‹ Traité clinique de psychiatrieChapitre 11 sur 138 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

COUP D'ŒIL RÉTROSPECTIF SUR L'HISTOIRE DU DÉVELOPPEMENT DE LA PSYCHIATRIE COMME SCIENCE»

Cette opinion éclairée d'après laquelle le cerveau est l'organe des phénomènes psychiques et l'aliénation mentale une maladie cérébrale, est le résultat d'un progrès scientifique qu'on peut ranger parmi les plus grandes conquêtes de l'esprit humain.

L'histoire de la psychiatrie, en nous montrant cette grande et lumineuse méthode, nous fait connaître les difTicultés qu'il a fallu surmonter et fait pardonner à ce jeune rameau de la science médicale de ne disposer que d'une quantité relativement minime de science positive. Elle nous fait en outre mieux comprendre bien des questions discutées et soulevées à notre époque et nous ouvre des perspectives vers les aspirations et les expériences de l'avenir.

L'histoire de l'art de guérir la folie est en même temps une des pages les plus intéressantes de l'histoire de la civilisation humaine. Elle nous explique les erreurs les plus grossières, les individus torturés, possédés, ensorcelés, qui cependant n'étaient que des malades cérébraux; la barbarie des siècles passés qui a laissé pourrir dans les prisous les aliénés ; enfermés avec les plus grands criminels, chargés de fers, ils étaient livrés à la merci, à la brutalité et à l'ignorance d'un geôlier qui ne comprenait pas le langage de la souffrance ou qui n'avait pas de pitié pour les douleurs d'autrui et fouettait sans miséricorde ces malheureux.

Elle nous racontera aussi le combat long et difficile, mais finalement victorieux, que la science et l'humanitarisme ont livré contre l'erreur, la brutalité et la superstition.

Il s'agissait de rien moins que de supprimer des préjugés enracinés depuis des siècles et qui faisaient voir dans le malheureux aliéné un être

' Friedreich, Lifeirirr/eschichte der psych. Kran/cheifen, 1830. — Lasègue. Annal, médicopsi/choL, 1835. — Semelaigne, Joiirn. de inéd. mentale, 1863-1865. — Bucknill and Tuke, Manual of psychol. medlcine, 1862. — Falk, Allfj. Zeilschr. f. Psyc/i., 23.

abruti, un mort intellectuel, rebut de la société, un criminel. Les résultats de cette campagne furent l'établissement de la psychiatrie comme science et les soins donnés aux plus malheureux de nos frères dans des établissements utiles et humanitaires.

L'histoire de la psychiatrie ne constitue qu'un court chapitre de l'histoire des troubles mentaux de la race humaine.

La diversité des causes de ces maladies nous permet de supposer que, même aux époques les plus primitives de l'humanité, il y avait des aberrations mentales, mais un voile épais couvre la vie et les souffrances de ceux qui, dans ces temps d'erreur, ont succombé sous leur propre délire et leur propre aberration mentale.

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