II. Phénomènes de dilatation
Lorsque l'accouchement proprement dit commence, c'est-à-dire cette succession de phénomènes violens et douloureux qui constitue ce qu'on nomme le travail, celui-ci s'annonce par de courtes et légères douleurs, assez éloignées les unes des autres, qui ne déterminent aucune altération dans le pouls ni dans le reste de l'économie. Le vulgaire les appelle mouches, par allusion sans doute à la faible douleur que cause la piqûre des stomoxes, mal à propos confondus avec les mouches ordinaires, qui n'ont point d'organe propre à piquer. Au moment où ces douleurs se font sentir, le ventre se resserre; la main qu'on y applique sent distinctement l'utérus se durcir et s'enfoncer dans l'excavation pelvienne; les parties génitales laissent échapper quelques flocons de glaires.
A ces premières douleurs en succèdent d'autres plus vives, plus longues, et déplus en plus rapprochées , qu'on appelle préparantes , et qui sont celles que les femmes supportent avec le plus d'impatience. Ces douleurs opèrent un changement notable dans l'économie. Chacune d'elles s'annonce ordinairement , chez les femmes nerveuses, par une sorte de frémissement, de petit tremblement ; pendant leur durée, le pouls acquiert de la dureté, de la fréquence, de l'élévation; le visage se colore, la chaleur augmente , les lèvres et la langue se dessèchent, la soif se fait sentir, l'agitation est générale et très grande ; le ventre se resserre d'une manière plus sensible encore, et l'écoulement glai-
40 TRAITÉ DES ACCOUCHEMEITS.
reux se teint quelquefois de sang. Si l'on touche l'orifice de l'utérus au moment de la douleur, on remarque qu'il se durcit, se tend , se dilate, et prend une forme circulaire; ses bords deviennent plus minces , durs et comme tranchans ; les membranes de l'œuf s'y engagent , et forment une espèce de vessie ou de poche lisse et tendue ; le foetus, soulevé par les eaux que refoulent les contractions du corps de l'utérus, remonte vers le fond de cet organe , qui , lui-même, au contraire , descend un peu. Après la douleur, tout change; l'agitation de la femme diminue, le pouls reprend son type normal, la peau revient à sa couleur et à sa température habituelles , la bouche s'humecte ; les bords de l'orifice utérin reprennent de l'épaisseur et de la souplesse ; la poche des eaux s'affaisse; les membranes deviennent flasques et se plissent; l'utérus remonte, sans toutefois regagner le point où il se trouvait avant d'avoir été forcé de descendre; le fœtus retombe par l'effet de son poids, et vient s'appuyer sur le col de l'utérus , en sorte qu'on peut distinguer, à travers les membranes relâchées qui le couvrent, la partie de son corps qui se présente la première.
Chaque douleur ramène la même série de phénomènes , et laisse l'orifice un peu plus ouvert qu'il ne Tétait à la précédente. Le col va donc toujours en se dilatant de plus en plus, jusqu'à ce qu'il soit complètement ouvert, et que les cavités du vagin et de l'utérus, en quelque sorte confondues, ne forment plus qu'un canal uniforme et non interrompu.
PHÉNOMÈNES DE l' ACCOUCHEMENT. 41
IIÏ. Phénomènes d'expulsion.
La dilatation du col étant complète, tous les efforts de la nature se réunissent pour expulser le corps du fœtus. Les douleurs, auxquelles on donne alors le nom (Vexpuàives, deviennent de plus en plus fortes, plus soutenues , plus rapprochées, et sont suivies d'un calme plus parfait. La femme aide à l'action de l'utérus par des contractions volontaires de tous les muscles du tronc. La chaleur est beaucoup plus considérable, l'agitation excessive , et parfois il y a trouble des facultés intellectuelles. Pendant la durée des douleurs, la poche des eaux s'engage de plus en plus dans l'ouverture; elle se tend outre mesure , finit par se rompre , quelquefois avec bruit , et le liquide qu'elle contenait s'échappe avec impétuosité. Le fœtus, poussé avec violence vers le bas , s'applique très étroitement à l'orifice , et s'y engage quand la partie qu'il présente est de calibre à y pénétrer'. La sortie brusque du liquide suspend l'action utérine pour quelques instans; mais bientôt les contractions se renouvellent, plus énergiques, plus puissantes; et la tête du fœtus, si c'est elle qui se présente, franchit le cercle de l'orifice utérin; elle descend dans le vagin. Alors les douleurs deviennent de plus en plus fortes, la femme se cramponne à tout ce qui l'entoure, are-boute ses pieds contre le lit, renverse sa tête en arrière , fait une profonde inspiration, et contracte violemment tous les muscles de son corps. La tête du fœtus chemine dans le vagin, dont la longueur diminue dans la même proportion que sa largeur augmente; le périnée, fortement pressé de haut en bas , s'allonge et s'amincit ; la vulve , projetée en
avant, allonge la courbe que le foetus est obligé de parcourir pour sortir du long canal que forment alors l'utérus, le vagin et le périnée réunis. Le mont de Vénus s'affaisse, tous les replis vulvaires disparaissent, les grandes lèvres se dédoublent, et attirent à elles la peau de la partie interne des cuisses. Enfin une douleur plus forte encore que toutes les autres , et à laquelle on a donné l'épithète de conquassante , qui en peint bien le caractère, fait franchir les parties génitales externes à la tête, et l'amène au-dehors. Le reste du corps ne tarde pas à suivre, accompagné d'une assez grande quantité d'eau et de sang.
Après quelques instaus d'un calme parfait, surviennent de nouvelles douleurs, qui ne sont pas ordinairement bien vives, et qui ont pour effet de procurer le décollement et l'expulsion du placenta et des membranes , lesquels étant sortis, on dit que la femme est délivrée.
Terminons cette revue rapide des phénomènes de l'accouchement par la remarque que la division en trois temps est purement arbitraire; aussi s'est-il trouvé des auteurs qui en ont admis quatre et même cinq. Dans l'ordre naturel, il arrive souvent que les divers temps ne sont pas distincts, et qu'ils s'enchevêtrent pour ainsi dire les uns dans les autres •, cependant on les observe généralement d'une manière assez régulière chez les femmes primipares.