DES TRANCHÉES UTÉRINES
Les tranchées utérines sont le résultat des contractions de l'utérus, de la compression que ses nerfs subissent pendant les efforts qu'il fait pour chasser un caillot de sang , ou pour expulser les liquides infiltrés en quelque sorte dans son tissu, pour faire cesser l'engorgement de ses parois. Elles reconnaissent donc la même cause que les douleurs du travail de l'enfantement.
On ne les observe pas chez toutes les femmes , et elles n'ont pas non plus chez toutes ni la même intensité, ni la même durée.
Elles se manifestent rarement chez les primipares. L'utérus, distendu pour la première fois, jouit alors d'une grande contractilité ; il revient aisément sur luimême, et plus ses contractions sont fortes, moins il y a de facilité pour la production de caillots ou la formation d'épanchemens dans son intérieur. Au contraire, les tranchées sont communes chez les femmes qui ont eu plusieurs enfans , car leur utérus a perdu de sa force , de son énergie , et il est devenu plus perméable aux liquides, qui s'infiltrent plus facilement dans son tissu. Plus cet organe a été distendu par le produit de la conception, plus le fœtus est volumineux, plus le travail est long et pénible , plus aussi la femme est exposée à cet accident.
Les tranchées utérines ne peuvent être confondues avec les coliques intestinales, car elles se font sentir dans l'hypogastre, et ne sont point accompagnées de déjections alvines. Il importe surtout de les distinguer
des douleurs qui marquent )e commencement de la péritonite. Dans cette dernière, il y a toujours des frissons, de la fièvre, de la tension au ventre; quel que soit le point des parois abdominales qu'on palpe, on excite de la douleur, qui n'existe pas en l'absence de toute pression. Les tranchées utérines, au contraire, ne sont ni précédées de frissons, ni accompagnées de fièvre; les douleurs ne se prononcent que d'une manière intermittente, la pression semble les soulager plutôt que les accroître, elle ne les provoque point pendant les intervalles, et chacune d'elle est suivie d'un peu plus d'abondance de l'écoulement lochial ; assez souvent même il s'échappe de petits caillots par la vulve.
Les tranchées utérines commencent dans les premières heures qui suivent l'accouchement, cessent en général au moment où la fièvre de lait se manifeste, et durent rarement au-delà des lochies séreuses. Quand elles se prolongent davantage, on doit craindre un commencement de métrite ou de péritonite. Quelquefois elles sont tellement fortes , qu'elles amènent des accidens nerveux , des convulsions.
Lorsqu'elles sont modérées, on les abandonne aux soins de la nature. Ont-elles plus d'intensité, presque toujours elles cèdent à une compression légère et uniforme exercée sur l'hypogastre, au moyen d'un bandage de corps peu serré. Si ce moyen échoue, il faut recourir aux injections émollientes , aux cataplasmes sui" l'hypogastre, aux lavemens caïmans, aux potions antispasmodiques, aux bains de siège. Chez les femmes pléthoriques, une large saignée est souvent nécessaire.
CONDUITE A TENIR APRES l'aCCOUCHEMENT. 441 ARTICLE III.
FIÈVRE DK LAIT.
L'un des plus importans phénomènes parmi ceux qui se manifestent après l'accouchement, est le mouvement fébrile dont s'accompagne l'établissement de la sécrétion laiteuse, et qu'on appelle fièvre de lait.
Cette fièvre survient ordinairement de la soixantième à la soixante-douxième heure après la délivrance. Mais il en est d'elle comme de tous les phénomènes vitaux, elle présente beaucoup de variations. Quelquefois elle s'établit au bout de vingt-quatre à trente-six heures , ce qui annonce une complication; dans d'autres circonstances , elle ne se manifeste qu'après trois , quatre ou cinq jours; nous avons connu une dame qui n'en fut prise qu'au neuvième jour : ce sont là des cas purement exceptionnels.
Chez la plupart des femmes , la fièvre de lait mérite à peine le nom de fièvre, tant la réaction est peu prononcée. Elle s'annonce , non par des frissons , qui sont toujours l'indice d'une métrite , d'une péritonite, ou d'une pneumonie, mais par des lassitudes, un brisement des membres , des maux de tête , des picotemens dans les mamelles, de l'agitation , de la loquacité. La peau est d'abord sèche ; puis survient une chaleur douce et halitueuse, avec sécheresse à la bouche et soif, mais sans état suburral , car la langue reste naturelle. Le pouls s'accélère , toutefois d'une manière modérée, les pulsations n'allant pas au-delà de quatre-vingt-dix à cent : lorsqu'elles dépassent ce nombre, la fièvre de lait n'est plus franche.
442 TRAITÉ DES ACCOTJCHEMENS.
Pendant la durée de ce mouvement fébrile , l'écoulement des lochies cesse , ou du moins diminue beaucoup ; les mamelles se tuméfient et durcissent ; le gonflement s'étend jusqu'au creux de l'aisselle , au point de gêner quelquefois les mouvemens des bras et de la poitrine. •
La fièvre dure en général dix-huit à vingt-quatre heures. Elle se termine par de la moiteur à la peau , puis par des sueurs . qui continuent douze , dix-huit ou vingt-quatre heures au plus. A mesure qu'elles perdent de leur abondance, le pouls se ralentit, le gonflement des seins diminue, et il s'échappe par le mamelon un liquide séreux , appelé colostrum , qui disparaît au bout d'un ou deux jours, remplacé par le lait proprement dit. Tout rentre alors dans l'état normal , et la sécrétion laiteuse est établie.
Quelques précautions sont indispensables pendant le cours de la fièvre de lait. Il faut interdire les alimens , même le bouillon , et ne permettre que des boissons délayantes, de l'eau d'orge, de l'eau sucrée, qu'on peut cependant aromatiser un peu, pour la rendre plus agréable. On ne doit ni couvrir beaucoup la femme , pi lui serrer les seins , suivant la mauvaise coutume trop généralement suivie dans le monde. En la couvrant trop , on provoque des sueurs qui la débilitent sans la soulager , on court le risque d'amener des congestions vers la poitrine , par conséquent de faire naître des accidens graves, et on détermine le développement de la fièvre miliaire. Mais il faut bien se garder aussi de tomber dans l'excès opposé, car le froid pourrait devenir cause d'une péritonite ou de quelque autre phlegmasie non moins redoutable.