‹ Traitâe pratique des accouchemens (volume 2)Chapitre 75 sur 88 · DES SOINS A DONNER A LA FEMME EN COUCHES · texte numérisé non relu

DES SOINS A DONNER A LA FEMME EN COUCHES

L'air doit être fréquemment renouvelé dans la chambre qu'habite une femme récemment accouchée ; mais il faut, éviter que celui du dehors , toujours plus froid que celui de l'intérieur, vienne la frapper d'une manière directe; car il pourrait résulter de là des refroidissemens ? source d âccidens fâcheux. On veille aussi à ce que la chambre ne renferme rien qui puisse altérer la pureté de l'air, en le chargeant d'émanations; il importe de n'y laisser séjourner ni les linges qui ont été salis, ni les déjections de toute espèce , et de n'y souffrir ni fleurs odorantes, ni aucun parfum.

Une température trop basse et une température trop élevée nuisent également toutes deux à la femme qui vient d'accoucher. Douze à quinze degrés du thermomètre de Réaumur sont ce qui convient le mieux. Il est bon d'entretenir un peu de feu dans la chambre, même en été, et surtout pendant la nuit; on évite par là les changemens brusques de température, qui sont une cause si fréquente de péritonites, de pleurésies et de phlébites.

La plus convenable de toutes les boissons est l'eau sucrée ; si , pour varier, ou par d'autres motifs , on prescrit des tisanes , elles doivent toujours être délayantes, peu chargées, et édulcorées avec du sucre, du sirop de gomme ou du sirop de capillaire. Les boissons ou potions échauffantes , de quelque nature qu'elles soient , ne pourraient qu'entraîner des in-

444 TRAITÉ DES ACCOUCHEMEtfS.

convéniens ; il faut les proscrire d'autant plus sévèrement , qu'un préjugé trop généralement répandu encore dans le monde les a fait pendant long-temps considérer comme étant d'une nécessité absolue. Quelle que soit d'ailleurs la boisson dont on fera choix, elle doit toujours être prise tiède, et cela pendant trois semaines environ; ce n'est que pendant la première heure qui suit l'accouchement qu'on peut tolérer les boissons froides.

Sous le point de vue du régime alimentaire, on ne perdra pas de vue que la femme en couches n'est point une malade , mais seulement une convalescente. Si elle a de l'appétit, il faut la nourrir, mais avec modération; n'étant point alimentée, elle tomberait dans un état de faiblesse qui la prédisposerait aux résorptions purulentes, et les maladies qui pourraient survenir en seraient et plus graves et plus dangereuses. C'est en modifiant les usages reçus à l'hospice de la Maternité , où avant nous on soumettait les accouchées à la diète absolue, que nous sommes parvenu à diminuer de beaucoup la mortalité dans cet établissement. Durant les vingt-quatre heures qui suivent l'accouchement , nous accordons deux ou trois potages pendant le jour, et quelques bouillons pendant la nuit, jamais plus. L'abstinence doit être complète tant que dure la fièvre de lait; lorsqu'elle est passée, nous permettons des viandes légères, en graduant le régime de telle sorte, qu'au bout de douze à quinze jours la femme soit rentrée dans le cercle de ses habitudes ordinaires.

Les femmes nouvellement accouchées ont en général le système nerveux si excitable , qu'on doit écarter d'elles avec le plus grand soin tout ce qui pourrait

CONDUITE A TEKflR APRES tï ACCOUCHEMENT. 445 leur causer des émotions vives, de quelque nature qu'elles puissent être.

Le sejourau lit, surtout pendant les huit ou neuf premiers jours, a une grande importance. C'est le seul moyen de prévenir les chutes de l'utérus, accident si ordinaire chez les femmes qui négligent cette précaution par indocilité, ou chez celles auxquelles les circonstances ne permettent pas de l'observer. Le lit a d'ailleurs l'avantage d'entretenir une douce chaleur, qui favorise l'exhala, tion cutanée. Jadis, on obligeait la femme nouvellement accouchée de rester étendue" sur le dos pendant les premières vingt-quatre heures. A moins qu'il n'y ait eu une grande hémôrrhagie , ou qu'on n'ait quelque motif de craindre une perte, cette situation incommode n'a d'utilité réelle que pendant une heure au plus. Ce laps de temps écoulé , il doit être permis aux femmes de se tourner, à leur gré, tantôt sur un côté , tantôt sur un autre, et même de se mettre un peu sur leur séant pour se délasser.

Les parties génitales , incessamment salies par l'écoulement lochial, doivent être entrenues dans un grand état de propreté par des lotions fréquentes. L'eau tiède ou une décoction émolliente est ce qui convient le mieux pour ces sortes d'ablutions. On se sert fréquemment de lait coupé avec une infusion de cerfeuil. L'infusion de roses rouges a été conseillée chez les femmes lymphatiques et disposées au prolapsus de l'utérus; il faut s'en abstenir pendant la durée des lochies sanguines, et n'y recourir que quand l'écoulement a pris le caractère puriforme. Les lotions n'ont pas seulement pour but la propreté, elles contribuent encore à calmer l'irritation causée par les contusions

ou les déchirures que les organes génitaux ont pu éprouver pendant le cours du travail.

Trois excrétions demandent à être surveillées attentivement chez les femmes en couches :1a transpiration, la sécrétion urinaire et les déjections alvines.

Quant à la transpiration, il suffit d'entretenir la peau dans un état de moiteur , ce qu'on obtient sans peine à l'aide du séjour au lit , des boissons tièdes et d'une douce température. Dépasser ce terme nuirait au lieu d'être utile, car des sueurs profuses ne pourraient que débiliter.

Quelques femmes en couches éprouvent , les unes des difficultés d'uriner, les autres une incontinence d'urine, soit que l'urètre ait été contus par la tête de l'enfant pendant le travail, soit que la vessie ait été frappée de paralysie. La rétention d'urine réclame une attention spéciale, parce que les femmes ne s'en plaignent pas toujours à son début. Le moyen d'y remédier est de pratiquer le cathétérisme deux ou trois fois par jour, jusqu'à ce que la liberté de l'excrétion se rétablisse, ce qui exige parfois un laps de temps assez long. L'incontinence d'urine a généralement un caractère plus grave. Lorsqu'elle survient durant les couches, on prescrit des lotions astringentes. Après les couches , on conseille les bains de mer, les douches d'eau de Barèges sur le pubis, les eaux ferrugineuses de Spa, de Balaruc; mais, le plus souvent , c'est du temps seul qu'on doit attendre la guérison.

La constipation a de graves inconvéniens chez les femmes qui viennent d'accoucher ; elle peut entraîner des hémorrhagies, des congestions abdominales, des inflammations. Il faut donc s'attacher à la combattre

CONDUITE A TENIR APRÈS i/ACCOUCHEMENT. 447

et à entretenir la liberté du ventre. Si les lavemens ne suffisent pas , même après avoir été rendus légèrement laxatifs par l'addition du miel , nous prescrivons une demi-once d'huile de ricin , qui provoque certainement deux ou trois garde-robes.

La plupart des femmes veulent être purgées après leurs couches , et il s'en trouve quf, ne l'ayant pas été, attribuent à cette cause les maladies dont elles peuvent être atteintes quinze ou vingt ans plus tard. Il est même généralement reçu dans le monde que celles qui ne nourrissent pas ne peuvent être débarrassées de leur lait qu'au moyen des purgatifs. S'il n'existe pas de contre-indication formelle, on peut, sans nul inconvénient, céder à ce préjugé, pourvu qu'on fasse choix de purgatifs doux, tels que l'huile de ricin , le sulfate de soude, l'eau de Sedlilz ou celle de Pullna. Mais il faut bien se garder de purger avant la fièvre de lait et tant que dure l'écoulement lochial ; ce serait détourner la nature d'un travail utile, et mettre obstacle au dégorgement qui s'accomplit du côté de l'utérus.

Page 1