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II. — Halluciivations ébrieuses

(SENSUUM FALLACIA E B R I 0 S A) '

La grande prédisposition des ivrognes aux hallucinations, notamment à celles de la vue, est connue. Ordinairement elles n'apparaissent que d'une manière tout à fait élémentaire et fragmentaire dans le tableau de la maladie; dans quelques cas rares elles se montrent accumulées et comme reliées pour former un délire hallucinatoire qui alors a un caractère tout à fait transitoire et dure rarement au delà de quelques heures.

Les excès d'alcool accumulés et la colère peuvent prov^oquer ce délire.

Les éléments du délire sont des hallucinations de la vue et de l'ouïe; elles ont un caractère terrifiant. En même temps il y a des bruits (bruits confus, bruissements] et de l'angoisse précordiale. La conscience est un peu crépusculaire, comme dans un songe, et ne permet pas au malade de reconnaître la véritable nature de ses hallucinations, mais n'exclut point un

1 Cohen v. Baren, AlUi. Zeil^ic/ir. /'. l'.sijc/i., 3. — Clarus, Deilrage, 1828, p. 132.

souvenir sommaire des incidents de la maladie. Des actes de violence graves contre le monde extérieur que les hallucinations et les illusions présentent à la conscience sous une forme travestie, peuvent se produire facilement.

Observation LXXX. Hallucinations ébrleuses. Homicide commis sur l'épouse. — Samsa, trente-six ans, de même que sa femme potator excessif de vin et d'eau-devie, souffrait depuis des années de manque de sommeil, de lourdeurs de tête, de ti'emblements, de vomissements, de maux de tète, de vertiges le matin à son réveiL Il était devenu de plus en plus brutal, irascible ; il avait souvent maltraité sa femme et l'avait même menacée de la tuer.

Du l^"" au 8 décembre le couple aurait consommé ensemble 12 pintes d'eau-de-vie et aurait été presque toujours ivre pendant cette période. Du 8 au 16 décembre, S... fut atteint de delirium tremens (il avait une peur terrible, voyait des processions d'hommes, des brigands, des saints, des anges, le Christ, des animaux ; il entendait de la musique).

A partir du 16 décembre jusqu'au 4 janvier, S... n'eut pas d'hallucinations, c'est vrai, mais il se sentait faible, tremblant, incai)able de travail ; il avait un brouillard devant les yeux, dormait mal, avait des cauchemars dans lesquels il voyait des brigands qui voulaient entrer par la fenêtre, il se sentait pris de vertige, abasourdi, sans appétit, souffrait de bourdonnements d'oreilles.

Le 4 janvier il amena son fils chez des parents qui demeuraient à deux heures de chemin de son domicile; là il but environ un litre de vin et en revenant il but encore en route deux à trois quarts de litre. Quand il sortit du cabaret, il sentit sa tête en feu; il ne savait plus ce qu'il faisait, il se voyait entouré d'une foule de chevaux, de bœufs, de filles; pris d'une peur terrible, il se sauva à toutes jambes et ne rentra qu'après plusieurs heures tout épuisé à la maison. Il avait un peu recouvré ses sens, causa avec sa femme, but encore un peu de vin et se coucha pour dormir. Quelques moments après, S... fut réveillé brusquement par un bruit confus de cris humains qu'il entendit; il vit la fenêtre avec des brigands qui avaient braqué leurs fusils sur lui, ensuite un brouillard tomba sur ses yeux.

Pris d'une frayeur terrible, il sauta du lit et puis, plus mort de peur que vif, il saisit un fusil chargé. Alors sa conscience s'obnubila encore davantage; il se souvient seulement qu'il entendit une faible détonation, qu'il vit ensuite à la fenêtre deux anges jaune rougeàtre et que, lorsqu'il s'approcha de cette apparition, il trouva sa femme gisant à terre dans son sang. Alors il ouvrit violemment la porte qui donnait dans la chambre des servantes, cria au secours, disant que sa femme s'était tuée d'un coup de fusil. Les servantes avaient entendu une dispute, après quoi tout serait redevenu calme. Un moment après elles entendirent trois coups sourds, puis ces paroles prononcées par la femme : « Jésus ! Victor, que fais-tu, tu es donc fou! » Là-dessus le coup de fusil retentit. La balle avait traversé la tête et, au bout de quelques minutes, la femme expira.

S... croyait que sa femme s'était brûlé la cervelle elle-même. Il se lamentait, courait à droite et à gauche, et fit sur son entourage l'impression d'un malade. On craignait qu'il ne mit fin à ses jours. Les gendarmes, arrivés à une heure et demie, le trouvèrent plus calme, un peu anxieux. Dans l'interrogatoire, il prétendit que sa femme s'était suicidée. Son attitude sans gêne et indifférente était frappante.

S... a le teint livide; les veines de sa figure sont dilatées, ses yeux cerclés, ses paupières œdémateuses, sa face est boursouflée, sa marche hésitante, ses mains sont tremblantes, son sommeil est agité et troublé par des rêves. L'examen physique fait

constater un gonllemcnt de la rate et du foie, ainsi qu'un catarrhe gastrique. S... se plaint d'avoir la tête lourde, des maux de tête, des bourdonnements d'oreilles, des vertiges. Il est souvent pris d'angoisse précordiale, entend la nuit la musique d'un orgue de Barbarie, se parle beaucoup à lui-même et souvent aussi il a des tressaillements.

Pendant la journée, il était taciturne, plongé dans ses idées, apathique, ne manifestant ni repentir ni aucune autre émotion. Une faiblesse de la mémoire et une débilité intellectuelle existaient chez lui d'une façon manifeste et incontestable. Au commencement, S... soutenait encore que sa femme s'était suicidée; il n'avait qu'un souvenir très sommaire des incidents de la nuit funeste.

A la fin du mois de février, il se sentit mieux ; il se souvint alors de son passé halluciné, commença à avoir des doutes sur le suicide de sa femme et à supposer qu'il l'avait tuée, pris d'angoisse et de trouble ébrieux. Peu à peu il arriva à éclaircir sa situation, et il ne présentait plus rien de pathologique, sauf un léger affaiblissement de l'intelligence, un pouls monocrotone, lent, un léger tremor des mains, un sommeil agité. Ses malaises subjectifs se bornaient à des bourdonnements d'oreilles et à une faiblesse de la mémoire; en outre, il ne pouvait plus supporter même de petites quantités de vin; cela lui faisait, dit-il, un « si étrange effet » dans la tète.

m. — Psychoses alcooliques *

Les formes complètes de la maladie psychique se rencontrent souvent chez les ivrognes. Toutes ces maladies n'ont pas un cachet spécifique. Ainsi on observe des mélancolies et des manies qui ne diffèrent des autres mélancolies et manies que par le fait que leur base organique leur donne un caractère idiopathique plus grave. Les mélancolies présentent pour la grande majorité un caractère de stupeur; les manies sont pour la plupart violemment congestives avec trouble grave de l'intelligence ou bien elles se présentent sous la forme d'une folie raisonnante.

Mais, à côté de ces formes, il y a encore, sur la base de l'alcoolisme chronique, des psychoses qui sont aussi spécifiques que le delirium tremens, qui ne sont jamais provoquées par un seul excès d'alcool isolé, quelque fort qu'il soit, mais qui se produisent même tout à fait indépendamment des excès, par suite d'une cause accessoire somatique ou psychique agissant sur le cerveau ébranlé de l'ivrogne invétéré.

Ces psychoses alcooliques spécifiques sont :

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