DU CHORION
Le chorîon est une membrane dont la formation préexiste au passage de l'œuf dans l'utérus ; placé entre la caduque et l'amnios, il forme l'enveloppe moyenne ou la seconde membrane de l'œuf II est transparent, peu résistant, a beaucoup d'analogie avec les séreuses.
Le chorion offre deux surfaces : l'une, externe^ tomenteuse, est en rapport immédiat avec la caduque et le placenta; l'autre, interne^ séparée du fœtus par l'amnios, adhère à la face externe de cette membrane par un tissu cellulaire lâche, peu résistant. Dans les premiers temps de la grossesse, le chorion et l'amnios sont distans l'un de
l'ovologie, soit en France, soit à l'élranger. Du moins c'est ce qu'il nous est permis de penser d'après ce que M. Velpeau lui-même imprimait en 1824 dans les Archives générales de médecine , tom. VI, pag. 407. Il disait, en parlant de notre travail : « Je suis étonné que les laits consignés dans la thèse de M. Mo- B reau n'aient pas Q\é d'une manière plus marquée l'attention des physiologistes » sur ce point d'histoire naturelle. Il me semble effectivement qu'il est un de i> ceux qui ont le mieux compris et expliqué plusieurs points du développement » de la memhrane ([ui m'occupe en ce moment ( la caduque ). Ses notions sous j) ce rapport paraissent se rapprocher beaucoup de la vérité; et, quoique je ne » partage pas son opinion sur tout ce qu'il en dit, je trouve cependant avec }> plaisir dans sa dissertation plusieurs faits susceptibles de fortifier la mienne.» D'apès cette déclaration, nous sommes surpris que M, Velpeau, qui, dans le Traité dont nous venons de parler, a déployé un si grand luxe d'érudition, a cité tant de noms, ait précisément oublié celui de l'auteur dont le travail l'avait le plus frappé, et dool il a pourtant reproduit assez fidèlement les opinions.
l'autre; l'intervalle qui les sépare est traversé par des lamelles très déliées de tissu cellulaire , comparables pour leur ténuité aux chalazes du corps vitré ( i ). Tout l'espace que ces lamelles laissent entre elles est occupé par un fluide séreux et limpide, qui disparaît à mesure que le rapprocheuient des membranes s'effectue : fluide qu'il ne faut pas confondre avec celu.i de l'amnios.
Le chorion est formé d'un tissu lamelle ux, dense et serré. Riijsch le croyait composé de deux lames , Tune externe, l'autre interne; la première, qu'il nommait chorion velouté^ n'est que la caduque réfléchie; la seconde est le chorion proprement dit.
L'existence des vaisseaux n'a pu y être démontré^anatomiquement. Ilaller dit (2) positivement que personne n'y a découvert de vaisseaux ni de nerfs; cependant Wrisberg (3) assure avoir vu sur le chorion d'un placenta à terme i^^h réseaiix vasculaires qui provenaient des vaisseaux ombilicaux. Sandifort (4) prétend que cette membrane a beaucoup de vaisseaux qui lui sont fournis par ceux de la caduque. ?Jalgré ces assertions, le doute subsiste, ce n'est que par analogie et pour expliquer ses fonctions qu'on en a admis l'existence, comme on le fait pour les membranes séreuses auxquelles le chorion ressemble beaucoup.
Dans les points recouverts par le placenta, le chorion envoie des prolongemens qui accompagnent les vaisseaux ombilicaux, leur fournit une espèce de gaîne, de tunique blanche très résistante , qui les suit jusqu'à leur
(1) Voyez planche 29, fii;. :, et G du notre Atlas.
(2) Loc. cit.A. VIII, p. ISG.
{'] De structura vvi, etc.
(4) Obscrv. atiat. pathol., lib. m, cap. vi, pag, 9S.
DE l'aMNIOS. 3Ï9
terminaison. On croit généralement qu'en s'épanouissant cette tunique forme la trame ccîluleuse du placenta. Nous pensons (jue cette trame a une autre origine, nous l'indiquerons plus tard. Du coté du fœtus, il forme une enveloppe commune aux vaisseaux du cordon ombilical. Les anciens pensaient, qu'arrivé à l'ombilic, le chorion se continuait avec le derme du fœtus : cette continuation est évidente; mais ces membranes, loin d'être identiques, sont d'une nature différente. Il existe une ligne de démarcation tranchée dans le lieu où le chorion se termine et celui où commence le derme, ligne qui indique le point précis où le cordon doit se séparer de l'enfant.
Le chorion sert d'enveloppe à l'ovule , le protège dans son trajet de la trompe à l'utérus, fournit une gaine au cordon ombilical, concourt à la production du placenta, et probablement à l'exhalation des fluides contenus dans l'œuf.
ARTICLE III
DE l'aMNIOS.
L'amnios est la troisième et la plus interne des membranes de l'œuf, celle qui renferme le cordon ombilical, le fœtus et le liquide au milieu duquel il vit.
Au terme de la grossesse, l'amnios est lisse, diaphane, plus dense , plus résistant que le chorion et la caduque. Jja/ace externe est en rapport avec le chorion, auquel elle adhère par un tissu cellulaire lâche, qui cède facilement aux efforts de traction qu'on exerce sur lui, ce qui permet d'isoler ces membranes l'une de l'autre. Dans la longueur du cordon ombilical l'adhérence est plus intime , et la séparation ne peut se faire que dans l'éten-
due d'un pouce ou deux^ près de l'insertion du cordon au placenta.
La face interne libre, lisse, polie , correspond au fœtus, duquel elle n'est séparée que par un liquide plus ou moins abondant connu sous le nom àç fluide amniotique.
La disposition que nous indiquons ici n'esl pas identiquement la même à toutes les époques de la grossesse. Dans le premier mois, l'amnios, peu développé , contient une faible quantité de liquide, il embrasse étroitement le corpsde l'embryon (1). Un intervalle considérable le sépare du cborion. Cet intervalle est occupé par la vésicule ombilicale et par le fluide séreux dont nous avons parlé à l'occasion du chorion ; à cette époque l'amnios n'a de rapports immédiats qu'avec l'extrémité embryonnaire du cordon ombilical; mais à mesure que rembrvon se développe, l'amnios s'étend, diminue l'intervalle qui le séparait du chorion , comprime la vésicule ombilicale , en allonge le pédicule , la refoule vers l'extrémité placentaire du cordon, et fournit en même temps une nouvelle gaine au cordon ombilical. 11 s'applique alors à la surface interne du chorion, en tapisse toute l'étendue, et finit par v adhérer comme nous l'avons dit plus haut.
JjCS anciens pensaient que l'amnios se continuait avec l'épiderme du fœtus; cette opinion a été abandoimée, puis reproduite à Bologne, il y a une vingtaine d'années par Mondini. Dans ces derniers temps , jNL Breschet a prétendu que l'aumios ne se continuait pas avec l'épiderme, mais fournissait au fœtus une véritable enveloppe ; ce professeur pense que la desquamation qu'on
(1) Voyez notie Atlas, planche 27, Cg, 4, s et 6; et planche 2S, 6g. 3, 6 et 7.
observe chez l'enfant, dans les trois ou quatre premières semaines qui suivent la naissance, est due à la séparation de la lame fournie par l'amnios. Cette opinion , qui a quelque chose de spécieux, ne nous paraît pas suffisamment démontrée pour pouvoir être admise. M. Serres va plus loin , il assure que dans les deux premiers mois de la grossesse, l'embryon est tout-à-fait en dehors de l'amnios , qu'il n'est point contenu dans cette membrane.
L'amnios a une organisation fort simple , analogue aux membranes séreuses et au chorion; il parait formé d'un tissu cellulaire condensé , dans lequel on n'a pu jusqu'à ce jour démontrer la présence de vaisseaux ni de nerfs.
Ses usages sont, comme nous l'avons déjà dit, de concourir à la formalion des enveloppes de l'œuf, de contenir le cordon ombilical , le fœtus et le fluide qui l'environne.
ARTICLE IV
Le placenta, ainsi quesonnoml'indique, ^ une espèce de gâteau, de masse vasculaire, situé à l'extérieur de l'œuf, dont il occupe un tiers environ de la surface. Il adhère fortement au chorion , duquel il paraît tirer son origine. On le désigne encore sous les noms àliepar, dej'eciir uterinum , à cause des fonctions qu'on lui attribue.
Cet organe appartient exclusivement aux mammifères; diffus dans quelques pachydermes , comme le cochon , multiple et disséminé dans les ruminans , il est simple, unique et aggloméré dans les carnassiers, les rongeurs, etc.
Dans l'espèce humaine , le placenta est unique ; il a ordinairement la forme d'un disque j cependant cette
o2'i TRAITÉ DES ACCOUÇÎIEMENS.
forme subit des modifications assez nombreuses, qui sont dues principalement au mode d'insertion du cordon ombilical. Quand le cordon s'insère au centre du disque, le placenta est dit en parasol-^ quand il s'insère à la circonférence, le placenta prend alors une forme ovalaÎT^e, celle d'un rein ou d'une raquette. Il peut encore présenter d'autres variétés qu'il est bon de connaître. Ainsi quand il offre au centre une épaisseur qui va successivement en décroissant jusqu'à la circonférence, on dil qu'il est en téton; d'autres fois, au lieu d'être simple ou aggloméré, il est composé de deux ou plusieurs masses distinctes; on trouve quelquefois, en dehors delà masse principale, un ou plusieurs cotylédons isolés, qui forment autant de petits placentas surnuméraires. Au moment de la délivrance, ces cotylédons peuvent être retenus dans l'utérus et devenir la cause de divers accidens.
Dans les grossesses multiples, le nombre des placentas est en rapport avec celui des fœtus. Quelquefois les placentas sont distincts et isolés; dans la plupart des cas ils sont unisjfer un de leurs bords , sans avoir cependiint de communication directe entre eux. D'autres fois il y a une véritable fusion, les vaisseaux d'un placenta s'anastomosent avec ceux du placenta opposé , en formant des arcades quelquefois visibles à l'œil au et sans le secours de l'injection. Cette disposition, que nous avons rencontrée plusieurs fois, impose la nécessité de placer une ligature sur la partie du cordon c[ui tient à la mère, afin de prévenir une hémorrhagie qui pourrait êti'e funeste aux fœtus encore contenus dans l'utérus ; comme cela est arrivé plusieurs fois (1).
(i) Bistoiro de l'Académie des Sciences , année 1727.
DU PLACFJNTA. 323
La couleur du placenta est d'un gris roiiseâtre, plus ou moins foncé, suivant la quantité et la nature du sang dont il est gorgé au monieut de son expulsion ; mais lorsqu'il contient peu de sang, sa teinte se rapproche de celle du granit rose.
Le diamètre est ordinairement de six à sept pouces, la circonféi-ence de vingt- et-un pouces environ. Dans quelques cas rares , on a vu l'ini des diamètres avoir douze et quinze pouces. Amand (1) dit en avoir reçu un qui avait dix-liiiit pouces de longueur sur cinq pouces et demi dans sa plus grande largeur, et ressemblant assez bien à une queue de morue.
L'épaisseur en général est en raison inverse de l'étendue , elle est communément d'un pouce à quinze lignes, rarement plus. Le point le plus épais est presque toujours celui où se flùt l'insertion du cordon ombilical.
Le poids varie entre une et deux livres, suivant le volume et la quantité plus ou moins grande de liquide dont l'organe est gorgé.
Cesdiverses dimensions varient suivant l'état de force, de faiblesse, de maladie de la femme, ou celui du fœtus , et quelquefois aussi suivant le point de l'utérus auquel le placenta était adhérent.
Le placenta offre deux surfaces, Tune interne ou ^?«/<? , l'autre externe on utérine, et une circon/éi^ence.
La face fœtale lisse, polie, concave lorsque l'œuf est intact, est recouverte par le chorion qui lui adhère intimement et par l'amnios ; elle donne insertion au
(1) Loeo cit., obs. 88, p. 283.
cordon ombilical. On y remarque un lacis considérable de vaisseaux, forme par les divisions successives des gros troncs artériels et veineux qui proviennent du cordon. Lorsqu'on est obligé d'introduire la main dans l'utérus pour procédera la délivrance artificielle, cette disposition anatomique sert à faire connaître si l'on est arrivé sur le placenta.
La face utérine, uniformément lisse et polie, adbère à l'utérus; l'aspect rugueux, inégal, profondément sillonné qu'elle offre ordinairement n'est qu'accidentel; il résulte des efforts que l'utérus a faits pour revenir sur lui-même, ou des tractions exercées sur le cordon dans la vue d'aider à la délivrance. Quand le placenta n'a éprouvé aucune violence, ou qu'il est f^ncore adhérent, la face utérine est recouverte par un tissu cellulaire très fin, uniforme, peu résistant, qui passe d'un cotylédon à l'autre , et masque les anfractuosités à peu près comme le fait l'arachnoïde pour les circonvolutions du cerveau.
La circonférence est en rapport avec le repli que forme la caduque utérine en se portant sur l'œuf pour former la caduque réfléchie ; c'est ce repli qui établit la ligne de démarcation entre les deux feuillets de cette membrane. On rencontre, entre la circonférence du placenta et le repli de la caduque, dans une espèce de concrétion fibrineuse ou de tissu cellulaire encore mal élaboré, de grandes veines, qui entourent le placenta d'un cercle vasculaire plus ou moins complet, et qui, à cause de cette disposition, ont été désignées sous le nom de sinus coronaire du placenta (1). Ces veines communiquent directement, d'un coté, avec le tissu caverneux
(1) Voyez planche 50 de noire Allas.
de l'utérus, qui résulte de l'entrelacement des veines ou sinus utérins; de l'autre, elles pénètrent dans le tissu du placenta, en s'enfonçant , par les inégalités de la circonférence de ce corps, dans les anfractuosités qui séparent les cotylédons dont il se compose.
Le placenta résulte de l'agglomération de lobes ou cotylédons, confondus sur la face fœtale, mais séparés sur la face utérine par des sillons, des anfractuosités que la couche celluleuse qui recouvre cette surface transforme en autant de canaux. Ces canaux portent le nom de sinus placentaires. M. Velpeau rejette l'existence de ces sinus, nous ne saurions partager cette opinion. Il est évident que les intervalles compris entre les cotylédons sont remplis par un tissu aréolaire, gorgé de sang, parsemé d'une multitude d'ouvertures béantes qui, pendant la grossesse, s'abouchent avec celles des veines ou sinus utérins.
Quelques anatomistes pensent que le placenta est formé de deux parties, l'une fœtale, l'autre utérine ou maternelle. Si cette disposition se rencontre dans quelques espèces animales, on ne peut dire qu'elle existe également dans l'espèce humaine, à moins qu'on ne veuille, comme M. Jacquemier le propose (1), donner le nom de placenta utérin à cette lame de tissu cellulaire intermédiaire à l'utérus et au placenta, et que traversent \es vaisseaux utéro-placentaires.
Organisation. En analysant la texture du placenta, on y trouve : 1° des vaisseaux sanguins artériels et veineux, 2° une trame celluleuse, 3° enfin, selon quelques
(I) Recherches d'anatomie et de physiologie sur le système vasculaire san guin del'ulérus pendant la gestation, etc. Archives de la médecine, ocl, 1838.
anatoinistes, des vaisseaux lymphatiques et des nerfs, le tout adhérant fortement au chorion.
Vaisseaux sanguins. Ils proviennent des divisions successives des vaisseaux du cordon ombiHcal. En suivant avecattentionquelquesunesdesprincipales divisions vasculaires, au milieu du lacis en quelque sorte inextricable qu'elles forment, on ne tarde pas à apercevoir qu'après s'être subdivisées deux ou trois fois, elles se groupent entre elles pour fournir les élémens d'un cotylédon. Chaque groupe se compose d'une veine et d'une artère qui marchent de concert, se subdivisent à Pinfini pour former le cotylédon dans lequel elles se terminent. Chaque vaisseau est formé de deux tuniques , l'une externe , blanche , résistante , fournie par le chorion ; l'autre interne, lisse, mince, moins dense que la première, est la continuation de celle qui tapisse intérieurement les vaisseaux ombilicaux. Examinés au microscope, ces vaisseaux forment à leur extrémité des canaux tortueux qui marchent ordinairement par paires, et qui se terminent en se contournant sur eux-mêmes ; en sorte qu'il est difficile de dire s'ils s'abouchent directement l'un avec l'autre, s'ils s'ouvrent dans les vaisseaux utérins , ou dans les sinus du placenta. Nous pensons que ces trois modes de terminaison existent. Ce qu'il y a de certain, c'est que si on injecte du mercure, de l'eau , ou une solution de gélatine dans une des artères ombilicales , la matière de l'injection revient ordinairement par l'autre artère. Lorsque l'injection éprouve quelque difficulté, elle passe dans les ramifications de ia veine, et parvient ensuite dans l'autre artère;, en sorte que la totalité du placenta se trouve quelquefois injectée d'un seul coup. La même chose peut aussi avoir lieu quand l'injection est poussée
par la veine ombilicale. Quand le placenta adhère à l'ute'rus, l'injection ne passe pas des artères ombilicales aux vaisseaux de la mère, ni des vaisseaux de la mère à ceux du placenta; du mercure introduit dans la veine ombilicale pénètre dans les veines utérines.
Tissu cellulaire. Il provient, selon les uns, de celui du cordon ombilical ; selon d'autres, des gaines fibro-celluleuses que le cliorion envoie aux vaisseaux. Nous pensons que, semblable à la couche celluleusemembraniforme qui unit le placenta à l'utérus, et avec laquelle il se continue, ce tissu est dû à la transformation de la lymphe plastique qui s'épanche entre l'ovule et l'utériis, après c|ue celui-ci a été dépouillé de la portion de membrane caduque qui recouvre l'hémisphère saillant de l'ovule; lymphe dans laquelle viennent se développer, se nourrir les villosités du chorion pour former la substance du placenta. Ce tissu est rare, extrêmement fin, ne contient jamais de graisse, se détruit très facilement par la macération.
Vaisseaux lymphatiques. Quelques anatomistes, Wrisberg (1), Schreger (2) entre autres, en admettent l'existence; et dans ces derniers temps, Fohmann de Liège les a décrits et fait représenter (3); mais en examinant avec soin la gravure, ou mieux encore quelques unes des pièces injectées par Fohmann, comme nous avons eu occasion de le faire, on peut douter de leur existence. Nous avons tout lieu de croire qu'il y a eu erreur, et que l'anatomiste liégeois a pris pour des lymphatiques, du tissu
(1) Observaliones circa placentœ ac fiiniculi ombilicalis vasa absorbentia. Goelling, 170o.
(2) De fonctione placenlœ uterinse, ad virum illustrem T. Sœinmering. Ej<i?,t(jl;t. Erlang, 1799.
{s) Mémoire sur le? communications des vaisseaux lymphatiques avec les ▼eines et sur les vaisseaux ab.sorbans du placenta et du cordon. Liège, 1832,
cellulaire dans lequel ses injections de mercure ont pénétré.
ISerfs. Nous ferons la même remarque pour les nerfs qui ont été figurés et décrits par sir Everard Home(l)- Nous craignons que cet anatomiste, abusé par les apparences, ait pris des parties de tissu cellulaire pour des nerfs. Ce qui milite en faveur du doute que nous émettons, c'est que l'immense majorité des anatomistes, tant anciens que modernes, en nient formellement l'existence, et que^ comme Chaussier et M. Rhibes(2), nous n'avons jamais pu, dansFespèce humaine, suivre les filets nerveux au-delà de l'ombilic du fœtus : c'est à tort que M. Velpeau (3) fait dire à ces deux anatomistes qu'ils ont vu des nerfs dans le placenta: ajoutons encore que la section du cordon ne paraît causer aucune douleur au fœtus ni à la mère. Quanta la sensation pénible que cause la séparation du placenta dans la délivrance artificielle, elle doit être rapportée à l'utérus et non au placenta.
Insertion. L'insertion du placenta peut se faire à tous les points de la surface interne de l'utérus ; le plus ordinairement elle a lieu sur l'orifice d'une des trompes, ou dans le voisinage vers le fond de l'organe, ainsi que Fallope (4), Ruysch, Monro (5) l'avaient déjà fait remarquer; quelquefois c'est sur l'une des parois , plus rarement sur l'orifice interne du col. Le lieu de cette insertion est toujours celui où l'ovule a été en contact immédiat avec l'utérus.
En se rappelant ce que nous avons dit de la disposition
(1) Pltltosophical transactions, 182S, part, it, art. 2, page 66.
(2) Mémoires de la Société Médicale d'Emulation, 8>. année, p. 607, Paris,
(ô) Traité complet de l'art des accouchemens, t. i*"", p. 292. Paris, 183».
(4) Geb. Fatlopil. Observ. anat. p. 751.
(s) Etsaîs d^ la (octétç d'Edimbourg, t. ", p. IS».
etdes usages de la membrane caduque, il est facile de donner une explication plausible de ces variétés d'insertion.Les contractions de la trompe n'ont pas chez toutes les femmes le même degré d'énergie, d'intensité; chez toutes, le sang, la lymphe n'ont pas le même degré de consistance, de plasticité, de force organisatrice, comme il est facile de le démontrer en suivant la marche de l'inflammation sur les membranes séreuses, ou celles delà cicatrice dans les plaies de même nature, placées dans des conditions analogues, sur des individus différents. Si des différences tranchées s'observent dans la formation des cicatrices, pourquoi n'en serait-il pas de même dans la formation l'adhésion de la caduque et dans celle du placenta. D'après cela, si l'ovule chassé par la trompe arrive dans l'utérus avec une grande force d'impulsion, si la membrane caduque est peu adhérente; si à ces causes se joint encore au moment du passage de l'ovule dans l'utérus, une circonstance fortuite, comme une commotion morale vive, un ébranlement physique, tel qu'un coup, une chute, on conçoit que l'ovule, au lieu de se borner à soulever la partie de la caduque qui recouvre l'orifice de la trompe, et à adhérer dans ce point, comme il le fait dans la majeure partie des cas, décollera une portion plus étendue de cette membrane, s'interposera entre elle et l'une des parois utérines , ce qui donnera lieu à une insertion antérieure, postérieure ou latérale. Si l'impulsion, la secousse, sont plus considérables, ou l'adhésion plus faible, l'ovule glissera de haut en bas^ entre la caduque et la paroi correspondante de l'utérus, jusqu'à ce qu'il soit arrivé sur l'orifice interne du col. Si le col est exactement fermé, ou seulement oblitéré par \q gluten pellucidum de Hunier, l'ovule se greffera sur cet orifice comme il l'aurait
330 TRAITÉ DKS ACCOUCHEMENS.
fait sur toute autre partie de l'organe, circonstance qui donnera une insertion du placenta sur le col (1). Enfin si le col est béant ou si le gluten n'est pas assez consistant pour arrêter l'ovule, celui-ci continuera sa marche, traversera le col, et sera bientôt expulsé, ce qui constituera un effluxus ou ejfluxion , accident que nous avons eu occasion d'observer plusieurs fois , qui nous paraît plus fréquent qu'on le pense généralement, et duquel nous n'avons trouvé, jusqu'à ce jour, aucune explication satisfaisante.
Formation. Quand l'ovule arrive dans l'utérus, le chorion est recouvert de villosités nombreuses, qui lui donnent un aspect cotonneux. Ce tomentum est formé par des espèces de granulations, de petites ampoules, blanchâtres, transparentes, pédiculées, qui, vues au microscope, nous ont paru creuses , et n'être autres que des vaisseaux rudimentaires, desquels naîtra le placenta définitif. Si l'ovule se trouvait en contact immédiat par tous les points de sa surface externe avec les parois utérines, le tomentum se développerait également partout. Le placenta, au lieu d'être circonscrit, serait disséminé, diffus , occuperait toute la périphérie de l'œuf, comme Santorini {%,
(1) On trouve dans le Traité élémentaire de l'art des accouchemens , de M. Velpeau, édition de 1829, une explication à peu près semblable à celle que nous donnons ici. L'auteur ne paraît pas bien certain qu'elle lui appartienne, car il se borne à dire: «Je crois avoir trouvé une ex- » plicalion beaucoup plus naturelle de ce phénomène, et j'ose la soumettre • à l'examen des naturalistes , etc. » Pour dissiper les doutes de cet auteur, et aussi pourne pas être accusé de plagiat, nous lui rappellerons que nous donnions celte explication dans nos cours particuliers , lonf^-lemps avant qu'il pensât à étudier la médecine, et que pour en faciliter l'intelligence aux élèves, nous avions l'habitude de tracer des figures sur le tableau , habitude que nous avons conservée depuis.
(2) Santorini, obs. anatomiccB lugd. Batav,, 1759, table ii, fig'.S.
William Tumbiill (1), Tont observé clans des cas de grossesse extra-utérine; mais l'pvule étant placé entre l'utérus et la caduque, se trouve en contact avec l'un et l'autre, dans une étendue à peu près égale à chacune des moitiés de la petite sphère qu'il représente. Dans cet état, l'ovule étant déjà doué de la vie, l'utérus en jouissant également, ces parties se trouvent dans des conditions analogues à celles des lèvres d'une plaie récente, rapprochées et maintenues en contact au moyen d'un bandage unissant. Dans des' conditions semblables, deux parties vivantes ne peuvent rester long-temps en contact, sans qu'un travail d'adhésion ne s'opère. Une exsudation de lymphe plastique doit se faire à leurs surfaces respectives. L'utérus, à cause de sa grande vitalité, devra fournir une exsudation abondante; l'ovule, en raison de son petit volume, de son peu de vitalité, n'en fournira qu'une très minime. Il en résultera que les villosités du chorion dans la partie de l'ovule en rapport avec la caduque réfléchie, ne trouvant pas dans cette membrane des matériaux suffisans pour se développer , s'atrophieront , se transformeront en filamens, et serviront seulement de moyens d'union entre le chorion et la caduque, tandis que celles qui seront appliquées contre l'utérus, trouvant dans la lymphe fournie par cet organe des matériaux abondans de nutrition, s'allongeront, se développeront, se transformeront en vaisseaux et formeront le placenta.
Adhérence. L'adhérence du placenta à l'utérus se fait au moyen d'un tissu cellulaire rare, peu résistant, membraniforme , dû à la transformation de l'exsudation plastique que nous avons dît survenir dans le point de
(1) Bulletin des sciences, publié par la Société pbilomalique, n« XII.
332 TRAITÉ DES ACCOUCETEMENS.
rutériis, qui est en contact immédiat avec rhémisphère de l'œuf non recouvert par la caduque, exsudation dans laquelle se développe le tomentnm qui donne naissance au placenta. C'est cette couche qui a été prise par Hunter, Chaussier,et parla plupart des auteurs, pour la continuation de la caduque, et leur a fait croire que l'ovule se lop^eait dans l'épaisseur de »;ette membrane. Le tissu cellulaire qni résulte de "cette transformation offre peu de consistance, lorsque l'utérus revient sur lui-même; ce tissu cède aux efforts de l'organe , la désunion s'opère et la délivrance s'effectue.
Cette adhérence se trouve encore formée par une multitude de petits vaisseaux, tant artériels que veineux, désignés sous le nom d^utéro-placentaires. Ces vaisseaux, dont l'existence est encore mise en doute par quelques auteurs, entre autres pj^r M. Velpeau (1), ont été parfaitement décrits et représentés par Albinus (2), Hunter (3) et la plupart des auteurs qui depuis se sont occupés d'ovologie. Nous les avons constamment rencontrés dans nos recherches, nous lés avons fait représenter planche 30 de notre atlas, et M, Jacquemier vient d'en donner une bonne description (4). Cesvaisseaux'excessivementnombreuXjtrèsflexueux, à parois minces peu résistantes, se rompent avec une extrême facilité.
anomalies. Quoique nous ayons déjà indiqué les anomalies relatives à la forme, au volume, à l'épaisseur, à l'insertion du placenta , à l'isolement de quelques uns des cotylédons qui le composent, il en est une qui, si
(1) Traité complet de l'art des accouchements, t. le', p. 29e. Paris 1835.
(2) Academicarum annotalionum, lib. prim. cap. 10. Leif^ae, 1754. (S) Anatomia uteri hum. grav. i774. Tab. xv, fig. i, et Tab, xix. (4) Archives générales de médecine, oct., i838.
véritablement elle a été observée, ne doit pas être passée sous silence : nous voulons parler de l'absence totale de ce corps. M. Joseph Cauby, docteur en médecine à Libanon, sur l'Ohio , rapporte (1) qu'une dame ayant eu successivement plusieurs fausses couches vers le sixième mois de ses grossesses, par suite de la mort des fœtus, avait cependant joui constamment d'une bonne sauté pendant la durée de chacune d'elles. Etant devenue de nouveau enceinte dans le courant de 1816, elle accoucha au huitième mois d'un enfant mort qui n'avait point de placenta ; il tenait à l'utérus par un cordon ombilical terminé en forme de bouton : du reste, cet enfant était fort et bien constitué. Dans cet accouchement , comme dans ceux qui avaient précédé, on n'avait vu s'effectuer aucun écoulement d'eau. Ce fait est si extraordinaire, que ce n'est qu'avec hésitation que nous le citons ici. Nous craignons qu'il n'y ait eu quelque méprise , car le placenta est un organe constant , et qu'on rencontre dans toutes les grossesses.
États morbides. Comme tous les corps organisés , le placenta est sujet à diverses altérations. Une des plus fréquentes est la production de cordons blanchâtres , imperforés , solides , plus ou moins nombreux , qu'on trouve ordinairement à la surface foetale. Ces cordons sont dus à l'oblitération de quelques uns des vaisseaux du placenta. D'autres fois on rencontre, avec ou sans ces cordons, des plaques jaunâtres, superficielles, également imperméables au sang; ces plaques s'étendent quelquefois jusqu'à la face utérine ; elles paraissent être le résultat d'une tran.sformation graisseuse des vaisseaux capillaires.
Lorsque ces cordons , ces plaques sont rares , qu'ils
(I) Médical, reposit. New-York, novembre 1817.
n'occupent que la superficie du placenta , ils ne nous ont paru exercer aucune influence sur la vie du fœtus; mais lorsqu'ils sont nombreux, qu'ils s'étendent profondément, qu'ils envahissent l'épaisseur de l'organe , ils peuvent nuire au développement du fœtus, causer sa mort, et donner lieu à un accouchement prématuré. Ce qu'il y a de certain, c'est que dans des circonstances semblables, nous avons souvent observé que les enfans étaient grêles, amaigris ; ces enfans paraissaient avoir souffert par défaut d'élémens nutritifs; dans quelques cas, nous n'avons pu expliquer autrement leur mort et l'accouchement prématuré.
Une altération plus fréquente est celle dans laquelle il se dépose dans les parois des vaisseaux une matière crétacée, analogue à celle qui chez les vieillards envahit les parois artérielles. Nous avons rencontré des placentas où cette altération était si grande que toute leur surface utérine paraissait hérissée de pointes friables, et qu'on ne pouvait les séparer de l'utérus, les extraire, ou les rouler sur eux-mêmes, sans déterminer un craquement dû au brisement des parois vasculaires; craquement si prononcé dans quelques cas, que nous ne saurions mieux le comparer qu'à celui qui résulte du broiement d'une coquille d'œuf lorsqu'on la brise entre les doigts.
Quoique la vie du placenta soit peu développée , que la durée de ce corps soit très bornée, cependant il n'est pas à l'abri de la dégénérescence squirrheuse. En 1831, nous avons déposé dans les cabinets de la Faculté un placenta sur la face fœtale duquel existait une masse squirrheuse , du volume d'un gros œuf de poule.
D'autres fois le placenta peut passer à fétat cartilagineux, et, suivant quelques auteurs, à l'état osseux. M. le
clocteur Garin en a rappoiié un exemple (1), et Monteggia à Milan en conservait un qui lui avait été donné par M, Antoine Carestia. On trouve la description et le dessin de ce placenta dans le 42° voulme au Dictionnaire des sciences médicales.
Des kystes séreux peuvent se développer sur le placenta. Ces kystes, ordinairement peu nombreux, se rencontrent sur la face fœtale. Ils renferment peu de liquide, cependant nous en avons vu qui en contenaient plus d'une once.
D'autres kystes se développent à l'extrémité des vaisseaux ; ils ont tantôt la forme^ le volume de pépins de poire , de grains de raisin , d'œufs de pigeon , de poule , etc. Ils adhèrent entre eux ou à la grappe qui les supporte par un ou plusieurs pédicules. INous pensons, avec Sœmmering (2), Sandifort (3), Lobstein (4), M. Cruveilhier (5) , qu'ils sont le résultat de la transformation des vaisseaux du placenta ; ce sont ces kystes que l'on a pris pour des acéplialocystes , et qu'à tort on confond avec des hydatides.
Lorsque ces kystes sont nombreux ils peuvent devenir une cause de mort pour le fœtus, et déterminer l'avortement. Quelquefois on ne trouve plus de traces de fœtus dans le produit abortif , mais à la place un amas de vésicules , une sorte de grappe. D'autres fois ces kystes ,
(1) Journal de médecine, cliirurgie et pharmacie , par Gorvisait, Leroux et Bo}( r, lom. III. paj^. 232.
('i) Icônes embryonis; rxplicat. fig. I.
(5) Observaliones anatomico-palhologicœ, lib. II, cap. 5, pag. 8S Tab. VI, Cg. C, Lng. Bnlav. 1778.
(4) Essai sur la nutrilion du fœlus, pag. 66.
(iî) Anat. palhologicpie, pag. 3 et suiv. , pi. II et III , grand in-f»; Paris,
sans faire disparaître l'embryon, nuisent à son accroissement et déterminent son expulsion à un terme plus ou moins avancé de la grossesse.
Usages. Les usages du placenta sont nombreux; tous sont relatifs à la vie intra-utérine, au mode de nutrition du fœtus. Quant à la question de savoir de quelle nature sont les principes nutritifs qu'il transmet au fœlus, et de quelle manière se fait la transmission, c'est un point qui sera discuté plus tard. Qu'il nous suffise de dire que le placenta est l'organe par lequel cette transmission s'opère.
SECTION II
L'œuf contient des fluides de différentes natures; les uns sont temporaires, et ne se rencontrent que dans les premiers temps de la vie intra-utérine, ce sont les liquides contenus dans la vésicule ombilicale et dans l'allantoïde , si toutefois cette vésicule existe dans l'espèce humaine; les autres sont permanens et se rencontrent à toutes les époques de la grossesse, mais en proportions variables. Nous dirons deux mots des premiers en faisant l'histoire des vésicules qui les renferment. Dans cette section, nous nous occuperons seulement des eaux de l'amnios.