‹ Traité clinique de psychiatrieChapitre 108 sur 138 · B. — DÉGÉNÉRESCENCES PSYCHIQUES A BASE NEURASTHÉNIQUE · texte numérisé non relu

B. — DÉGÉNÉRESCENCES PSYCHIQUES A BASE NEURASTHÉNIQUE

Parmi les formes qui doivent être étudiés dans ce chapitre, on rencontre une forme particulière du trouble mental, caractérisée par des représentations obsédantes et par le tableau clinique de la paranoïa.

1" Trouble mental par idées obsédantes ^

Contrairement aux représentations obsédantes qu'on rencontre comme trouble élémentaire et épisodique chez les névropathes et les mélanco-

' Synonymes : folie abortive, folle du doute avec délire du toucher, folie avec conscience, pseudo-monomanie, Impulsions intellectuelles, folle à idées imposées, délire émotif.

Littérature: Griesinger : Arch. f. Psi/ch., I, p. 626. — Berger, Ibid., VI, fasc. 1, Vil], fasc. 3. — Salomon, VIII, fasc. 3. — ^Yille, Xil, fasc. 1. — Falret, Ann. méd. psi/choL, 1866. — Legrand du Saulle, La folie du doute, etc., Paris, 1875. — V. Krafft. Allg. Zeilschr. f. Psych., 35. — Schafer, Ibid., 36, p. 272. — Brosius, Irrenfreiind, 1881. — Claus, Ibid., 1830, no 21 (avec la preuve intéressante que le poète Jean-Paul a longtemps avant les recherches scientifiques décrit dans son aumônier Schmelzle un cas typique de représentations obsédantes et d'actions imposées). — Bail, YEncéphale, 1882, n° 2. — Tamburini, Rivista speriin.. IX, I, 2, 3.

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liques tarés, il s'agit ici de processus qui atteignent d'une manière durable la personnalité et influencent la vie intellectuelle dans tous les sens, soit en l'entravant, soit eu l'ébranlant, soit en l'obsédant ; ces processus ont en outre une marche particulière et par là ils prennent l'importance d'un type morbide spécial et bien caractérisé.

L'influence sur la pensée est entravante, sur les sentiments elle est ébranlante et provoque même des émotions de désespoir; au point de vue psycho-moteur elle produit des impulsions à des actes dans le sens des idées imposées ou bien empêche des actes qu'on a l'intention d'accomplir.

Cette aliénation à représentations obsédantes a une base neurasthénique. Ordinairement celle-ci peut être considérée comme une neurasthénie constitutionnelle et de cause héréditaire et sur cette base peut en outre se développer un tableau hystéropathique ou hypocondriaque comme névrose accompagnant les processus de la représentation obsédante. Ce n'est que dans des cas rares (Berger, loc. cit.) que la neurasthénie avec ou sans phénomènes hystériques ou hypocondriaques prononcés est une affection acquise par le surmenage intellectuel, par les émotions, par les maladies graves et épuisantes, les accouchements qui se suivent de près, la lactation", les excès sexuels, surtout l'onanisme, etc.), et alors elle peut selon les circonstances avoir une durée éphémère. Les causes d'affaiblissement que nous venons d'énumérer constituent des causes occasionnelles pour l'explosion de la maladie.

Dans les cas qui se développent sur une tare (héréditaire), les phénomènes physiologiques seuls (puberté, ménopausej suffisent pour provoquer la maladie ; souvent même elle éclate avant la puberté, dans l'enfance, comme la paranoïa originaire.

La maladie évolue sur le terrain neurasthénique; cela est démontré par ce fait que l'éclosion est provoquée directement, par des éléments affaiblissants qui abaissent le tonus cérébral, tels que, par exemple, les émotions, les pertes de sang (comme les règles), les indispositions, les débauches, etc. Autre preuve : les recrudescences et les exacerbations de la maladie vont de pair avec les recrudescences et les exacerbations de la névrose qui l'accompagne, et par contre la thérapeutique de la faiblesse nerveuse améliore aussi l'état psychique.

La maladie se rencontre à peu près avec la même fréquence dans les deux sexes'. Les idées imposées ont bien des traits communs avec les délires primordiaux de la paranoïa, car ils sont primaires et manquent de toute base émotive; bien qu'appuyés par des émotions, ils surgissent des profondeurs de la vie mentale inconsciente en surprenant les conceptions conscientes et logiques, en les troublant, en s'y juxtaposant d'une manière étrange et en prenant finalement une force obsédante et accablante. Il y a cependant une différence fondamentale dans ce sens que les délires primordiaux de la paranoïa sont vite acceptés, assi-

' Ma casuistique personnelle comprend 23 hommes, 34 femmes ; celle de ^Vilde, 7 hommes, 9 femmes ; dans les autres cas de la littérature, on trouve 13 hommes, 14 femmes.

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miles et façonnés pour devenir des illusions (systématiques), tandis que les représentations obsédantes, généralement du moins, se trouvent en face de la conscience constamment comme des intrus qu'on sent morbides, qui ne sont pas assimilables et qui troublent. Eu ce qui concerne la marche il y a encore des analogies en ce sens que la folie à idées imposées a avec la paranoïa ceci de commun que ces états véritablement constitutionnels, durables et en somme stationnaires, ne progressent pas au point d'amener des états de débilité psychique graves.

Du côté psychique il n'y a aucun stade d'incubation. Au milieu du bien-être intellectuel, les malades sont tout d'un coup pris par des idées qui n'ont aucun rapport avec leur état et qui n'ont été provoquées ni soutenues par aucune émotion, idées qui, avec une intensité et une obstination morbides, en dépit de toute l'énergie de la volonté et de l'association, demeurent dans la conscience jusqu'à ce qu'elles en sortent spontanément. Le malade a alors un moment de tranquillité ou bien un nouveau cycle d'idées fixes, importunes et tourmentantes, prend la place de celui qui vient de disparaître. Cette substitution est d'autant plus à craindre que l'état de réaction émotive produit par les représentations obsédantes abaisse la capacité d'arrêt des efforts de la volonté et de l'association et qu'en général l'excès du travail cérébral provoqué par l'accès met l'organe de la pensée dans un état de neurasthénie et de faiblesse irritable encore plus prononcé.

La cause immédiate de l'apparition de la conception obsédante concrète ne peut être décelée que dans quelques cas exceptionnels. Le réveil des idées imposées peut avoir lieu psychologiquement, par la voie de l'association des idées, à la suite d'une perception des sens, d'un événement surprenant, d'un mot rencontré dans une lecture, d'une prière récitée, d'une conversation, et, selon les circonstances, comme image de contraste. D'ordinaire le mode d'origine pourrait bien être d'ordre physiologique, organique, analogue à celui des délires primordiaux et alors le primum movens du développement de la conception obsédante est difficile à découvrir. Parfois on peut trouver une connexité entre les conceptions erotiques lascives et les phénomènes de la menstruation, une corrélation entre les idées destructives et une sensation physique désagréable, par exemple une névralgie avec laquelle se noue la représentation obsédante au statu nascendi. Le sujet des idées obsédantes est très varié, selon la richesse de la vie intellectuelle générale et la tendance individuelle. Sous ce rapport, il est indéniable que les anomalies originaires du caractère favorisent l'apparition de telle ou telle représentation obsédante; par exemple, la manie de creuser les idées religieuses se rencontre chez les personnes bigotes, l'idée de souillure chez les individus prédisposés à l'hystérie, les idées de se préoccuper si tout est bien fait et mis à sa juste place chez les personnes qui de bonne heure se sont fait remarquer par leur pédantisme et leur sentiment méticuleux de l'ordre. D'autre part, ou note ce phénomène surprenant que souvent les représentations obsédantes présentent un accord typique quant à leur sujet et même à leur ordre chronologique chez

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des individus tout à fait différents par leur position sociale, par leur sexe, par leur degré d'instruction, etc. Un fait analogue a été d'ailleurs observé pour les délires primordiaux typiques de la paranoïa originaire.

Toutefois on peut présenter ces cas dans lesquels se manifeste typiquement d'abord l'obsession à méditer (généralement sur des sujets religieux et métaphysiques), puis l'idée obsédante de souillure par le métal, les animaux, etc., comme un tableau clinique particulier (folie du doute avec délire du toucher, Legrand du Saullej dans le cadre de tout le groupe.

Ce genre de représentations obsédantes est le plus fréquent. Les conceptions de nature religieuse tournent autour des questions : qii'est-ce que Dieu ? y a-t-il un Dieu ? qu'est-ce que l'éternité ? pourquoi y a-t-il un diable ? y a-t il vraiment des diables ? y a-t-il une éternité, une providence ? Comme analogues on a des problèmes métaphysiques tels que : quelle est l'origine de l'homme, du monde ?

Certains malades sont obsédés et tourmentés sans cesse par des questions de mathématique, faisant dans leur tête les calculs les plus difficiles jusqu'à ce qu'ils en soient exténués. Chez d'autres à chaque perception des sens se rattache la question de savoir pourquoi ce phénomène s'est produit ou celle de savoir ce qui aurait lieu si le malade, par exemple à l'aspect d'un couteau, coupait la gorge à lui ou aux siens, ou si, au bord d'un fleuve, il poussait quelqu'un à l'eau : si dans le premier cas la mort serait instantanée et comment elle se produirait ? par hémorragie excessive ? si dans le dernier cas l'homme jeté à l'eau pourrait se sauver à la nage ? Ou bien il s'agit de représentations obsédantes inoiïensives : si les dames qu'il rencontre sont belles ou laides, mariées ou non ?

A d'autres s'impose au milieu des occupations ordinaires et journalières la question de savoir s'ils s'acquittent bien de leur tâche, si par exemple une lettre est bien rédigée, c'est-à-dire assez claire, s'il n'y a pas de fautes d'orthographe, pas de taches d'encre, si l'adresse est écrite d'une manière lisible, si la lettre n'est pas restée accrochée dans la boîte aux lettres ? Puis, si une somme d'argent a été bien comptée, un compte bien soldé, les portes- réellement fermées, les lumières éteintes, si aucun voleur ne s'est introduit ?

Il y a encore des représentations obsédantes d'une nature plus tourmentante, des scrupules à propos de tel ou tel acte, telle ou telle omission qui pourrait porter préjudice à sa propre santé ou à celle des autres. L'idée d'avoir porté atteinte à la santé et à la vie des autres avec une allumette, une épingle, en brisant du verre, une tache d'encre, tourmente ces malades, et leur imagination leur dépeint les conséquences les plus absurdes de leur négligence hypothétique; en passant un pont ils sont pris de l'idée qu'ils ont poussé quelqu'un dans l'eau; ils sont obligés de s'assurer si aucun des passants n'est pas tombé à l'eau ; la situation s'accentue au point de devenir une représentation obsédante tourmentante (avoir sur la conscience un assassinat).

En faisant les prières surgissent des conceptions de contraste : on voit <£ maudit » au lieu de « béni », « enfer » au lieu de « ciel », « ivilde sait »

(sanglier sauvage) au lieu de « liebe frau » (« Notre-Dame »), et elle revient avec persistance toutes les fois qu'on essaie de redire le passage de la prière. Après la confession, le malade est tourmenté par l'idée d'avoir oublié des péchés, d'être indigne de recevoir la communion, d'avoir laissé tomber par terre des parties de la sainte hostie; d'une déposition devant les tribunaux vient l'idée obsédante qu'on a fait une déposition inexacte, qu'on a été parjure; quand on se trouve en compagnie de gens de sa connaissance ou dans un salon, il vient l'idée pénible d'avoir dit ou fait quelque chose de compromettant; dans les relations d'affaires, celle d'avoir perdu des papiers compromettants ; dans un magasin ces malades sont torturés par l'idée d'avoir pris des marchandises ou que des objets se soient accrochés à leurs vêtements et aient été enlevés par eux. Dans la rue il leur vient l'idée obsédante de rougir et de se rendre par là ridicules, d'avoir poussé et fait tomber de son échelle un allumeur de lanternes. Ils sont forcés de se mettre en observation pendant des heures et de veiller si un enfant n'est pas écrasé par une voiture, si un couvreur ne tombe pas des toits, si un pont ne s'écroule pas, si au contraire tous les passants réussissent à le traverser sans accident.

Avec la marche de la maladie il se manifeste souvent des idées obsédantes de souillure par des ordures, par du poison. L'aspect des chats, des chiens éveillent l'image mentale du virus de tarage, del'hydrophobie; la vue d'une vaisselle en cuivre ou d'un loquet en métal éveillent l'image mentale du vert-de-gris. Le malade est empoisonné, il transmet le poison à sa famille ; tous sont empoisonnés, etc.

Les représentations obsédantes ne sont pas toujours absurdes; elles peuvent tourner aussi autour de dangers réels et possibles, de problèmes philosophiques et mathématiques bien posés, etc. Ainsi un de mes malades se voyait forcé de creuser pendant plusieurs mois la cj[uestion de savoir si sa fortune placée en rentes sur l'Etat était réellement en sécurité. Dans tous les cas, ce qui frappe immédiatement, c'est l'incapacité d'amener ces méditations à une conclusion, l'obsession avec laquelle elles s'imposent continuellement bien que le malade reconnaisse que ses appréhensions n'ont aucune probabilité, qu'elles sont même impossibles.

Le trouble dans la forme des conceptions, ainsi que le représente l'idée délirante, exerce son influence sur les autres fonctions de la vie psychique.

Dans la conception il entrave le libre jeu de l'association et ne permet pas aux conceptions qui remontent, calment ou rectifient, de faire leur apparition.

L'influence du trouble est particulièrement importante pour les actes et pour les sentiments. Malgré toute sa lucidité, malgré sa compréhension du caractère morbide du processus et sa conviction que l'idée obsédante est inutile et pénible, le malade est forcé de creuser sans cesse, de questionner, de voir pour s'assurer, de se représenter l'événement, de peser la probabilité, de lutter pour trouver le terme juste d'un passage d'une prière, etc., mais c'est en vain. Avec le temps des impulsions

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s'allient à la représentation obsédante, poussant le malade à agir dans le sens de cette dernière ou bien amenant la contrainte à omettre certains actes.

Le malade se voit obligé de se protéger lui-même et de protéger les autres contre des dangers, de défaire les plis du tapis au salon, d'enlever les cailloux ou les pierres dans la rue, afin que personne ne se casse la jambe; à sa grande épouvante il se sent poussé par des obsessions de nature destructive, à se tuer ou à tuer les autres, à commettre un forfait, à proférer un blasphème, à mordre l'hostie, à la recracher, etc., à s'accuser devant les tribunaux comme parjure ou assassin. Ou bien, chose plus inoffensive, il se voit forcé de ranger continuellement tout, de mettre les objets à leur place, de se débarbouiller sans cesse, d'enlever de ses vêtements la poussière ou le poison imaginaire. Avec ces préoccupations imaginaires le malade perd beaucoup de temps inutilement et peu à peu il devient incapable de remplir ses devoirs professionnels. La contrainte qui l'oblige à s'abstenir de certains actes le rend aussi de plus en plus incapable de remplir ses obligations sociales. Il n'ose plus toucher aux loquets, aux vases de métal, ni fréquenter l'église ou le théâtre, de crainte qu'il ne commette un sacrilège ou qu'il ne se compromette; il n'ose plus se montrer dans la rue, ni traverser les ponts, car il craint de faire du mal à autrui, ou bien il veut éviter l'aspect des rues et des objets qui pourraient provoquer ses terribles idées obsédantes.

Au commencement il réussit encore à sortir, en choisissant les rues désertes ou en ne descendant dans la rue que le soir ou en passant les ponts au pas de course, etc.

La réaction de la représentation obsédante sur la vie émotive du malade est particulièrement importante. L'obsession provoque une angoisse réactive violente allant jusqu'aux explosions de désespoir et aux crises nerveuses (pouls spasmodique, tremblement, palpitations de cœur, syncopes).

L'angoisse s'explique par l'état de tension psychique tourmentante que ridée obsédante met en œuvre, par le sentiment de l'impuissance à rompre cette contrainte, par le sujet pénible de l'idée obsédante en tant que ce sujet peut être un sacrilège, un outrage à la moralt, un crime; il s'y ajoute encore la peur de succomber, par suite du relâchemetit de la force de résistance, à l'impulsion qui se joint à l'idée imposée et qui pousse à une action pouvant être ridicule, compromettante, sacrilège ou criminelle; enfin, ce qui accentue encore l'angoisse, c'est le danger de laisser voir cet état pénible, la crainte de devenir aliéné.

Si le malade peut céder aux idées imposées, s'il peut satisfaire sans inconvénient les impulsions qui se produisent, si ces dernières sont de nature inofïensive, s'il peut s'épancher en pleurant, la crise pénible passe vite, grâce à cette réaction motrice et sécrétoire, et il éprouve bientôt du soulagement.

La marche de la maladie présente des rémissions et des exacerbations. Les intermissions durant de longues années ne sont pas rares. Les

accès sont brusques et leur résolution Test aussi. Une accumulation de paroxysmes isolés, formant série, est ordinairement suivie par un plus long entr'acte de repos et de recueillement. Les troubles somatiques qui accompagnent la maladie appartiennent à la névrose qui en est la base. Ainsi que dans les névroses en général, ici encore des accès spontanés d'angoisse et des phénomènes épileptiques se produisent souvent.

La mélancolie peut faire son apparition épisodiquement. J'ai observé un cas de folie à idées imposées compliqué de mélancolie périodique. Temporairement la critique du malade à l'égard de ses conceptions obsédantes peut se relâcher et celles-ci peuvent prendre le caractère d'équivalence des idées délirantes. Les terminaisons delà maladie sont ou la guérison ou des états de torpeur intellectuelle. Dans les cas acquis, non constitutionnels, j'ai vu plusieurs fois la guérison se produire; dans d'autres, j'ai vu en revanche des intermissions qui ont duré des années.

Les états terminaux de torpeur intellectuelle ne doivent pas être confondus avec l'imbécillité. Cette terminaison n'a pas encore été observée jusqu'ici'. •

Virtuellement ces malades restent parfaitement capables d'efforts intellectuels, mais l'obsession à creuser, à vérifier, à ranger, à laver, ne leur permet pas d'arriver à l'accomplissement de leurs devoirs professionnels ; leur horreur pour tout ce qui pourrait évoquer leurs idées obsédantes, les empêche de franchir le seuil de leur chambre, de sortir de leur maison, de s'occuper de lectures ou de toucher à certains objets. L'inactivité, leur perplexité désolante, la faiblesse de leur volonté et leur émotivité aigrissent finalement la vie de ces malades, les livrent à une contemplation sourde, les rendent inaccessibles aux dérivatifs et à la distraction bienfaisante et créent ainsi la situation la plus propice au retour continuel des conceptions obsédantes tant redoutées.

Pour expliquer ce trouble psychique intéressant, on peut fonctionnellement invoquer :

1° Une accentuation morbide de l'émotivité dans la vie des conceptions avec la tendance à rapporter immédiatement la perception ou le souveni à son propre moi (comme le paranoïque), avec une très vive impression sensitive de la conception ;

2" Une augmentation de l'activité de l'imagination qui, de l'idée obsédante concrète, fait ressortir les probabilités les plus lointaines, et qui par la liaison de cycles d'idées et de situations prises de très loin, stimule sans cesse l'imagination - ;

3° L'énergie de la pensée et de la volonté (travail du cerveau antérieur) dans la lutte contre les conceptions obsédantes par la provocation arbi-

1 Berger a constaté chez une malade une intégrité absolue de l'intelligence après une durée de vingt années de la maladie, Kelp après une durée de trente-huit années.

- Exemple : une malade de Sander qui, à l'aspect de n'importe quel homme, est tourmentée de l'idée d'avoir fait avec lui le coït; une malade de Berger qui, à l'aspect des boîtes, est immédiatement et sans résistance obsédée par l'idée qu'il pourrait y avoir du poison qui pourrait porter préjudice à quelqu'un et qu'elle pourrait en être coupable.

traire des représentations est très abaissée chez ces névropathes (faiblesse irritable).

La thérapeutique de cette maladie doit en première ligne tenir compte de la base névrotique, neurasthénique, physique de la maladie. Un renforcement du système nerveux par les cures hydrothérapiquès et climatériques, par les bains de mer, par la faradisation générale, par les médicaments toniques (fer, quinine, ergotine, arsenic) est la principale chose et donne des succès temporaires même dans les cas profondément constitutionnels.

Contre l'état de souffrance psychique, les influences psychiques bienfaisantes de la société, des voyages, des distractions, des occupations conformes au goût du malade et qui ne le fatiguent ni au point de vue émotif, ni physique, ni intellectuel, sont les mesures les plus importantes à prendre. L'impressionnabilité morbide de l'organe psychique est encore atténuée par les sels de brome (4 à 6 grammes) ainsi que par l'hydrate d'amylène qu'il faut employer longtemps. Par ces moyens on peut souvent éviter ou du moins couper et rendre plus supportables les paroxysmes, notamment ceux qui se produisent au moment de la menstruation.

Dans les accès les préparations de brome à grosses doses (6 à i 0 grammes!, les injections de morphine, le chloral, l'alcool, mais surtout les paroles réconfortantes de l'entourage, l'assurance par une personne de confiance que la chose est telle ou ne l'est pas, exercent une action essentiellement calmante.

Observation LVI. AUénalion me n laie par idées obsédantes. — M. Von C..., banquier, cinquante-deux ans, issu de père nerveux, de mère maladive avec faiblesse nerveuse; se dit lui-même de constitution nerveuse; de tout temps irritable, sensible, impressionnable, comme le seraient aussi ses frères et ses sœurs.

A l'âge de dix-sept ans il perdit ses parents ; à l'âge de dix-huit ans il fut obligé de se metli-e à la tête d'un gTand établissement commercial et de travailler pour l'entretien de ses frères et de ses sœurs. De la plus haute probité et d'un caractère consciencieux allant jusqu'au scrupule et au pédantisme, il s'est acquis une grande fortune et une grande considération. Il menait une vie très sobre, mais était fumeur passionné; n'a jamais eu de syphilis et vivait depuis l'âge de vingt-sept ans très heureux en ménage.

Bien que ti'ès surmené et très actif, il se porta bien jusqu'en 1880, sauf quelques légers malaises neurasthéniques qu'il avait de temps en temps.

Au commencement de 1880, il devint cérébrasthénique par suite d'agitation à cause de ses affaires et de vives émotions (insomnie, pression à la tète, travail intellectuel alourdi, anorexie, émotivité). Au mois d'août il eut deux accès épileptiformes qui se succédèrent rapidement et dans lesquels il y eut prédominance des convulsions dans la moitié droite du corps. Alors il resta pendant quelques jours dans le coma, avec une hémiplégie du côté droit ; il se remit et dans la suite ne présenta plus aucun symptôme de maladie organique du cerveau. A la fin de 1880 son frère mourut. La cérébrasthénie s'exacerba.

Toutefois le malade se fatiguait en vaquant à ses affaires ; il resta capable de travailler jusqu'au commencement de 1884. Alors, un jour, en repassant un compte, l'idée l'envahit que peut-être le calcul n'était pas exact et qu'il s'était trompé au

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détriment de son client. Il fut forcé de refaire le calcul toujours et toujours, mais il ne put pas se rassurer. Alors lui vint l'idée que ses anciens comptes étaient inexacts ; il n'eut plus de tranquillité, fut forcé d'examiner et de reviser ses livres de commerce et ses comptes depuis trente ans et de refaire ses calculs. Le malade lui-même est d'avis que cet énorme effort intellectuel l'a complètement épuisé.

Il n'osa plus ti-availler seul de peur de se tromper dans ses calculs et de porter préjudice aux autres. Il s'y ajoutait encore la peur de se compromettre soit en écrivant, soit en parlant, et c'est pour cette raison qu'il ne pouvait plus se décider ni à écrire ni à parler. Quand il voyait un morceau de papier quelconque, il était pris par l'idée obsédante que ce papier pourrait avoir quelque rapport avec sa personne. Il était agité, toujours tourmenté par des doutes : s'il a bien expédié ses affaires, s'il a bien mis les adresses, bien rédigé ses lettres, bien compté les sommes d'argent, bien et correctement inscrit tout sur ses livres. Finalement il n'osait plus conclure d'affaires qu'en présence d'hommes de confiance qui devenaient des vérificateurs. Quand il allait à confesse, une absolution verbale ne lui suffisait plus, il lui en fallait une par écrit.

Cette situation déjà pénible par elle-même, devint tout à fait désespérée quand, quelques mois plus tard, il s'y ajouta l'idée qu'il pourrait causer préjudice aux autres. Cela le mit dans une agitation violente, avec crises d'angoisse ; il ne pouvait plus voir ses enfants, croyait découvrir dans chaque petite tache, dans chaque petite trace de poussière, des morceaux de verre, des aiguilles, du poison, et c.iuser par là des malheurs aux autres. Par peur de cette conséquence funeste il était poussé à se débarbouiller toute la journée, à examiner les vêtements et les ustensiles, à changer de vêtements continuellement, à chercher partout les aiguiUes et les morceaux de verre, etc. Finalement il n'était pas tranquille si sa femme ne faisait pas de même [pro forma).

Pendant des heures et des journées, le malade reprenait sa tranquillité. Il était alors calme, réconforté, et avait une parfaite connaissance de son état morbide. Le 6 juin 1885, il me fut amené par sa famille fort inquiète.

C'est un homme de taille moyenne, vigoureux et très amaigri. Les organes végétatifs ont été trouvés normaux. L'examen le plus minutieux n'a pu faire découvrir aucun signe de maladie organique du cerveau. Pas de stigmates de dégénérescence; on ne trouve pas non plus de symptômes de débilité psychique ou de mélancolie. Le malade donne un résumé clair de sa maladie ; momentanément il est pai^faitement au-dessus de ses idées obsédantes et fait remarquer que ses scrupules excessifs et pédantesques lui sont importuns à lui-même, de même que son association d'idées qui reprend de très loin les probabilités les moins possibles.

Il voit lui-même que tout cela n'est que de la maladie, mais il ne peut pas en sortir. S'il l'essaie, il est pris d'une angoisse terrible et il devient tout agité. Du matin au soir il est tourmenté. Ses tristesses ne sont que réactives : « Le doute sur n'importe quoi, la crainte de causer du mal à mon prochain, n'importe par quel moyen, voilà le fond de ma maladie. »

Au point de vue physique j"ai trouvé des signes de cérébrasthénie (pi^ession à la tête, sommeil peu répai^ateur, plainte de lassitude générale, moral abattu, grande émotivité).

Le malade se plaint qu'il est en proie à l'angoisse et à l'inquiétude continuelles de dire un mensonge quand il parle ou de prononcer des paroles compromettantes pour les autres; en mangeant il est forcé d'examiner s'il n'y a pas de débris de verre ou des aiguilles dans sa nourriture. Cette peur lui est venue il y a quelques mois en apercevant sur la table un verre fêlé. Il ne craint pas pour sa vie, mais pour celle

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(les autres. Quand il voit dans la rue passer un cortège funéraire, il est saisi de la crainte d'avoir été la cause de la mort du décédé. En marchant il est tourmenté par l'idée qu'il pourrait répandre des aiguilles, des débris de verre, du poison, et causer par Ira du mal à autrui ; voilà pourquoi il ne peut jamais rester seul ; il a besoin d'être assuré continuellement qu'il se trompe. Son propre jugement, le témoignage de ses sens n'ont pour lui aucune valeur. Dans son imagination très montée, chaque tache, chaque grain de sable ou de poussière, chaque fil, etc., lui apparaissent comme quelque chose qui porte un péril. Peu de temps avant de faire un voyage d'Orient (sa patrie) en Europe, il tenait un flacon de médicaments entre les mains et en avait répandu le contenu sur le sol. Tout d'un coup il fut saisi de la crainte que c'était du poison et qu'il s'en était souillé inconsciemment. A partir de ce moment il eut peur (lu poison et de toucher à quelque chose, une impulsion continuelle à se laver, le besoin de se renseigner chez les pharmaciens et les médecins sur les poisons et d'être rassuré sur le contenu du flacon.

En route vers l'Europe, il fat tourmenté par l'idée d'avoir chez lui à la maison tué tout le monde avec un poison hypothétique. Il était souvent au désespoir.

Malgré tous les lavages il craignait d'être un péril pour son entourage par le poison qui s'était attaché à ses mains. Chaque tache sur les meubles, sur les vêtements, lui fait l'impression du poison. Récemment, en passant près du soupirail d'une gare, il y jeta un morceau de son ongle. Aussitôt l'idée lui vint que l'ongle était empoisonné et serait un danger pour les gens de la gare. Pendant une heure il regarda à travers la fenêtre du sous-sol, s'attendant à un malheur, et les gens qui l'accompagnaient ne purent l'en retirer que de force. Ses idées de poison ont obtenu malheureusement un nouvel appui, car le malade a trouvé un jour dans le gousset de son gilet quelque chose à aspect métallique, probablement des miettes de mine de crayon. C'était évidemment un métal. En mangeant de la salade un peu de vinaigre lui est resté sans doute attaché à la main. En prenant l'objet métallique entre ses doigts un sel métallique vénéneux et soluble s'est produit. C'est avec cela qu'il répand autour de lui la mort et le malheur.

A peine a-t-on réussi à le rassurer à ce sujet par des assurances verbales et écrites, par des expertises de spécialistes, que le voilà tourmenté par l'idée de répandre avec son cure-dent un poison animal (par les miettes de viande qui s'y sont attachées et qui sont en état de putréfaction). Plein d'anxiété, il observe pendant les repas les verres pour voir s'il n'y a pas un petit morceau qui s'en détache et tombe dans le plat.

Récemment il a vu dans le bassin de l'école de natation un garçon qui plongeait au-dessous de l'eau près de lui. Aussitôt il fut pris de la peur d'avoir foulé ce gar- (•on aux pieds, de l'avoir fait s'évanouir : l'enfant est noyé ! Le malade prie instamment qu'on vide le bassin, il craint qu'on lui demande compte d'avoir commis un homicide par imprudence, il est inconsolable.

L'entourage du malade a beaucoup de mal avec lui. Il demande sans cesse à être surveillé, qu'on examine ses vêtements, ses poches, qu'on examine le plancher, les meubles, s'il n'y a pas de poison, d'aiguilles ou des débris de verre.

Sans cesse il a des scrupules, des préoccupations et a besoin d'explications qui le rassurent. A peine a-t-on réussi à le rassurer, qu'il recommence à questionner, à douter, à creuser, à se débarbouiller.

Le traitement consiste à combattre la neurasthénie par des demi-bains, des frictions et du massage électrique. Contre l'hyperesthésie on essaie l'emploi de l'extrait aqueux d'opium jusqu'à Osi',05 par jour (en combinaison avec de la quinine). Dans les crises nerveuses plus aigu('is, le brome a été utile. Le plus important est cependant

le traitement moral : le rassurer patiemment, éclaircir ses doutes, dérivation méthodique et exécution rigoureuse d'un programme quotidien.

Le malade devient plus calme, plus dégagé et est à même de se livi'er à une occupation quelconque. Par-ci par-là de nouveaux scrupules lui viennent. Ainsi, par exemple, en écrivant une lettre, il supposera que l'encre pourrait bien contenir de l'acide sulfurique ou de l'acide azotique, que par le contact avec la plume d'acier une substance nuisible pourrait se produire et que de cette façon l'écriture pourrait présenter un danger. Une autre fois il croit avoir perdu une aiguille dans le lit. Cette aiguille s'est évidemment enfouie dans le lit. Un locataire futur courra le danger de périr par cette hypothétique aiguille qui pourrait s'enfoncer dans sa nuque. Le malade s'épuise en conjectures de toutes sortes, en possibilités et en soucis, et demande constamment au médecin comment la mort se produit, etc.

Au cours du mois d'août, les symptômes neurasthéniques reparaissent. Le malade arrive à dominer de mieux en mieux ses idées ; il suffit de la simple affirmation que « ce n'est rien » pour Tapaiser; finalement, il ose rester seul dans sa chambre.

La nostalgie du malade impose la nécessité de le laisser partir au mois d'octobre. Pendant quelque temps tout alla bien ; ensuite l'état pénible de ce malheureux s'exacerba.

Une apoplexie a mis fin à ses souffi^ances.

^° Paranoïa neurasthénique.

Cette forme clinique de la paranoïa se distingue de la forme typique par le fait que les délires des malades ne représentent autre chose que la fausse et alogique interprétation de sensations appartenant à la névrose neurasthénique et en général de troubles dans la conscience paranoïque transformée. Le malade les explique par des insuffisances venant du monde extérieur; il prend sa pression de tête pour des tentatives traîtresses d'ennemis qui veulent l'asphyxier par des vapeurs méphytiques, le trouble des opérations de sa pensée pour « des pièges de pensée », pour une machination artificielle d'ennemis qui veulent lui faire perdre la raison et ainsi l'amener à l'asile d'aliénés. Ses malaises dyspeptiques sont la conséquence de tentatives d'empoisonnement, ses nombreuses anomalies seusitives (irritation spinale, paralgies, hyperesthésies musculaires et cutanées, etc.) lui sont infligées par des moyens physico-chimiques. On lui enlève par là sa force vitale, on le rend las, misérable, etc.

L'échafaudage du système délirant est encore complété par les hallucinations de même que dans les autres formes de la paranoïa. Les symptômes cliniques sont particulièrement nombreux quand le point de départ de la névrose est dans le système nerveux sexuel, soit par abus, notamment la masturbation, soit par abstinence en dépit d'un vif libido ou aussi (chez les individus du sexe féminin) par suite de maladies génitales irritatives et qui par là même mènent à la neurasthénie sexuelle (névrose de la moelle lombaire).

On voit se développer de la même façon beaucoup de cas de paranoïa ménopausique. Dans la neurasthénie sexuelle, quand il s'agit d'individus

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du sexe féminin, les symptômes de la névrose hystérique manquent rarement et ils fournissent aussi des matériaux à l'édifice du délire. De là résultent des transitions cliniques vers le type voisin de la paranoïa hystérique. La forme purement neurasthénique se développe toujours à la suite d'un stade prodromique névrotique avec forte nuance nosophobique qui passe directement à l'état du délire d'observation et de persécution.

L'état morbide qui se développe à la suite de la neurasthénie sexuelle apparaît comme le plus net de ceux qu'on rencontre sur le terrain neurasthénique. Il est absolument analogue pratiquement à la paranoïa masturbatoire.

3° Paranoïa sexuelle masturbatoire. •

Le stade d'incubation est représenté par les symptômes d'une neurasthénie sexuelle qui a tendance à devenir une neurasthénie générale. Les conceptions nosophobiques roulent sur l'imminence du tabès, de l'aliénation mentale, du ramollissement cérébral. Les traits caractéristiques de la maladie sont : le délire de persécution physique, les hallucinations olfactives, les accès d'angoisse.

Le début de la paranoïa masturbatoire reste dans la plupart des cas inaperçu; L'incertitude psychique dans les relations sociales qui est particulière aux masturbateurs, le sentiment pénible que tout le monde lit sur leur figure leur vice secret, favorisent beaucoup l'explosion de la maladie. Le malade se sent et se croit réellement observé, souvent même regardé de travers et persécuté. Tout est mis en corrélation avec sa personne : les discours et les gestes des gens, même les journaux et les affiches contiennent de méchantes attaques et des offenses. Par là, l'embarras psychique et la méfiance vont croissant. Des hallucinations auditives et visuelles fournissent de nouveaux éléments au délire naissant ; souvent les hallucinations olfactives de puanteur qui se produisent dès le début sont utilisées : le malade a peur, tout le monde le croit atteint d'une vilaine maladie, et c'est de cette manière qu'il motive la prétendue attitude des gens qui l'évitent ou qui font des gestes de dégoût, etc.

Après une incubation durant des mois et même des années, l'acmé de la maladie est atteint progressivement ou subitement. Ce sont essentiellement des voix, des paroles de persécution qui l'amènent. Le malade entend dire : c'est un mauvais sujet, on devrait débarrasser le monde d'un pareil individu; une société a ourdi un complot pour amener sa perte. Le délire de persécution trouve de nombreux éléments dans les malaises neurasthéniques du malade. Les phénomènes dyspeptiques après le repas sont interprétés comme des tentatives d'empoisonnement; les sentiments d'entrave intellectuelle se présentent comme des tentatives pour le priver de sa raison, l'amener à être interné dans une maison d'aliénés ; les sensations d'abasourdissement, la pression à la tête due à une cause vaso-motrice, ont la même signification ou sont, conjointement avec les hallucinations olfactives (chloroforme, acide prussique, etc.), la conséquence des attentats.

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Ou a voulu le rendre inanimé pour le voler, pour fouiller clans ses effets, pour y glisser des pièces compromettantes, etc.

Une importance particulière revient aux sensations névralgico-paralgiques, comme phénomènes excentriques de la surexcitation fonctionnelle des nerfs dorsaux à la suite de l'onanisme. Avec le temps l'hypéresthésie s'étend aussi au domaine des fonctions sensitives et sensorielles. Chaque sensation éveille alors des conceptions délirantes qui correspondent à cette sensation, chaque idée provoque des sensations correspondantes.

Les organes des seus hyperesthésiés produisent des hallucinations à la moindre excitation. Une foule d'anomalies de sensation dans les domaines de la perception générale, des sensations cutanées et musculaires s'offrent à l'interprétation alogique du malade. Les sentiments de pesanteur, d'engourdissement, de légèreté jusqu'à pouvoir s'élever en l'air, de creux des organes, de lourdeur comme du plomb, de séparation du corps et de l'àme, de courant magnétique, se manifestent, mettent en mouvement les réflexes moteurs qui vont jusqu'aux phénomènes spasmodiques locaux et généraux (catatonie), et demandent des explications à la conscience du malade.

Avec une uniformité surprenante les malades appartenant aux classes instruites expliquent ces anomalies de sensation par l'influence de leurs ennemis, à l'aide de mystérieuses machines magnétiques et électriques; les malades incultes y voient une persécution au moyen de la sympathie, de la sorcellerie ; ils croient qu'on a soufflé sur eux des vapeurs méphytiques, qu'on leur a jeté du poison, etc.

Souvent des névroses locales des parties génitales testicule irritable, névralgie spermatique, hyperesthésie de l'urèthre) sont interprétées dans ce sens. Les ennemis font de la masturbation avec le malade, lui donnent des pollutions, tiraillent ou piquent ses testicules, etc.

La maladie oscille entre des rémissions et des exacerbations. Ces dernières coïncident ordinairement avec de nouveaux excès de masturbation et sont souvent accompagnées d'hallucinations accumulées, de sensations, d'une augmentation de l'excitabilité réflexe spinale allant jusqu'aux accès tonico-cloniques, cataleptiformes, épileptoides. La suite de la marche est la même que dans les autres formes de la paranoïa acquise typique.

Souvent il y a transformation en délire des grandeurs. Les états de faiblesse psychique se produisent beaucoup plus tôt et sont plus intenses sur la base masturbatoire que dans les autres variétés étiologiques de la vésanie. Thérapeutiquement les phénomènes .de la neurasthénie et de l'irritation spinale sont accessibles au traitement tonique hydro-électrothérapie, etc. La morphine et les sels de brome atténuent les hyperesthésiés, les paralgies, les hallucinations et ne sont pas sans valeur symptomatique.

Observation LYII. Paranoui masturbatoire. — D.... ingénieur, trente-huit ans, célibataire. Dé de parents tuberculeux. Une sœur est névropathe, une autre aliénée. Le malade fut dès sa jeunesse onaniste ; néanmoins, jusqu'à l'âge de trente-six ans, il se porta bien et était très capable dans son métier. Alors il commença à devenir malade : il maigrit, eut un catarrhe pulmonaire suspect, des malaises neurasthé-

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niques. Une cure climatérique améliora beaucoup son état. Bientôt après il reprit ses travaux professionnels; des malaises neurasthéniques se présentèrent nombreux; il s'y ajouta de la névralgie des testicules et une maladie de Testomac avec vomissements sérieux. Le malade est pris d'une tristesse hypocondriaque profonde, il se croit impuissant, il se fait des reproches à cause de son onanisme, désespère de sa guérison, fuit le monde et devient irascible.

Au cours du développement de la maladie, des sensations se produisent en foule. Use sent un feu électrique dans le corps ; un courant part de son pied gauche; son lit s'isole; il sent son corps se scinder en deux moitiés; s'il descend de voilure, il a la sensation qu'il laisse derrière lui son corps à l'état aérien. En même temps pression à la tête, susurrement dans la tète, insomnie durable. Un jour il entend une voix dire : « Je t'ai rendu électrique positif et négatif. » Etant en voyage pour son service, il éprouva tout d'un coup la sensation que la nourriture qu'il prenait glissait de sa bouche dans son pied gauche. Il entendit la nuit une voix disant: « De quelle façon veux-tu mourir? i et il crut que sa dernière heure était venue. Ses parents décédés et son médecin lui apparaissent. Une autre fois, au moment de se mettre au lit, il voit de nombreuses figures qui lui sont tout à fait inconnues et sur lesquelles s'épand une lueur rougeâtre.

Il entend des voix impératives qui lui disent qu'il doit se confesser, prendre du musc dans la pharmacie. Etant couché sur un canapé, il entend crier que c'est une table à dissection. Dans la rue on l'insulte en l'appelant hypocrite, menteur, etc. La nuit, étant au lit, il a souvent la sensation que ses pieds et ses mains brûlent et qu'on lui retire son pénis du corps. Il sent qu'on lui dissèque le corps, qu'on en relire les tissus, qu'on introduit des objets dans différentes parties de son corps, qu'on enlève des os. Il se sent magnétisé, sa tête étant de métal.

L'agitation croissante par suite de ces hallucinations nombreuses et pénibles a imposé la nécessité d'interner le malade dans un asile, alors que la maladie avait déjà duré deux ans. Le trouble continue à progresser. Il est magnétisé, électrisé; il n'a plus de boyaux, les médecins lui font des passes électriques sur le ventre; il sent une trompe d'éléphant sur son dos; son manger descend dans ses testicules; une scie spirale scie son corps; on lui fait une perforation à l'ombilic; des objets pointus s'enfoncent de tous les côtés dans son corps; le lit oscille; des machines et des couteaux lui sont enfoncés dans le corps ; il a une quantité d'hameçons de fer dans le corps, des dents y sont enfoncées.

En même temps le malade est sujet à une foule d'hallucinations auditives. Devant la fenêtre on imite le chant du coq: il entend dire qu'il est inguérissable, qu'il sera disséqué, que c'est lui le Juif-Errant, qu'il a tué d'un coup de fusil la femme du médecin. Les cloches lui parlent, les mouches aussi; on lui dit ses propres pensées, des obscénités, on l'appelle chien sanguinaire : dans chaque coup de cloche il entend son nom. A ses mots on accroche la syllabe finale Vieh i^bête) ; il reçoit l'ordre de souffleter les gens de son entourage. La pendule lui crie : « Tu es en banqueroute. » Partout il entend des injures, il lui en vient même du soleil. Des influences télégraphiques sont évidemment en jeu. Il entend tomber des excréments humains du plafond.

Des hallucinations de la vue aussi se produisent au cours de la maladie. Il voit tout dans son esprit, même l'intérieur de son corps. Il voit son nom flotter dans l'air. Tout dans la chambre est transparent. Il voit devant ses yeux les papillons d'une collection entomologique prendre leur vol et partir; quand il essaie de lire, les lettres se sauvent devant lui à travers la fenêtre. Souvent ses visions ont aussi un caractère obscène : des parties génitales volent et planent dans Tair à travers la

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chambre; il voit des tableaux lascifs sur les murs. Dans une tasse de café il voit un jour une belle femme qui lui sourit.

Les hallucinations du goût et de l'odorat ne jouent chez lui qu"un rôle secondaire. Parfois il a un goût métallique dans la bouche, surtout quand il sent sur son corps des courants magnétiques. La nourriture aussi a parfois un goût de poison; il sent des cadavres d'exécutés.

Le malade se masturbe continuellement et d'une manière excessive. Après les excès d'onanisme accumulés, son excitabilité sensorielle est si forte que rien qu'en ouvrant la paupière il a déjà des visions. Un jour, on frappe la poussière d'un veston dans la cour. Il sent immédiatement qu'en battant ce vêtement on pense à lui et aussitôt il sent les coups qui viennent de la cour monter à lui et lui faire du mal. A certains moments, quand il pousse ses excès trop loin, les troubles de la perception générale sur lesquels est basée la monomanie électro-magnétique, occupent le premier plan. Il sent alors l'attraction et la répulsion de l'électricité positive et négative, comment on le touche avec des fils de fer magnétiques. C'est à travers lui qu'on lit. Il a la sensation qu'on lui tranche le pénis avec un couteau. Ses poumons, son cerveau, sa mémoire lui sont enlevés par voie télégraphique par l'administration de rasile qui les revend à d'autres personnes. Ces sensations et perceptions morbides sont en partie attribuées aux gens de l'entourage, ce qui pousse le malade à faire des agressions violentes contre ces derniers; parfois elles sont acceptées par lui sans provoquer aucune réflexion. Avec le temps l'intensité de la réaction à ces sensations diminue et ces dernières deviennent plus rares. La durée totale de la maladie cérébrale qui a essentiellement évolué sous forme d'hallucinations a duré plus de douze ans. Le malade, qui jusqu'à la fin de sa vie fut très adonné à la masturbation, a succombé à une tuberculose pulmonaire.

Observation LYIII. Paranoïa à base de neurasthénie sexuelle à la ménopause. — jXrae Weinmeier, cinquante ans, reçue le 8 septembre 1880, d'ascendance inconnue, de tout temps névropathe, irritable, difficile à vivre, originale, depuis dix-sept ans séparée de son mari; à l'époque menstruelle, toujours déprimée et atteinte de migraine; mère de quatre enfants; est entrée dans la ménopause l'été de 1879 (règles profuses et irrégulières, fréquemment sang à la tète, irritabilité accentuée, accès de migraine fréquents, tiraillements gênants dans la colonne vertébrale, dans les jambes, chair de poule sur le corps). Au cours de l'hiver 1879-80, elle se plaignit de pressions à la tête, d'irritation spinale; elle se sentait souvent oppressée, inquiète, n'aimait pas sortir de son logement. Au mois de février 1880, elle devint méfiante, se sentait observée, croyait que la police la faisait suivre, elle avait conçu le soupçon que son fils qui voulait conclure un mariage qu'elle ne trouvait pas convenable, cherchait avec son amante à attenter à ses jours. Des malaises dyspeptiques (pression à la tête et mal de tête après les repas) ont été interprétés par elle comme les suites d'une tentative d'empoisonnement. Elle croyait sentir le poison. Elle en devint toute faible et exténuée, fut prise de fièvre. La langue était comme enduite de blanc de céruse. Dans son eau minérale on lui mettait du calomel, car régulièrement elle attrapait la diarrhée et du météorisme. Comme elle ne se sentait pas en sûreté, elle quitta Gratz, alla habiter Vienne, ensuite Salzbourg. mais nulle part elle ne put retrouver sa tranquillité. Partout où elle allait, eUe était l'objet d'une surveillance et d'une observation. Partout où elle apparaissait, on ouvrait les fenêtres des petits cabinets, de sorte qu'elle ne pouvait plus se tenir à cause de l'odeur des water-closets dans la rue. A l'occasion elle éprouvait aussi une odeur de cannelle suffocante. Avec de l'eau contenant de l'acide sulfhydrique on lui a fait gonfler le ventre; les plats ont été empoisonnés avec de l'arsenic.

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A plusieurs repi4ses on lui a fait une excitation dans les parties génitales, comme si on voulait faire le coït.

Comme dans les derniers temps la malade devenait menaçante et hostile pour son entourage, elle fut amenée pour être reçue à l'asile. Habitas névropathique ; la partie gauche de la figure est moins développée que la partie droite. Oreilles d'une grandeur anormale. Vertèbres dorsales sensibles à la pression. Organes végétatifs sains. L'examen de Tutérus est refusé.

La malade est toujours méfiante et irritée. Elle ne veut pas rester au lit, car le lit de fer et le tableau de son chevet lui sont suspects ; ils conduisent de l'électricité, et lui causent des maux de tête et du vertige. Elle se croit constamment travaillée par le spiritisme et l'électricité; elle rédige de nombreuses protestations contre son internement et des pétitions au tribunal pour être remise en liberté. Ses ennemis (son fils et son amante) ont corrompu le professeur de physique. Avec des verres ardents et des machines celui-ci agit constamment sur elle. Elle est « médium » pour toute la ville de Gratz. On la scrute à l'aide d'un tube. Elle le sent à ses deux oreilles. Dans le cerveau on lui cause un tourbillon , et alors ses pensées sont divulguées à tout le monde. On lui serre la tête avec une vis; on presse le cours du sang. On lui excite les nerfs de la tète de sorte qu'elle est forcée de pencher la tête en arrière. Cela se fait en partie avec un miroir concave qui produit l'effet du magnétisme à distance, en partie avec une cloche de verre invisible et suspendue au-dessus de sa tête. A l'exception de la vessie elle n'a aucun point dans son corps qui soit à l'abri des effets à distance du spiritisme.

Le vertex est le siège de sensations de brCdure et de tourbillonnements, on la perfore entre les deux sourcils, on lui suce les oreilles, on lui presse l'occiput. Les tempes sont prises dans un étau, on aspire le sang de ses joues, ses paupièi-es sont tirées par les nerfs vers le front. Sur la langue on agit par des poisons, sur le nez par des odeurs désagréables. La respiration est entravée par des sensations d'oppression et de serrement sur la poitrine; les battements du coeur sont irréguliers. Pas de selles ou diarrhée. Les persécutions entretiennent la malade dans une agitation permanente. Elle refuse les médicaments calmants, déclarant que ce sont des poisons. Gomme l'état restait stationnaire et que la malade se montrait inaccessible à tout traitement, elle fut envoyée dans une maison d'aliénés.

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