‹ Traitâe pratique des accouchemens (volume 2)Chapitre 72 sur 88 · DE LA CONDUITE A TENIR APRES L ACCOUCHEMENT · texte numérisé non relu

DE LA CONDUITE A TENIR APRES L ACCOUCHEMENT

Dans les circonstances où se trouve la femme qui vient d'accoucher, tout est sérieux et grave, tout mérite attention; si les soins que son état réclame ne sont pas donnés par l'homme de l'art lui-même, c'est au moins lui qui les conseille et qui en dirige l'application.

Quand la femme est délivrée, que cette opération se soit faite spontanément ou non , on la laisse pendant quelque temps encore sur le lit où elle vient d'accoucher. On l'y tient couchée horizontalement, les membres pelviens allongés et rapprochés , après avoir remplacé par des serviettes sèches les linges mouillés qui l'entouraient. On lui prescrit le repos et le silence, on la couvre plus ou moins, pour la garantir du froid, on lui procure de l'air frais , en ouvrant une fenêtre, on écarte les visites importunes , et on éloigne autant que possible ce qui pourrait faire naître en elle desmouvemens tumultueux de joie ou de tristesse.

On la laisse quelques instans sur le petit lit pour remplir deux indications; la première, de lui procurer un peu de repos, dont elle a grand besoin après les violentes secousses qu'elle vient d'éprouver; la seconde, d'éviter les défaillances dont elle pourrait être prise si on la remuait ou changeait de place trop promptement, et qui sont surtout à craindre quand l'accoucheu. 28

ment a été précédé ou suivi de syncopes ou d'hémorrhagie.

La situation horizontale est la plus avantageuse , parce que, s'il survenait une hémorrhagie , elle permettrait plus aisément au chirurgien de porter les secours propres à l'arrêter.

Le rapprochement des cuisses a pour but de retenir le sang dans le vagin, et de l'y laisser produire un caillot qui s'étende jusqu'au col utérin, L'écoulement de sang qui a lieu demande effectivement à être surveillé, surtout chez les femmes d'une complexion délicate, et la formation d'un caillot dans le vagin est le meilleur moyen de l'arrêter.

Au bout de quinze à vingt minutes, on introduit deux doigts dans la vulve, en même temps qu'on comprime l'utérus avec l'autre main appuyée sur l'hypogastre , et l'on débarrasse le vagin des caillots qu'il contient. Cette précaution est très sage; car, en stimulant l'utérus par les frictions que la main exerce sur le bas- ventre, on favorise son retrait, et l'on prévient ou diminue les tranchées que déterminerait l'accumulation du sang dans sa cavité.

Cela fait, on procède à la toilette de l'accouchée. Le premier soin doit être de laver les parties génitales et les cuisses. Si l'accouchement n'a rien présenté d'extraordinaire, on emploie pour cela de l'eau tiède; mais il faudrait se servir d'eau froide si l'on avait lieu de craindre une hémorrhagie. Cette eau peut être pure ou mêlée d'un peu de vin lorsque les organes génitaux n'ont pas éprouvé de lésions graves; dans le cas contraire , on aurait recours à l'eau de guimauve. Dès que les parties sont nettoyées, on les essuie avec des linges

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bien secs et chauffés ; puis on enlève tous ceux des vêtemens qui ont été souillés, et ou les remplace par d'autres, en ayant soin surtout de bien garnir les bras et la poitrine. Un chauffoir est placé entre les cuisses, et un bandage de corps autour du ventre. Ge bandage doit être médiocrement serré et purement contentif ; ainsi disposé , il a l'avantage de soutenir les viscères abdominaux, de suppléer à la pression que les parois relâchées du bas- ventre n'exercent plus, de favoriser le retrait de l'utérus, de diminuer un peu les tranchées, et de prévenir les syncopes; mais, si on le serrait trop, au lieu d'être utile , il deviendrait nuisible , et. pourrait déterminer des congestions dangereuses, Tous ces préparatifs étant terminés avec autant de célérité que possible , on transporte la femme dans son lit ordinaire, qui a été préparé d'avance , garni d'alèzes suffisantes et chauffé ; elle doit y être co'uverte autant qu'il le faut pour la préserver du froid.

Après la délivrance , lorsque l'accouchement s'est terminé d'une manière heureuse , les femmes éprouvent une sorte d'accablement semblable à celui que détermine un exercice violent et immodéré. Fort souvent , à peine sont-elles replacées dans leur lit qu'elles sont prises d'horripilations , de frissons, portés quelquefois jusqu'au tremblement et au claquement des dents. Lorsque ces frissons sont modérés, ils sont de bon augure; ils annoncent que l'action nerveuse et la circulation ne tarderont pas à reprendre leur rhythme normal. En effet , le pouls , jusqu'alors serré et fréquent, devient souple et développé; il se relève, la chaleur se ranime, la peau se couvre d'une moiteur halitueuse , toutes les fonctions reviennent à leur état or-

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dinaire, et ia femme s'endort d'un sommeil paisible, qu'on se garde bien de troubler, mais pendant lequel il faut la surveiller, dans la crainte qu'il ne survienne une hémorrhagie. Des frissons trop prolongés doivent , au contraire; inspirer de l'inquiétude, car ils sont fréquemment l'avant-coureur de convulsions. De même , quand la femme conserve de l'agitation, de la loquacité, et que sa peau reste sèche , on a lieu de craindre une hémorrhagie.

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