ARTICLE UNIQUE
Du fluide amniotique.
La membrane amnios contient un liquide au milieu duquel le cordon ombilical et le fœtus se trouvent plongés. On désigne ce liquide sous les noms Aq fluide amniotique, des eaux de V amnios.
Le fluide amniotique varie en quantité et en qualité. Considérée d'une manière absolue, la quantité, d'abord
DU FLUIDE AMNIOTIQUE, 337
peu considérable,va successivement en augmentant depuis le moment de la conception jusqu'au terme de la grossesse; mais comparée au fœtus, on peut dire que cette quantité est toujours en raison inverse du développement de celuici. Au terme de la grossesse , on évalue cette quantité à une livre , une livre et demie. Cette évaluation est loin d'être rigoureuse ; il n'est, pas rare de trouver quelques onces seulement de liquide, tandis que d'autres fois on en rencontre jusqu'à huit ou dix livres. A la vérité, cette augmentation du liquide peut être considérée comme résultat d'un état morbide. En général, l'abondance du liquide est en raison inverse de la force, du volume du fœtus, de la vigueur de la mère; en sorte que plus le fœtus est volumineux et la femme forte , moins il y a d'eau dans l'amnios, et vice versa.
Propriétés physiques. Les eaux de l'amnios sont rarement limpides , transparentes ou incolores ; elles sont ordinairement troubles, lactescentes; elles présentent parfois une teinte légèrement citrine , verdâtre ou brunâtre. Douces au toucher, légèrement visqueuses ; leur densité est supérieure à celle de l'eau distillée, leur pesanteur spécifique est comme 1,004; leur température varie de 29 à 31 degrés -+- 0 Réaumur; elles se congèlent entre 2 et 5 — 0. Elles contiennent quelquefois en suspension des grumeaux blanchâtres ou des flocons verdâtres: les premiers sont des parcelles de l'enduit sébacique qui recouvre le fœtus , les seconds sont des portions de méconium non délayées. Dans les espèces animales , on voit souvent flotter dans ce liquide des poils qui se sont détachés du corps du fœtus. Elles exhalent ordinairement une odeur fade, nauséabonde, qui a quelque analogie avec celle du sperme. Cette odeur est quel-
Sââ TRAITA DES ACCOUCHEMENS.
quefois infecte, et rappelle celle des substances animales en putréfaction. C'est à tort qu'on a considéré cette circousfance comme un signe indubitable de la mort du fœtus.
Propriétés chimiques. Leur saveur est légèrement salée; elles se troublent par la chaleur; elles verdissent la teinture de violette; et cependant elles rougissent légèrement la teinture de tournesol. La potasse caustique et l'alcool y déterminent un précipité floconneux, qui paraît formé par l'albumine, ou la gélatine, car elle donne un dépôt brunâtre par la noix de galle , comme le ferait une dissolution légère de gélatine. Le nitrate d'argent occasionne un précipité blanc fort abondant et insoluble dans l'acide nitriauo. Sur 100 parties, elles contiennent 0,98 d'eau; le reste est formé par une matière animale dont la nature n'est pas bien déterminée, mais qu'on croit plutôt gélatineuse que muqueuse. On y trouve de l'hydrochlorateetdu carbonate de soude, du phosphate et du carbonate de chaux. Les eaux de la vache contiennent de plus une certaine quantité d'un acide particulier qui a reçu le nom ^acide amniotique. Quelques chimistes disent y avoir rencontré de l'oxigène ; d'autres, de l'air pur; quelques uns du deutoxide d'azote. Ces derniers résultats sont contestés. La meilleure analyse des eaux de l'amnios est encore celle que nous devons à Buïiiva et Vauquelin (l). Quant à la matière animale trouvée en suspension, etqu'on a cru renfermer delalbumine, elle est due à la sécrétion cutanée du fœtus ; c'est cette matière sébacée qui trouble la transparence du liquide.
Sources. Des origines très diverses ont été attribuées
(1) Mémoir» de la Sociélè médicab d'émulation , troisièmQ année; page 329 et SUIT.
DU FLUIDE AMNIOTIQUE. 339
aux eaux de l'anHiios. On a prétendu qu'elles étalent formées par la sueur (Galien), par l'urine du fœtus (Deusing et Arantius), par un mélange de sueur et d'urine (Riolan), par le suc des mamelles (Bohn), par la salive (Lister), par un mélange de salive, de mucus nasal et d'urine (Drelincourt); par la gélatine du cordon (Wharton); d'autres par les glandes du chorion (Malpigbi) , par les capillaires, les lymphatiques de l'amnios, du placenta, etc.(l), enfin par exhalation, comme l'humeur du péricarde, du péritoine, de la plèvre.
Haller a démontré le peu de fondement de ces opinions. Il est impossible de les défendre lorsqu'on se rappelle quela quantité du fluide amniotique estd'autantplus grande que l'embryon est plus petit; que ce fluide existe non seulement dans les cas où le fœtus est mort depuis longtemps, mais encore dans ceux où il manque complètement. Haller n'admettait pas non plus que cette eau fût sécrétée par les vaisseaux du placenta, comme on l'a prétendu, parce qu'elle existe dans les œufs des ovipares, dont les fœtus sont dépourvus de cordon et de placenta. L'opinion la plus généralement admise aujourd'hui, est celle qui considère ces eaux comme le produit d'une exhalation qui se fait à la surface interne des membranes de l'œuf, et dont les matériaux sont fournis, sinon dès l'origine, du moins pendant la plus grande partie de la grossesse, par les vaisseaux de l'utérus.
A l'appui de cette opinion, nous pouvons dire qu'au moment où l'ovule descend de la trompe dans l'utérus, il est déjà pourvu deliquide, et cependant il necommunique pas avec l'utérus ; le fluide est donc alors probablement
(1) Voyex Oaller, Etemtnta phyti(>log!af,t, VIII, p. 203.
formé par les membranes comme cela arrive pour les •œufs des batraciens et des autres ovipares; mais dans les derniers temps delà vie intra-utérine, la quantité absolue du liquide augmentant, 11 y a lieu de croire qu'il est fourni par les vaisseaux utérins. Ce qui nous porte à penser qu'il en est ainsi , c'est que 1° il passe des vaisseaux nombreux de l'utérus au placenta, de l'utérus à la caduque, et probablement de cette membrane au chorion et à l'amnios ; 2° on aperçoit sur la face fœtale du placenta de très petits vaisseaux sanguins qui rampent sur cette surface (1); 3° il résulte des expériences que, si on injecte de l'eau tiède dans les artères ombilicales du fœtus, comme l'a fait Monro^ ou dans les vaisseaux de la mère comme l'a fait Cliaussier, le liquide transsude et s'amasse sous forme de rosée , de gouttelettes, à la surface interne de l'amnios ; 4° il n'est pas rare de rencontrer des épanchemens séreux entre le chorion et l'amnios; 5° Haller (2) rapporte qu'une femme grosse ayant pris du safran, les eaux de l'amnios en furent teintes; 6° Levret a vu ces mêmes eaux acquérir des qualités mercurielles (3), celle de blanchir le cuivre roucre, chez des femmes qui, pendant leur grossesse, avaient subi un traitement par les frictions mercurielles. Usages. Les eaux de Tamnios paraissent avoir pour usao-e: 1" de servir à la nutrition du fœtus; 2° de le protéger, quand il est à l'état rudimentaire , contre la pression de l'utérus, et plus tard contre l'action des corps extérieurs; 3° de favoriser ses mouvemens; 4° de s'opposer à l'agglutination de |es parties. En effet , sans l'interposition de
(1) Lobstein , Essai sur la nulrilion du fœtus. Strasbourg, ISO'2 , in-4''
(2) Haller, Loc. cit.. t. VllI, p. 20d.
(ô) VArt des accouchemens démontre par les principes de physique et de canique, t. I.p. 36, Pari?, 1766, in-S.
DD FLUIDE AMNIOTIQUE. 341
ce fluide tout le temps que la peau du fœtus est à l'étal gélatineux, qu'elle est dépourvue d'épiderme ou seulement privée de l'enduit sébacique qui la recouvre dans les derniers mois de la grossesse, les membres auraient pu contracter des adhérences entre eux, ou avec les parois tlioraciques et abdominales; par suite de ces adhérences, les pieds, les mains auraient offert une conforma lion analogue à celle des pattes des oiseaux palmipèdes. Un fait paraît venir à l'appui de ce raisonnement et serait concluant, si des faits analogues n'avaient été observés dans des circonstances ou les eaux de l'amnios ont été conservées jusqu'à la naissance des enfants : Morlaiine( I ) parle d'un fœtus de cinq mois, qui vint au monde avec les bras, les avant-bras adliérens aux parois ihoraciques, et les cuisses avec l'abdomen; l'accouchement avait eu lieu un mois après l'écoulement des eaux de l'amnios ; ^'' elles ont encore pour usage, d'amortir les chocs produits par les mouvemens du fœtus, de prévenir la douleur qui pourrait résulter des percussions vives et réitérées sur les parois utérines; 6° de servir au développement, à l'ampliation de l'utérus; 7° de concourir à la dilatation du col pendant le travail de l'accouchement; 8° de lubrifier les organes maternels, et de favoriser le glissement du corps du fœtus au moment de la naissance.
SECTION IIÎ.
PARTIES CENTRALES DE l'oeUF.
L'enveloppe membraneuse de l'œuf renferme , outre le fluide amniotique que nous venons d'examiner, deux
{l) Journal des aecoiiehemem, t. II, p. 16.
autres parties qu'il est essentiel de bien connaître, ce sont : l*" la tige vasculaire qui unit le nouvel être à ses annexes, 2° le nouvel être lui-même.
ARTICLE I
Du cordon ombilic»!.
Une tige longue, grêle, molle, flexible, vasculaire, nommée cordon ombilical , unit le fœtus au placenta.
Longueur.ljQ cordon a une longueur à peu près égale à celle du fœtus, cependant elle est un peu plus considérable, quelle que soit d'ailleurs l'époque de la grossesse à laquelle on l'examine. Au moment de la naissance elle est communément de seize à vingt-quatre pouces, mais on observe à cet égard des variétés infinies; nous nous bornerons à en indiquer les extrêmes. L'Héritier a vuun cordon de cinquante-sept pouces; formant sept tours er'^'ciG sur le corps du fœtus ;Mauriceau en cite un autre de cinquanteneuf pouces (1) ; Evrat nous a dit en avoir reçu un de six pieds; Désormeaux assurait, dans ses leçons, en avoir vu un, dans le Musée anatomique de Mayence,qui avait sept pieds. Par opposition, on rencontre des cordons extrêmement courts. Mauriceau rapporte (2)1' observation d'une femme qui accoucba au terme de huit mois, d'une petite fille dont l'avant-bras était contrefait , et dont le cordon ombilical n'avait que six pouces de longueur.
Volume. Il est comparable à celui du petit doigt. Quand il est inférieur à cette proportion, on dit alors que le cordon est maigre ou grêle ; on l'appelle au contraire gras quand il offre une dimension supérieure.
(1) Loô. cit., obs. 401.
(S) Jbid., obt. 640, t. II, page £2(».
Dans ce dernier cas, la grosseur peut quelquefois égaler celle du pouce, de l'intesîin grêle, et même celle du bras d'un enfant naissant (1). La différence de volume tient à l'absence ou à l'accumulation, dans le tissu cellulaire, d'un liquide particulier qui a reçu le nom de gélatine de Warthon. Le volume n'est pas toujours égal dans toute l'étendue du cordon ; quelquefois il est considérable du côté du fœtus, et grêle près du placenta, disposition qui mérite la plus grande attention, parce que si cette différence est due le plus ordinairement à la répartition inéffalede laeélatinede Warthon et à son accumulation près de l'ombilic, elle dépend, dans quelques cas, de la présence d'une portion d'intestin qui forme hernie à la base du cordon.
Résistance. Y^Q. n'est pas toujours en raison du volume; il arrive souvent qu'un cordon grêle est plus résistant qu'un cordon gras. La résistance tient surtout à la manière dont les vaisseaux se comportent en arrivant au placenta, lorsqu'ils restent unis, agglomérés jusqu'à leur insertion , la résistance est assez grande ; elle est faible lorsqu'ils se séparent avant d'arriver à ce corps.
Insertions. Le cordon ombilical a deux insertions, l'une placentaire, l'autre fœtale. La première n'occupe pas toujours le même point; le plus ordinairement elle a lieu ^u centre du placenta , d'autres fois elle se fait dans un des points intermédiaires au centre et à la circonférence ; dans quelques cas on a vu le cordon se rendre directement sur les membranes, se diviser à -une certaine distance du placenta et former autour de cet organe une espèce de ceinture vasculaire, d'oii les grosses branches
' ■ ' I ..Il
(1) Mauriceau, obs. 406,page 556.
artéi'ielles et veineuses allaient se rendre à leur destination, comme les rayons d'une roue vont se rendre au moyeu; d'autres fois les vaisseaux en s'épanouissant forment une patte d'oie, disposition qui a souvent lieu dans les placentas en raquette.
L'insertion fœtale se fait à l'ombilic par une base d'autant plus large et d'autant plus rapprochée de l'extrémité pelvienne que l'embryon est plus jeune. Le cordon éprouve dans ce point une sorte de partage; les vaisseaux qui le composent traversent ensemble l'anneau ombilical, puis se séparent les uns des antres, et gagnent leur destination respective, en passant entre la pnroi antérieure de l'abdomen et le péritoine. A Textérieur, l'enveloppe du coi'don se termine à une distance plus ou moins grande du fœtus, les tégumens du ventre s'avancent à la rencontre de cette enveloppe, ils forment sur les vaisseaux une espèce de prolongement comparable à un mamelon , au sommet duquel se fait la réunion. La longueur de ce prolongement varie de deux à douze lignes. On remarque au point de jonction, un petit bourrelet circulaire qui indique le lieu précis oii se fera plus tard la séparation du cordon.
("owpoi'iï/o«. Elle n'est pasla même à touteslesépoques de la vie intra-utérine, ni aussi simple qu'elle le paraît d'abord. Au moment de la naissance le cordon se composa \°de vaisseaiia: sanguins av\év'ie\s et veineux;2^ d'une petite quantité de tissie cel/ulaire,3'' d'un fluide particulier nommé gélatine de //^'ar! ho 72', 4° suivant quelques anatomistes, de vaisseaiixlymphatiques et de nerfs , 5' d^une double gaine fournie par le chorion et l'amnios. Dans les premiers tempr> de la grossesse on y trouve de plus, 6° un petit corps aucpiel on a donné le nom de vésicule omhi-
DU coRnc:x ombilical. 345
licale, 7° des vaisseaux dits oinphalo-inésentériques , 8° enfin la vésicule allanioïde et son conduit rouraqiie^ si toutefois cette vésicule existe dans l'espèce humaine.
1 . Vaisseaux sanguins. Ils sont au nombre de trois : deux artères et une veine dites ombilicales . La veine est constante, umque, dépourvue de valvules intérieurement, son camire est double de celui des artères, ses parois sont minces, assez résistantes; elle tire son origine selon les uns du placenta, selon d'autres de la veine cave abdominale du fœtus, dont elle serait une expansion radiculaire. Cette veine paraît remplir les fonctions d'artère.
Les artères ombilicales au nombre de deux proviennent des artères liypogastriques du fœtus, dont elles sont la contmuation; elles ont des parois épaisses, résistr.ntes, contractiles, ce qui après la section du coî'don dimiruie beaucoup leur calibre, et les fait paraître plus petites qu'elles ne le sont réellement; l'une d'elles peut manquer comme nous l'avons observé deux fois. Ces artères paraissent remplir les fonctions de veines.
Les vaisseaux du cordon ne sont pas disposés de la même manière à toutes les époques de la grossesse. Dans les premiers temps ils marchent parallèlement (I); plus tard, ils se contournent et forment une espèce de corde ou decolonne torse; le plus ordinairement , la veine occupe le centre de la tige, tandis que les artères se contournent en spirale autour d'elle. D'après Meckel ces spirales se font de gauche à droite, neuf fois sur dix, et une fois dans le sens inverse. Quelquefois les artères, après s'être roulées autour de la veine pendant un certain temps, marchent parallèlement avec elle, puis se contournent
(1) Voyei pi. xsiy, fig. 11, de notre allas.
de nouveau autour de ce vaisseau en se rapprochant du fœtus. La disposition en spirale des trois vaisseaux autour d'un axe imaginaire s'observe quelquefois ; celle de la veine autour des artères est beaucoup plus rare. Cette torsion des vaisseaux n'appartient qu'à l'espèce humaine , elle paraît dépendre d#|ttiouvements de rotation que le fœtus exécute dans l'intérieur de l'amnios.
2. Tissu cellulaiî'e. Il est peu abondant, filamenteux, dépourvu de graisse, a des cellules lâches, qui communiquent entre elles, et sont très perméables aux liquides, comme le prouve l'expérience de Bœderer, qui , ayant plongé une extrémité d'un cordon dans l'eau, a vu le liquide monter contre son propre poids et engorger tout le cordon.
3. Gélatine de TVarthon. C'est un liquide visqueux, transparent , coagulable par la chaleur çt les acides , qui s'infiltre dans les mailles du tissu cellulaire , augmente singulièrement le volume du cordon, circonstance qu'il ne faut pas perdre de vue au moment de la ligature, car il pourrait se faire, par suite de l'écoulement de ce liquide,que les vaisseaux ne se trouvassent plus comprimés et qu'une hémorrhagie survînt chez l'enfant quelques heures après la naissance.
Des origines et des fonctions différentes ont été attribuées à ce liquide. Les uns l'ont considéré comme produit de la sécrétion urinaire ; les autres ont pensé qu'il était fourni par exhalation et qu'il servait à la nutrition du fœtus. Ses propriétés physiques et chimiques nous le font regarder comme analogue à celui qu'exhalent les membranes séreuses.