IV. Règles générales à suivre dans l'application du forceps
• Les règles générales qu'on doit suivre dans l'application du forceps sont relatives, les unes à la femme , les autres à la manière de disposer et de manœuvrer l'instrument.
DES ACCOUCHEMEisS ARTIFICIELS. 277
Par rapport à la'femme :
L'emploi du forceps, ou, comme dit le vulgaire, des ferremens . inspire toujours de l'effroi aux femmes ; il faut , suivant le conseil donné par Baudelocque, commencer par les familiariser avec cet instrument, le leur montrer, leur en expliquer le mécanisme et le but, et les convaincre ainsi qu'il ne peut avoir aucun inconvénient, ni peur elles, ni pour leur enfant.
On s'occupe ensuite de leur donner une situation convenable. Quelques auteurs ont prétendu qu'on pouvait se contenter de les coucher- en long sur le lit, quand la tète du fœtus était plongée dans l'excavation pelvienne. Cette position ne vaut rien , parce que , le siège se trouvant trop enfoncé dans les matelas , on n'a point assez de liberté pour exécuter les mouvemens nécessaires. La meilleure est celle que nous avons assignée pour les accouchemens artificiels dans lesquels on a recours à la version.
Il ne faut jamais appliquer le forceps avant que le col de l'utérus soit suffisamment dilaté. En négligeant cette précaution, on s'exposerait à déchirer les bords du col utérin , et, quand on aurait saisi la tête, il pourrait arriver que ce col, trop peu ouvert , la coiffât, ce qui entraînerait un prolapsus de l'organe. On serait exposé, en outre, à engager l'instrument entre le col et le cul -de-sac formé par le vagin.
Par rapport à l'instrument :
On doit, pendant l'hiver surtout, le chauffer, non en l'approchant du feu , qui pourrait lui communiquer une température trop élevée, mais en le plongeant dans de l'eau à 25 ou 28 degrés du thermomètre de Réau-
mur. Sans cette précaution , on courrait risque d'accroître l'irritation, déjà si vive, des parties.
On a soin d'en oindre les cuillers d'un corps gras ou mucilagineux, afin défavoriser le glissement.
Chaque branche doit être introduite isolément.
La plupart des auteurs donnent le conseil de les saisir comme une plume à écrire. Une telle méthode est défectueuse sous beaucoup de rapports. Quoiqu'il ne faille pas employer une grande force pour contenir l'instrument , cette force doit cependant être suffisante pour l'empêcher de glisser, et, dans la position indiquée, l'opérateur n'en a point assez ; pour peu que des obstacles surviennent, l'instrument î enduit de graisse et des mucosités qui coulent des parties génitales, lui échappe avec une grande facilité. Il faut donc tenir chaque branche comme on saisit un bistouri avec lequel on se propose de faire une incision { Atlas ^ pi. liv, 6g. 3).
Pour introduire chaque branche, on la guide avec les doigts de la main qui ne- tient pas l'instrument, jusqu'à ce qu'elle ait pénétré entre le col utérin et la tête du fœtus. Si la tête n'est pas encore entièrement plongée dans l'excavation, et qu'il existe un bourrelet formé par le col de l'utérus, il convient d'introduire au moins un doigt entre la tête et ce dernier, pour éviter de le pincer. Si la tête est plongée j et qu'on ne puisse porter le doigt jusqu'au col , une fois que l'extrémité du forceps a quitté la main qui lui servait de conducteur, on a soin de la faire glisser en rampant sur la tête , toujours en ramenant l'instrument de dehors en dedans.
Pour faire pénétrer les branches dans les organes, il
ne faut jamais employer ni force ni brusquerie. L'introduction doit se faire lentement, sans efforts, et pour ainsi dire d'elle-même, par des pressions douces et graduées. Si l'extrémité vient à butter contre la tête du fœtus, ou contre un point quelconque des parois du bassin, si des replis formés par les tégumens du crâne et par les parties molles de la mère s'opposent à sa progression , on. surmonte ces obstacles en changeant l'inclinaison de la branche et en lui imprimant un léger mouvement de vacillation.
En général, c'est la branche mâle qu'on doit introduire la première; puis on fait pénétrer la branche femelle, après quoi on les réunit toutes deux, en plaçant le pivot de l'une dans la mortaise de l'autre.
Quand on a introduit la première branche à une grande profondeur, il faut que l'aide auquel en en confie le manche ait bien le soin de ne poitit changer la direction qu'on lui a donnée ; autrement , la tête se trouvant poussée du côté opposé, et venant s'appuyer contre la circonférence du bassin, il ne resterait plus assez déplace pour faire pénétrer la seconde branche.
Les branches doivent toujours être appliquées sur les parties latérales de la tête, de manière que le diamètre occipito-mentonnier réponde à l'axe du forceps, et le bipariétal aux cuillers. Cette règle ne souffre d'exception que dans le cas d'enclavement bipariétal ; car alors on est obligé d'appliquer l'une des branches sur la face et l'autre suri occiput.
Les branches étant réunies, on exerce une certaine pression sur l'extrémité des branches , pour s'assurer qu'aucune partie de la mère n'est pincée entre le for-
280 TRAITÉ D!iS ACCOTJCHlîMENS.
ceps et la tête, et quelques légères tractions, pour se convaincre que celle-ci a été bien saisie.
Avant de procéder à l'extraction du fœtus, il faut rapprocher les branches avec la main placée à leur extrémité , les serrer assez pour exercer une pression qui empêche la tête de s'échapper , puis les maintenir avec un lacs placé dans les crochets, afin que cette pression ne puisse plus varier.
Il ne faut tirer sur la tête ni d'une manière brusque , ni par saccades. Les tractions doivent être continues et accompagnées d'oscillations à droite et à gauche, qu'on a grand soin d'imprimer doucement , afin de ne pas confondre les parties voisines , et pour leur donner le temps de céder sans se rompre; on ne tire pas non plus en ligne droite, mais en suivant successivement les axes du détroit abdominal, de l'excavation pelvienne et du détroit périnéal. Il faut avoir bien présens à l'esprit les divers mouvemens que la tête doit exécuter pour traverser la filière du bassin ; car ce n'est qu'en imitant la nature que l'on devient réellement utile; en s'écartant de cette voie, en substituant la force h l'intelligence , on se créerait des difficultés parfois insurmontables, et , dans tous les cas, on exposerait la mère et l'enfant à des accidens plus ou moins graves, si même on ne compromettait pas leur existence.