule lorsqu'il contient des Entozoaires ressemblant aux animalcules spermatiques , ou que sa sécrétion n'a point encore pris la forme d'œufs, et représente seulement un liquide blanchâtre. Comme la distinction doit être plus difficile encore à établir quand l'hermaphrodisme se trouve porté au plus

(1) Nov. Act. Nat. Cur., t. XIII, PI. II , p. 528. (2)Muller, Archiv fuer Anatomie , t. II, p. 221.

haut degré , il serait peut-être plus sage de s'en rapporter au caractère intime des organes qu'à leur apparence. Mais la monogénie , parvenue à son plus haut degré , est accomplie par l'ovaire ( § 43-44 ) ; ici donc où l'hermaphrodisme confine à la monogénie , l'ovaire doit avoir la prépondérance sur le testicule , et être dans le fait organe de procréation en général, ou à la fois femelle et mâle ; le testicule, au contraire , auquel une partie de sa force propre a été soustraite, doit ressembler en quelque sorte au faux testicule , ou se rapprocher de la forme mâle sans force masculine ( §68, 2°). Chez les Mollusques, l'hermaphrodisme par approche (§ 151,152 ) annonce déjà une certaine supériorité de l'ovaire, puisque, dans le cours de son trajet, l'oviducte contracte union avec le testicule. Cette union va plus loin encore dans l'hermaphrodisme par fusion , le testicule se trouvant alors réduit à n'être qu'un point de transition de l'oviducte. En effet, nous voyons, chez les Mollusques dont il est ici question, une série d'organes englobés les uns dans les autres, qui commencent par un organe particulier et indépendant, et sur le trajet desquels s'en trouve un autre perforé ou commun. Nous regardons le premier comme un ovaire , et le second comme un testicule. En effet :

1° Nous avons reconnu précédemment (§ 91 , 4°) qu'à l'ovaire appartiennent l'indépendance et la primordialité , ou qu'il est le point initial du système génital , tandis que le testicule vient plus tard , à titre d'auxiliaire, pour développer davantage ce qui a été produit dans l'ovaire. En nous arrêtant à ces seules idées , nous pourrions déjà dire à priori que l'organe initial des Mollusques en question est un ovaire , et l'organe de transition un testicule , quand bien même l'expérience, avec ses analogies , ne viendrait point à l'appui de cette manière de voir.

2° La fusion n'est qu'un rapprochement porté plus loin et devenu plus intime. Dans l'hermaphrodisme par approche (§ 151,152) , l'ovaire était également libre de connexions avec le testicule, mais l'oviducte s'attachait à ce dernier. Que l'attache devienne pénétration réciproque, intrication, et nous aurons l'hermaphrodisme par réunion.

3° Comme dans le cas précédent , l'ovaire occupe ici la partie postérieure du corps, et il est intimement uni au foie.

4° La forme de branches courtes, de culs-de-sac, de petits lobes, de grappe, prédomine dans l'ovaire; des canaux longs, contournés et réunis en une masse glanduleuse , sont la forme dominante du testicule (§ 87, 3°). Cet antagonisme de forme en grappe et de forme glanduleuse s'observait également dans l'hermaphrodisme par approche , où la distinction des parties femelles et mâles présentait moins de difficultés (§ 152). Nous la retrouvons dans l'hermaphrodisme par réunion , et nous ne pouvons en méconnaître la signification, sans nous éloigner entièrement de l'analogie.

5° Si les déterminations que Cuvier, Meckel, Carus et autres ont données de ces organes s'accordent avec nos vues , celles de Treviranus sont jusqu'à un certain point en opposition avec elles. Treviranus soutient, en effet, que l'organe auquel nous avons assigné le nom d'ovaire , et qu'il appelle organe en forme de grappe , est le testicule (1) ; mais il ajoute que la liqueur produite par cet organe est à la fois semence mâle et semence femelle , ou plutôt sperme et substance du fruit simultanément (2). Son motif pour penser ainsi est qu'il a observé des Infusoires filiformes dans la liqueur de l'organe en forme de grappe , et dans elle seule , par exemple chez les Limax , Planorhis , Lymnœus (3) . Mais ce fait remarquable , dont on lui doit la découverte , et qui a été confirmé par les observations de Baër, est précisément ce que nous devions nous attendre à rencontrer dans l'hermaphrodisme par réunion. Le rapprochement entre la sexualité et la génération sans sexes ne peut mieux s'exprimer que dans un ovaire dont le produit] se résout partiellement en Infusoires , comme le sperme , tandis que le testicule descend presque au rang d'organe accessoire femelle. La formation des Infusoires ne prédominant pas moins que l'hermaphrodisme chez les Mollusques (§ 84) , les animalcules infusoires se retrouvent jusque dans les individus femelles de cette classe ; ainsi Baër

(1) Zeitschrift fuer die Physiologie , 1. 1, p. 47.

(2) Ibid., p. 48.

(3) Ibid., p. 9 , 19 , 27.

en a observé une fois dans les organes génitaux femelles de la Paludina vivipara , où l'on ne saurait confondre ensemble lés organes , et où les Spermatozoaires étaient [trop volumineux pour qu'on pût révoquer leur existence en doute ; ils ressemblaient à ceux du sperme , mais n'étaient pas à beaucoup près si nombreux ni si vifs. Ainsi, parce qu'un organe contient des animalcules spermatiques , ce n'est point encore un motif pour qu'il soit réellement un testicule.

Treviranus lui-même s'est rapproché , jusqu'à certain point, de ces vues , puisque l'organe auquel nous donnons le nom de testicule est appelé par lui glande utérine quand il tient à l'oviducte, et glande testiculaire , ou analogue de la prostate et des glandes de Cowper , quand il se rapporte au canal déférent. Nous ne nous hasarderons pas à déterminer quelles sont précisément les fonctions de ce testicule, et jusqu'à quel point il concourt ou à opérer immédiatement la fécondation , ou à imprimer des modifications au sperme , ou enfin à provoquer le développement des œufs ; il apparaît comme un organe qui n'a point encore complètement acquis son énergie propre , en un mot comme un demi-testicule , qui se rapproche des faux testicules ( § 68 , 2° ) .

Du reste , quand Treviranus allègue , comme autre argument en faveur de son opinion, que, dans la Paludina vivipara mâle , le canal déférent part d'une masse glanduleuse et d'un organe analogue au corps en forme de grappe , tandis que , dans la femelle , une masse glanduleuse constitue le commencement de l'oviducte , on doit voir là une détermination plutôt arbitraire que fondée sur une appréciation rigoureuse de la structure.

§ 154. Il nous reste à examiner les différentes formes particulières de réunion ou de fusion.

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