II. — Folie périodique d'origine sympathique
Il s'agit ici d'états produits par des excitations périphériques qui atteigueut par moments le cerveau. On s'explique que ces excitations puissent produire un pareil effet par une prédisposition morbide du cerveau qu'on rencontre sans exception dans ces cas et qui généralement représente une tare héréditaire. Le plus souvent ces excitations partent du système nerveux génital et ce sont spécialement les processus de la menstruation ainsi que, d'après les recherches de Kirn, les maladies utérines qui donnent lieu à ces paroxysmes d'aliénation qui se répètent fréquemment avec des symptômes et une évolution typiques et toujours similaires.
Folie menstruelle^
La forme la plus pure de l'aliénation sympathique est représentée par la folie menstruelle, c'est-à-dire par des accès qui sont reliés au temps et aux processus de la menstruation et qui se présentent cliniquement en partie sous le schéma d'une psychose (manie, plus souvent mélancolie) en partie sous celui d'un délire. Dans tous les cas de cette folie menstruelle il s'agit d'un cerveau excitable dès l'origine d'une manière anormale qui réagissait déjà d'une façon pathologique dans la période prémorbide, ainsi que dans les intervalles de ces accès. La plupart des individus atteints de cette maladie, avaient une tare héréditaire, mais tous sans
' Comparez le travail de Fauteur de ce livre dans VArchIv.f. Ps!/c/i.,\U], f&sc. 1. — Schlager, Allg. Zeitschr. f. l'sych., 15, p. 457. — Schroter, IbicL, 30, p. 551 et 31, fasc. 2. — Zehnder, Wien.med. Presse, 38. — \Yinge, Norsk. Magaz., 3, R. III, 6. — ^Veiss,dans Leidesdorf, Ps'.yc/i. Stuclten, 1877. — Ellen Powers, Thèse de doctoral, Zurich, 1883 (littérature complète).
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exception préseutaient une constitution névropathique, étaient originairement imbéciles ou affligés de stigmates de dégénérescence fonctionnelle et même somatique.
La constitution névropathique se manifeste de bonne heure, mais sûrement à partir de la puberté. Chez la plupart les règles étaient déjà, pendant la période de bonne santé, accompagnées de malaises nerveux, d'agitation psychique et de dépression. Chez quelques-unes des malades, la psychose sexuelle était précédée par d'autres névroses (hystérie, hystéroépilepsie) ou aussi par des accès d'aliénation non périodique.
Dans un grand nombre de cas, quand existe cette prédisposition, des causes extérieures minimes (émotions morales, excès alcooliques, maladies physiques) suffisent pour faire éclater la maladie à l'époque où les règles arrivent. La maladie une fois développée, le processus de la menstruation seule qui augmente déjà à l'état physiologique l'excitabilité du système nerveux central, suffit pour provoquer le paroxysme; car, comme dans le trouble épileptique, il s'est probablement développé une altération fonctionnelle durable dans le cerveau.
Ce qui est remarquable dans cette maladie c'est que, dans les cas complètement enveloppés, l'accès peut se produire à l'époque du retour périodique des règles, quand même l'hémorragie menstruelle n'aurait pas lieu.
La première explosion de la maladie peut avoir lieu à une époque quelconque de la menstruation pendant la vie sexuelle ; elle se présente d'autant plutôt que la prédisposition est plus grande.
Les maladies des parties génitales, les irrégularités des règles se rencontreût souvent, mais ces malaises peuvent se produire aussi dans un appareil génital normal au point de vue anatomique et fonctionnel.
La pathogénie doit être cherchée dans les troubles vaso-moteurs qui se produisent dans le cerveau d'une manière réflexe par les nerfs ovariens excités pendant le processus de l'ovulation. Que le processus physiologique de la menstruation soit capable de provoquer des réflexes aussi considérables, cela s'explique par la tare cérébrale des individus qui ont une tendance à l'aliénation menstruelle. Selon le degré de cette tare, il se produit des symptômes nerveux qui peuvent aller d'une simple migraine aux accès d'aliénation.
D'après les expériences physiologiques (comp. Schlesinger, Wicn. med. Jahr., 1874, fasc. 1), on peut supposer que les centres nerveux vasculaires et ceux de l'utérus sont situés près les uns des autres et qu'ils jj^-ésentent une réaction homogène les uns sur les autres.
Comme prodromes de la folie menstruelle et la précédant parfois pendant plusieurs jours, il faut mentionner l'insomnie et la grande irritabilité morale. Souvent un état fluxiounaire avec mal de tète, vertige et sensation d'oppression à l'épigastre, forment le début du complexus symptomatique.
L'aliénation est tantôt postmenstruelle, tantôt prémenstruelle, tantôt intra-menstruelle. L'époque de l'apparition de l'accès pendant la menstruation peut changer au cours de la maladie sans que le tableau morbide subisse une modification essentielle.
Dans les cas d'aliénatioD prémenstruelle, la maladie est souvent arrêtée par l'apparition de la menstruation.
Cette folie menstruelle se rapproche des autres formes de la folie périodique dans ce sens qu'elle éclate brusquement et se termine de même, que les accès se ressemblent jusque dans leurs moindres détails, que la personnalité est pendant l'accès mimiquement tout à fait autre qu'elle n'est en temps ordinaire et que dans l'état intervallaire il existe de nombreux symptômes psychiques et nerveux.
Avec l'explosion brusque et la baisse subite de l'accès, avec la fluxion vers le cerveau, dans la plupart des cas très prononcée, avec le trouble profond de l'intelligence et le souvenir sommaire qui en reste, avec la production des hallucinations en foule et la fréquence du stade de stupeur, le tableau morbide peut se dérouler sous forme maniaque, notamment comme folie furieuse empreinte de colère, ou comme un délire mélancolique ou hallucinatoire, mais avec un cachet particulier. Les symptômes intervallaires qui ne manquent jamais du côté du système nerveux, sont en partie , l'expression de la constitution névropathique, en partie les symptômes d'une hystérie apparaissant simultanément ou d'autres complexus symptomatiques nerveux. Ils sont souvent difficiles à distinguer des derniers vestiges de l'accès (lassitude, stupeur) ainsi que des prodromes de l'accès prochain.
Il y a des cas où l'accès revient typiquement avec chaque menstruation. Avec le temps^ les accès deviennent alors de plus en plus intenses et de plus en plus graves et en même temps leur durée devient plus longue. Alors des états de débilité secondaires (confusion générale, démence) se produisent. L'agitation peut devenir permanente, un accès se confondant avec l'autre.
Il arrive que les accès manquent spontanément et temporairement ; ce fait se produit parfois par suite de maladies aiguës graves (typhus) ou de l'apparition d'une aménorrhée probablement accompagnée d'une suspension de l'ovulation, ce qui fait que la cause occasionnelle du retour des accès est supprimée ; mais parfois cette absence des accès a lieu aussi sous l'influence du séjour dans un hôpital.
Le pronostic n'est pas défavorable dans les cas qui ne sont pas invétérés et quand les accès ne reviennent pas régulièrement, bien que la prédisposition ne puisse disparaître.
Au point de vue thérapeutique l'indication causale exige qu'en combatte la constitution névropathique, c'est-à-dire l'excitabilité augmentée du cerveau, à l'aide d'un régime psychique, en évitant les excitations sexuelles, en relevant la constitution (hydrothérapie), en soignant l'anémie (fer), les maladies utérines qui peuvent exister, les anomalies des règles (traitement gynécologique).
La prophylaxie de l'accès isolé exige qu'on note exactement les époques de la menstruation, qu'on établisse si l'accès se produit à une époque prémenstruelJe ou post-menstruelle et qu'on essaie d'abaisser artificiellement l'excitabilité anormale au moment critique en employant les sels de brome, pas au-dessous de 6 grammes par jour et en augmentant selon les
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circonstances la dose jusqu'à 10 grammes. Dans la période intermenst.ruelle il faut interrompre le traitement afin d'éviter l'empoisonnement bromure. Dans le cas d'aménorrhée et de règles irrégulières, il faut, cela s'entend, se servir d'une manière permanente du bromure de potassium à plus petites doses (4 à 6 grammes). Il faut monter jusqu'à 8 grammes aussitôt que les règles se mettent à couler. L'atropine recommandée parWeiss {op cit.) de même que l'ergotiue recommandée par Schlangenhausen (Psych. Centralblatt, 1877, 2) n'ont eu, dans les cas de mon observation personnelle d'action ni préventive ni atténuante.
L'indication symptomatique exige le repos au lit et l'isolement lors de l'explosion de l'accès. Le brome n'arrête pas dans ce cas, c'est vrai, mais atténue l'accès. Quand il y a une fluxion violente, les compresses de glace, les bains sont utiles. Dans certains cas invétérés, les injections de morphine ont une action atténuante et abrègent l'accès. Elles sont sans valeur au point de vue prophylactique.
Observation LUI. Manie menstruelle périodique. — M^i" A. S..., âgée de vingt ans, d'une famille très tarée, était scrofuleuse étant enfant ; s'est développée avec une rapidité extraordinaire, était douée de grands talents, de tout temps excentrique, portée au romanesque, nerveuse et très émotive. Les règles apparurent à Tâge de seize ans; elles étaient aux périodes suivantes toujours régulières, mais souvent profuses. A l'âge de dix-huit ans, maladie hystériforme avec spasmes cloniques et toniques. Plus tard, grande nervosité et fi'équemment syncopes.
L'été 1874, la malade tomba amoureuse d'un monsieur qui ne s'en doutait même pas; elle entra dans un état d'esprit romanesque et exalté; elle fut enfm arrachée par ses parents à ses illusions; elle devint alors hypocondriaque, mélancolique, déprimée, aboulique; elle croyait qu'elle était atteinte d'une maladie de cœur et qu'elle mourrait bientôt.
Le 20 octobre, elle eut ses règles; ensuite état d'esprit exalté, manières espiègles, remuantes, insomnie.
Le 30 octobre, le tableau d'une folie frénétique très avancée se développa en quelques heures. Émotion gaie allant jusqu'à l'extase, grande impulsion motrice, fuite des idées, confusion, accentuation des syllabes, rimailleries, tendance erotique dans le délire. Elle est enceinte, elle parle toujours de maux de cœur, de gage d'amour, d'Uhland, de son divin Théodore, auquel elle a voué son cœur et sa main. Rien que pour le plaisir de se donner du mouvement, elle bat et foule aux pieds les gens de son entourage. En même temps salivation; pas de phénomènes de fluxion vers le cerveau. Le pouls est petit, à 80; pas d'anémie; pas de troubles des fonctions motrices ni sensitives; constipation. Bains prolongés. Bromure de potassium (4 gr.).
Le 6 novembre, transition subite de la folie furieuse au calme; lucidité avec reconnaissance de son état. La malade est très émotive, sensible même aux irritations acoustiques et optiques, très lasse; elle a besoin du repos au lit. Elle n'a qu'un souvenir sommaire de sa R^aladie. Le mal de tête, la poussée des pensées et l'insomnie cèdent avec les bains prolongés pris le soir. Le 12 novembre, règles profuses jusqu'au 18 novembre. Le 16 novembre, on cesse de lui donner du bromure de potassium. Le 25 novembre, la malade, sans aucune cause, redevient frénétique, après un mal de tête qui a duré plusieurs heures. L'accès se déclare brusquement, atteint l'acmé au bout de quelques heures, évolue absolument comme le premier; émotion expansive continuelle, manières espiègles, erotiques, poussée énorme des pensées,
confusion, même fuite des idées, confusion des personnes, comme la première fois. Le 6 décembre, cessation brusque de la folie furieuse ; mêmes phénomènes intervallaires qu'au lendemain du premier accès. A partir du 2o novembre jusqu'au 6 décembre, on donne à la malade, chaque jour, du bromure de potassium (8 gr.). Ce moyen n'a été employé que symptomatiquement lors de l'explosion du paroxysme, et n'a donné aucun résultat.
Du 11 décembre jusqu'au 16, elle eut ses règles; le 20 décembre, après une nuit sans sommeil et un peu de mal de tête, nouvel accès de folie furieuse durant jusqu'au 28 et fidèle image du premier accès. Comme la signification périodique et menstruelle du cas était alors établie jusqu'à l'évidence, on continua de donner le bromure de potassium à partir du 20 décembre à la dose de 8 grammes, espérant obtenir une action préventive. Le 7 janvier, idées graves, rêves anxieux, mais pas de folie furieuse; à partir du 13, on donne 12 grammes de bromure de potassium; le 15 janvier, mal de tête, névralgie intercostale. La période critique passe sans accès; mais, à partir du 20 janvier, il y a des symptômes d'un commencement d'intoxication par le bromure de potassium; grand besoin de sommeil, faiblesse musculaii-e, pouls petit et rare, bruits du cœur faibles. Le 5 février, règles; les phénomènes d'intoxication s'accentuent. Stupeur, parésie générale avec sensibilité réflexe conservée. Vomissements pénibles de glaires visqueuses, anesthésie de l'arrièrebouche, pouls radial chétif. Incapable de manger et de rester assise. Avec de l'usage continu de 12 grammes de bromure de potassium la période critique se passe bien. A partir du 20 février on ne donne que 4 grammes. Démarche vacillante, chancelante, idiotisme total; bruits du cœur faibles, pouls à 114, filiforme. A partir du 13 février on cesse de donner le bromure de potassium. A partir du 27 février la stupeur, la faiblesse musculaire et cardiaque disparaissent. Le 10 mars, les phénomènes de l'intoxication par le bromure de potassium ont complètement disparu. Le 10 mars, menstruation, 2 grammes de bromure; le 13 mars, 6 grammes; le 13 mars, 8 grammes; le 17 mars. 6 grammes et le 21 mars 3 grammes; pas d'oscillations dans l'état général. Le 22 mars, le bromure de potassium, qui celte fois n'a laissé aucune trace d'intoxication, est supprimé. Sauf quelques légers malaises nerveux, la malade se porte tout à fait bien pendant l'intervalle. Le 4 avril, 4 grammes de bromure; règles le 6 avril; le 9 avril, 6 grammes. Le 11 avril, les règles sont passées; le 13 avril, 4 grammes; le 16 avril on cesse de donner du bromure. Sauf un peu de mal de tête on n'a pu cette fois remarquer rien de morbide; dans la suite il y eut souvent des sensations de boule, de la névralgie intercostale. Le 3 mai, menstruation, 4 grammes de bromure, en augmentant chaque jour de 1 gramme. Le 8 mai, les règles sont passées ; le 10 mai, on donne encore 6 grammes ; le 14 mai, 4 grammes; le 18 mai, suppression du bromure ; la malade se trouve tout à fait bien. Le 26 mai, menstruation en avance de quelques jours, 4 grammes de bromure de potassium; les jours suivants, boule et spasme, pleurs; le 29 mai, 6 grammes; le 30 mai, règles passées; le l^'' juin, bromure supprimé. Elle fut renvoyée comme guéiùe dans les premiers jours de juin. Dans la période suivante son état physique est excellent, les malaises hystériques disparaissent complètement. On n'observe plus chez elle aucun trouble psychique. A l'époque de la menstruation qui est régulière, on donne encore, par mesure de précaution, du bromure de potassium de la même manière qu'on Ta donné jusqu'ici. A partir du mois de janvier 1876, même après la suppression de ce médicament, on n'a plus constaté d'états psychopathiques consécutifs à la menstruation.