INCOMMODITÉS PENDANT LA GROSSESSE
par suite dans la société tout entière, si la loi avait accordé à la légitimité des naissances une plus grande extension , nous nous plaisons à reconnaître la haute sagesse qui a préside à sa rédaction; car enfin, pour qu'une loi soit bonne, il n'est pas toujours nécessaire qu'elle soit juste dans tous les cas; il suffît qu'elle le soit pour le plus grand nombre; et lorsque, prévoyant des exceptions, elle fournit les moyens de les produire et de les faire rentrer dans le droit commun, la loi est , aussi parfaite qu'elle peut l'être. Sous ce rapport l'article 3î5du code civil ne laisse rien à désirer.
Incommodités qui surviennent pendant le cours d'une grosses'^e ordinaire.
Les femmes grosses sont quelquefois sujettes à des incommodités qui peuvent réclamer les secours de la médecine. Les incommodités pour lesquelles l'accoucheur est le plus fréquemment consulté, sont l'odontalgie , le ptyalisme, les aigreurs, les nausées et les vomissemens, la dyspepsie, la constipation, les hémorroïdes, les varices , la pléthore , la dyspnée et d'autres lésions de la respiration ou de l'innervation.
Odontalgie. L'odontalgie qui affecte les femmes enceintes n'est dans la majeure partie des cas qu'une névrose; dans quelques circonstances, elle est due à une congestion sanguine du côté des mâchoires. Cette maladie offre pour caractère spécial et distinct if l'intégrité des dents; les douleurs qui l'accompagnent sont le plus souvent intermittentes , et ont ordinairement pour siège un des côtés de l'une ou de l'autre mâchoire. Lorsque les douleurs sont très vives, elles se propagent de l'arcade alvéolaire aux parties voisines, c'est-à-dire à la
face, à la tempe , à l'oreille, en suivant le trajet âes filets nerveux de la septième paire.
Cette maladie cède souvent, comme l'avait déjà fait remarquer Mauriceau, aux émissions sanguines générales ou locales ; d'autres fois on retire de bons effets des bains généraux, de l'emploi local des narcotiques , de l'usage de quelques antispasmodiques , spécialement du camphre , seul ou uni aux opiacés, administré sous forme de gargarisme. Lorsque cette affection continue. M, ïmbert, chirurgien en chef de la Charité de Lyon, administre les pilules de Méglin, à la dose de quatre, six et même dix par jour; et aussitôt qu'elle prend le type intermittent, il donne le quinquina et coupe l'accès (1). En pareille circonstance il est toujours utile d'entretenir avec soin la liberté du ventre et même de recourir à l'usage des laxatifs doux , si le slavemens sont insuffisans.
Ptyalisme. Le plyalisme est causé par une sécrétion surabondante de salive. Il consiste dans une expuition fréquente , un crachotement presque continuel d'un liquide visqueux et filant, aussi désagréable que fatigant. Cet accident, dont nous avons déjà parlé page 503 , n'est ni douloureux ni dangereux. Pour le combattre on conseille les infusions aromatiques, telles que celles de thé, de camomille romaine, de fenouil, d'anis, ou de quelques plantes tirées de la famille des labiées. Quand le ptyalisme résiste, quelques praticiens ont recours à la saignée du bras, aux purgatifs légers, à l'usage des poudres absorbantes, telles que la magnésie calcinée , la poudre d'yeux d'écrevisses. Désormeaux
(l) ïmbert (de Lyon), Traité théorique et pratique des \naladies des femmes, 1840, l vol, in-&<>, page 400.
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Conseille de faire tenir habituellement dans la bouche du sucre candi ou dé là gomme arabique. Enfin , dans quelques cas, on a eu recours aux astringens.
Nous pensons que , dans une affection aussi légère, on doit être sobre de moyens actifs, d'autant mieux que leur emploi n'est peut-être pas à l'abri de tout danger. Murât rapporte (1) l'observation d'une jeiine femme chei laquelle la Suppression du ptyalisme par les astringetiâ fut suivie d'une attaque d'apoplexie qui causa la mort.
Nous devons faire observer que le ptyalisme, comme les nausées et les vomissemens qui l'accompagnent, cède ordinairement de lui-même du troisième au quatrième mois; mais quand il dépasse ce terme, il se prolonge souvent jusqu'à la fin delà grossesse.
Aigreurs. Elles se manifestent dans quelques circonstances , avant ou après les repas ; les femnfies ont alorà des rapports acides, nidoreux, d'un goût quelquefois insupportable. Les moyens à employer sont les amers, les infusions de fleurs de camomille, de petite centaurée, les vins généreux et surtout les poudres absorbantes , et en particulier^a magnésie calcinée.
Nausées et vomissemens. Nous avons déjà parlé de ces indispositions page 504. Lorsqu'elles sont modérées, elles n'offrent aucune gravité, et se terminent naturellement entre le troisième et le quatrième mois dé la grossesse.
Si les vomissemens sont fréquemment répétés , ils occasionnent de la douleur, un ébranlement qui, dans quelques cas, peut nuire au développement de là grossesse et provoquer l'avortement; d'autres fois ils nuisent
(l) Dictionnaire des sciences médicales, tome XIX, p. ASO.
à la nutrition de la femme, déterminent un amaigrissement et un affaiblissement progressifs qui peuvent, mais rarement, occasionner la mort.
Dans les vomissemens sympathiques comme ceux des premiers mois, on conseille l'usage de la magnésie calcinée, des pastilles alcahnes, celles de Vichy, quelques grains de poudre de racine de Colombo, l'application sur l'épigastre d'un emplâtre dethériaque ajTOsé de laudanum de Sydenham. Lorsque la langue est couverte d'un enduit jaunâtre, que la bouche est pâteuse, amèie, qu'il y a de la soif, peu d'appétit, que la peau est chaude et sèche, qui! existe de la constipation, il est nécessaire de recourir à l'usage de boissons fraîches et légèrement acidulées, et ensuite à l'emploi des laxatifs doux. Si les vomissemens sont accompagnés de rougeur de la langue, de douleurs épigastriques , de fréquence dans le pouls, et à pius forte raison de fièvre, une saignée du bras, l'application de quelques sangsues à l'épigastre, parviennent souvent à les arrêter. Chez les femmes nerveuses, d'une constitution faible, ou affaiblies par des privations ou des maladies antérieures, on emploie ^vec avantage la glace» les boissons gazeuses frappées de glace, quelquefois les vins liquoreux, comme ceux d'Espagne ou du Roussillon.
Dyspepsie. Il peut arriver que les digestions soient lentes, difficiles; cet état qui constitue la dyspepsie, est tantôt continu , tantôt il alterne avec des digestions normales; presque toujours alors.il y a constipation. Les règles à suivre n'ont rien de fixe ; on doit s'assurer si la dyspepsie est due à l'action sympathique de l'utérus, si elle provient d'une mauvaise disposition des organes digestifs, ou bien si elle résulte d'une faiblesse générale