‹ Traitâe pratique des accouchemensChapitre 50 sur 69 · Vaisseaux Ijmpliatiques et nerfs. Nous devons · texte numérisé non relu

Vaisseaux Ijmpliatiques et nerfs. Nous devons

répéter ici ce que nous avons dit page 328, au sujet de lymphatiques et de nerfs du placenta, c'est que leur existence dans le cordon est loin d'être démontrée et qu'elle est au moins problématique.

5. Gaine du cordon. Aussitôt que l'on commence à apercevoir l'embryon, on voit qu'il tient aux enveloppes de l'œuf par un prolongement du chorion à travers lequel on aperçoit des stries qui sont les vaisseaux ombilicaux, A cette gaîne unique, fournie par le chorion, s'en joint bientôt une autre qui provient de l'expansion du sac amniotique. Cette seconde enveloppe commence par entourer le cordon à sa base près de l'embryon, puis le recouvre dans toute son étendue, en comprimant et refoulant au devant d'elle la vésicule ombilicale jusque sur la face fœtale du placenta. Cette double gaîne , qui est déjà formée dès la fin du second mois , conserve sa transparence jusque vers le milieu de la grossesse ; alors elle prend delà consistance, devient plus épaisse, opaque, et ne laisse plus apercevoir les parties qu'elle renferme,

M. Flourens prétend que cette gaîne est formée de cinq feuillets: suivant ce savant naturaliste, deux feuillets appartiennent à l'amnios et trois au chorion; le feudlet externe de l'amnios se continue avec l'épiderme du fœtus, le feuillet interne avec le derme. La première lame du chorion fait suite au tissu cellulaire sous-cutané abdominal, ou y^j-^/a superfîcialis , la seconde à l'aponévrose des muscles abdominaux, enfin la troisième, ou lame celluleuse sous-choriale, se continue avec le péritoine (1), D'après cette opinion, qui est ingénieuse sans doute, mais

(1) Flourens, Cours sur la gcnéralion , publié par M. Descbamps, p. *»9 , in-4» avec 10 planches. Paris, 1836.

348 TRMT^ DES ACCOUCHEMENS.

à laquelle, pour être admise, il ne manque qu'une dé monstration , il y aurait non seulement continuité du germe avec les membranes, mais encore une sorte d'emboîtement des organes du fœtus dans les membranes.

6. Vésicule ombilicale. Pendant les deux premiers mois de la grossesse, on trouve dans l'épaisseur du cordon un petit corps sphéroïde, oblong, qui tient à l'abdomen de l'embryon par une espèce de pédicule, et auquel on donne le nom de vésicule ombilicale.

Cette vésicule, située dans l'écartement que les membranes chorion et amnios laissent entre elles, est d'autant plus près de l'embryon, qu'on l'examine à une époque plus rapprochée du moment de la conception. Elle est oblongue, piriforme; dans son plus grand développement, son volume égale à peine celui d'un petit pois. Libre par sa grosse extrémité, elle tient à l'embryon par une espèce de goulot ou de col rétréci qui s'enfonce dans l'ombilic ; par sa sui'face externe elle est unie au chorion et à l'amnios au moyen de filamens celluleux d'une extrême ténuité. A mesure que l'embryon se développe , on la voit successivement prendre une forme globuleuse , s'éloigner de l'ombilic, se loger dansl'épaisseur du cordon, puis se perdre sur la face fœtale du placenta» Ses parois assez résistantes, granuleuses, minces , diaphanes , offrent une teinte légèrement jaunâtre. Elle contient un liquide séro-albuinineux, limpide, dont la quantité, peu considérable, est toujours en raison inverse du développement -de l'embryon. La vésicule ombilicale pénètre dans l'abdomen avec les vaiss^tux du cordon , et va s'ouvrir, selon les uns ( Blumenbach , Sœmmering , etc. ) , dans l'intestin , comme le fait la membrane vitelline des oiseaux, dont elle serait ici l'analogue; selon d'autres (Lobstein), dans

la vessie, comme le fait l'allantoïde chez les brutes, dont elle remplirait ici les fonctions.

La vésicule ombilicale est un organe temporaire qui appartient à la vie embryonaire, et qui disparaît dès le second ou troisième mois de la grossesse. Vers la fin du second mois, ou dans le cours dil troisième au plus tard^ elle s'aplatit, s'affaisse et prend une forme lenticulaire. Après cette époque , elle est vide , racornie , ridée , n'apparaît plus que sous la forme d'une petite tache blanchâtre , logée sur la face fœtale du placenta , audessous de l'amnios, dans l'écartement des premières divisions des vaisseaux du cordon, où elle ne tarde pas à disparaître ; ce n'est qu'exceptionnellement qu'on en trouve encore des traces au terme de la grossesse.

Quelques anatomistes ont considéré la vésicule ombilicale comme servant de réservoir à l'urine pendant la vie Ultra-utérine; mais, si on fait attention que cette vésicule, et le fluide qu'elle renferme, existent à une époque oli on ne trouve aucune trace des organes urinaires; que la vésicule est d'autant plus grande et le fluide d'autant plus abondant que l'embryon est moins développé; si, d'un autre côté, on voit cette vésicule s'ouvrir dans l'intestin grêle, comme le fait la membrane vltelline dans les oiseaux , il est plus naturel de penser que ses usages sont relatifs à la nutrition de l'embryon.

^ 7. Vaisseaux omphalo-mésentériques. Il existe sur les parois de la vésicule ombilicale, deux petits vaisseaux sanguins, une artère et une veine, noxnmés omphalomésentériques , ces vaisseaux se voient plus facilement sur les animaux que dans l'espèce humaine. Ils se présentent sous forme de filamens soyeux qui , après s'être ramifiés sur les parois de la vésicule, pénètrent dans l'ad-

domen de l'embryon , passent à travers les circonvolutions intestinales, et vont se rendre, l'artère dans l'artère mésentérique supérieure, la veine dans la grande veine mésaraïque.

8. Vésicule allantoïde. A côté de la vésicule ombilicale , on trouve dans les animaux vertébrés une vésicule beaucoup plus grande nommée allantoïde. Cette vésicule, comme la précédente, occupe Técartement compris entre l'amnios et le chorion. Elle est très longue , presque cylindrique, elle offre deux cornes qui s'étendent entre le chorion et l'amnios, de manière à envelopper la presque totalité du fœtus ; elle communique avec la vessie au moyen d'un prolongement creux nommé oiiraque.

Cette vésicule contient un liquide jaunâtre, d'une saveur salée, d'une odeur urineuse, dans lequel nagent des parties coagulées, grasses, visqueuses, formant quelquefois un dépôt qui, dans le cheval, a reçu le nom àliipjjomanes. Ce fluide a quelque analogie avec l'urine , quoique l'identité n'en soit pas complètement démontrée, la communication qui existe avec la vessie milite en faveur de cette opinion.

L'existence de l'allantoïde dans l'espèce humaine est encore un sujet de controverse parmi les anatomistes, admise par Needham, Littre, Haller, Cuvier, Meckel, M. Dutrochet, c-\c.. elle a été niée par Harvey, Albinus, A. Monro, Hunter, Lobstein, etc., et quoique dans ces derniers temps M. Velpeau ait décrit, sous le nom à\dlantoïde, l'espèce de tissu réticulé qui renferme le liquide que nous avons dit occuper l'espace compris entre le chorion et l'amnios dans les premiers temps de la grossesse, ce n'est encore que par analogie qu'on peut l'admettre aujourd'hui. Voici les raisons sur lesquelles on

fonde cette admission : l'allantoïde existe : 1» dans leâ ovipares à poumons (reptiles et oiseaux) accolée à la vésicule viteiline ou ombilicale. 2° Dans l'œuf de poule, les premiers rudiments du poulet sont appliqués immédiatement sur le jaune, auquel ils tiennent par un cercle \asculaire dont les vaisseaux viennent du mésentère. Les vaisseaux ombilicaux ne s'étendent point au jaune, mais ils se distribuent à une membrane qui communique avec le cloaque, et qui répond à l'allantoïde des mammifères. 3° Dans les mammifères, on trouve constamment les deux vésicules ombilicale et allantoïde; Cuvier pense que, si on nie l'existence de cette dernière dans l'homme, c'est qu'elle y adhère trop intimement aux autres membranes. 4° Enfin, si l'ouraque est le canal qui établit une communication entre l'allantoïde et la vessie chez les mammifères, et le cloaque chez les ovipares; chez l'homme, l'ouraque s'étend de la vessie à l'ombilic et s'il se présente ordinairement comme un cordon solide imperforé, dans certains cas pathologiques , il persiste sous forme de canal jusqu'après la naissance. On a vu des individus qui, par suite d'une imperforation congcniale du canal de l'urètre, rendaient l'urine par l'ombilic, l'ouraque n'étant pas oblitéré. Tel était le cas de la jeune fille dont Cabrol nous a transmis l'histoire ; tel était encore celui d'un enfant d'Auteuil, dont nous avons parlé page 165. D'après ces considérations, on peut donc admettre jusqu'à preuve du contraire l'existence de l'allantoïde dans l'espèce humaine. Formation. Au moment où le germe commence à être visible à l'œil nu, il est appliqué immédiatement sur les enveloppes de l'ovule. Le cordon ombilical n'existe pas encore, mais si on examine le tout au microscope, on aperçoit les vaisseaux qui doivent le for-

mer, ramper pendant un certain trajet sur le chorion , depuis l'abdomen de l'embryon jusqu'au lieu où le placenta doit se développer. A mesure que l'embryon grossit, il s'éloigne des parois de l'ovule, et le cordon se forme. Le cordon est déjà très distinct vers le vingtcinquième ou le vingt-sixième jour (1) mais alors il est seulement composé des vaisseaux ombilicaux, et de la gaîne que lui fournil le chorion. Dans les jours suivans , la vésicule ombilicale, les vaisseaux omphalo-mésentériques, Touraque et la gaîne amniotique viennent s'y joindre et le compléter. Le cordon est alors gros et court à cause des parties qu'il renferme; mais à mesure que la vésicule s'éloigne et s'affaisse, le cordon s'allonge et s'amincit. L'allongement continue à se faire jusqu'au terme de la grossesse dans une proportioti à peu près égale à celui du fœtus. En sorte que, quel que soit le terme de la grossesse auquel on l'examine, on le trouve toujours dans les mêmes rapports de longueur avec le foetus. Nous ne pensons pas qu'à aucune époque une portion du canal intestinal fasse partie essentielle du cordon ombilical, comme l'assurent la plupart des auteurs modernes. Nous avons eu occasion d'observer bon nombre d'embryons très jeunes chez lesquels cette disposition n'existait pas. Quand nous l'avons rencontrée, nous avons dû conclure qu'elle était accidentelle ou dépendante d'un état morbide. La torsion des vaisseaux n'existe pas dans le principe, elle ne commence à s'opérer que vers le troisième mois (2). Dès la fin du second mois, ou au plus tard dans le commencement du

(l) Voyez planche 29, fig. K et 6 de notre atlas. (8) Voyez planche 29, fig, H de notre allas.

troisième, la vésicule ombilicale, l'ouraque, les vaisseaux omphalo-mésentériques étant oblitérés, le cordon ne contient plus d'autres élémens que ceux qu'il aura au terme de la grossesse.

anomalies. Le cordon offre, dans quelques circonstances, des bosselures, des nodosités de différentes natures. Les premières sont des renflemens dus à la répartition inégales de la gélatine deWarlhon, ou à un état variqueux des vaisseaux. Les secondes sont quelquefois de simples nœuds qu'on observe seulement quand le cordon est très long. Ces nœuds, dus au passage du fœtus à Iravers une ou plusieurs anses du cordon , peuvent offrir une grande variété de formes. Baudelocque en a rapporté des exemples fort remarquables (1). Il est rare que ces nœuds gênent la circulation et mettent les jours de l'enfant en danger. Dans quelques cas cependant, Smeliie, Levret, et d'autres accoucheurs, n'ont pu attribuer la mort du fœtus qu'à leur constriction. Le plus communément lorsqu'on ti'ouve ces nœudsfortement serrés après la naissance d'un enfant bien vivant, cela tient aux tractions exercées sur le cordon pour aider à la délivrance.

Le cordon peut encore offrir une autre espèce de nodosité, de renflement ou d'appendice, qu'il ne faut pas confondre avec les varices; ce sont de véritables hernies formées par un ou deux des vaisseaux ombilicaux qui se sont écartés de l'axe commun, en formant un coude, une sorte de prolongement excentrique d'un, deux ou trois pouces d'étendue, et recouvert par la gaine du cordon. Cette disposition assez commune n'est point fâcheuse , elle ne nuit en rien à la circulation.

(I) L'art des accouchemens, t. I, pi, vu, p. 233, Paris. 1813.

354 trait:é des accouchemens.

Quelquefois on observe à la surface du cordon des granulations, comparables aux glandes de Pacchioni, auxquelles on avait assigné l'usage de sécréter le fluide amniotique. Mais ces granulations étant excessivement rares, on ne peut leur attribuer de semblables fonctions, il est beaucoup plus conforme aux faits et au raisonnement de les considérer comme des productions morbides purement accidentelles.

D'autres fois le cordon est le siège d'une induration, que nous ne pouvons mieux comparer qu'à celle des nouveaux nés connue souslenomd'enclurc/ssement du tissu cellulaire.Une femme jeune, bien menstruée, jouissant habituellement d'une bonne santé, enceinte pour la première fois, avait eu une grossesse des plus heureuses. Arrivée vers le huitièine^mois, elle accoucha naturellement, sans cause connue, d'un enfant mâle, grêle, chétif, qui n'offrait pas plus de développement qu'un fœtus de six mois, et qui ne vécut que deux heures. Le cordon ombilical était plus gros que la cuisse de cet avorton, inégal , dur dans toute sa longueur; les vaisseaux n'offraient que de rares et longues spirales, les parois de la veine étaient entourées d'un tissu lardacé auquel elles adhéraient fortement. Le calibre de ce vaisseau avait considérablement diminué d'étendue, il n'était pas supérieur à celui des artères, et, comme celui de ces dernières, il restait béant après la section du cordon. Nous avons attribué à cette disposition le peu de développement du fœtus et l'accouchement prématuré. Depuis long-temps nous appelons dans nos cours l'attention des élèves sur les maladies des annexes du fœtus, et nous sommes convaincu que, dans beaucoup de cas, l'avortement est la conséquence rigoureuse, forcée, des altérations qu'elles peuvent offrir.

nu NOUVEL ETRE. 355

Le cordon comme le placenta est en nombre égal à celui des fœtus. Nous ne connaissons pas d'exemple de fœtus venu au monde avec deux cordons. Les cas dans lesquels on a cru avoir observé cette anomalie nous paraissent devoir être rapportés à la bifurcation du cordon ou à une grande et large anastomose entre les vaisseaux de deux placentas jumeaux. Tel nous paraît être le fait consigné dans Stalpart Van-der-Wiel(I), d'un troisième cordon unissant deux placentas de jumeaux, sans avoir de communications directes avec les fœtus.

Le cordon peut-il manquer complètement? Stalpart Van-der-Wiel le croyait. Mais le fait sur lequel il fonde son opinion a pour sujet un enfant de treize mois, affecté d'extropliie, chez lequel rien ne prouve que le cordon ombilical ait manqué (2). Nous ne concevons une absence totale du cordon que dans un seul cas, celui où le placenta adhérerait immédiatement au corps du fœtus; aussi, à part cette circonstance, il n'y a pour nous aucun exemple bien avéré de fœtus privé de cordon.

Usages. Le cordon ombilical est la voie par laquelle les fluides circulatoires sont transmis du placenta au fœtus et réciproquement du fœtus au placenta.

ARTICLE II

Du nouvel être.

Le nouvel être reçoit dans le langage physiologique des noms différents aux différentes époques de la vie utérine. Les anciens désignaient la totalité des produits

(1) Observationum rariorum, centuria prior, Obs. LXXV,p. Sag et lab. 6, iig. I. Lugduni Batavorum. 16S7.

(2) Ibid., obs. »i, p. S27, t. II.

de la conception sous le nom de yovvf ( Hippocrate), genitura (Galien), pendant les six premiers jours qui suivent la fécondation, et sous celui de xuvi^xa, conceptus, germen, pendant les neuf jours suivants; cependant ils employaient aussi l'expression de jtuvjjjLa, qui signifie encore fœtus ^ pour désigner seulement le nouvel être, à l'époque où les principaux viscères, tels que le'cœur, le foie, le cerveau , encore informes et à l'état rudimentaire , de même que la chair, étaient apparents; ils donnaient le nom d'embryon, £{Aêpuov, d'£[j.êp'jw, pullulo ^ je bourgeonne, à celui dont les membres étaient déjà distincts; ils nommaient TnT:iov{\)infans, enfant, celui dont les mouvements commençaient à se faire sentir dans l'utérus. Les expressions de xai^tov, de 7ïari;,^wer,ne s'appliquaient qu'à celui qui avait vu le jour.

Aujourd'hui nous nous servons de l'expression de germe pour désigner le nouvel être tant qu'il est amorphe ; de celle à^ embryon depuis le moment où il commence à avoir une forme déterminée jusqu'à celui où les organes, les diverses parties qui le composent, ont acquis un développement suffisant pour être facilement distingués à l'œil nu, ce qui a lieu vers le troisième mois de la grossesse. Nous lui donnons ensuite le nom Ae fœtus tout le temps qu'il est contenu dans l'utérus. Lorsqu'il a rompu les liens matériels qui l'unissaient à sa mère, qu'il est hors de l'utérus, bien qu'il respire, s'il n'a pas acquis un développement complet, s'il n'offre pas les conditions de viabilité, on le désigne sous le nom ^avorton. La dénomination à^ enfant ne s'applique qu'à l'individu qui respire et qui offre le développement organique, l'aptitude nécessaire

(i) Hippocrate, seclio IV, aph. I.

DU NOUVFL ÈtnE. 357

pour résister à l'influence des agens extérieurs, en un mot, qui peut vivre par lui-même.

Origùie. Malgré les recherches des anciens, malgré les expériences nombreuses de Harvey, de Haller et des physiologistes de nos jours , nous ne savons pas encore si, comme le pensaient les anciens, le germe préexiste à la formation des membranes ; si , comme le voulaient Maupertuis etBuffon , les enveloppes de l'œuf le précèdent, ou si ces diverses parties se développent simultanément.

Dans l'exposé que nous allons ùùre du développement de 1 embryon, nous serons réduit à ne donner que des approximations fondées sur le dire de nos devanciers, et aussi sur les ftùts particuliers que nous avons observés.

yépparitioiT du germe. Une grande incertitude règne encore sur l'époque à laquelle^ s'opère le passage de l'ovule dans l'utérus , sur celle de l'apparitioti du germe. Hippocrate (1) pensait que le germe était visible le sixième jour après la fécondation; Haller (2) dit que le poulet apparaît dans l'œuf à la douzième heure de l'incubation; que dans la brebis, l'embryon n'est visible que vers le dix-neuvième jour, et que dans l'espèce humaine c'est encore plus tard. Cependant Haller cite plus loin un embryon humain, dont parle Santorini , qui était gros comme un grain de millet, et qui n'avait pas encore douze jours j un autre, d'après Ruysch, qui était du même terme, et n'avait pas plus de volume qu'une tête d'épingle. Enfin, il rapporte l'opinion de Mauriceau ,

(1) De naltira piteri.

(2) Elementa physiologiie, t. VIII, p. 67.

Mê TKAITE DÈS ÀCCOUCHEMEl^-S.

qui «lit qu'un fœtus de cîix-huit jours est comme un point. Un fait publié en Î8Î7, par MM. Everard Home et Bauer, tendrait à prouver que l'embryon est visible dès le septième jour; mais ce fait, qui a produit beaucoup de sensation dans le monde savant, a été interprété différemment par les physiologistes : admis comme positif et probant par les uns (1), il a été rejeté comme inexact et insignifiant par les autres (2). S'il y a encore tant d'incertitude, d'obscurité sur un pareil sujet, cela tient à plusieurs causes : 1° au petit nombre d'observations exactes et complètes sur le développement de l'œuf humain; 2° au peu d'occasions favorables pour faire de semblables observations; 3* aux difficultés nombreuses que l'on éprouve à préciser d'une manière rigoureuse l'âge des produits abortifs que le hasard nous procure ^ 4" à déterminer si ces produits s'offrent à nous dans un état complet d'intégrité, ou dans un état d'altération physique ou motbHe; 5° enfin à la rapidité avec laquelle les diverses parties de l'œuf se développent dans les mammifères , et surtout dans l'homme.

Développement général du nouvel être.

Chaussier dit (3) qu'à dix jours l'embryon est un flocon grisâtre, semi-transparent, qui se liquéfie promptement,et dont la formenepeut être déterminée. Il enévalue par approximation le poids à un grain, ou cinq centigrammes. ISous n'avons jamais vu d'embryon aussi jeune; mais nous en avons aperçu un qui n'avait pasplus de douze jours. Une jeune personne avait eu ses règles au mois de juin 1819,

(!) M. Cosle, Embryogénie comparée, t. l" , p. 203. (2) M. Velpeau, Embryologie, p. TU, in-fol. Paris, Î833. (») Table synoptique de la génération, ia-fol.

Dtr Nouvel être. Bé^

elle se maria le jour même de leur cessation; douze jours après, dans un bal que lui donnait une de ses parentes, elle fut prise tout-à-t:oup d'un écoulement de sang par la vulve. Quoique cet accident n'eût rien de grave, la mère de cette jeune dame fît appeler M, Evrat. Ce chirurgien, après avoir adressé quelques questions à la jeune femme, se fit représenter les linges qui avaiertt servi à la garnir. Evrat recueillit au milieu des caillots et nous apporta un oVule, que nous ne pouvons mieui comparer, pour la forme et le volume, qu'à un petit grain de chasselas en maturité; cet ovule était lisse à l'extérieur, disposition qui n'est pas ordinaire , car à cçtte époque le chorion est communément recouvert d'un tomentum. Aussi pensâmes-nous que cette production avait été enlevée par le frottement qu'avait éprouvé le corps en passant à travers les organes de la génération. Cet ovule était transparent dans tous les points, à l'exception du centre, oîi existait une tache opaque, grisâtre, comparable au pépin qu'on aperçoit à travers la pellicule d'un grain de raisin bien mûr. Nous le portâmes chez Désormeaux pour l'examiner avec lui. Des circonstances particulières ne nous ayant pas permis d'en faire l'examen à l'instant même, l'ovule fut placé dans l'alcool; mais lorsque nous voulûmes l'étudier, il était affaissé, ridé et détruit! Quoique ce fait n'ait aucune valeur scientifique , il nous paraît de nature à établir que le germe est du moins visible à cette époque. Depuis, M. Velpeau , plus heureux que nous , a décrit et fait graver (1) un ovule de douze jours de conception.

(l) yiûpeau.Embryotoi^'ie ou ovologic humaine , planche IV, Og. 1 el 2, in -folio. Paris, 1833.

On peut dire que depuis le moment de l'imprégnation du germe, jusqu'au vingt-cinquième jour de la vie intra-utérine, l'embryon humain n'est qu'une masse muqueuse, de consistance molle, et dans laquelle 11 est impossible de distinguer à l'œil nu les différentes parties qui le composent. Ce n'est guère qu'au trentième jour qu'il prend une consistance plus ferme, on peut alors suivre son développement, et voir pour ainsi dire éclore successivement les différens orgaiies.

Aussitôt qu'on commence à apercevoir l'embryon humain, il se présente, comme celui de la plupart des animaux, vertébrés, recourbé sur lui-même, formant un demi-cercle ou trois quarts de cercle, offrant l'apparence d'un petit ver ou d'un petit serpent. Son volume égale à peu près celui de la vésicule ombilicale à laquelle il est accollé.

Aristote l'a comparé pour la forme à une fourmi; Burton, à un graiij d'orge; Baudelocque, à l'osselet de l'oreille interne connu sous le nom de marteau. Les deux embryons que nous avons fait représenter dans notre atlas pi. XXVII, fig. 3, 4, 5, 6, 7 et 8, et pi. XXIX, fig 5, 6, 7, 8, 9 et 10, n'offraient pas plus de volume, quoiqu'ils pussent avoir de vingt-cinq à trente-cinq jours de conception.

Si, comme nous l'avons fait, on soumet au microscope un embryon de vingt à trente jours , on voit que la tête seule fait à peu près le tiers de la masse totale du coi'ps. La face, beaucoup plus petite que le crâne, laisse à peine apercev,">ir antérieurement deux points blanrs,tournés de côté, qui sont les rudimens des yeux, et une petite fente transversale pour la bouche. Sur les côtés du tronc, deux petits mamelons obtus représentent les membres

nu TVOtlVEL i>TRE. 361

thoraciques. Il n'y a pas encore de col. Le thorax n'est pas ouvert par-devant, et ne laisse pas voir le cœur et ses niOLivemens , comme le dit M. Adelon. Les observations que nous avons eu l'occasion de faire à ce sujet confirment entièrement ce qui a été avancé par M. Velpeau(l),que la ligne médiane du corps est aussi complètement formée au vingtième jour de la conception qu'au soixantième. A aucune époque nous n'avons pu voir les organes thoraciques, ni même les organes abdominaux, entièrement à nu. Si cette disposition a été quelquefois observée pour ces derniers , nous pensons qu'elle n'a pu avoir lieu que sur des produits altérés ou anormaux. Le sang qui circule dans les vaisseaux est encore blanc ; cependant on aperçoit déjà des vaisseaux dont la teinte un peu plus foncée ne peut être attribuée qu'à la matière colorante du sang (2). L'abdomen saillant en avant , adhère inférieurement aux membranes de l'œuf par les rudimens du cordon. L'extrémité pelvienne a la forme d'un trèfle; les renflemens latéraux forment les rudimens des oscoxaux et des membres abdominaux ; l'extrémité inférieure du rachis, recourbée en avant , a l'apparence d'une queue ou d'un bec crochu.

A quarante jours , Aristote compare l'embryon à une fourmi de la grande espèce ; il dit qu'on distingue les membres, toutes les parties , même la verge si c'est un mâle.

A quarante-cinq jours, sa longueur est de douze à quinze lignes ( de vingt-sept à trente-trois millimètres), son poids d'un gros dix-huit grains (cinq grammes) envi'

(i) Velpeau, Embryologie, p. 7.; , io-fol. P.iris , î85.". («) Voyez nolrl'. elln.s, plancÎJe XXîX, Dg. 10, B-C;

ron; toutes les parties sont distinctes : la tête, volumineuse, est séparée du thorax par la dépression du col. Les yeux sont indiqués par deux points noirs , la bouche par une petite ouverture triangulaire. Les mains et les pieds, sous forme de petites palettes, paraissent adhérer immédiatement au thorax et au bassip. Les yeux deviennent plus convexes, un cercle palpébral les entpure. A soixante ou soixante-dix jours, les bords libres des paupières se touchent et sont com?ne soudés. Le nez fait saillie au-dessus de la lèvre supérieure.

La bouche augmente de profondeur , les lèvres se dessinent , et les différentes pièces qui d'abord les formaient commencent à se souder.

Les auteurs qui ont écrit sur le développement des lèvres, ne sont pas tous du même avis. Blumenbach pense que la lèvi'e supérieure débute par im lobule médian impair, et deux latéraux pairs, symétriquement disposés, ces lobules se réunissent tous trois, à la hauteur des deux petits rapliés latéraux. Cette opinion, qui est celle de la plupart des anatomistes, sert à expliquer la fréquence plus grande du bec-de-lièvre sur les parties latérales , que sur la ligne médiane. M. Blandin n'est pas de cet avis ; il croit que le lobule médian de la lèvre supérieure est lui-même formé de deux parties, qui se réunissent avec une très grande promptitude. Il se fonde sur ce que la scissure médiane fie la lèvre supérieure s'observe à l'état normal sur plusieurs animaux , en particulier chez certains chiens de chasse , et , chez l'homme , (^ans q\ielques cas rares de divisions morbides. MM. Cruveilhier et Velpeau se sont élevés contre cette manière de voir, ils allèguent pour raison principale qu'à aucune époque de la vie

intra-utérine on ne trouve la lèvre supérieure divisée en plusieurs parties.

Quoi qu'il en soit, à la sixième semaine, la bouche augmente de profondeur ; la langue s'élargit et s'amincit ; les lèvres sont plus distinctes , mieux isolées.

L'oreille externe acquiert promptement les caractères qui lui sont propres, toutes les paities du pavillon se déroulent et se portent en arrière du conduit auditif.

A soixante jours ou deux mois , l'embryon est long de deux pouces (cinquante-cinq millimètres); il pèse une once (trente grammes) ; les doigts sont isolés ou ne tiennent plus les uns aux autres que par une couche gélatineuse transparente. On distingue les trois phalanges , qui déjà tendent à s'infléchir sur la face palmaire de la main ; ou reconnaît l'ébauche de l'épaule et de la hanche; la partie inférieure du rachis, qui formait une espècedequeue,diminue graduellement et disparaît; l'anus . forme une petite saillie conique, d'un jaune plus ou moins foncé, et non encore perforée. Le développement du périnée, du bassin et de l'hypogastre fait que l'insertion du cordon ombilical semble se rapprocher du centre de la saillie abdominale; le sexe n'est pas encore distinct. C'est vers cette époque que disparaît la vésicule ombilicalco

A quatre-vingt-dix jours ou trois mois, l'embryon a une longueur de cinq à six pouces (seize centimètres), un poids de trois onces (quatre-vingt-dix grammes). La tête . quoique grosse , est moins disproportionnée avec le reste du corps. Les paupières, bien distinctes, sont fermées et collées l'une à l'autre. Le nez proémine, la bouche est close , mais bien dessinée ; le thorax est bien

364 TRAITÉ DES ACCOUCHEMEIVS.

formé; les vaisseaux du cordon commencent à se contourner et à former de longues spirales. Les doigts des mains sont séparés ; l'ébauche '.des ongles apparaît sous forme de petites plaques membraneuses et minces. Les membres abdominaux, fléchis vers le ventre, offrent une disposition analogue. On commence à distinguer le sexe, le pénis est saillant si c'est un mâle; si c'est une femelle, le clitoris beaucoup plus long proportionnellement , qu'il ne le sera dans la suite, pourrait en imposer, mais dans ce cas on aperçoit au-dessous de lui une fente longitudinale, dont les rebords forment les grandes lèvres de la vulve; une lame transversale indique la séparation qui s'établit entre l'anus et les voies génitales. C'est dans le troisième mois que la peau commence à se former, et que le nouvel être quitte le nom d'embryon pour prendre celui de fœtus. '

A cent vingt jours ou quatre mois , la longueur du fœtus est de huit pouces (vingt-un centimètres), le poids de sept onces (deux cent quatorze grammes). L'accroissement est moins rapide que dans les temps précédents, les formes se dessinent d'une manière plus franche et sont de plus en plus prononcées. Le sexe alors est très distinct; les muscles peuvent exécuter des mouvemens notables.

A cent cinquante jours ou cinq mois, le fœtus est long de dix à onze pouces (vingt-sept à trente centimètres), il pèse seize onces, une livre (ou cinq cents grammes); s'il naissait alors , il pourrait vivre quelque temps. A ce terme, nous en avons reçu un qui a vécu cinq jours.

A cent quatre-vingts jours ou six mois, la longueur est de douze a quatorze pouces (de trente*deux à trente*

DU NOUVEL ftTRr.. 365

sept centimètres), le poids de trente-deux onces, deux livres (ou un kilogramme).

A deux cent dix jours, sept mois, la longueur totale du fœtus est de quatorze pouces (trente-huit centimètres); son poids de trois livres et demie (dix-sept cent cinquante grammes). Pendant le cours du septième mois, toutes les parties acquièrent plus de consistance; la peau est moins rouge, devient plus opaque; l'enduit sébacé qui la recouvre est plus abondant, plus épais; la pupille s'ouvre; ordinairement les testicules sortent de l'abdomen.

A deux cent quarante jours , huit mois, le fœtus croît plus en grosseur qu'en longueur; il a de seize à dix-sept pouces (quarante-trois à quarante-six centimètres), son poids est de quatre à cinq livres (deux kilogrammes à deux kilogrammes cinq cents grammes).

A deux cent soixante-dix jours, ou neuf mois, le fœtus est long de dix-huit à dix-neuf pouces (quarante-huit à cinquante-un centimètres); il pèse, terme moyen, de cinq à six livres ( deux kilogrammes cinq cents grammes, à trois kilogrammes).

Il est bon de faire observer que les mesures et les poids que nous donnons ici ne sont qu'approximatifs, ce sont des moyennes fournies par un grand nombre d'observations faites par nos devanciers et par nous-même ; il n'est pas rare de voir des enfants qui, au moment de la naissance, s'éloignent beaucoup , en plus ou en moins, des dimensions que nous venons d'indiquer. Ainsi, on rencontre des enfansqui pèsent sept, huit ou neuf livres; ceux de dix livres sont assez rares. Le plus gros de ceux que nous ayons fait mettre dans la balance pesait dix livres et un quart (cinq kilogrammes environ); sa longueur

était de viugt-uH pouces (cinquante-sept centimètres). M. Evrat nous a assuré en avoir reçu un qui pesait douze livres un quart. Nous avons vu cet enfant, qui était énorme. Enfin Baudelocque dit en avoir reçu un qui pesait treize livres moins un quart. Celui de dix livres un quart que nous avons reçu était si volumineux, qu'il faut toute l'autorité d'hommes aussi recommandables que ceux dont nous venons de parler, pour nous faire admettre l'existence d'enfans plus pesans. C'est assez dire que nous croyons qu'il y a eu erreur, dans les exemples d'enfans de quinze et seize livres cités par quelques auteurs fl), et qu'il faut ranger parmi les fables et les contes de bonnes femmes tout ce qu'on débite dans le monde sur les enfans qui en naissant pesaient vingt ou vingt-cinq livres (dix ou douze kilogrammes cinq cents grammes ). Par opposition , on rencontre des enfans qui iie pèsent que quatre, trois, et môme deux livres et demie, quoiqu'ils aient parcouru toutes les phases de la vie in-tra-utérine.

Les extrêmes de la longueur d'un fœtus à terme, étendu, et mesuré du sommet de la tête aux talons, sont de quinze à vingt-deux pouces (de quarante à cinquante-neuf centimètres).

Développement partiel du nouvel être.

A l'éimmération sommaire que nous venons de faire du développement du nouvel être, considéré d'une manière générale, nous ajouterons encore quelques détails sur la formation et l'accroissement des divers systèmes

(1) Millot , Supplément a tous les. traités d'accouchement , elc, t. Il, p. il.î, «iStark , Archives des accouchemens , t. II, p. 52.

DU NOUVEL iTRE. 3G7

et des principaux appareils organiques. Nous nous renfermerons dans l'exposition simple des faits confirmés et facilement appréciables, ne voulant pas entrer dans la discussion des lois si obscures et si controversées de formation et de développement ; discussion intéressante, n)ais qui étant essentiellement du domaine de la physiologie, serait déplacée dans un livre comme celui-ci. Notre but étant seulement d'indiquer les transitions par lesquelles le fœtus passe avant d'arriver au jour; de faire connaître les caractères à l'aide desquels on peut juger de sa maturité ; enfin de signaler plus spécialement les particularités qu'il doit offrir au moment de la naissance ; particularités dont la connaissance est indispensable pour une foule d'applications médico-légales et pour tout ce qui est relatif au mécanisme de l'accouchement

Nous ne déciderons pas si les divers systèmes et appareils organiques se forment successivement ou simultanément ; nous dirons seulement qu'ils n'apparaissent pas tous à la même époque. Les nerfs et les vaisseaux paraissent d'abordj le canal intestinal les suit de près. Les organes sexuels se montrent plus tard. L'appareil locomoteur est encore plus lent à se développer; enfin , les ongles et les poils sont le^ productions qui paraissent en dernier lieu.Dans cette partie de notre tâche nous emprunterons beaucoup aux travaux de Haller , Oken , Chaussier , Lobstein , Meckel , Béclard , et aux travaux plus récents de MM. Serres , Velpeau et Breschet.

Système neiveux. Ce système, un des premiers à paraître, a, dès le principe , une prédominance marquée ; beaucoup plus développé au moment de la naissance qu'il ne le sera dans la suite, il conserve cependant

une partie de cette prédominance jusqu'à la puberté, Lii moelle épinière apparaît la première, elle occupe 4'abord toute l'étendue du canal vertébral; jusqu'à la cinquième semaine, elle se présente sous l'aspect d'un canal transparent; au troisième mc«s , elle est transformée en un cordon qui renferme un canal ; au quatrième mois, elle commence à devenir fibreuse ; à neuf mois, elle s'étend seulement jusqu'à la troisième vertèbre lombaire. , L'encépliale semble d'abord composé d'une série de vésicules isolées placées à la suite les unes des autres, son apparition suit de près celle de la moelle. Vers la cinquième semaine la matière nerveuse se dépose à la base des vésicules ; ce dépôt se fait par addition successive de bas en baut et de dehors en dedans vers la ligne médiane. Rien n'est plus curieux que de suivre avec Tiedemann(l) la série des transformations que l'encéphale éprouve pour arriver à l'état complet de développement. A cinq mois on commence à apercevoir les premières traces des circonvolutions cérébrales ; à six mois, elles recouvrent toute la surface des hémisphères cérébraux. La masse nerveuse est d'abord grisâtre , très vasculaire. Les substances grise et blanche ne sont bien distinctes qu'au terme de la grossesse,"et jnême, chez quelques sujets, celte distiction n'est bien établie qu'après la naissance. Les nerfs rachidiens et cérébraux ne paraissent qu'après les centres nerveux. Il en est de même du granf sympathique.

Organes des sens. Ces organes sont liés d'une manière intime aux centres nerveux ; leur développe-

■^l) Ticdemann, Anatomlcda cerveau, contenant l'iiistoire fie son (Jéveloppenit-nt ilîins le foins, (ivec une exjiosltion comp;ifalive de la slruoture dans les animaux; IraiL de l'allcmund jiai' /i. J» L. tfourJant igiS, i voU in-8« aves; Tgj

DU IVOUVEL ETRE. . 369

meut est en rapport avec celui du système nerveux ; au moment de la naissance , ils sont tous aptes à remplir immédiatement leurs fonctions. ISous ferons cependant remarquer que ceux de ces organes qui, véritables instrumensde physique, sont destinés à transmettie au cerveau les impressions causées par les objets placés à distance, ceux qui concourent puissamment à agrandir le cercle de nos idées et de notre intelligence, tels que les veux et les oreilles, ont à la naissance,à part le volume, un développement aussi complet qu'ils l'auront chez l'adulte; tandis que ceux que nous pouvons appeler se/is cldmi- (fieSy qui s'exercent sur les corps appliqués immédiatement à leur surface , qui nous révèlent les qualités intimes de ces corps, en un mot, ceux qui président aux fonctions nutritives, tels que l'odorat, le goût, sont dans un état d'imperfection remarquable.

YeuxXjQs yeux apparaissent vers la quatrième semaine par des points d'abord blanchâtres puis noirâtres, et semblent être des prolongemens extérieurs des vésicules cérébrales; ils sont recouverts en dehors par la substance muqueuse qui tient lieu des tégumens.Yers la septième semaine , on commence à distinguer l'iris sous forme d'un cercle étroit décoloré ; une semaine plus tard, ce cercle prend une teinte noire et s'élargit en même temps. A la neuvième semaine, les paupières forment des replis; à la onzième, elles sont assez allongées pour se toucher et s'accoler. Dès le conmiencement du troisième mois, on aperçoit la membrane pupillaire,qu i ferme l'ouverture de l'iris. L'étude de cette membrane, dont l'existence est mise en doute par M. Veipeau, laisse encore beaucoup à désirer. i)u sixième au septième mois, cette membrane î>'ami;icit, s'éraiHe au centre, sans se rompre ; et forme

J'ouvertùre pupillaire (1). Au moment de la naissance, les diverses parties constituantes du globe de l'oéil sont arrivées à un développement presque complet, ce qui était indispensable pour que la vision pût s'exercer immédiatement.

Oreilles. Les organes de Taudition, comme ceux de la vision, devaient entrerimmédiatement en exercice après la naissanf:e, aussi ont-ils à cette époque tjn développement tel qu'ils n'auront dans la suite que peu de changement à subir. Ij'ossifîcation des osselets de l'ouïe commence vers l(i douzième semaine; elle est complète bien avant la naissance, Nous ne voulons pas entrer dans tous les détails que comporterait le développement des diverses parties de l'oreille interne; nous dirons qu'à sept mois l'ossification est à peu près complète. La conque se développe âii cinquièrne mois, le lobule au sixième. Au moment de la naissance, la membrane du tympan est presque au niveau de l'orifice du conduit auditif externe, ce conduit est très court; la portion osseuse n'est d'abord formée que par un simple cercle. Après la naissance, le cercle osseux continue à se développer.

Organe de l'odorat. Le nez commence à faire saillie dans le cours de la huitième semaine; relativement aux autres organes, il est très petit pendant toute la durée de la vie fœtale, et même pendant toute la première enfance. IjCs fosses nasales , qui d'abord étaient réunies à la cavité buccale, s'en séparent pendant le troisième mois. Au moment de la naissance, les narines sont petites, étroites et très écartées à cause de l'épaisseur considérable de la

(s) Voyez pour le mécanisme , J. Cloquet. Mémoire sur la membrane pupillaire et sur ia formation du petit cercle artériel de l'iris, l&l 8, in-d", iig.

cloison.Le manque de développement des sinus maxillaires et des autres anfractuosités, fait que le plancher des fosses nasales, au lieu d'être incliné en arrière et en bas comme chez l'adulte, est horizontal. Cette disposition sert à expliquer comment les mucosités nasales coulent sur les lèvres des enfans au lieu de prendre leur cours vers le pharynx.

Organe du goût. Le sens du goût, de même que celui de l'odorat, n'avait pas besoin de s'exercer d'une manière très active immédiatement après la naissance, puisque la nature avait placé dans les mamelles de la mère un aliment tout préparé , en harmonie avec les forces digestives de l'enfant et propre à le nourir jusqu'au développement de l'appareil de la mastication. Mais si le sens du goût paraît peu développé au moment de la naissance , les organes qui en sont le siège, et la cavité buccale en particulier^ sont admirablement disposés pour l'accomplissement des mouvemens de succion. En effet, l'ouverture postérieure des fosses nasales étant très limitée , la contraction des muscles péristaphylins en tendant le voile du palais, applique exactement cette cloison mobile contre l'ouverture postérieure des narines et la ferme hermétiquement ; l'air ne pouvant plus pénétrer en arrière, la bouche remplit alors l'office d'une véritable ventouse. On conçoit très bien, d'après cela, pourquoi les enfans nouveau-nés exécutent sans peine les mouvemens de succion, tandis que ces mêmes mouvemens deviennent très fatigans pour l'adulte.

Sens du touclier. Le toucher n'offre pas de disposition particulière à cet âge ; seulement le grand volume des nerfs, la ténuité et la vascularité de la peau, le peu d'épaisseur de l'épiderme , expliquent la finesse et

372 TRAITÉ Dr:5 ACCOL'CIIEMEJN'S.

la sensibilité du tact et du toucher chez les enfans.

Les considérations auxquelles nous venons de nous livrer sur le développement et la prédominance du sys- Icaie nerveux, sur l'activité des organes des sens après la naissance, rendent compte de la sensibilité, de la mobilité, de la turbulence qui caractérisent la première enfance. Cette exquise sensibilité fait que les agens extérieurs les plus inoffensifs deviennent des causes de sensations très vives et souvent douloureuses pour le nouveau-né, et explique comment le choc le plus léger, la moindre contrariété , la plus légère commotion , déterminent chez le jeune enfant un ébranlement considérable, et amènent des cris, des pleurs, toutes les manifestations de la douleur la plus vive. C'est à la même cause qu'il faut attribuer cette énergie, cette agiUté, qui nous étonnent, et qui font que les enfans passent des heures entières à crier,- marcher, courir, s'agiter, sans paraître fatigués.

C'est à cette prédominance du système nerveux, c'est au grand développement de l'encéphale et de ses dépendances, qu'il faut attribuer la -fréquence plus grande des maladies du cerveau et de ses enveloppes, dans les premières années de la vie; c'est à ces mêmes causes qu'il faut rapporter la fréquence des mouvemens convulsifs chez les enfans ; mouvemens que le public regarde comme une maladie essentielle, contre laquelle les mères demandent sans cesse aux médecins , et trop souvent à l'empirisme, un moyen de curation, ou de préservation. Nous ne saurions trop répéter ici ce que nous disons journellement, que les convulsions, loin d'être une maladie essentielle, ne sont que des cpiphénomènes de maladies couvent très différentes; que ces convulsions, loin d'exi-

gerune médication constante, uniforme, identique dans tous les cas, réclament souvent un traitement spécial suivant les causes qui les produisent, suivant les maladies qu'elles précèdent ou qu'elles accompagnent.

En effet, qu'un enfant soit affecté d'une méningite aiguë, d'une inflammation du cerveau, d'une irritation vive de la membrane gengivale dans le cours d'une dentition difficile, qu'il ait des vers dans le canal intestinal, il sera pris de convulsions; qu'il soit au début d'une fièvre éruptive, d'une variole, d'une rougeole, d'une scarlatine, ou qu'il ait simplement une épine enfoncée dans un doigt , et vous le verrez encore fréquemment affecté de convulsions. N'est-il pas évident que si , dans ces différens cas , un traitement général peut être employé pour combattre le mouvement convulsif lui-même, ou, plus souvent encore, pour en dissiper les effets; il faudra, avant tout, opposer un traitement spécial aux causes dont les convulsions ne sont que la conséquence, aux maladies dont elles ne sont que le prodrome? En définitive, les mouvemens convulsifs, triste apanage des maladies de l'enfance, ne sont que les conséquences d'une disposition organique propre à cet âge.

Système vasculaire sanguin. La formation précoce de ce système n'a pas encore^ermis d'en suivre le développement dans l'embryon humain, c'est seulement dans l'œuf incubé qu'on a pu l'étudier. L'apparition des vaisseaux sanguins suit de près celle du système nerveux. On voit les vaisseaux se développer sur la cicatricule par des points rougeâtres, qui se réunissent peu à peu de manière à se creuser une simple rainure dans la substance qui les renferme; mais bientôt les parois vasculaires se développent et forment un réseau veineux qui I. a5

374 TRAITÉ DES ACCOUCIIEMEITS.

se détache la veine omphalo-mésentérique, et qui se dirige vers l'embryon. A l'extrémité de cette veine se trouve lepunctum saliens, qui est le premier rudiment du cœur; de ce point part l'aorte dont les branches les plus considérables se dirigent vers le réseau veineux, pour former ainsi un cercle vasculaire très simple. Si nous prenons l'analogie pour guide, nous devons croire qu'une disposition à peu près semblable se rencontre dans l'embryon liumaio. En effet, ce que nous observons dans la quatrième ou la cinquième semaine n'en diffère pas d'une manière sensible. Nous voyons un cœur volumineux recevoir une veine cave et donner l'aorte; la première paraît être la continuation de la veine omphalo-mésentérique qui procède de la vésicule ombilicale et qui, avant de s'ouvrir dans la veine cave, se ramifie en grande partie dans le foie. L'aorte donne quelques rameaux aux parties déjà formées de l'embryon, et se termine par l'artère omphalo-mésentérique. L'apparition des vaisseaux ombilicaux n'a lieu qu'un peu plus tard. En parlant de la circulation du fœtus, nous ferons connaître avec détail les dispositions du système vasculaire sanguin et les modifications qu'il subit après la naissance.

Système lympathique. î^os connaissances sont à peu près nulles sur la formation *t la disposition de ce système dans les premières périodes de la vie embryonnaire. A la naissance, les vaisseaux lympathiques sont nombreux et bien développés ; les ganglions paraissent être moins abondans que chez l'adulte, plusieurs d'entre eux ne semblent être encore qu'à l'état de plexus. Cet état d'imperfection du système lymphatique s'accorde peu avec le rôle actif que quelques physiologistes lui ont attribué dans la nutrition de l'embryon et du fœtus.

<ÏU NOUVEL ÊTRE. 375

Système osseux. Les os se présentent d'abord sous la forme de moules gélatineux, puis cartilagineux , mous sans cellules et sans cavités médullaires. Ils offrent dès l'origine, la forme qu'ils auront chez l'adulte, à l'exception toutefois, de leurs prolongemens épiphisaires , qui sont d'une époque postérieure. Un peu plus tard , de^ points d'ossification apparaissent au centre dés cartilages , ces points s'étendent en lignes parallèles dans les os longs, en lignes rayonnées et divergentes dans les os larges. L'ossification ne commence jamais par ua seul point pour chaque os, mais par un nombre déterminé de points qui se réunissent ensuite. Ce nombre est variable. En général, les os longs se développent par trois points d'ossification , un pour le corps et un pour chaque extrémité. Chaque vertèbre présente aussi trois points d'ossification, un pour le corps et deux pour les lames. L'os iliaque, dans l'enfance, est formé de trois pièces principales, l'iléon, l'ischion et le pubis (i).

Les os larges du crâne sont minces et comme membraneux, leur ossification va en s'irradiant du centre vers la circonférence , à la naissance ils ne sont point encore en contact immédiat , ils laissent entre eux des intervalles membraneux [commissures, /ontcmelles). Ils n'ont pas de diploë, leur surface est spongieuse, vasculaire , et tient lieu en quelque sorte de diploë, ce qui explique la formation des épanchemens sanguins que nous observons quelquefois sur ces os, soit à l'intérieur soit à l'extérieur du crâne.

Les os apparaissent dans l'ordre suivant : lesrudimens

(i) Voyez notre Atlas, pi. II, ljg.3.

376 T1AITÉ DES ACCOrCHTMiyS.

cartilagineux du corps des vertèbres 1 ; et des côtes sont visibles de la troisième à la cinquième semaine ; dans la septième , oa trouve déjà une grande partie du squelette cartilagmeux. C'est aussi pendant la septième semaine qu'on voit paraître les premiers points d'ossification aux clavicules et à la mâchoire inférieure. Dans le courant du troisième mois , la base du crâne est cartilagineuse ; la voûle, encore membraneuse , ne tarde pas à prendre plus de consistance et à présenter des points d'ossification sur tous les os larsres. Dans les mois suivants, l'ossification continue d'une manière régulière; mais \fis progrès sont beaucoup moins rapides que pendant les quatre premiers mois de la gestation. Au moment de la naissance , les os du tarse . du carpe . sont encore complètement cartilagineux. Le cartilage épiphisaire de l'extrémité inférieure du fémur est le seul qui, à la naissance, renferme un noyau osseux. La constance de ce point osseux est un caractère qui, en médecine légale , a une grande valeur pour la détermination de 1 âge du fœtus.

Les os du fœtus sont beaucoup plus vasculaires que ceux de l'adulte. L'élément gélatineux prédomine sur l'élément calcaire, c^tte prédominance, subsiste long-temps encore après la naissance, d'où il suit que'les os du fœtus et même ceux des jeunes sujets sont plus mous, plus flexibles que €xu%. des adultes, qu'ils résistent, en quelque sorte, en cédant aux efforts, aux violences extérieures, plutôt par leur élasticité que par leur solidité. Aussi les fractures sontelles excessivement rares chez le fœtus ; elles sont encore

(IJ V-vei Ei-e Ldàî, pL XXIS, 5^. 10.

peu communes chez les jeunes enfants , malgré l'acti vite, et la turbulence qui, à cet âge, les exposent à des chutes fréquentes. La flexibilité des os du fœtus présente des avantages incontestables pendant le travail de l'accouchement ; c'est elle qui permet au crâne, aux parois thoraciques et pelviennes, de subir un affaissement plus ou moins considérable propre à faciliter l'accouchement, à le rendre moins pénible, moins dangereux pour la mère et pour le fœtus. Nous avons vu, dans quelques cas , un point assez étendu de la voûte du crâne déprimé, enfoncé, pendant un espace de temps très long, sans préjudice pour la vie de l'enfant et sans qu'il y ait eu de fracture. Il ne faut pas croire cependant que des fractures ne puissent avoir lieu en pareilles circonstances. Lorsqu'il existe une disproj)ortion marquée entre le volume de la tête du fœtus et l'étendue du bassin, des fractures peuvent être produites par l'action seule de l'utérus et de ses auxiliaires, ou, plus fréquemment encore, par l'action des instrumens dont on fait quelquefois usage. Des fractures peuvent encore survenir pendant le travail de l'enfantement, à la suite de manœuvres mal dirigées; les premières portent sur les os de la voûte du crâne, les secondes sur les os des membres.

Mais ce qu'il est bon de savoir, surtout pour les cas qui se rapportent à la médecine légale, c'est que toutes les fractures que l'on peut rencontrer chez le fœtus ne doivent pas être attribuées à des sévices ou aux causes que nous venons d'énoncer; ainsi on a vu, ce qui est plus rare et plus extraordinaire , des fractures sur des fœtus encore renfermés dans le sein de leur mère et sans qu'il y ait eu de violences extérieures.

378 TRAITA DES ACCOTTCHEMEîfS.

jMalebranche dit(0 « que l'on voyait aux incurables » un jeune homme qui était né fouet dont lecorps était tout V rompu dans les mêmes endroits dans lesquels on rompt » les criminels ; cet homme a vécu plus de vingt ans dans » cet état. » Malebranche attribuait la cause de cet accident à l'imagination de la mère , qui avait assisté à l'exécution d'un criminel condamné à être rompu ; les coups donnés à ce misérable frappèrent avec tant de force l'itnagination de cette mère, et par contre-coup le cerveau tendre et délicat du fœtus , que non seulement celui-ci perdit la raison pour toujours, mais encore vint au monde avec les os brisés dans les mêmes endroits que ceux du criminel.

Nicolas Hartzoeker (2) ajoute au cas précédent, d'après le dire d'un laquais, celui d'une dame de qualité de Paris,qui avant par hasard assisté à un pareil supplice pendant sa grossesse, mit au monde une fille toute rompue ; cette fille vivait encore en 1692, acrée alors de 32 à 33 ans.

Bidloo raconta à W, G= Muvs, qui rapporte le fait (3) qu'une femme de Levde, grosse de sep^ mois, étant allé exprès à Harlem pour v voir exécuter un voleur condamné au supplice de la roue, accoucha d'un enfant dont les os des membres étaient cassés comme ceux du voleur : Artuûm ossa simili profecto rfltione ac isti latroni diffracta.

Si ces faits existaient seuls dans la science , ils ne mériteraient pas de fixer l'attention ; car ils n'offrent ni le degré d'exactitude, ni l'authenticité nécessaires pour

(l) Reeherehe d» ta vériti. Ut. IÏ, châp. j. Pâtis, 1674.4 roi. în-!2.

(2^ Suite d»i eonjeetar*s physiquas, Amsterdam, 1708.

(3) Voyez la préface de son TraiU de masiulorum ariifieiosà fabriea , xySi-

entraîner la conviction: en effet, les deux derniers ne sont rapportés que sur des ouï-cHre , et celui de Malebranche n'a été vu ni décrit par aucun anatoniiste de son temps. Mais depuis, des faits irrécusables et mieux observés se sont présentés. Amand , appelé par son confrère Biget, dans la nuit du 10 octobre 1691, pour une dame de qualité , enceinte de quatre à cinq mois, qui faisait une fausse couche d'un enfant mort, s'exprime ainsi ( i ) : « Le » triste état dans lequell'enfant nous parut, eut tout lieu » de nous surprendre : nous trouvâmes qu'aux parties » moyennes, c'est-à-dire, au milieu des avant-bras, des » cuisses et des jambes, il y avait des impressions entiè- » rement semblables à celles que fait la barre de fer sur » les membres d'un patient auquel on fait subir le supplice » de la roue; dans ces endroits , les parties de ce fœtus » avaient du mouvement comme dans les autres arti- » clés naturels des bras, des cuisses et des jambes. Les » os étaient distinctement séparés, de même que si on » les avait rompus à dessein , et ils n'étaient joints que » par la peau.» Si .ce fait laisse encore quelque chose à désirer, il n'en est pas de même de ceux qui ont été recueillis et publiés par Chaussier.

Cliaussier a vu, en 1803, à l'hospice de la Maternité un enfant qui vint au monde après un accouchement prompt, facile , sans qu'aucune violence eût été exercée sur lui et qui avait quarante-trois fractures, tant au crâïie que sur d'autres parties du squelette. De ces fractures, les unes étaient récentes, d'autres présentaient un commencement de cal ou de réunion; quelques unes même

(1) Nouvelles obtervations sur les accoucliements, ohs. S, page 92. Paris.ijlS

380 TRAITÉ DES ACCOCCHEMEyS.

étJiient complètement consolidées (1 . Le même observateur a recueilli dans le même hôpital un fait encore plus remarquable. L'enfaut qui fait le sujet de cette seconde observation fut expulsé après un travail extrêmement facile et court. Il naquit faible et offrait une teinte bleuâ» tre; cet enfant étant mort peu de temps après sa naissance, fixa surtout l'attention par son extrême brièveté, et une mobilité insolite dans la continuité des os. Chaussier, en examinant le squelette, put constater l'existence de cent treize fractures réparties sur différens os du crâne, de la poitrine et des membres. Parmi ces fractures, les unes étaient récentes, plusieurs présentaient un commencement de réunion, d'autres étaient entièrement consolidées (2). Je ne sais si le squelette de cet enfant a été conservé, mais je possède une gravure qui représente exactement cette singulière lésion. Il est bien évident que dans ces deux observations les fractures ne peuvent être attribuées à aucune violence extérieure, ni à aucune des circonstances de laccouchement ; le travail de consolidation observé sur quelques unes d'elles, doit éloignef tout soupçon à cet égard. Qaant aux causes de ces lésions, personne n'oserait aujourd'hui les attr-ibuer à l'imagination de la mère. Il faut les chercher dans certaines prédispositions organiques qui peuvent exister chez le fœtus comme chez l'adulte, et qui proviennent soit dun vice intérieur, soit d'une altération particulière dans le mode de nutrition des os ; il faut admettre une friabilité

(1) Voyez Procéi-ierbal de la dittributitm det prix d la Maternité. Paris, i8io. page 6a.

(2) Chaussier , Uemoire sur Ut fractLTes et les luxations survenues a des fat us encort contenus dans la matrice, BuilcticsJe la Faculté, tome III. Pans i8i5.

extrême du système osseux, une espèce de diathèse d'après laquelle le fœtus ne pourrait, pour ainsi dire, se mouvoir sans se rompre.

Système fibreux. — Il n'est pas plus précoce dans son développement que le système osseux ; il reste longtemps mou et extensible; cette disposition et l'état cartilagineux des extrémités articulaires des os , expliquent la laxité des articulations chez le fœtus et rendent compte des flexions exagérées qu'elles peuvent éprouver. C'est ainsi que le fœtus peut naître plié en double , les membres pelviens exactement appliqués contre la surface antérieure du tronc; qu'il peut subir des inflexions considérables et variées , sans éprouver ni fractures ni luxations. Le système fibreux présente seulement vers l'époque de la naissance les caractères qu'il conservera plus lard.

Système musculaire. — Les muscles se présentent dans le principe sous la forme d'une masse blanchâtre, homogène, dans laquelle on n'aperçoit ni fibres, ni tendons, ni aponévroses; mais, vers le troisième mois, les fibres deviennent distinctes , et on ne tarde pas à reconnaître la partie tendineuse de la partie charnue. Après la naissance , les muscles sont encore beaucoup plus mous, plus pâles qu'ils ne le seront chez l'adulte.

^j"téA72ece//«/ai>e. Le tissu cellulaire est transparent, rose, infiltré de fluide séreux, dépoui*vu de graisse pendant les trois premiers mois de la vie intra-utérine. On commence à en apercevoir quelques parcelles dans le cours du quatrième. Cest vers le sixième mois, que la graisse se dépose en quantité notable dans les cellules qui avoisinent la périphérie du corps; à partir de cette époque les formes du fœtus changent beaucoup ; la peau

qui était flasque, ridée, transparente, rouge, se tend, devient opaque ; les membres, qui étaient grêles, s'arrondissent, prennent plus de volume à mesure qu'ils approchent du terme de la grossesse.

Système cutané. La surface tégumen taire consiste jusqu'au deuxième mois dans une couche mince d'apparence muqueuse, puis gélatineuse; du deuxième au troisième mois, la peau commence à se former, elle est alors extrêmement mince, transparente, molle et facile à déchirer; elle a l'aspect d'une membrane muqueuse ; sa couleur est rosée ; peu à peu cette membrane prend de l'épaisseur, de la consistance; à cinq mois elle est très vasculaire, et conserve encore sa transparence et sa couleur rosée. A six mois , elle devient opaque , résistante , et revêt les caractères qui lui sont propres.

Les ongles membraneux se montrent à quatre mois et demi ; ils prennent l'apparence cornée vers le sixième ; pendant le septième ils acquièrent plus de consistance et une certaine duretés

L'épiderme paraît au cinquième mois sur la plante des pieds , à la paume des mains ; à six mois il recouvre toute la surface cutanée. A cinq mois , le cuir . chevelu, les sourcils, les paupières, offrent de petites saillies percées à leur centre d'un trou pour le passage . des poils blancs, soyeux, extrêmement fins, qui sont visibles à la fin du f-inquième mois et dans le commencement du sixième. Vers cette époque, la surface du corps se couvre d'un léger duvet qui tombe au terme de la grossesse ou peu de temps après la naissance.

Les cheveux , d'abord blancs et courts , s'allongent , prennent plus de volume et une teinte plus ou moins foncée ; au septième mois ,, ils sont chez qudques

sujets, épais, longs et déjà assez fortement colorés.

Vers la fin du cinquième mois, un enduit blanchâtre, épais, onctueux , caséiforme , se dépose au voisinage des grandes articulations , aux aisselles , aux aines ; sur la fin du huitième mois, cet enduit recouvre progressivement la presque totalité de la surface du corps.

L'état de la peau et de ses dépendances fournit de bons caractères pOur juger le degré de maturité du fœus.

Appareil respiratoire. — Cet appareil , qui n'entre en exercice qu'après la naissance, se compose de trois parties principales et bien distinctes , savoir : le larynx^ la trachée-artère et les poumons dans lesquels nous comprenons les bronches , sans compter les corps glandiformes placés dans le voisinage , tels que le corps thyro'ide et le thymus , desquels nous parlerons à l'occasion de cet appareil. Dans le quatrième mois, les cartilages du larynx et de la trachée sont complètement formés ; à cinq mois le larynx et la trachée sont remplis de mucus. Chez le fœtus à terme, l'épiglotte offre encore beaucoup de mollesse; le larynx est fort petit; la glotte très étroite ne se développe complètement qu'à la puberté. Cette disposition rend l'inflammation des voies aériennes extrêmement grave dans l'enfance. La tuméfaction de la membrane muqueuse suffit souvent pour déterminer de la gêne dans la respiration, des suffocations graves ; mais lorsque des fausses membranes se développent dans le larynx et l'arrière-gorge, la glotte se trouve presque complètement oblitérée, et la mort devient une conséquence presque inévitable , comme le prouve trop souvent la terminaison fatale du croup.

PouTUons. Ils ne commencent à être visibles que dans la sixième semaine ; ils paraissent alors formés par l'a-

384 TRAITÉ DES ACCOUCHEMEHTS.

grégation d'un certain nombre de vésicules. A trois mois, leurs lobes sont séparés par des scissures profondes ; chaque lobe se compose de lobules distincts les uns des autres, ces lobules se réunissent bientôt, et on n'en trouve plus de trace à la naissance. Chez le fœtus à terme, qui n'a pas encore respiré, les poumons refoulés vers la colonne vertébrale, laissent une grande partie du péricarde à découvert. Leur tissu rouge, dur, compacte, non crépitant, ne surnage pas sur l'eau dans laquelle on le plonge. Lorsque la respiration a eu lieu, des changemens remarquables et prompts se sont opérés; le développement rapide des poumons distend les cavités thorachiques dans tous les sens et donne à la poitrine une forme particulière; ils recouvrent en partie le péricarde; leur couleur est beaucoup moins foncée, ils sont plus légers, ils crépitent lorsqu'on les presse. Leur pesanteur spécifique est inférieure à celle de l'eau.

Corps thyroïde. Ce corps, auquel on donne le nom de glande^ quoiqu'il n'ait pas de canal excréteur, prend une extension rapide jusqu'au sixième mois ; à dater de cette époque, il cesse de croître aussi rapidement; son développement suit alors celui des autres parties. 11 a une forme pliis arrondie, un volume relatif plus considérable que chez l'adulte.

Thymus. Le thymus est un corps d'apparence glandulaire situé dans le médiastin antérieur , derrière le sternum et au-devant de la trachée et des gros troncs vasculaires de la poitrine; divisé en deux lobes à la partie supérieure , il s'étend souvent jusqu'au corps thyroïde. 11 est d'une couleur rosée et formé de granulations à peu près semblables à celles des glandes salivàires ; ces granulations renferment un fluide blanchâtre, épais; mais

DTJ NOUVEL ÊTRE. 385

on n'y trouve pas de canal excréteur. C'est au troisième mois qae le thymus commence à paraître ; il prend un accroissement considérable jusqu'au terme de la gestation; après la naissance il reste quelque temps stationnaire ; mais avant la fin de la première année, il commence à diminuer, et-finit par disparaître complètement, en sorte qu'on en trouve rarement des traces chez les enfans de dix à douze ans.

Les usages de cet organe comme ceux du corps thyroïde sont encore inconnus , il est probable qu'ils ont rapport à la vie intra-utérine, bien que ceux qu'on lui attribue ne soient pas jusqu'à présent suffisamment justifiés.

Appareil de la digestion. A la fin du premier mois, on aperçoit déjà le canal intestinal dans toute son étendue (i); à cette époque il est uniformément cylindrique, depuis le pharynx jusqu'à l'anus; il est partout droit, excepté dans le point où il rencontre le pédicule de la vésicule ombilicale, là, il forme un angle assez prononcé. Déjà on commence à apercevoir des traces du mésentère.

Vers la fin du deuxième mois , l'estomac est encore vertical, l'intestin grêle commence à former quelques circonvolutions; le gros intestin ne surpasse pas encore en volume l'intestin grêle; il est toujours droit. Le cœcum est un peu plus développé. L'anus ne présente encore qu'une fossette qui paraît imperforée.

Dans le troisième mois, l'estomac se place plus transversalement , le duodénum très large en est mal séparé, les circonvolutions de l'intestin grêle sont plus pronon-

(l) Voyex notre Allas, pi. XXV II, Cg. 4 et 7, e et d.

386 TRAITE DES ACC0UCHE3IENS.

cëes. Le gros intestin a augmente de capacité dans la partie supérieure , il se dirige d'abord transversalement puis eu bas ; à la fin du troisième mois , il commence à se diriger en haut. Vers cette époque on aperçoit, sur la membrane muqueuse, des villosités et des plis. L'anus se présente sous l'aspect d'une ouverture béante, située derrière l'orifice génito-urinaire.

Au quatrième mois , l'estomac est transversal , la val- \-ule pylorique est formée en grande partie. Le cœcum est fixé , le colon ascendant se rapproche de la position qu'il occupera dans la suite ; les phs longitudinaux du rectum commencent à paraître. •

Dans le cinquième mois, les villosités de l'estomac et de l'intestin grêle proéminent davantage ; les valvules conniveutes sont aussi plus manifestes ; les bosselures du gros intestin commencent à se dessiner. La courbure iliaque du colon se prononce ; l'anus se resserre , le canal intestinal a pris, à peu de chose près, la forme, qu'il conservera pendant le reste de la vie. Au moment de la naissance , le gros intestin distendu par le mœconium est proportionnellement plus développé que les autres parties du canal digestif. Toutes les fois qu'en examinant le corps d'un enfant mort , et qui n'est pas imoerforé', on trouve le méconium dans l'intestin, on peut être certain que cet enfant n'a vécu que peu de temps, parce que cette matière est ordinairement expulsée dans les vingt-quatre ou trente-six premières heures qui suivent la naissance.

Glandes salivaires. Elles apparaissent dans le troisième mois, se présentent sous forme de vésicules, groupées autour des canaux excréteurs ramifiés, et dont le tronc se dirige vers la membrane muqueuse de la bouche

Pancréas. C'est pendant le troisième mois qu'on aperçoit les premières traces de cette glande. Dans le principe, le volume du pancréas est considérable relativement aux autres organes. Au quatrième mois, les granulations sont rapprochées, le canal excréteur est très large. A partir du sixième mois , l'accroissement se ralentit. Le pancréas , d'abord vertical, suit le mouvement!! de l'estomac et devient horizontal.

Foie. Dès la fin du premier mois, on aperçoit lefoiej il a un volume considérable, car il forme à lui seul presque le tiers du corps de l'embryon; dans la suite il continue à grandir considérablement , cependant son volume relatif diminue. Il occupe d'abord toute la partie supérieure de la cavité abdominale. Au quatrième mois, il s'étend à droite jusqu'à la crête iliaque, à gauche il descend moins bas. Au sixième mois, il est plus élevé et refoule le diaphragme.

yesicale biliaire. Y\\q se montre dès le commencement du troisième mois , sous la forme d'un canal, qui s'avance du foie vers l'intestin. Au quatrième mois, elle contient un mucus incolore qui ne tarde pas à devenir verdâtre. Dans le fœtus à terme , cette vésicule est lo<jée dans une dépression plus profonde que celle qui la reçoit chez l'adulte.

Rate. Elle apparaît vers le soixante-dixième jour* pendant toute la vie fœtale elle reste fort petite elle a wne couleur bien moins foncée que chez l'adulte • elle conserve même une teinte blanchâtre jusqu'à la naissance époque où son volume est absolument et relativeuient beaucoup plus petit que celui qu'elle aura chez l'adulte. CoT'ps de JFolff , faux reins. Ce sont des organes pairs, situés au-devant de la portion lombaire de la

colonne vertébrale, n'ayant qu'une durée passagère, du moins chez l'homme et les autres mammifères. Les corps de Wolff existent avant les reins et les organes génitaux; ils sont déjà arrivés à leur plus grand développement quand ceux-ci commencent à paraître. Ces corps ont une forme allongée ; ils sont formés d'un grand nombre de petits canaux qui aboutissent à angle droit, dans un canal assez large dont l'extrémité vient s'ouvrir à côté de celui du côté opposé dans le cloaque ou sinus uro- génital commun. Dans l'embryon humain, les corps de Wolff sont déjà en grande partie atrophiés à la huitième semaine. Cependant on en trouve encore quelquefois des traces après la naissance dans le sexe féminin. La disposition et le grand volume de ces organes dans le principe, font croire qu'ils sont destinés à une sécrétion importante , sans doute , mais la nature et la destination de cette sécrétion sont encore inconnues.

Capsules surrénales. Elles sont beaucoup plus développées chez le fœtus que chez l'adulte. Les capsules surrénales apparaissent dans la septième semaine; elles sont situées au-devant et un peu en dedans des corps de Wolff. Leur contour est mal dessiné; elles se touchent par leur extrémité inférieure ; elles sont formées d'un tissu granuleux. Dans la neuvième semaine , leur volume est double de celui des reins. A quatre mois elles ne sont pas plus grosses que ces organes^ à six mois leur surface est inégale, on rencontre dans leur intérieur un liquide brunâtre ; à la naissance , elles n'ont que le tiers du volume des reins; chez l'adulte elles paraissent atrophiées et flétries.

Reins. On commence à les apercevoir vers la fin

DU NOUVKL i'IRE. 389

de la septième semaine ; à cette époque ils sont cachés derrière les capsules surrénales. Dans le principe , ces organes ont une structure granuleuse; au commencement du quatrième mois , ils sont composés de sept à huit lohes séparés ; au sixième mois la séparation n'existe qu'à la surface externe. Cette disposition, l^uleuse à l'extérieur, persiste quelque temps encore ^près la naissance.

Uretères. D'abord très gros, ils sont visibles en même temps que les reins, ils vont s'ouvrir dans le cloaque commun aux organes de la génération , à l'ouraque et à l'extrémité inférieure du canal intestinal dans lequel aboutissent les canaux des corps de Wolff; mais cette cavité commune ne tarde pas à subir des changemens remarquables. Le périnée en se formant sépare transversalement la gouttière uro-génitale. La portion du cloaque où s'insèrent les uretères s'isole peu à peu en se portant en avant, et à la huitième semaine le canal de l'urètre et la vessie existent d'une manière distincte; celle-ci ressemble à une dilatation allongée de l'ouraque, qui, au troisième mois , est encore ouvert jusqu'à l'ombilic; mais a dater de cette époque il s'oblitère rapidement, et donne à la vessie une forme plus globuleuse. Cependant, après la naissance, la vessie située plus haut qu'elle ne le sera dans la suite, conserve pendant quelque temps encore une forme conique.

Organes génitaux. Au moment de l'apparition des organes de la génération, il est impossible de distinguer le sexe, tant leur conformation présente d'analogie, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur ; mais cette ressemblance ne doit pas faire admettre que tous les embryons soit primitivement du sexe féminin, comme l'ont avancé quelques anatomistes, et que les organes génitaux mâles réi, 2G

390 TRiVITJÉ DES ACCOtJCHEMENS.

siikeiît d'un développement plus avance des organes génitaux femelles. Nous pensons tjue !a différence des sexes est essentielle et primitive , qu'elle existe avant d'apparaître à nos sens. Dans la septième semaine, oh aperçoit, au-devant et un peu en dehors des reins, deux corps allongés qi% sont les testicules ou les ovaires. De ces deux corps partent deux prolongemens qui sont, l'épididj'uie dont la continuation forme le commencement du canal déférent, ou la trompe de Fallope. \ndevant de l'orifice uro-génital, on aperçoit un tubercule qui est le pénis ou le clitoris, au-dessous et en dehors existe de chaque côté un pli qui formera le scrotum, ou les grandes lèvres. L'utérus n'existe comme organe distinct du sinus uro-génital que vers la fin du deuxième mois. Il se forme à la partie supérieure du sinus un prolongement médian auquel correspondent les trompes; ce prolongement tuberculeux est le premier rudiment de l'utérus, tandis que la partie du sinus qui lui fait suite se transforme en vagin. Dès lors les deux direclions sexuelles sont fort distinctes et se prononcent de plus en, plus.

Testicules. Ils conservent un volume relatif considérable jusqu'au quatrième mois, moins toutefois que celui des ovaires. Le canal déférent descend d'abord directement dans le bassin , l'extrémité inférieure du testicule, et le commencement de l'épididyme donnent attache à un cordon cellulo-fibreux qui traverse l'anneau inguinal-, c'est \q gubernaculum testis deHunter.

Les testicules comme les ovaires quittent la place que primitivement ils occupaient au niveau des reins; au quatrième mois , ils sont à quelques lignes au-dessous de ces organes , — au sixième ils sont au-dessous

hv NotJvFr. ÊTRE. 391

et en dedans des muscles psoas.— - au septième ils se pressentent à l'orifice interne du canal inguinal, qu'ils traversent pendant le huitième, — au terme de la grossesse, ils sont au fond du scrotum. Wri5berg(l) a constaté que sur 97 garçons, 69 avaient à la naissance les deux testicules dans le scrotum; 17 en avaient un ou tous les deux aux aities, 8 un seul et 3 les avaient tous deux dans la cavité abdominale. Cette progression descendante du testicule est expliquée par le raccourcissement successif du gubernaculum de Hunter. Le péritoine, placé au-devant des testicules, les accompagne dans leur marche et forme les deux tuniques vaginales en se renversant comme un doigt de gant. Les testicules entraînent aussi des lames fibreuses du pourtour des anneaux et le bord inférieur du muscle oblique interne qui forment lecrémaster, etc.

Pénis. Jusqu'au troisième mois on ne peut dire si le tubercule saillant au-devant des pubis est un pénis ou un clitoris; à cette époque, on aperçoit une gouttière à la face inférieure du pénis qui se ferme pour former le canal de l'urètre, dont l'ouverture se trouve alors à l'extrémité du gland , tandis qu'avant elle était près de la racine des corps caverneux. Au cinquième mois un pli annulaire se forme autour de la base du gland; ce pli qui doit former le prépuce acquiert bientôt un développement tel, qu'il recouvre et s'étend jusqu'au-delà du gland. Cette disposition du prépuce persiste un certain temps après la naissance. Les deux plis cutanés dont le scrotum se compose se réunissent sur la ligne médiane , de manière à former le raplié.

Ovaires. Ils grandissent beaucoup jusqu'au quatrième

(i) Cumm6nlation6S, pag. lïO.

mois, époque où leur organisation en grappe disparaît; au troisième mois ils commencent à descendre , à quatre mois ils sont déjà à quelques lignes au-dessous des reins ; au sixième mois il sont dans le bassin.

Clitoris. Il est très long jusqu'à la fin du troisième mois, ce qui avait fait croire que le nombre des garçons rendus par avortement avant cette (-poque était plus considérable que celui des fdles , mais si on examine ces avortons à la loupe, on reconnaît bientôt , comme Morgagni l'avait déjà fait remarquer, que cette opinion est dénuée de fondement, car on aperçoit sur un grand nombre de ces avortons une scissure verticale au-dessous du clitoris qui indique l'ouverture de la vulve et révèle le sexe. A cette époque les ligamens qui entourent le clitoris croissent rapidement , forment un prépuce qui , au quatrième mois , le recouvre complètement; les bords saillans de la face inférieure de ce prépuce , qui formaient une espèce de gouttière , se développent davantage et constituent les nymphes ou petites lèvres. Au sixième mois , le clitoris est recourbé en bas et se trouve cacbé par les petites lèvres.

Grandes lèi-'res. Elles sont encore peu développées au troisième mois; à la naissance elles caclient le clitoris, mais les nymphes les débordent toujours.

Pour ce qui concerne les autres parties des organes génitaux, nous nous bornerons aux seules indications que nous avons déjà données sans entrer dans plus de détails.

ARTICLE III

Dimensions et division du fœtus à terme.

Le fœtus étant obligé de parcourir l'espèce de filière formée par le bassin, il est important, sous le rapport

Page 1