CHAPITRE IL
La génération est tout à la fois l'opération la plus impénétrable et la plus importante de la nature. Elle n'occupe qu'une partie de l'existence des êtres doués de la vie; elle ne s'accomplit bien ^ que quand les individus ont acquis leur summum de développement , d'accroissement, de perfection ; elle paraît être le but que la nature s'est proposé d'atteindre en leur donnant la vie; car aussitôt qu'elle est accomplie, les individus languissent, se détériorent et meurent ; c'est ce que nous observons dans une multitude de végétaux et d'insectes.
Sans la génération, les corps organisés n'auraient eu qu'une existence éphémère , momentanée. Quelque
nombreux, quelque variés que soient ces corps, ils auraient bientôt disparu de la surface du globe! C'est par elle que la vie se forme, se développe, s'entretient, se propage ; c'est par elle que les êtres vivans couvrent la surface du sol que nous habitons, pénètrent dans les cavités qui s'y trouvent, se répandent dans les eaux qui l'arroseht et qui l'entourent, s'élèvent, se disséminent dans l'atmosphère qui nous enveloppe et nous presse ; c'est par elle que les individus, les races se perpétuent; c'est elle qui, luttant sans cesse contre les efforts destructeurs du temps, répare les pertes que la mort entraîne; c'est elle enfin qui, rallumant sans cesse le flambeau de la vie, maintient l'équilibre nécessaire pour l'harmonie de ce monde.
Les anciens en déifiant l'amour, le représentaient les yeux couverts d'un bandeau , un flambeau à la main , parcourant le monde qu'il embrase de ses feux; ils n'ont fait qu'exprimer, que peindre , sous le voile d'une ingénieuse allégorie , une vérité immuable que nous exprimerons ainsi : sans génération ^ plus de vie.
Les moyens que la nature emploie pour la propagation de la vie, sont nombreux et variés; ils diffèrent suivant la série des êtres auxquels ils s'appliquent. En général, ils paraissent d'autant plus simples que les individus produits ont une organisation plus élémentaire; d'autant plus nombreux et plus complexes que ceux-ci ont une organisation plus élevée. Ainsi , depuis les générations spontanées admises par Rudolphi ^ Bremser^ admises comme probables par Lamarck et Geoffroy ^ jusqu'aux générations par fécondations les plus complexes, nous trouvons des variétés 'nombreuses qui peuvent être rapportées aux groupes exposés dans le tableau suivant.
DE L.i GÉNIiRATlOW.
ao Générations résultant d'un seul individu , par division ou séparation d'une de ses parties.
1» Générations spontanées. — Douteuses, — Inconnues. Vers intestinaux.
1° Piir simple division de l'individu, chnque fragment produit un individu nouveau: Fissiparet.
Vef^ftaux, bouture, animaux infusoires.
3° Par séparation d'un produit végété , soit à l'extérieur, soit à l'intérieur de l'in- ■ dividu. Gemmipares. Végétaux.
Bourgeons , quelques polype».
Gemme.
lo Hermaphrodisme , avec sexes réunis dans une enveloppe commune, un seul individu se sufCt. Beaucoup de végétaux, quelques mollusques.
2° Hermaphrodisme , avec sexes séparés sur le même indi- 1* Réunis sur le i vidu qui se suffit à lui-même, même individu. \ Plantes monoïques.
5o Hermaphrodisme , avec sexes séparés sur le même individu ; mais exigeant le concours de deux individus semblables, et même une fécondation réciproque. Mollusques gastéropodes, les vers. / lo Sans rapprochement, père, / mère , enfans restent inconnus i les uns aux autres. Plantes dioï- L ques , poissons.
1^3° Avec rapprochement, sans copulation , père, mère se connaissent, Us en fans restent et rangers. Batraciens.
3° Avec rapprochement et copulation. La plupart des insectes, Les reptiles, chéloniens , sauriens, ophidiens; les oiseaux, les ^mammifères.
Sans incubation , les insectes, la plupart des reptile» et les poissons.
Avec incubation externe , les oiseaux.
3° Avec incubation interne de grandes variétés , 1 conservée dans le sein maternel, suivant que le pro-/ sans y adhérer. Quelques ophiduit fécondé se se- l dien»i,ovo-vivipares.
4° Avec organe gestateur, au- <jas'l le produit fécondé adhère, dont il tire en grande partie sa nourriture , et dont il se sépare après un temps déterminé. Toui vies mammifères.
3° Générations pari fécondation. Elles exi gent le concours des sexes, et offrent des variétés nombreuses ,^ suivant que les sexes sont :
«° Séparés sur deux individus differens.'
Ce dernier model de génération offre)
pare pour se déve-| iopper,
492 TRA.IT:é DES ACCOUCHEMENS.
La ge'néralion de l'homme appartient à ce dernier mode-, c'est à-dire à la gciiératiou la plus complexe. Elle comprend une série d'actes , une succession de phénomènes distincts qui peuvent être rapportés aux suivans : 1° la production des principes qui doivent concourir à la formation du nouvel être, laquelle embrasse la formation, la sécrétion des germes mâle et femelle; 2* le rapprochement , la mise en contact de ces principes , de ces germes, qui consiste dans la copulation ; 3° la combinaison de ces principes, l'animation ou vivificatiôn de ces germes, qui con?,ùti\Q.\di fécondation; 4° l'incubation, l'épanouissement, le développement, la conservation, pendant un temps déterminé, du produit fécondé, constituent la gestation ou la grossesse; 5° l'expulsion de ce produit hors du sein rnoXerneX, V accouche ment ; 6° l'éducation, l'alimentation pendant le premier temps de la vie, V allaitement -y 1^ enfin l'isolement , la séparation de l'individu de sa mère, le serrage.
Quelque attrayante que soit l'étude de ces différens groupes de phénomènes, il est évident que l'examen des trois premiers serait déplacé dans un ouvrage tel que celui-ci. Nous laisserons donc aux physiologistes et aux ouviages qui traitent de physiologie, le soin de déterminer: 1° quels sont les principes fournis par l'homme et par la femme dans l'acte générateur , quels sont les organes oii ces principes se forment , quelle est leur nature , quelles sont les propriétés dont ils jouissent et qui les caractérisent; 2° de quelle manière ont lieu le rapprochement et la mise en contact de ces principes; 3° enfin , comment la vie les pénètre, leur donne l'impulsion nécessaire à leur développement ultérieur.
Nous nous contenterons d'exposer les phonomènes qui dans cette fonction appartiennent exclusivement à la femme; savoir : la grossesse, l'accouchement, Tallai-
tement et le sevrage.