I. Description du forceps
Les forceps usités aujourd'hui sont , considérés d'une manière générale, de grandes pinces à deux branches, dans lesquelles on distingue les mors , la jonction et les manches. Les mors sont des espèces de cuillci.=. percées d'une longue et large fenêtre, et courbées doublement,
(1) Hisloria lileraria forcipum et vectium obslelricorum ; Lcyde, 1794. Pour les modifications postérieures à la publication de cet ouvrage, dont M. Sefilcgelja publié, en 1798, une traduction allemande, enrichie d'addition, il est indispensable de recourir aux opuscules de Reiss {Ilecli. Iiist. sur le forceps , Strasbourg , ISOti ) et de Rist {Essai hùt. et cril. sur le forceps, Strasbourg, 1818), ain^i qu'aux différens journaux de médecine.
c'est-à-dire suivant leur axe longitudinal et suivant leur axe transversal. La jonction s opère par le moyen de deux entablures à mi-fer, pratiquées-àla base de la courbure longitudinale des mors; l'une des entablures offre un pivot mobile, et l'autre une ouverture destinée à recevoir ce pivot, dont la tête, en changeant de direction, ferme et consolide l'instrument. On appelle branche mâle celle qui porte le pivot, et branche femelle celle qui le reçoit. Les inancbes décrivent une courbure près de la jonction des brandies, afin que la main puisse mieux saisir l'instrument quand il est fermé, et leurs extrémités se courbent aussi en debors, dans le sens du plus grand écartement des cuillers.
Quant à notre forceps particulier, nous n'avons pas la prétention de le donner comme une cliose nouvelle ; nous avons seulement chercbé à y réunir ce qui nous a paru être des perfeetionnemens réels dans les précédens. Du reste, c'est une modification de celui de Levret , allongé par Péan. 11 a seize pouces et six lignes de long. Les branches sont de forme ovale en dessous; leur largeur est de sept lignes et demie, leur épaisseur de trois. Réunies, elles offrent, près du pivot, une épaisseur de sept lignes. 11 y a neuf pouces trois lignes de l'extrémité des cuillers au pivot. L'écartement, au centre des cuillers, est de dix-neuf lignes en dessus, et de vingt et une en dessous. Au bas des cuillers , pour arriver au point de jonction, les branches sont plus resserrées que dans les autres forceps, disposition qui prévient la déchirure de la vulve, et fait que cette partie ne peut être dilatée que par la tête du fœtus, au moment où celle-ci va arriver au-dehors. Les cuillers ont quatre pouces neuf lignes de long, sur cinq lignes de large; épaisses
seulement d'une ligne à leur bord interne, les fenêtres le sont de deux lignes à leur bord externe, ce qui permet aux bosses pariétales de s'y loger sans que le diamètre bipariétal de la tête éprouve une augmentation sensible. Les manches sont recourbés en crochet. Celui de la branche mâle se termine par une olive formant un crochet mousse, et qui, en se dévissant, laisse à découvert un crochet aigu , qu'elle renferme. Celui de la franche femelle représente un crochet angulaire formant une gaîne à clos, qui cache un perce-crâne [Atlas, pi. 54, fig. 1). Une clef (fig. 2) .sert à serrer le pivot et à desserrer les crochets.
II. Partie du fœtus sur laquelle doit être appliqué le forceps.
Le forceps ne doit jamais être appliqué que sur la tête. Smellie, d'après une observation recueillie par Pudecomb et quelques autres écrivains postérieurs, ont bien conseillé de le placer aussi sur le bassin, croyant parla contribuer au perfectionnement de l'art ; mais, loin d'offrir des avantages, cette méthode n'aurait, au contraire , que de graves inconvéniens; car la pression exercée par les cuillers manquerait rarement d'écraser, ou au moins de désunir les os pelviens, qui sont encore en grande partie cartilagineux chez l'enfant naissant. En supposant même que l'action ne fût pas assez forte pour disloquer le bassin, elle suffirait toujours pour compromettre l'existence du fœtus, en déterminant des contusions, soit sur le rachis et le cordon ombilical, soit sur les parties inférieures de la poitrine, les hypochondres et les organes contenus dans les cavités thoracique et abdominale. Tout au plus pourrait-on se permettre d'appliquer le forceps sur le bassin si l'ori
avait la certitude de la mort du fbeius, afin d'éviter une autre opération; encore serait-il préférable alors de recourir d'abord aux crochets mousses.
Quelques personnes ont pensé que l'utilité du forceps consistait principalement en ce que, diminuant le volume de la tête du fœtus par la pression qu'il exerce sur elle , et mettant cette partie plus en harmonie avec l'étendue du bassin de la mère , il la rendait apte à sortir malgré la diminution anormale des diamètres pelviens. Voulant savoir quel degré de confiance on devait, accorder à cette assertion , Baudelocque prit neuf têtes d'enfans à terme, morts au moment de la naissance, fit en sorte de leur restituer la souplesse ordinaire en les plongeant dans l'eau chaude et les pétrissant un peu avec les mains, puis les soumit à l'action de trois forceps d'élite , en ayant soin de rapprocher , jusqu'à ce qu'elles se touchassent, les branches, tantôt maintenues avec les mains seules , et tantôt serrées par un lien : quoique la compression eût été assez forte pour fausser les instrumens, fracturer les os du crâne, et donner issue à la masse cérébrale à travers l'ouverture , jamais la réduction obtenue ne dépassa trois à quatre lignes, quand le forceps agissait sur les côtés de la tête.
On avait pensé aussi que, quand la tête était comprimée suivant son diamètre bipariétal, elle gagnait dans les autres sens ce qu'elle perdait dans celui-ci. Les expériences de Baudelocqueont également détruit cette supposition, en démontrant que les diamètres qui croisent celui suivant lequel on comprime la tête, loin de s'accroître dans les mêmes proportions que celui-ci diminue, n'augmentent pas d'un quart de ligne pour u. 18
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l'ordinaire, et deviennent même quelquefois plus petits. Au reste, il était facile de prévoir ce résultat; car si, toutes les fois qu'on comprime la tête latéralement , on lui faisait gagner dans un sens ce qu'elle perd dans l'autre, il résulterait de là que l'application du forceps ne serait jamais utile dans les enclavemens , tandis que ce sont là précisément des cas qui obligent d'y recourir. Supposons , en effet, que la tête fût enclavée suivant son diamètre antéro-postérieur, en la comprimant latéralement , on ne ferait que multiplier les points de contact entre elle et le bassin et l'appliquer d'une manière plus intime encore aux points du cercle pelvien entre lesquels elle se trouve déjà serrée ; or, il n'en arrive pas ainsi.
D'autres, parmi les partisans exagérés du forceps , ont dit que , les expériences de Baudeloque ayant été exécutées sur des enfants hors du sein de leur mère, n'étaient pas propres à faire juger du degré de réduction que la tête peut éprouver sous l'influence réunie de l'instrument et du bassin. Suivant eux , le cercle osseux décrit par le bassin vicié à travers lequel on s'efforce d'amener la tête engagée entre les serres du forceps, doit agir sur ces dernières comme l'anneau qu'on glisse le long du corps de certaines tenailles , pour en rapprocher les mâchoires et mieux fixer ce qu'elles embrassent, puisque l'instrument ainsi disposé forme une espèce d'ellipse dont le ventre se trouve au-dessus du cercle osseux. Mais, si les choses se passaient ainsi, ce serait une circonstance fort grave et pour la mère et pour le fœtus; car une compression assez forte pour opérer la réduction de la tête, outre qu'elle compromettrait la vie de l'enfant, exposerait la femme à des
déchirures , à des contusions ec à des escarres gangreneuses.
Ainsi, quoique divers auteurs aient prétendu que la réduction de la tète peut être portée à six lignes, et qu'Osiander assure même en avoir obtenu une de près d'un pouce, il est permis, sans discuter d'ailleurs la véracité de ces assertions , d'affirmer qu'on ne saurait la porter jusque là dans l'immense majorité des cas, et que, quand bien même il y aurait possibilité d'y parvenir, on ne devrait jamais le faire, parce qu'infailliblement on causerait la mort de l'enfant. Les détracteurs du forceps ont dit, d'après cela, que l'instrument était inutile, puisque, la réduction ne pouvant point être prudemment portée au-delà de deux ou trois lignes, et les branches ayant au moins trois ou quatre lignes d'épaisseur, si l'on ajoute cette épaisseur au volume de la tête, on a , pour celle ci , une masse égale ou même supérieure à celle qu'elle présentait auparavant. Cette objection manque de bonne foi, ou ceux qui l'ont élevée n'ont pas réfléchi que , quand on saisit la tête de l'enfant, et qu'on opère une réduction de trois lignes, le volume de l'instrument n'augmente pas d'une manière sensible celui de la tête, parce que les bosses pariétales se logent dans l'écartement des branches.