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DE L'ACCOUCHEMENT PRÉMATURÉ

La provocation de l'accouchement avant la fin de la grossesse , mais à une époque cependant où le fœtus est déjà viable, a été proposée pour éviter les dangers inséparables de la symphyséotomie et de l'opération césarienne . dans les cas où. la conformation du bassin de la mère rend impossible la naissance de l'enfant au terme ordinaire. En donnant ce conseil, on s'était fondé sur les exemples bien constatés d'enfans nés au huitième et même au septième mois de la grossesse , et qui , moyennant des soins , ne se sont pas moins bien

développés que ceux doni la venue au monde a lieu vers la fin du neuvième mois.

L'accouchement prématuré artificiel a été longtemps frappé de réprobation parmi nous. Baudelocque surtout avait contribué à le faire repousser, en exagérant les inconvéniens qui peuvent en résulter. Il prétendait effectivement qu'on ne peut admettre aucune parité entre l'accouchement prématuré qui se fait sous la direction de la nature, et celui que l'art solliciterait, même au terme de la grossesse. Dans le premier, disait-il, l'utérus est préparé de longue main à l'acte qu'il doit accomplir, et les choses se passent à peu près de la même manière que chez les femmes à terme, tandis que rien de semblable n'a lieu aux septième et huitième mois, chez celles dont la mauvaise conformation dubassin rend impossible l'accouchement au neuvième mois. Cette remarque de Baudelocque est juste, mais en tant seulement qu'on l'applique aux accouchemens prématurés qui s'accomplissent spontanément , sans violence extérieure; eile ne saurait concerner ceux qui sont le résultat d'un Coup, d'une chute, en un mot d'un accident dont l'effet a été, soit de provoquer un état inflammatoire des organes génitaux internes, soit la rupture de l'œuf et l'écoulement du liquide amniotique. Nous pensons même que c'est parce que les anciens n'avaient point établi de distinction entre les accouchemens prématurés naturels et accidentels, qu'ils regardaient comme viables les enfans nés à sept mois, et comme non viables ceux qui viennent au monde à huit mois. Il nous paraît évident qu'un fœtus est d'autant plus viable, toutes choses égales d'ailleurs, qu'il approche davantage du terme

de deux cent soixante et dix jours assigné à sa complète viabilité.

Quand on veut remonter à l'origine de cette pratique, il y a une distinction importante à établir relativement au but qu'on se propose en y ayant recours. Ce but peut être, en effet , ou l'intérêt de la mère , ou celui du fœtus. Sous le premier point de vue, il faut agira une époque aussi rapprochée que possible du moment delà conception, parce que moins le fœtus présentera de volume, moins il aura de peine à franchir le détroit du bassin, quelles qu'en soient les dimensions. Sous le second rapport, au contraire, il faut différer jusqu'à ce que le fœtus ait pris tout le développement qu'il lui est possible d'acquérir, sans que son volume devienne hors de proportion avec l'étendue des voies qu'il doit parcourir pour venir au monde ; mais dépasser ce terme serait rendre l'opération également inutile à la mère et à l'enfant.

Cette distinction établie, on voit qu'il ne peut être question ici de la pratique usitée chez les Grecs, et qui, suivant le rapport d'Aetius , était très familière à une matrone célèbre du nom d'Aspasie. Il ne s'agit pas non plus de la méthode employée par Puzos dans le cas dhémorrhagie pendant le travail, puisque le but principal est ici de mettre les jours de la mère hors de danger, ceux de l'enfant n'étant envisagés que comme un objet accessoire. Il faut arriver au milieu du siècle dernier pour trouver un exemple d'accouchement sollicité au moment où la viabilité du fœtus est bien établie, et dans l'intention formelle de soustraire ce dernier aux dangers que plus tard il ne pourrait éviter. Au dire de Kelly, Macaulay fut le premier qui

tenta cette opération en 1755, et elle fut couronnée d'un plein succès entre ses mains. Depuis, elle a réuni un grand nombre de suffrages chez les Anglais, les Allemands , les Hollandais et les Italiens. On compte, parmi ses partisans en Angleterre, Denman, Hull , Clarke, Headly, Barlow, Marshall, Ramsbotham , Merriman , Burns et Conquest ; en Allemagne , Mai, Reisinger, Wenzel, Ritgen, Scheel et Weidmann.

Le seul cas qui, suivant nous, justifierait l'emploi de l'accouchement artificiel provoqué, serait celui d'une grossesse de sept mois, et d'un bassin ayant deux pouces et demi au moins, trois pouces au plus; car alors, le diamètre bipariétal de la tête n'offrant pas plus de trois pouces d'étendue, on aurait les mêmes chances que si l'accouchement s'opérait à terme, à travers un diamètre de trois pouces et demi. Nous ne pensons pas qu'il convienne d'y avoir recours dans le cas de mort du fœtus. Quant à le provoquer dans celui de maladies chroniques dont la grossesse accroît chaque jour le danger, et qui, de leur nature, doivent amener la mort avant le terme naturel du travail , il ne nous parait pas qu'on doive s'occuper de ce point avant que les opinions soient définitivement arrêtées sur le compte de la méthode en général.

Pour bien juger cette méthode, il ne faut pas perdre de vue qu'elle n'a qu'un but , celui d'obliger l'utérus à expulser lui-même le produit de la conception avant que la tête du fœtus ait acquis un volume qui en rende la sortie impossible, que par conséquent elle tend à faire venir au monde l'enfant vivant, sans courir les chances , défavorables pour lui et pour la mère , qui se rattachent aux autres moyens dont l'art a disposé jus-

qu'ici. Comparons-la, en effet , à l'embryotomie , à la symphyséotomie , à l'opération césarienne.

Il suffît de prononcer le mot d'einbryotomie pour voir que toute idée 'de parallèle doit être écartée. Cette opération tue l'enfant , si déjà il n'est mort, et elle fait courir de grands dangers à la mère. La symphyséotomie, envisagée par rapport à la conservation des enfans , offre peu d'avantages; car, bien qu'elle ait pour effet d'agrandir le cercle osseux du bassin , elle ne suffit pas toujours pour garantir leur existence; la plupart succombent pendant l'opération, ou par l'effet de ses conséquences. Quant aux mères, beaucoup périssent également, moins, à la vérité, que par l'opération césarienne, et bon nombre de celles qui survivent demeurent sujettes à de graves infirmités. L'opération césarienne est moins pernicieuse pour l'enfant; elle serait , si on ne s'attachait qu'à lui seul , préférable à l'application du forceps, aux crochets, à la symphyséotomie, à la version, même à l'accouchement naturel ; mais comme la mère a tout autant et plus de droits que lui à l'existence , il n'y faut recourir qu'à la dernière extrémité , puisqu'elle expose la femme à une multitude de causes de mort, immédiate ou consécutive. L'accouchement artificiel provoqué donne des résultats bien différens. D après le résumé que M. Wilde (1) a fait de J 70 cas publiés en Allemagne, en Angleterre, en Hollande et en Italie, on voit que 161 mères ont été conservées, et qu'on a amené vivans 120 enfans, dont 77 ont survécu ; les 50 autres sont venus au monde privés dévie, et les 9 femmes mortes étaient déjà

(1) Das weibliche Gebcer-Unvermœgen. Berlin, 1838, p. 204. n. 22

dangereusement malades avant l'opération. De tels faits parlent plus haut que tous les raisonnemens imaginables.

IN ou s ne nous dissimulons pas cependant les difficultés qui se rattachent à la provocation de l'accouchement prématuré. La première est de bien déterminer le vice de conformation qui existe. A la vérité, comme il ne s'agit pas d'un cas urgent, on a toujours plusieurs mois devant soi, et l'on peut, avant de prendre un parti, réunir les avis d'hommes capables; car, tant que nos lois n'auront point été modifiées, il ne serait permis d agir qu'avec la plus grande circonspection. Mais ce n'est pas tout encore; il faut chercher à prévenir les abus qui pourraient résulter, d'un coté de l'ignorance, et d'un autre côté de la cupidité. Ainsi, par exemple , l'enfant né dans les trois cents jours qui suivent la mort du père est reconnu légitime; ne pourrait-il pas arriver que de coupables manœuvres fussent employées pour assurer le bénéfice de cette disposition légale au fruit de la mauvaise conduite ?

Au reste, s'il importe d'être fort réservé en pareille matière , ce n'est point un motif pour refuser d'examiner une des plus importantes questions de la médecine obstétricale. La loi ne fait pas les usages, elle se borne à les sanctionner et à les régulariser ; c'est à une discussion éclairée et loyale qu'il appartient de lui fournir les motifs de modifier son texte. Rappelons seulement que l'art prescrit de recourir à l'accouchement forcé lorsque des hémorrhagies abondantes ou des convulsions se déclarent chez les femmes en couches; or, on ne comprend pas que ce qui est un devoir dans un cas, puisse devenir un crime dans un autre , quand il n'y a

qu'une assez légère différence de circonstances, et qu'au fond le but est le même.

ARTICLE iii.

DE LA SYMPHYSÉOTOMIE.

La symphyséotomie est une opération dans laquelle on pratique la section du fibro-cartilage qui unit ensemble les deux os pubis.

On a prétendu faire remonter l'idée de cette opération fort avant dans l'antiquité , jusqu'à Galien même, ou tout au moins jusqu'à Séverin Pineau. Ce dernier avait effectivement proposé les applications émollientes sur le mont de Vénus, comme moyen propre à relâcher la symphyse pubienne chez les femmes dont le détroit abdominal a trop peu d'étendue pour permettre à l'accouchement naturel de s'accomplir; il ne paraissait même pas éloigné de croire qu'on pourrait alors trouver de l'avantage à pratiquer la section du cartilage interpubien. Mais personne n'avait songé à ce projet d'opération, lorsque, vers la fin du siècle dernier, Sigault en entretint l'Académie de chirurgie, qui le rejeta parmi les chimères; sans se laisser décourager, il en fit, quelques années après , le sujet de sa thèse , soutenue devant la Faculté d'Angers ; quatre ans plus tard , assisté d'Alphonse Leroy, il pratiqua , pour la première fois , l'opération sur une femme rachitique , qui guérit , et dont l'enfant fut conservé. Dès ce moment, la symphyséotomie occupa tous les esprits. Vantée par les uns avec l'exagération d'un enthousiasme irréfléchi, dépréciée par les autres avec une vivacité que la raison ne tempéra pas davantage, elle devint la source d'une longue et violente dispute, pendant le cours de laquelle aucun des deux partis ne sut éviter le scandale, et qui,

comme de coutume, rendit la question plus obscure, au lieu de l'éclaircir. Aujourd'hui que les passions sont éteintes depuis long-temps, on petit mieux juger la symphyséotomie , et assigner avec équité le rang qu'elle doit prendre parmi les opérations obstétricales.

Pour déterminer les circonstances dans lesquelles cette opération peut être utile , il faut connaître le degré d'agrandissement qu'elle est susceptible de faire acquérir aux différens diamètres du bassin.

En général , quand les vices de conformation du bassin affectent le détroit abdominal, ils portent spécialement sur le diamètre antéro-postérieur de ce détroit, et sont dus à l'aplatissement des pubis ou au refoulement du sacrum. Mais il faut que le rétrécissement ne dépasse pas un certain terme pour qu'on se décide à tenter l'opération; car si le diamètre n'était que de quinze à dix-huit lignes par exemple, il serait ridicule de la pratiquer , attendu que l'extraction de l'enfant deviendrait alors impossible, dans la majorité des cas. Il faut donc que le diamètre antéro-postérieur du détroit abdominal ait une étendue un peu supérieure, ou tout au moins égale, à celui de la tête de l'enfant, et par conséquent qu'il dépasse deux pouces. Or, quand on sépare les pubis l'un de l'autre , l'écartement des deux os procure une augmentation du diamètre sacropubien qui est d'environ deux lignes par pouce de cet écartement. De plus, si, en entraînant l'enfant, on a la précaution d'engager une bosse pariétale dans l'intervalle des deux pubis, et de faire passer l'autre au-devant de l'une des symphyses sacro-iliaques, le volume relatif de la tête se trouve diminué de celui des deux protubérances, c'est-à-dire de quelques lignes. D'à-

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près cela, la plupart des praticiens estiment que la sympbyséotomie est praticable quand l'étendue du diamètre sacro-pubien se trouve comprise entre les limites extrêmes de deux pouces et demi à trois pouces moins un quart. Quelques partisans de l'opération ont même prétendu qu'on pouvait encore la tenter à deux pouces et un quart ; ce conseil nous semble préjudiciable à la mère et à l'enfant; en pareille circonstance, effectivement, la symphyséotomie aurait pour la première tous les inconvéniens de l'opération césarienne, sans en présenter, eu égard au second, aucun des avantages.

Si l'on en croyait certains partisans de la sympbyséotomie, les circonstances dans lesquelles cette opération doit être pratiquée seraient assez nombreuses.

Ainsi on devrait y avoir recours toutes les fois que le diamètre antéro-postérieur du détroit abdominal est rétréci. Nous dirons plus loin quels sont , sous ce rapport, les cas auxquels il faut, suivant nous, la restreindre.

On l'a proposée dans les doubles rétrécissemens du diamètre abdominal et du diamètre périnéal qui résultent d'un excès de courbure du sacrum. Nous avons dit ailleurs qu'en pareil cas il pouvait arriver que la tête ne pût ni avancer ni reculer, bien que cependant elle ne fût pas enclavée, conservant la faculté de se mouvoir sur son axe. Ici l'opération césarienne serait sans résultat pour l'enfant , et la section de la symphyse pubienne mériterait la préférence sur toute autre opération , si l'on avait perdu l'espoir d'extraire ce dernier à l'aide du forceps.

La sympbyséotomie a été conseillée lorsque, l'enfant étant amené par les pieds, la tête reste dans les organes

de la mère. Il faudrait bien se garder de suivre ce précepte. En pareil cas, la vie de l'enfant est déjà fortement compromise par la compression qu'éprouve le cordon ombilical , et les préparatifs nécessaires exigeraient trop de temps pour qu'on pût raisonnablement espérer de le conserver. Ce serait donc exposer la mère aux chances d'une opération dangereuse, qui n'en présenterait pour ainsi dire aucune en faveur de son fruit. Dans une telle circonstance, nous n'hésiterions pas à mutiler le fœtus.

On a rangé parmi les cas indiquant la symphyséotomie, celui où les fesses seraient engagées dans l'excavation et auraient franchi l'orifice de l'utérus, sans pouvoir être amenées au-dehors. Il est difficile de concevoir qu'un homme du mérite de Gardien ait donné un pareil conseil; car si les fesses étaient parvenues à se plonger dans l'excavation pelvienne, il n'y aurait aucune utilité à procurer plus d'étendue au détroit abdominal.

La section de la symphyse pubienne a été mise au nombre des moyens auxquels on pourrait recourir dans le cas d'enclavement de la tête, pour agrandir de quelques lignes l'étendue du cercle osseux du bassin. C'est là une vue purement théorique, qui ne saurait trouver d'application dans la pratique. Nous en dirons autant du conseil de recourir à l'opération dans les rétroversions de l'utérus.

On a prétendu qu'elle pouvait convenir dans les rétrécissemens transversaux du bassin. Ces difformités sont extrêmement rares , et comme, en général, le diamètre antéro-postérieur gagne alors ce que perd le diamètre bis-iliaque , il résulte de là que l'espace est tou-

jours suffisant pour permettre à la tête de s'engager.

Nous ne parlerons que d'une manière très générale des cas où le rétrécissement du bassin dépendrait d'une exostose développée au sacrum ou à los coxal. Il nous semble qu'en pareil cas l'opération , loin de convenir, serait au contraire contre -indiquée.

Ainsi, en résumé, les seuls cas qui nous paraissent autoriser à mettre la symphyséotomie en pratique, sont celui d'un rétrécissement du diamètre antéro-postérieur du bassin , renfermé dans les limites de deux pouces un quart à trois pouces , et celui où la tête, s'étant plongée dans l'excavation pelvienne, ne pourrait plus ni avancer ni reculer, à cause d'un rétrécissement simultané au détroit périnéal et au détroit abdominal.

Ces circonstances ayant lieu, d'autres conditions sont exigibles encore pour qu'on se décide à pratiquer l'opération. D'abord il faut, non seulement que la femme soit arrivée au terme de sa grossesse, mais encore que le travail de l'enfantement soit décidé et le fœtus vivant. En second lieu , on doit attendre que le col utérin soit dilaté, parce qu'autrement, si la femme n'avait point assez de force pour accoucher seule après la section, on ne pourrait intervenir d'une manière utile. Enfin, il vaut mieux opérer avant qu'après la rupture de la poche des eaux , parce qu'alors on est maître de confier l'accouchement aux seuls efforts de la nature ou de recourir soit à la version, soit a l'application du forceps , tandis qu'après l'écoulement des eaux, la version devient si difficile qu'on s'exposerait, en la tentant , à compromettre l'existence de l'enfant , et par conséquent à perdre le bénéfice qu'on attendait de l'opération.

Celle-ci, du reste, est fort simple. On commence par raser le pubis , après avoir disposé des bistouris convexes, des bistouris boutonnés, une sonde , quelques ligatures, des plumasseaux, des compresses et un bandage de corps. La femme étant couchée dans la même attitude que pour l'application du forceps, l'opérateur se place devant elle, entre ses jambes. Il vide la vessie à l'aide d'une sonde, qu'il laisse dans l'urètre, et qui sert à ranger le méat urinaire de coté , pour le mettre à l'abri des atteintes de l'instrument tranchant. Saisissant alors un bistouri convexe , il pratique sur la ligne médiane une incision longitudinale, qui commence à quelques lignes au-dessus de la symphyse, et se prolonge jusqu'au côté gauche du clitoris. Cette incision, qui comprend la peau et toutes les parties molles constituant le mont de Vénus, doit tomber sur le milieu même de l'articulation. Dès qu'elle est terminée, on procède à la section du cartilage interpubien , après s'être assuré de la véritable situation de ce cartilage, qui assez souvent, dans les bassins difformes, ne correspond pas à la ligne médiane du corps, et se trouve déjeté à droite ou à gauche. Le mieux est d'opérer la section en deux temps : on coupe d'abord d'avant en arrière la moitié de l'épaisseur du fibro-carlilage, dans toute sa longueur; puis, avec un bistouri boutonné qu'on passe derrière la symphyse, on incise le reste d'arrière en avant. Ce procédé a l'avantage de mettre à l'abri des lésions de la vessie, qui pourraient avoir lieu si l'on incisait toute l'épaisseur du fibro-cartilage de dehors en dedans. Il convient aussi , vers la fin de la section, d'incliner la lame du bistouri un peu à gauche, pour lui faire suivre la branche descendante

du pubis, et l'éloigner de la racine du corps caverneux.

La section faite , les os coxaux sont entraînés par l'élasticité des ligamens sacro-sciatiques postérieurs, et un écartement de dix à douze lignes s'établit entre les pubis. Faut-d s'en tenir là, ou accroître l'écartement, soit en portant les jambes de la femme en dehors, soit en appliquant les paumes des mains sur les épines antérieures et supérieures des os des iles? Tout ce que nous pouvons dire, c'est que, dans un cas où. nous vîmes Dubois pratiquer la symphyséotomie, on n'eut point recours à ce dernier moyen; Gardien effectua la rupture de la poche des eaux, opéra la version sans peine, et amena à l'aide du forceps un enfant qui vécut pendant quelques jours.

Une fois l'accouchement terminé , il faut donner à la femme les soins que sa situation réclame. On rapproche les pubis l'un de l'autre, on couvre la plaie de charpie enduite de cérat, et par-dessus les compresses on fixe un bandage de corps assez serré pour empêcher les os de s'écarter. On porte la malade dans son lit , où elle doit rester dans un repos absolu; cependant on lui permet de s'incliner à droite ou à gauche, parce que la pression que cette attitude détermine ne peut qu'être favorable au rapprochement des parties. D'ordinaire, quand la guérison a lieu , c'est au bout de cinq ou six semaines. Mais il ne faut pas se dissimuler que l'opération est très grave. Les aceidens qui peuvent en être la conséquence sont de deux sortes, les uns primitifs et les autres secondaires. Quant aux premiers , ils sont peu nombreux. On n'a point d'hémorrhagie à craindre, par la raison que les tissus qu'on divise sont presque tous

dénature fibreuse, et ne contiennent qu'un petit nombre de vaisseaux, si ténus d'ailleurs qu'on n'a point à s'en occuper. Ce n'est que dans le cas où. l'on conduirait l'instrument trop bas, en suivant la branche du pubis, qu'on s'exposerait à blesser l'artère honteuse interne, lésion qu'on évite aisément , avec un peu d'attention. Des accidens primitifs plus redoutables, mais qui ne pourraient provenir que de l'impéritie de l'opérateur, seraient ceux qui naîtraient dune lésion de la vessie, du vagin, ou même de l'utérus.

Il peut se faire que la symphyse soit ossifiée : on serait alors obligé de recourir à la scie pour en pratiquer la section. Un accoucheur de Naples a proposé, dans ces derniers temps, de remplacer la symphyséotomie par une autre opération qui consiste à scier de chaque côté le corps et la branche des pubis, entre les deux trous sous-pubiens. Cette opération aurait, suivant lui, l'avantage de laisser les symphyses sacro-iliaques intactes , de mettre la vessie et l'urètre hors de toute atteinte, et de procurer une ampliation considérable du diamètre sacro-pubien. Il faudrait, ce nous semble, la soumettre à un sérieux examen, avant de la placer au nombre des ressources utiles.

Parmi les nombreux accidens consécutifs à l'opération de la symphyséotomie, on doit compter les fistules urinaires, qui résultent des blessures de la vessie par l'instrument tranchant , ou de la contusion du viscère par la tête de l'enfant au moment du passage. Dans l'opération dont nous avons été témoin , il survint une fistule de ce genre; mais ce qui prouve qu'elle n'avait point été déterminée par l'instrument, c'est que l'écoulement de l'urine demeura soumis à la volonté

pendant trois ou quatre jours , au bout desquels seulementon s'aperçut que l'appareil était imbibé de liquide. Il suffît de placer une sonde dans la vessie pour obtenir une prompte guérison, parce que c'était la paroi antérieure de l'organe qui avait été blessée.

D'autres accidens conséculifs bien plus graves sont la péritonite , la mét-rite , des infiltrations séro-sanguinolentes, l'inflammation du tissu cellulaire pelvien , la déchirure des symphyses sacro-iliaques : tous ces acdens conduisent les femmes à la mort. C'est sur le dernier principalement qu'a insisté Baudelocque , l'un des plus grands ennemis de la symphyséotomie. Dans de nombreuses expériences faites à l'Hôtel-Dieu de Paris, il avait reconnu qu'on ne peut obtenir un écartement de deux pouces et demi entre les os pubiens qu'en portant les cuisses fortement en dehors , ou tirant sur les hanches, dans le même temps qu'on écartait les extrémités inférieures, et que toujours cet écartement était accompagné de la déchirure des symphyses sacro-iliaques. Mais les expériences de Baudelocque ont été faites sur des femmes de tout âge et mortes dans des conditions autres que celles qui vont accoucher. Or le résultat n'est plus le môme quand on opère sur des femmes qui ont succombé immédiatement après la partnrition. C'est ce qui résulte des observations faites depuis par MM. Giraud et Ansiaux. Ces opérateurs ont constaté, en effet, que la section pratiquée chez des sujets morts dans un âge avancé produit peu d'écartement; qu'à âge égal on obtient un écartement plus grand chez la femme morte pendant ses couches que chez celle qui a péri hors de cet état, et qu'alors la déchirure des symphyses sacro-iliaques est beaucoup moins

à craindre. Quoi qu'il .en soit, on doit toujours redouter cet accident, dont les conséquences sont mortelles.

En supposant même que l'opérée ne succombât pas, elle pourrait rester atteinte de claudication , par suite d'un défaut de consolidation de la symphyse pubienne. Quelques praticiens ont considéré cette dernière circonstance comme un événement dont on devrait se féliciter, disant que , dans le cas d'une nouvelle grossesse , elle dispenserait de répéter l'opération. Mais les os ne restent pas disjoints; c'est seulement la substance cellulofibreuse produite entre eux qui n'acquiert pas la solidité convenable ; or, l'écartement qui resterait entre les pubis ne serait jamais assez considérable pour dispenser d'une seconde opération , si en réalité la première avait été absolument nécessaire , et cependant il pourrait l'être assez pour permettre aux organes contenus dans l'abdomen ou le bassin de faire hernie. La femme que nous avons vu opérer par Dubois conserva un écartement de plus d'un pouce , qui permettait à la vessie d'apparaître au-dehors ; d'où résultait quelquefois de la ^êne dans l'excrétion de l'urine.

Mais si la symphyséotomie entraîne des conséquences fâcheuses pour les femmes, elle en a de non moins graves pour les enfans. D'après un relevé fait par Baudelocque , sur quarante et. une femmes qui furent opérées, quatorze succombèrent ; les autres guérirent plus ou moins complètement et ne conservèrent que des infirmités. Quant aux enfans, treize seulement vécurent. On voit donc que la section de la symphyse est fort dangereuse, et qu'il ne faut y recourir que quand les circonstances ne permettent pas de pratiquer l'opération césarenne.

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ARTICLE IV

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