DU RÉGIME DÉBILITANT
L'idée de prescrire un régime débilitant aux femmes enceintes dont le bassin est mal conformé , a été longtemps tournée en ridicule. On remarque, en efiet, que
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certaines femmes, qui ont été sujettes à des vomissemens presque continuels pendant tout le cours de leur grossesse , et qui sont arrivées au dernier degré d'émaciation et de faiblesse, faute de pouvoir profiter des alimens qu'elles prennent, n'en mettent pas moins au monde d'aussi forts enfans que celles qui ont constamment joui d'une bonne santé. On en voit également d'autres qui donnent naissance à des enfans chétifs , quoiqu'elles se soient très bien nourries, et qu'elles aient même acquis de l'embonpoint durant le cours de Ja gestation. Cependant il est probable que , sous ce rapport , on a trop généralisé des faits qui n'ont, en réalité, qu'un caractère purement exceptionnel. Mais, quoi qu'il en soit , l'opinion suivant laquelle le régime des mères exercerait, du moins la plupart du temps, une influence prononcée sur le volume de leur fruit, avait fini par être regardée comme une excentricité , et nous-même, nous la combattions autrefois. Il convient donc de faire connaître pourquoi nous avons modifié notre manière de penser.
Un jour , nous fûmes appelé près d'une femme de constitution presque athlétique, qui était en travail d'enfant depuis soixante heures. Avant nous , deux accoucheurs avaient tenté inutilement l'application du forceps. A notre arrivée, nous trouvâmes cette femme frappée de convulsions , et offrant tous les symptômes d'une congestion cérébrale. Nous fîmes une large saignèe du pied, qui rétablit sur-le-champ la connaissance. En pratiquant le toucher , nous reconnûmes que la tête était engagée transversalement dans l'excavation pelvienne. Nous appliquâmes aussi le forceps avec plus de succès que nos prédécesseurs , sans doute
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parce que ceux-ci avaient déjà vaincu la résistance qui s'opposait à la progression de la tête; en effet, cette dernière présentait un aplatissement considérable. L'enfant ne donna que des signes équivoques d'existence, et il expira malgré toutes les peines qu'on prit pour le ramener à la vie. Nous nous aperçûmes bien qu'il y avait rétrécissement du bassin; mais l'état grave dans lequel la femme se trouvait nous détourna de chercher à en acquérir une notion complète. Plus tard , cette femme redevint enceinte, et vécut comme elle l'avait fait pendant sa première grossesse. Arrivée à terme, elle nous fit encore appeler. Nous constatâmes que son bassin avait à peine trois pouces et un quart d'étendue dans le diamètre sacro-pubien. Les douleurs furent énergiques, et, le travail durant déjà depuis soixante heures, nous étions sur le point d'appliquer le forceps. Mais, en plaçant la personne sur un bidet, et l'exhortant à faire valoir ses douleurs, nous parvînmes à faire passer l'enfant. La compression supportée par la tète fut telle, qu'elle offrait une escarre sur chaque bosse pariétale. L'enfant fut rappelé avec peine à la vie. Nous prévînmes cette femme que si l'on ne parvenait pas à rendre ses enfans moins volumineux pendant les grossesses futures, il pourrait se faire qu'on fût obligé de pratiquer la section de la symphyse du pubis , et nous lui recommandâmes de nous avertir aussitôt qu'elle redeviendrait enceinte, ce qu'elle fit en effet. Nous la soumîmes à un régime extrêmement sévère, et lui pratiquâmes plusieurs saignées Sa grossesse étant à terme, un aide que nous avions laissé auprès d'elle . voyant la dilatation fort peu avancée, et se fiant d'ailleurs aux antécedens, crut pouvoir s'absenter pendant quelques heu-
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res. Mais sa surprise fut grande, en rentrant, de voir que l'accouchement s'était terminé tout naturellement. L'enfant était petit , en comparaison de ceux qui l'avaient précédé, et il ne mourut point. Pendant une grossesse subséquente, la femme ne suivit aucun régime : l'enfant, très volumineux, ne put s'engager; on essaya vainement l'application du forceps, et il fallut recourir à l'embryotomie , qui fut fatale à la mère et à son fruit.
Si ce fait était seul, il serait peu concluant; mais depuis nous en avons recueilli plusieurs que nous pourrions citer ici , et qui viennent corroborer celui qui précède. Au reste, nous croyons que le régime ne pourrait offrir quelques chances de succès qu'autant que le diamètre antéro-postérieur du bassin ne serait pas inférieur à trois pouces un quart , ou tout au plus trois pouces. Si le rétrécissement était porté plus loin , ce moyen ne servirait plus qu'à titre d'auxiliaire, et il ne faudrait pas compter sur son efficacité.
ARTICLE II