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IV. — Psychoses épileptiques chroniques

On observe chez les épileptiques, mais relativement rarement, des psychoses chroniques (Esquirol, Morel, Griesinger, Westphal, Gnauck et autres) qui d'ailleurs ne se distinguent en rien de celles dont l'origine est de nature non épileptique et qui par conséquent ne peuvent être considérées comme épileptiques. Toutefois il y a des faits qui montrent que sur la base de l'épilepsie se développent des psychoses ordinaires mais dont la marche et la symptomatologie sont modifiées par la base névrotique particulière.

Abstraction faite de la démence qui apparaît souvent à la suite de l'épilepsie et à laquelle Sommer, Bourneville et d'Olier reconnaissent des caractères particuliers, cela est vraisemblable pour certains cas d'aliénation périodique à forme de délire ; ces dernières années j'ai observé des cas similaires à ceux que nous venons de décrire plus haut et dans lesquels on a pu établir avec certitude des antécédents épileptiques; d'ailleurs Pick aussi a publié un cas semblable {Arcliiv f. Psych., XI, fasc. 1).

L'existence de la psychose épileptique est établie avec certitude dans l'observation de folie circulaire que nous faisons suivre. Les cas de psychoses épileptiques observés jusqu'ici paraissent appartenir exclusivement aux formes de la dégénérescence psychique.

^ Gnauck, Enlu:ildj.nf/ clef Geisleskrankheiten aies Epilepsie, Arch. f. Psych., XII, fasc. 2. — Magnan, Arch. de Neurol., 1881, n»!.

ALIENATION MENTALE DUE AUX NEVROSES CONSTITUTIONNELLES ;J8I

Observation LXVII. Folie circuhiire rpilepllquc — Spess, trente ans, marié, propriétaire, reçu le 29 décembre 1873, est né d'un père ivrogne. Sa sœur était épileptique. Etant enfant, il eut des convulsions. A l'âge de huit ans, après avoir été un jour effrayé, apparurent des accès épilepliques, qui, à partir de ce moment, revinrent à des intervalles variant entre plusieurs mois et plusieurs semaines. Dans ces dernières années le malade s'est livré à la boisson ; les accès se sont accumulés. Il se produisit des états délirants qui nécessitèrent son internement dans un asile.

Le malade est défectueux, intellectuellement affaibli. II trouve lui-même qu'il est malade de la tête ; il se sent toujours comme gris. Pas de maladies des organes végétatifs ; les bruits du cœur sont nets, le pouls à 72, lent. La flgure et les extrémités sont légèrement cyanosées. Le crâne est de dimensions normales, cependant fort aplati à l'occiput. Les muscles de la lèvre supérieure et de la langue ont un tremblement.

L'observation fait constater que, à côté de ces accès épileptiques qui reviennent à des intervalles de quelques semaines et souvent d'une façon accumulée, le malade présente une alternance cyclique entre ces états d'exaltation et les états de dépression. Le trouble somnambuliforme de l'intelligence, la stupeur momentanée, les délires typiquement semblables et de nature religieuse (nomenclature de Dieu) avec de nombreuses hallucinations correspondantes, montrent nettement l'existence d'une folie épileptique. Les phases de dépression ont en moyenne une durée plus longue (1 à 23 jours) que les périodes d'exaltation (une demi-journée à dix jours). Parfois se produit pendant quelque temps une alternance journalière de ces états, parfois même les états alternent une à deuxfois dans l'espace de vingt-quatre heures, mais c'est toujours la phase dépressive qui prédomine. Des intervalles véritablement lucides ne se produisent jamais ; car dans les périodes qui reviennent tous les deux mois et pendant lesquelles le malade n'a pas de délire et n'est pas exalté ni déprimé, il paraît être dans un état pathologique, un état de conscience crépusculaire, avec grande irritabilité d'humeur et de la bigoterie. Parfois, après des états d'exaltation d'une durée prolongée et allant avec de l'insomnie, il y a pendant un ou deux jours un état d'épuisement et de stupeur. La phase dépressive de la folie circulaire épileptique commence ordinairement par un mal de tête, une lourdeur dans la tête, une plus grande irritabilité et de la morosité, une augmentation de la cyanose habituelle. Le malade devient bouleversé dans ses traits, déprimé, regarde fixement devant lui, parle à voix basse, les lèvres tremblantes, déclare être un grand pécheur ne prend qu'une quantité minime de nourriture.

L'intelligence est troublée, somnambuliforme. Le malade est agenouillé tantôt ici, tantôt là, égraine son chapelet en priant, demande régulièrement un coin de fer pour se détacher le pied, une cognée pour se couper les doigts afin de se réconcilier avec Dieu par ce sacrifice. Quelques cicatrices à la main gauche proviennent d'une tentative pour se mutiler lui-même. Souvent il déclare vouloir sacrifier un œil, si ce sacrifice est agréable à Dieu. Si on le trouble dans sa contrition, il réagit d'une manière hostile, donne des coups et mord son entourage. Dans cette phase dépressive il est toujours beaucoup plus cyanotique que d'habitude.

L'artère est contractée comme un fil de fer et reste dans cet état même après l'emploi de l'azotite d'amyle ; le pouls est lent, les extrémités et la figure sont froides, cyanotiques, les pupilles dilatées et à réaction paresseuse. Dans ce stade des hallucinations se produisent en foule: le malade voit des écrevisses, des serpents, des vaches, deux hommes grands et blancs, Dieu le Père avec un air menaçant, le diable qui se métamorphose devant ses yeux en divers animaux. A la fin des phases dépressives il y a des phénomènes d'exaltation (cris joyeux, chants, visions gaies) qui se manifestent pendant des heures. Le retour au stade d'exaltation est brusque; il

y a alors une atténuation considérable de la cyanose, le pouls devient plus plein et plus mou et en même temps plus fréquent. Souvent il y a aussi des phénomènes fluxionnaires vers le cerveau. Lamine se ranime, le malade devient loquace, exprime sa joie de se sentir si dégagé dans la tête. Il se met à chanter, à danser, à jubiler. Il voit Dieu, de belles étoiles, une grande ville ; le ciel s'ouvre, il se voit transporté au paradis. Devant ses yeux ravis, Dieu prend la forme d'un grand poisson superbe et monte vers le ciel. Le Saint-Esprit lui apparaît sous la forme d"un garçon qui tient une tablette blanche dans ses mains. Il prend les gens de son entourage pour des anges, Dieu le père, le Christ ; tout est admirablement beau, brillant. Le bon Dieu lui apparaît brillant, sous mille couleurs, comme un poisson aux écailles reluisantes; des poissons d'or dansent devant ses yeux. Il n'a pas de sommeil, jubile, chante les louanges de la grâce et de la bonté de Dieu. Ses yeux brillent, sa mine exprime l'enthousiasme; l'état s'accentue momentanément jusqu'à l'extase. Le pouls reste lent, mais il est plus plein, l'artère est plus molle que dans le stade dépressif. Le bromure de potassium et les injections de morphine restent impuissants contre la folie circulaire. Le premier diminue la fréquence des accès épileptiques, c'est vrai, mais les injections restent sans aucune influence sur la marche et sur l'intensité de la folie cyclique. Le seul effet notable des accès épileptiques, c'est que la cyanose est accentuée pendant quelques jours toutes les fois que les attaques s'accumulent. Les accès ont pour la plupart la forme classique, mais parfois ils se bornent à un tremblement et à un tiraillement général du corps sans que le malade perde complètement connaissance et sans qu'il se renverse par terre.

Le pronostic des accès d'aliénation isolés est favorable. Le pronostic total de l'épilepsie avec trouble rnental est mauvais, et quand une fois la dégénérescence épileptique s'est déclarée, le pronostic est à peu près désespéré'.

Quant aux bases anatomiques de l'épilepsie, il règne encore à ce sujet une grande obscurité. On a fait les constatations les plus variées. Il est probable que les troubles du développement cérébral, souvent congénitaux, puis le gliome de Técorce cérébrale , mais surtout les encéphalites partielles en sont les causes fondamentales et qu'on doit rapporter à ces dernières la sclérose de la corne d'Ammon relevée particulièrement par Meynert (Hemkes, Allg. Zeitschr. f. Psijcli., 34, p. 678;. Sur la base anatomique des troubles psychiques de l'épilepsie on ne peut non plus qu'émettre des hypothèses, hypothèses d'après lesquelles les troubles vaso-moteurs seraient la cause fondamentale, puisqu'en général l'épilepsie paraît être une névrose vaso-motrice de l'organe central.

On rencontre parfois de l'atrophie cérébrale, des modifications de la duremère chez les individus qui ont été disséqués aux stades extrêmes de la dégénérescence épileptique, modifications qui expliquent en quelque sorte la décadence de la vie intellectuelle de ces malheureux.

La thérapeutique moderne de l'épilepsie et implicitement celle de la folie épileptique s'efforcent de réduire l'excitabilité morbide du cerveau et de rendre ainsi impassibles les centres atteints en face des excitations qui pourraient provoquer des accès.

' Cas de guérison, v. Kirn, Allg. Zeitschr. f. Psych.. 26, fasc. 1 et 2. — Wiedemeister, IbUL, 29, fasc. 5.

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Parmi les meilleurs moyens qui sont actuellement à notre disposition, il faut citer les sels de brome'.

Hughes Bennett [Edinh. med. Journ., iéxrier \S8\) a constaté les effets suivants avec le traitement bromure : dans 12,1 p. 100 des cas il y eut suppression complète des accès, dans 83,3 p. 100 une atténuation considérable, dans 2,3 p. 100 pas de résultat, dans 2,3 p. 100 une augmentation des accès. Il est hors de doute que dans certains cas isolés des guérisons peuvent être obtenues par le traitement bromure rationnel et poursuivi pendant plusieurs années.

Tous les sels de brome sont utilisables, mais il est particulièrement recommandé de les donner en combinaisons avec de l'eau saturée d'acide carbonique (eau bromurée d'Erlenmeyer). Bail recommande la combinaison des sels de brome avec l'extrait aqueux de belladone.

La dose quotidienne minima dont on peut attendre quelque succès serait de 6 grammes pour les épileptiques hommes adultes et de 4 grammes pour les épileptiques femmes adultes. Les solutions aqueuses sont les meilleures. Les doses quotidiennes répétées de 2 à 3 grammes, en solution étendue, sont préférables aux grosses doses, données plus rarement et préparées sous une forme concentrée. En partant de la dose initiale il faut augmenter lentement tout en observant l'action sur les accès et sur l'organisme. Dans la plupart des cas on devra rester au-dessous de 10 grammes. Si, pour une raison quelconque, on est obligé de renoncer à la thérapeutique bromurée, il ne faudra jamais l'interrompre brusquement, car autrement on peut s'attendre aune reproduction accumulée et intense des accès et même à l'apparition d'un status epilepticus menaçant la vie. On peut, sans préjudice pour l'organisme, continuer la thérapeutique bromurée à doses moyennes pendant des années. En présence de la folie transitoire, des équivalents prolongés et des psychoses chroniques des épileptiques, les antiépileptiques ayant fait leurs meilleures preuves restent sans aucun effet sur l'accès lui-même.

Tous les autres antiépileptiques (valériane, oxyde de zinc, nitrate d'argent) sont bien inférieurs à la thérapeutique bromurée.

Au point de vue du régime, les épileptiques doivent s'abstenir de café, de thé, d'alcool, *de tabac. Une nourriture en grande partie végétale est souvent très salutaire.

Dans les cas d'accès épileptiques qui reviennent en s'accumulant et qui amènent le coma, des températures hyperpyrétiques et un péril pour la vie (status epilepticus), Krueg a, par des expériences faites sur des marsouins rendus épileptiques ainsi que sur des hommes, constaté l'effet favorable de l'hydrate de chloral (en lavement, mais aussi par voie souscutanée en solution à 1/20), constatation qui est d'accord avec celle de Wallis (West. Rid. lunat. asijl. reports, V, 1875).

I Otto, Arch. f. Psych., V, fasc. 1 . — Frigerio, Injecl. sous-culanées de bromure de polassitnn, Pesaro, 1876. — Stark, Allg. Zeifschr. f. Psych., 31.

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