DÉTERMINATION DU SEXE
femme qui portait un garçon , était plus vive . plus gaie; qu'elle n'avait ni dégoûts, ni nausées, ni voniissemens, ni masque; en un mot, qu'elle jouissait d'une meilleure santé que celle qui portait une fille. Mallicureusement les faits viennent tous les jours démentir ces assertions. Un autre aphorisme est ainsi conçu : Mares fœtus uteri dextra parte, fœmina sinïstra magis si.estantur (1). Mais si on fait attention à la conformation, à la disposition de l'utérus, qui dans la grossesse est incline à droite à peu près huit fois sur dix , il sera facile de réduire à une juste valeur le dire d'Ilippccrate. Cet aphorisme , conmie le précédent , a donné naissance à des liypothèses tout aussi mal fondées. On a prétendu qu'une femme enceinte d'un çarcon avait tout le côté droit du corps plus fort, plus développé, plus disposé au mouvement que le gauche; que si on la faisait coucher sur le dos, elle s'inclinait sur le côté droit pour se relever; que si elle voidait marcher, elle partait du pied droit. Enfin, on a encore prétendu que l'ovaire droit était consacré à la production des germes mâles, et l'ovaire gauche à celui des germes femelles ; d'après cette théorie on pourrait procréer à volonté des garçons ou des filles, suivant que dans le rapprochement des sexes on parviendrait à féconder l'ovaire du côte droit ou celui du côté gauche.
Ce système, renouvelé dans ces derniers temps, est complètement ahandonné, parce qu'il est contraire à l'observation. En effet, dans les animaux dont l'utérus est bifurqué, comme chez les carnassiers, les rongeurs, où le produit de la conception se développe plutôt dans les trompes que dans la cavité même de l'utérus, on trouve
(Ij Afth, 47, «cet. V.
TRAITE DES ACCOUCHEMEJXS.
également les mâles et les femelles dans l'une et l'autre trompe. L'espèce humaine fournit aussi des faits pour combattre ce système. Nous en avons rapporté de fort remarquables page 180 de ce volume, entre autres celui de la femme B... , qui, ayant l'utérus bilobé, avait conçu une fille dans la moitié droite, et un garçon dans la moitié gauche de cet organe; et celui d'une femme qui, n'ayant que la moitié gauche de l'utérus , avait cependant donné naissance à des enfans de sexes différens. On ne peut donc attribuer à un ovaire plutôt qu'à l'autre la production des germes mâles. S'il nous était permis d'émettre une opinion ou une hypothèse sur un sujet aussi obscur, nous dirions que, d'après quelques essais tentés sur des animaux domestiques, d'après un grand nombre d'observations recueillies sur l'espèce humaine, d'après les confidences qui nous ont été faites, et aussi d'après le résultat de conseils que nous avons donnés dans quelques circonstances , la production du sexe nous paraît être l'œuvre de celui des deux individus qui, au moment de laccomplissement de l'acte générateur, est relativement doué du plus haut degré d'énergie vitale, énergie qui est loin d'être toujours en harmonie avec la stature de l'individu.
En définitive, nous ne pouvons rien dire de positif sur la procréation des sexes, pas plus que sur les signes propres à les reconnaître , lorsqu'ils sont encore enfermés dans l'utérus. La seule remarque que nous puissions faire, c'est que des femmes qui ont donné naissance à plusieurs enfans de sexes différens ont dit avoir éprouvé dans les grossesses de garçons une série , une succession de phénomènes qu'elles n'observaient pas dans les grossesses de filles; ces différences étaient assez marquées
pour qu'elles pussent à l'avance spécifier le sexe de l'enfant qu'elles portaient. Mais ces différences ne s'observent pas chez toutes les femmes; quand elles existent, elles ne portent pas toujours sur les mêmes phénomènes , et ne sont pas chez toutes les femmes inhérentes au même sexe; ainsi l'une se porte mieux dans les grossesses de garçons, une autre dans celles des filles ; ces différences n'offrent donc qu'une application, un intérêt purement individuel, et ne peuvent servir à des inductions générales.
Durée de la grossesse.
La durée de la grossesse est de neuf mois ou deux cent soixante et dix jours. Mais ce terme est-il invariable, fixe, absolu? Vers le milieu du dernier siècle cette question a soulevé une discussion savante et animée parmi les médecins français. Cette discussion a donné naissance à une multitude d'écrits dans lesquels, à travers une polémique dont l'urbanité n'a pas toujours fait les frais, on trouve des faits rares et curieux, qui malheureusement n'ont pas tous le degré d'exactitude , d'authenticité , nécessaire pour porter la conviction dans les esprits judicieux et sévères. Aussi qu'arrivat-il? ce que nous voyons souvent, chacun resta avec son opinion. Louis, Bouvart et ceux de leur parti, tout en reconnaissant la possibilité des naissances avant le terme de deux cent soixante et dix jours, ne voulurent pas admettre que la grossesse peut se prolonger au-delà. Petit, Lebas et leurs partisans, soutinrent par des faits qui, comme nous l'avons dit, ne sont pas tous exempts de critique, par des raisons fondées sur l'analogie de ce qui arrive chez les animaux, que, puisqu'il y avait des causes capables d'avancer le terme de maturité du pro-
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duit de la conception , il devait y en avoir aussi de capables de la retarder ; ils admirent en conséquence la possibilité des naissances tardives.
Sans vouloir entrer de nouveau dans la discussion , des naissances précoces et tardives^ sous le rapport médico-légal, puisque la législation qui nous régit admet comme légitimes les enfans nés le cent quatre-vingtième jour après le mariage et le trois centième après la dissolution de cet acte, nous croyons devoir, dans la vue d'éclairer la question sous le rapport scientifique, choisir parmi un assez grand nombre de faits que nous avons recueillis , et rapporter le suivant.
La femme d'un de nos plus honorables magistrats, déjà mère de plusieurs enfans , avait cessé d'avoir ses règles le 8 avril Î834; la conception avait pu avoir lieu le 9. Vers la fia de mai cette dame n'ayant pas eu ses règles, et éprouvant d'ailleurs, depuis le mois d'avril, quelques autres indices d'après lesquels elle avait la conviction d'être enceinte, vint nous consulter pour savoir si elle pouvait sans danger entreprendre un voyage à une assez grande distance de Paris pour rejoindre sa mère qui était à la campagne. D'après l'époque présumée de la conception, nous crûmes prudent de lui conseiller de n'entreprendre ce voyage qu'après la troisième époque menstruelle passée ; ce qu'elle fit. Arrivée à la campagne, sa mère l'etigagea à se faire tirer du sang ; mais la jeune dame ne voulut pas suivre ce conseil sans avoir préalablement notre avis. Elle écrivit en conséquence à son mari , à la date du 1 5 août, en ces termes :
« Maman désire que je me fasse saigner, mais je n'ai ni élourJissemens, ni maux de tête; je sens remuer mon enfant depuis les premiers jours d'août : en un mot, je