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CARACTÈRE HYSTÉRIQUE. TROUBLES ÉLÉMENTAIRES PSYCHIQUES

Dans le tableau des symptômes de l'hystérie, si riche et si varié, les anomalies psychiques sont constantes, bien que chez la majorité de ces malades elles ne se rencontrent que sous forme de troubles élémentaires (caractère hystérique).

Les phénomènes fondamentaux sont le manque d'équilibre des fonctions psychiques, la susceptibilité énorme et l'intensité extraordinaire de la réaction psychique, ainsi que le changement rapide des excitations (faiblesse irritable). Au premier plan se trouvent les anomalies psychic|ues. Les malades sont très sensibles aux excitations psychiques intérieures et extérieures. A Tacmé de la maladie, les sensations ne consistent plus en états d'humeur, mais uniquement en émotions (hyperesthésie psychique). Comme les processus psychiques sont pour la plupart annotés par des sensations de déplaisir, l'humeur et les émotions sont le plus souvent dépressives ; mais, par suite du changement brusque des conceptions et à cause de la grande émotivité, l'humeur n'est pas stable; c'est une transformation bigarrée des sentiments, des affections qui souvent se manifeste par un revirement brusque, un passage des pleurs au rire. Lestconceptions vivement annotées amènent des idées qui changent continuellement, et c'est ce cjui fait paraître les malades comme des êtres capricieux, changeants dans leurs sympathies et leurs antipathies pour les personnes et les choses. Les désirs peuvent être très violents (convoitises), et de même des répugnances. Comme les sentiments pervers sont possibles, il se produit des idiosyncrasies. Par suite de la prédominance des impressions douloureuses physiques et du grand nombre des sensations douloureuses, ces malades souffrent beaucoup. Ils deviennent par suite égoïstes, insensibles aux

* Moreau, VJJnion méd., 1865, 69 à 102. — Falret, Ann. méd. psych., mai 1866. -— Brosius, Irrenfreund, 1866, 7. — Wunderlich, PathoL, 1854, p. 1490. — Morel, Traité de la méd. légale des aliénés. — Briquet, De l'hyslérie. — V. KrafTt, Friedreichs Bldtter, \.%'rl, fasc. 1. — Jolly, Ziemsseris Handb.., XII, p. 451.

ALIENATION MENTALE DUE AUX NEVROSES CONSTITUTIONNELLES :J85

souffrances d'autrui. Préoccupés de leur propre salut et de leur mal, leurs sentiments éthiques et sociaux s'émoussent, ils deviennent indifférents à leurs devoirs ainsi qu'au bien de leur famille. Le monde extérieur restant de plus en plus froid à leurs plaintes continuelles, ils en arrivent à exagérer leurs souffrances, à simuler pour éveiller à tout prix l'intérêt (avalent des aiguilles, stigmatisation, blessures portées contre eux-mêmes, attentats simulés, etc.); et, dans ces efforts, leur imagination, morbidement accentuée, leur rend de bons services ; leur moralité altérée ne recule devant aucune duperie, aucun mensonge. Ils ont des émotions violentes, quand ils ne réussissent pas dans leurs efforts à éveiller la commisération et qu'ils se voient abandonnés et oubliés. Alors leur méchanceté et leur rancune ne connaissent plus de bornes. Comme troubles élémentaires de la conception, il y a tantôt accélération, tantôt ralentissement, parfois aussi du décousu dans la marche des idées. L'impressionnabilité émotive et intellectuelle du malade amène facilement des représentations obsédantes. L'infidélité de la reproduction, combinée avec leur imagination exaltée, fausse les souvenirs et les fait passer pour des menteurs. A l'occasion, notamment à l'époque des règles et à l'acmé des émotions, des délires primordiaux de la persécution peuvent surgir.

Souvent la sphère sexuelle aussi est morbidement affectée. La sensation sexuelle peut être accentuée jusqu'aux sensations voluptueuses (même des hallucinations de coït : incubes, succubes du moyen âge) et se manifeste par les actes les plus étranges (se promener nu, manie de s'oindre avec des cosmétiques douteux, même avec de l'urine). Par moments, il peut exister une frigidité générale ou seulement comme idiosyncrasie pour le mari ou pour l'amant; souvent aussi on rencontre temporairement des sentiments sexuels pervers avec des impulsions correspondantes ou encore avec des phénomènes équivalents d'exaltation religieuse. La sphère vasomotrice qui est probablement toujours en jeu, donne souvent lieu à des accès d'angoisse et surtout d'angoisse précordiale.

L'imagination de ces malades atteint généralement une vivacité morbide, de sorte qu'une image mentale très vive devient facilement une hallucination; ou du moins les malades ne peuvent plus discerner leurs imaginations de la réalité. Souvent il y a aussi des hallucinations qui surgissent spontanément; elles se produisent presque exclusivement dans la sphère du sens de la vue. Leur nature est généralement désagréable (crânes» spectres, bêtes fantastiques, parents décédés, etc.). Les illusions de la vue (traits défigurés des gens de l'entourage, les personnes paraissent plus petites ou plus grandes, etc.), ainsi que celles du sens cutané (serpents, crapauds, mouches dans le lit ou sur la peau), ne sont pas moins fréquentes et proviennent probablement d'une fausse interprétation de sensations réellement éprouvées.

Le domaine du libre arbitre paraît dans tous les cas diminué par la faiblesse morale et la faiblesse de la volonté, par le caractère passager et superficiel des conceptions, parle changement du mode de sensation, quant à sa nature et à sa forme, par des représentations obsédantes; le malade

n'est souvent que le jouet de ses caprices, de ses convoitises, de ses impulsions et de ses fantaisies. Ainsi il peut arriver qu'il néglige ses devoirs les plus importants, blesse les sentiments les plus sacrés, guidé par des imaginations et les motifs les plus alDsurdes.

Sur cette base psychonévrotique, plus ou moins dégénérative, il se développe naturellement des états d'aliénation peu prononcés. La grande éraotivité, la facilité d'excitation de la sphère des sens et des conceptions, ainsi que le manque d'équilibre des fonctions vaso-motrices, y prédisposent particulièrement. Avec le caractère « hystérique », avec tous ces troubles des fonctions sensitives, motrices, vaso-motrices, sexuelles et autres qui appartiennent au tableau général de l'hystérie et qui trouvent une utilisation fréquente et illimitée dans la formation des délires, des formes psychiques se manifestent dont l'origine indique immédiatement la névrose hystérique, et qui pour cette raison doivent figurer sous le nom d'aliénation hystérique dans la pathologie spéciale.

De même que dans la folie épileptique les formes de la folie hystérique se divisent :

1° En états d'aliénation transitoire ; 2° en états délirants prolongés analogues aux équivalents psychiques prolongés ; 3° en psychoses hystériques.

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