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LA PSYCHIATRIE DANS L'ANTIQUITÉ

L'histoire de l'aliénation mentale se perd dans l'antiquité la plus reculée. Ce que nous savons des maladies mentales de ces époques lointaines, se borne aux indications incidemment données dans l'Ancien Testament et dans les ouvrages des poètes. Ainsi, il y est dit que l'esprit du Seigneur s'éloigna de Saûl et qu'un esprit méchant l'inquiétait; qu'ensuite, dans ses accès de trouble d'esprit, David le calmait en jouant de la harpe. Le livre de Daniel rapporte que Nabuchodonosor, roi de Babylone, se croyait changé en bête, qu'il fut répudié par les hommes, qu'il mangeait de l'herbe comme les bœufs, qu'il couchait en plein air et que son corps fut mouillé par la rosée, que ses cheveux poussèrent comme des plumes d'aigle et que ses ongles devinrent comme des griffes d'oiseau. Un exemple qui montre que déjà dans l'antiquité on simulait la folie, est celui de David qui, par peur de la colère du roi Aschisch, a simulé la folie et a réussi dans ses desseins.

Les ouvrages des poètes ne sont pas moins riches en exemples. Le rusé Ulysse aussi fait le fou pour ne pas être obligé de prendre part à la campagne de Troie ; Ajax, le héros de VIliade, est tourmenté par des Furies, c'est-à-dire pris de délire furieux, et il se précipite sur son glaive; des exemples de mélancolie sont offerts par OEdipe et Oreste qui, d'après les idées poétiques de cette époque, sont poursuivis par les Euménides ; enfin la folie du roi Lycaon d'Arcadie est un cas de lycanthropie.

Nous pouvons supposer qu'à une époque où les sciences naturelles étaient si peu développées, l'appréciation juste de ces états intellectuels anormaux manquait absolument et que l'état morbide fut dans la plupart des cas attribué à l'influence surnaturelle de puissances mystérieuses, de dieux ou de méchants démons. Le traitement de ces malades, si traitement il y avait, se bornait donc à des cérémonies religieuses, des conjurations, des procédés de sorcellerie.

Ces malades ont été vénérés comme des saints ainsi que cela a encore lieu à notre époque dans certains pays de l'Orient. On essayait de les influencer religieusement, comme dans l'ancienue Egypte où l'on envoyait les mélancoliques dans des temples consacrés à Saturne.

C'est dans cet état que resta la psychiatrie jusqu'à l'avènement d'Hippocrate (460 av. J.-C.)- Avec lui elle prend un développement scientifique ; il l'arrache aux mains des prêtres qui traitaient les malades dans des temples consacrés à Asclepias et qui donnaient des consultations sous forme d'oracles.

La théorie hippocratique des maladies mentales peut se résumer et se traduire dans notre langage scientifique moderne par les propositions suivantes : le cerveau est le siège de l'activité de l'âme et, comme tous les autres organes, il est exposé aux causes naturelles de maladie. Les maladies mentales proviennent d'anomalies du cerveau.

Hippocrate est, comme on sait, le père de la pathologie humorale. Les changements morbides dans ce qu'il suppose être les quatre humeurs cardinales (sang, glaire, bile noire et bile jaune) sont, selon lui, les causes principales de la folie. L'importance de la prédisposition héréditaire n'a pas échappé à son coup d'oeil géuial ; il admet aussi les maladies chroniques et aiguës des organes végétatifs comme causes des troubles psychiques. Evidemment Hippocrate ne sépare pas la folie proprement dite du délire fébrile et il les comprend toutes les deux dans la désignation commune de phrenitis. La folie se manifeste brusquement et finit rapidement, ou bien elle dure longtemps.

Il y a aussi des individus qui sont aux frontières de la folie, mais qu'on ne peut pas appeler proprement des aliénés. Parmi les maladies mentales, il connaît la mélancolie, les états de folie furieuse et l'imbécillité. Des douleurs nerveuses, notamment des crampes, s'ajoutent facilement à la folie, et alors le pronostic est défavorable. Du reste , les maladies mentales sont pour la plupart guérissables et rarement mortelles. La cure est soinatique, c'est-à-dire qu'on emploie des drogues et la diète. Maison ne doit jamais laisser hors de compte les tempéraments sur le terrain desquels le trouble mental se développe. Dans la plupart des^cas c'est le tempérament mélancolique, c'est-à-dire à bile noire, qui prévaut; voilà pourquoi Hippocrate emploie un traitement dérivatif au moyen de l'ellébore qui , dans l'antiquité, a joué un rôle important dans les maladies psychiques. Les autres moyens sont la saignée, les vomitifs, une diète rigoureuse et le repos.

n ressort de ces indications que le médecin de génie de l'antiquité n'était pas trop éloigné de notre manière de voir actuelle. Dans tous les cas, il fut le premier qui reconnut clairement que, dans les cas de maladies mentales, c'est le cerveau qui est atteint, et que ces maladies, loin d'être des phénomènes surnaturels, ne sont que des troubles physiques, comme les autres maladies. La doctrine hippocratique est devenue une théorie fixe pour ses successeurs ; mais un certain progrès se fait sentir dans cette voie d'une manière incontestable. Arétée (60 ap. J.-C.) nous donne une bonne description de la mélancolie et de la manie ; il élargit le diagnostic et le pronostic. Pour l'étiologie il s'est placé tout à fait sur le terrain de son grand prédécesseur.

Galien (160 ap. J.-C.) aussi s'attache à cette thèse que l'aliénation men-

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