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MclancoUe alcoolique

Elle est caractérisée par une explosion brusque, par une marche aiguë qui, dans la plupart des cas, ne dure que huit à dix jours, rarement quelques semaines, par une obnubilation considérable de la conscience,

' Littérature : Marcel, De la folie causée par l'abus des boisso/t.s alcooliques, Paris, 1847. — Leiclesdorf, Wlen. Zellschr. d. Gesellsch. d. Aerzle, 1854. — Oalineil, (iaz. des hop.. 1856,76. — riaberkorn, Alkoholinissbrauclt and Psi/chusen Disseii.. 1859. — Dagonet, Ti-aile des mal. menl., p. 577.

' Comparez : Lûkhen, Sc/u/iidls Ja/u-bach, 1870, n" 11.

par des hallucinations nombreuses, une violente angoisse précordiale pouvant aller jusqu'à la panpliobie, par le raptus mélancolique et les tentatives de suicide, par la terminaison prompte avec souvenir très sommaire qui donne au malade l'illusion d'avoir eu un mauvais rêve.

Etant donné le trouble de l'intelligence et la marche aiguë de la maladie, il est rare que des délires systématiques se développent et que le malade arrive à les motiver par une accusation formulée contre lui-même; cela pourrait tout au plus avoir lieu dans les cas qui se prolongent. Les hallucinations accumulées, notamment dans les émotions d'attente anxieuse, sont en partie des voix accusatrices {assassin, voleur, accusations sexuelles, comme d'être vénérien, menaces de mort et de prison), en partie des visions (formes blanches, diables, fantômes, masques hideux, animaux presque toujours en grand nombre). Ces dernières sont plutôt épisodiques et ne sont pas utilisées pour le délire.

Au point de vue somatique, il y a dans la plupart des cas des phénomènes de l'intoxication alcoolique aiguë ou de l'alcoolisme chronique, des maux de tête, des fluxions violentes et de l'insomnie. Les causes les plus fréquentes sont les émotions morales, surtout la terreur et les excès alcooliques. Le pronostic est très favorable.

Au point de vue thérapeutique, l'opium est aussi efficace contre l'insomnie et l'angoisse qu'il l'est dans le cas de delirium tremens. Dans les cas de fluxions nous recommandons les bains avec compresses de glace ; si l'activité du cœur est augmentée, l'emploi de la digitale sera utile.

Observation LXXXI. Mélancolie alcoolique. — G..., quarante-neuf ans, marié, patron boulanger, eut pour père un ivrogne, était lui-même fort adonné à la boisson. Dans ces dernières années il était devenu irascible ; dans ces derniers mois, son sommeil était agité et le matin il avait souvent des tremblements. Au mois d'avril et de mai il eut beaucoup d'affaires et de tracas à cause de l'achat d'un immeuble. Le 7 mai, effroi terrible à l'occasion d'un feu de cheminée. Après cet incident, il perdit le sommeil, devint anxieux, errabond, profondément déprimé, déclara être un grand criminel, avoir assassiné son enfant, avoir le cœur dur comme une pierre, être indigne d'avoir sa femme auprès de lui et mériter la prison. Il présentait une violente fluxion à la tête, du trémor des mains ; il voyait, le 9 et le 10 mai, par moments, des rats et des souris en foule, ne dormait pas, était très agité, anxieux, s'entendait accuser d'avoir fauté sexuellement avec des filles, d'avoir bu du sang d'enfants et d'être destiné, pour ce motif, à une condamnation infamante. Il s'attendait à ce que le bourreau vînt le chercher; il était dans une angoisse mortelle, de sorte qu'on dut l'amener à la clinique le 16 mai 1880.

Le malade est considérablement troublé dans son intelligence, il est anxieux, délirant, a de nombreuses hallucinations de la vue et de Touïe, voit des brigands, des diables, entend des voix qui l'injurient, qui lui disent qu'il est un individu ignoble, un chien, qu'il a masturbé et séduit des filles innocentes, commis des actes de sodomie, qu'il doit être brûlé sur le bîicher. Il se déclare coupable; il a mené une vie immorale, il a comparé de hauts personnages à des animaux et il attend une mort infâme.

Le malade est de taille moyenne; graisse très abondante; le pouls est petit, à 120, la température à 37°, les bruits du cœur sourds, les mains et la langue tremblantes,

la tête chaude et congestionnée. Il s'assoupit, mais bientôt il est brusquement réveillé par des rêves terrifiants. Passagèrement il a de la panphobie et des émotions de désespoir. Sous l'action de l'opium et du vin le sommeil se produit. Le 48 au matin, les congestions et l'angoisse s'atténuent un peu. Le malade rapporte qu'il a vu du feu et des animaux. 11 a été aussi au ciel, ensuite il a plané en l'air comme un oiseau de proie et en volant il s'était accroché à une flèche d'église. Il est descendu sur terre trop tard pour pouvoir empêcher un terrible malheur. Quand il réussit enfin à se dégager, le ciel était déjà tombé par terre. 11 a mis toute la ville en feu, rendu malheureux une foule de gens, emmené une foule d'enfants ligotés et fait dérailler des trains de chemin de fer. Il entend toujours des voix lui disant qu'il devrait demander pardon à Dieu, mais il ne peut pas faire sa prière, il y a une confusion terrible dans sa tête. 11 doit avoir un sosie, être composé de deux personnalités; il entend toujours sa propre voix et l'autre accomplit tous les actes pour lui. Avec son imagination il parcourt à tort et à travers toute la maison.

Par suite du traitement avec l'opium (deux fois par jour, 0,lo en injection souscutanée), le malade devient plus calme, dort longtemps et se remet au physique.

Jusqu'à la fin du mois de mai, il demeure cependant anxieux, embarrassé, halluciné, bouleversé. Les gens disent du mal de lui, le regardent en le menaçant par la fenêtre de sa chambre. Il lui semble qu'on lui a déjà enlevé les mains et les pieds. Son sosie a assassiné des empereurs et des rois, et voilà que c'est à lui qu'on attribue la culpabilité de tous ces forfaits. A l'occasion il prend un autre malade pour le bon Dieu qui lui fait des reproches et qui l'appelle menteur. Un autre malade lui semble être l'empereur de Russie et alors il craint d'être pris à son tour pour un nihiliste et d'être puni. Il se plaint d'avoir la tête remplie de terribles idées qu'il ne peut chasser par aucun moyen. Souvent il lui semble que tout cela n'est qu'illusion, maladie, mais il n'y peut rien faire.

Le 2 juin, après quelques bonnes nuits, les hallucinations ce.ssent. Le malade commence, après y avoir été aidé, à prendre connaissance de sa maladie. Parfois il est encore importuné par des illusions terrifiantes. Pendant quelque temps il reste épuisé, dort beaucoup et se remet rapidement sous l'action des toniques et des frictions.

Le 26 juin, lorsqu'on établit le status retrospectivus, il raconte que le 9 mai la maladie l'aurait pris tout d'un coup par des symptômes de vive angoisse et de confusion. Il avait l'impression que Dieu en personne le jugeait et prononçait sa sentence. A partir de ce temps il n'a eu que peu de moments lucides, il avait pris les gens de l'entourage tantôt pour des êtres terribles, tantôt pour des divinités et il croyait avoir assassiné sa femme et sa fille. Ce fut comme si on lui enlevait un voile quand, à leur visite, le 4 juin, il les revit vivantes. Il n'a qu'un souvenir très vague de tous les incidents de la maladie.

Le 30 juin, G... fut renvoyé guéri.

Mania graxis potatorum^.

Le tableau maniaque spécial qui se développe sur le terrain de l'alcoolisme chronique concorde en beaucoup de points avec celui que d'autres auteurs ont décrit sous le nom de mania ambitiosa, congestiva, gravis (Scbïde). Je

J Comparez : Jlarcè, Traité des mal. ment., p. 477. — Dagonet, Trailé, p. 580, — Foville. La fulie des grandeurs, Paris, 1871. — Schiile, Handb., T édit.. p. 106. — Lovenhardt, Allf/. Zeilschr. f. Psych., 2.j. — Zenker, Ibld., 33 — SbJltzner, Irrenfretiml, 1877, 8.

ne l'ai rencontrée que sur la base de l'alcoolisme chronique et je trouve dans le groupement des symptômes, dans le détail et dans l'évolution, des particularités qui me la font considérer comme une forme spécifique. Jamais ce tableau n'est précédé par un stade prodromique mélancolique. L'explosion est brusque avec des phénomènes congestifs bien distincts, ou bien ressemble à l'agitation maniaque initiale de la démence paralytique, à cette différence près que la faiblesse psychique n'apparaît pas aussi nettement dans la mania gravis.

Les phénomènes du début sont : irritabilité croissante, changement du caractère, fluxions, sommeil troublé et parfois insomnie complète, inconstance, penchant au vagabondage et aux excès alcooliques réitérés. Une augmentation considérable de l'opinion de soi-même se montre de bonne heure. La maladie atteint rapidement la hauteur de la folie furieuse ou elle y arrive en passant par un stade d'agitation maniaque. Cette agitation se distingue de l'exaltation maniaque bénigne par la grande augmentation du sentiment de soi-même, la grande irritabilité du malade qui l'entraîne aux plus violentes brutalités contre son entourage, par la vantardise, la manie de faire des achats et du gaspillage, le vagabondage, un manque d'égards brutal, souvent aussi par un érotisme qui fait que le malade s'attaque même à ses propres filles et en pleine rue. Ici encore le délire des grandeurs se développe bientôt.

A l'acmé de la folie furieuse, la grande confusion, le trouble de l'intelligence, l'irascibilité, l'énorme confiance en soi-même et les actes moteurs presque exclusivement instinctifs, ensuite une salivation fréquente, le tremor des lèvres et de la langue, la parésie faciale, le myosis ou inégalité des pupilles, les troubles d'élocution par ataxie labiale, indiquent la nature organique très grave du processus.

Il s'y ajoute encore du délire des grandeurs qui, en ce qui concerne sou énormité, atteint celui du paralytique, sans être cependant aussi étrange ni aussi varié que chez ce dernier. Il est dans la majeure partie des cas de nature religieuse. Les malades déclarent être Dieu, le Christ; dans d'autres cas, ils sont empereurs, très riches, etc.

Parfois un délire de persécution, notamment un délire d'empoisonnement, se développe aussi ou bien le malade présente le délire d'infidélité conjugale. A l'acmé de la maladie, il y a des hallucinations en foule, et en première ligne presque exclusivement des hallucinations visuelles i diables, anges, personnes divines, le paradis), en seconde ligne des hallucinations de l'ouïe sur des sujets analogues.

Les actes de la folie furieuse se distinguent par une brutalité excessive et par l'impulsion à la destruction, par les hurlements, les cris, la rage, le barbouillement, la destruction; des accès de folie furieuse se montrent passagèrement et épisodiquement.

Au point de vue somatique il y a dans la plupart des cas une fluxion très prononcée et de l'insomnie. Au stade de l'acmé, la marche de la maladie est exacerbante et rémittente. Dans les rémissions on a le tableau de l'exaltation maniaque avec le maintien du délire des grandeurs, avec la

manie à collectionner, l'impulsion à s'occuper, impulsion dont les vêtements et la literie sont les victimes ; mais souvent c'est le tableau de l'épuisement psychique qui prédomine.

L'acmé de la maladie dure en moyenne quelques semaines. Dans les cas favorables, le sommeil et une diminution de l'agitation font leur apparition. Les rémissions deviennent plus profondes, la frénésie passe par un stade de manie coléreuse qui est suivi d'un état de faiblesse psychique avec des phénomènes qui sont les derniers échos de l'exaltation maniaque et ont les allures d'une moria el un cachet raisonnant, ou bien par un état de profond épuisement intellectuel avec brutalité et irascibilité démentes avant d'arriver à la guérison.

Il se peut cependant qu'à l'acmé de la maladie l'état s'accentue jusqu'au delirium acutum et que le malade meure rapidement.

Autrement la maladie passe à l'état chronique : l'agitation fait place à une faiblesse intellectuelle croissante; les émotions prennent de ce fait un caractère puéril et impuissant, tombent brusquement de la hauteur du délire des grandeurs aux pleurs enfantins. Parfois des accès de frénésie et de colère explosive ou simplement congestifs se montrent encore. Dans la période qui suit, le trouble profond des centres psychiques et moteurs se manifeste de plus en plus nettement parles actes de destruction, de déchirement, le barbouillement avec des excréments, actes continuels, instinctifs et sans aucun but.

Le délire des grandeurs s'efface de plus en plus, se fragmente, les émotions disparaissent ou réapparaissent sous forme d'une manifestation enfantine inepte. La guérison est encore possible même dans ce stade, seulement l'organe psychique gravement atteint n'en sort plus intact, mais défectueux, affaibli psychiquement et très excitable en présence des influences alcooliques et émotives. Dans la plupart des cas, la maladie aboutit à un processus de dégénérescence profonde du cerveau, à la démence progressive avec impulsions à la destruction tout à fait instinctives. En même temps il y a une baisse rapide de la nutrition, un pouls lent, monocrote, les bruits du cœur sont sourds, les artères peu tendues, la température subnormale ; puis viennent des furoncles, des phlegmons que le malade provoque en se barbouillant et en fouillant dans la paille et qui ne peuvent guérir complètement. Il se produit des paralysies faciales, nue inégalité des pupilles, des transpirations hémilatérales, delà lourdeur et de l'incertitude dans les mouvements des extrémités.

La mort a lieu après un délai d'un mois ou dun an par suite du décubitus, des diarrhées colliquatives,des pneumonies hypostatiques, et trouve le malade dans le marasme intellectuel et physique.

Le pronostic est douteux. Dans la moitié des cas, mais seulement au premier stade, la guérison se produit assez souvent, il est vrai, en laissant une défect losité psychique.

Dans les cas avancés, lautopsie constate : de l'hyperoslose crânienne avec atrophie du diploé, de l'anémie de la pie-mère troublée par l'engorgement lymphatique, de lœdème du cerveau, et de plus un commen-

cernent d'atrophie (rétrécissement des circonvolutions; ; les orifices vasculaires sont béants dans le cerveau, très dilatés, les ventricules un peu dilatés avec épendyme granuleux.

Au début et à l'acmé, le tableau de la maladie présente les signes d'une hyperhémie vaso-parétique et dans ce stade la guérisonest encore possible. Avec la marche progressive de la maladie, il arrive que des éléments du sang émigrent dans les espaces périvasculaires, qu'il y ait engorgement lymphatique et métamorphoses régressives du cerveau.

Dans les premiers stades, les bains prolongés avec des compresses de glace, les injections d'opium et d'ergotine sont recommandables ; dans le cas où l'activité du cœur monte considérablement, c'est la digitale qu'on peut recommander. Lors de la transition au stade secondaire, c'est le traitement fortifiant, l'opium, le quinquina qui sont tout indiqués. Dans les stades terminaux, le repos au lit, la chaleur, les stimulants de la circulation, la bonne nourriture et la lutte contre le decubitus sont nécessaires.

Observation LXXXII. — Mania graois potatorum. Marche prolonfjée. Guérison. — Hermann, cinquante-cinq ans, né d'un père ivrogne. Un frère était atteint de mélancolie alcoolique. Le malade était adonné dès sa jeunesse à Fabus des spiritueux, notamment du vin et du rhum; il a eu trois courts accès de folie furieuse : le premier il y a trente ans, le second il y a vingt-cinq ans, et le troisième il y a douze ans. Dans ces dernières années il a beaucoup bu et présenté des phénomènes manifestes d'alcoolisme chronique.

Depuis l'automne de 1873 il était devenu de plus en plus irascible, agité, inconstant, et dormait mal la nuit. Après des excès alcooliques accumulés la folie furieuse éclata brusquement dans les derniers jours du mois de septembre et l'amena le 7 octobre 1873 à l'asile.

Le malade se trouvait momentanément en rémission; il arriva comme un triomphateur, se tenant debout sur un chariot à ridelles, devant lui un valet qu'il voulait livrer à la justice pour l'avoir maltraité : c'est sous ce prétexte qu'on l'avait attiré à la maison des aliénés.

Il se déclara empereur et pape, raconta ses visions dans lesquelles Dieu et le Christ lui étaient apparus : il les avait vus dans les nuages et il avait entendu une musique ravissante. Le malade présente une grande poussée d'idées, passe en parlant d'un sujet à mille autres, a une haute opinion de lui-même. Le pouls est fréquent, la tête congestionnée. Léger emphysème pulmonaire.

Le 9, le tableau pathologique s'élève de nouveau à la hauteur de la folie furieuse. Insomnie, grande confusion de l'inteUigcnce, visions de la sainte Vierge, voix des parents. Le malade rage, démolit, se barbouille, ne tolère pas d'habits sur son corps.

Les bains avec épithèmes, l'opium (O?"", 15 jusqu'à deux fois par jour) restent sans effet. Vers le milieu du mois d'octobre la folie furieuse rétrograde et baisse jusqu'au niveau d'une exaltation maniaque. L'intelligence s'élucide, les idées délirantes et les hallucinations disparaissent.

Grande excitabilité, exaltation dans l'éloge et dans le blâme, alternance des états d'esprit, faiblesse émotive au point que le malade peut être touché aux larmes par une lecture, d'autre part explosions de colère d'une intensité et d'une durée inquiétantes pendant lesquelles il veut se suicider, brûler la cervelle aux médecins: tels sont avec le mauvais sommeil et les phénomènes congestifs les symptômes les plus

impoi'tants de la maladie. Avec les injections de morphine, les émotions de colère disparaissent. Le malade devient calme, mais il présente des défectuosités considérables au point de vue éthique et intellectuel. Il est sans consistance, importun, bavard, enfantin, un paillasse et un diseur de propos obscènes et, pour peu qu'onlui laisse la moindre liljerté, il est très porté aux excès alcooliques.

Un trait de folie raisonnante consiste en ce que le malade est capable d'alléguer toutes sortes de prétextes et de motifs pour excuser sa conduite.

Au cours de l'été 1874 cet état de faiblesse mentale disparaît lentement et il ne reste que des phénomènes d'excitabilité et une légère faiblesse éthique et intellectuelle, de sorte que le la septembre on a pu renvoyer le malade guéri et avec une pleine connaissance de sa maladie.

Observation LXXXIII. Mania gravis polnlorum. Mort. — Stick, trente-six ans, journalier, a une sœur aliénée. Dès sa jeunesse il s'est livré à la boisson, avait de grands besoins sexuels, était mauvais sujet et au besoin commettait des vols pour se procurer les moyens de boire. Pris en flagrant délit de vol avec effraction, il y a quinze ans, il reçut des coups très graves avec blessure à la tête. Il fut toujours très emporté, brusque; il se maria, il y a neuf ans, procréa 5 enfants dont 4 moururent peu de temps après leur naissance. Depuis des années une irritabilité et une brutalité excessives s'étaient développées en même temps que d'autres symptômes d'alcoolisme chronique.

Vers le milieu du mois d'août 1873 le malade perdit le sommeil, devint inconstant, vendait sa petite propriété pour un prix dérisoire, ne travaillait plus, battait sa femme et menaçait de mettre le feu dans la maison quand elle lui faisait des observations; il parlait à tort et à travers, vantait sa force, sa richesse, voulait agrandir considérablement sa fortune par de riches mariages et des entreprises commerciales, poursuivait de ses assiduités les femmes dans la rue.

Lors de sa réception à l'asile, il présentait un grand trouble de l'intelligence, une inquiétude instinctive; il voulait aveuglément s'éloigner et se mettait à démolir et à frapper autour de lui lorsqu'on ne voulait pas le laisser partir. Il vantait sa puissance sexuelle, prétendait être énormément riche ; il épousera, dit-il, plusieurs belles femmes. Grande faiblesse psychique. Idées sans cohésion et sans motivation.

Le malade présente l'habitus d'un ivrogne : figure boursouflée avec les vaisseaux dilatés, yeux cerclés, mine confuse, innervation faciale inégale, trémor des lèvres et des mains. Artères rigides, pouls fort, sautillant, à 96 et montant à 130 pulsations quand le malade marche. Le choc du cœur est en dehors de la ligne mamillaire. Ventricule gauche agrandi; au lieu du second son dans le ventricule gauche et dans l'aorte il y a un bruit de souffle.

Le malade n'a pas de sommeil; il chante, siffle, démolit instinctivement tout ce qui lui tombe sous les mains, fouille dans la paille, vante sa force énorme, dit qu'il pourrait renverser de sa main 30 wagons de chemin de fer, arrêter un train en pleine marche. Cette force immense lui vient de Dieu. Grands revirements d'humeur, la plupart du temps gaie, épisodiquement avec emportements de colère; le malade tombe brusquement de la hauteur d'une émotion joyeuse avec chant du Te Dcumk des pleurs enfantins et parle de se pendre. Toute sa manie porte le cachet d'une faiblesse et d'une incohérence psychiques qu'indiquent aussi ses émotions puériles.

Le malade reste toujours sans sommeil, ni la digitale, ni l'opium, ni la morphine, ni le chloral, ni le vin, la bière, l'eau-de-vie ne produisent d'effets notables.

Il se démène inconsciemment, tape sur la porte, se barbouille, déchire d'une manière vraiment impulsive. Son délire des grandeurs (il a une origine divine, il est Dieu lui-même, préfet, président, le premier homme du monde) devient de

plus en plus incohérent, de plus en plus envahi par la démence, finalement il est refoulé et fait place à une humeur gaie, enfantine, qui constitue un contraste criant avec la décadence intellectuelle de l'individu. Au mois de décembre la décadence se fait sentir aussi au physique. Les températures subnormales (36°) se produisent, le pouls devient petit, à 60, faible; on observe des accès de transpiration hémilatérale dans la région du sympathique gauche au cou, avec dilatation des vaisseaux, élévation de la température dans le côté correspondant de la tête.

La pupille gauche devient plus large, le facial gauche est moins innervé; il se produit de la diarrhée et de légers phénomènes de collapsus, une baisse considérable de la nutrition et une anémie progressive. (Repos au lit, vin, eau-de-vie.) Le malade devient de plus en plus dément; la démence garde un caractère gai; il se croit au ciel, il est aussi bien portant que les anges du ciel. Quand il n'est pas au lit, il se démène inconsciemment, se barbouille, déchire tout ce qui lui tombe sous les mains, a la manie de collectionner, mange des chiffons de toile, avale le contenu des crachoirs. La décadence progresse. Décubitus; mort le 4 juillet 1879.

Autopsie. — Crâne avec hyperostose, sutures complètes, hydrocéphalie externe. Trouble laiteux diffus, épaississement de la pie-mère dans la région frontale et occipitale. Pie-mère œdémateuse, anémiée. Les vaisseaux de la base ont des parois rigides, athéromateuses, épaissies. La surface du cerveau est gonflée, les circonvolutions sont aplaties, l'écorce cérébrale est verdâtre. Le cerveau est anémié, œdémateux, le calibre des vaisseaux est fortement dilaté. Les ventricules sont très dilatés, remplis de sérum clair. L'épendyme est visqueux, épaissi; absence de granulations.

Poumons œdémateux; dans le lobe supérieur du poumon droit hépatisation flasque. Le ventricule gauche est très hypertrophié (épaisseur de 3 centim.) ; myocarde pâle, légèrement graisseux. Valvules de l'aorte rétrécies, épaissies. Aorte dilatée; parois rigides par suite d'athérome. Reins veineux, hyperhémiés.

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