IV. — Épilepsie alcoolique
Les altérations du cerveau causées par les excès alcooliques peuvent aussi mener à l'épilepsie. Les causes qui favorisent l'origine de l'épilepsie cliez les buveurs sont souvent : la prédisposition héréditaire, les convulsions dans l'enfance et les traumatismes. L'affirmation de Magnan, que l'épilepsie alcoolique ne se rencontre que chez les buveurs d'absinthe, n'est pas exacte. Elle peut se produire avec toutes les boissons capiteuses.
Comme l'épilepsie suppose fonctionnellement une innervation anormale et durable de certains centres cérébraux, qu'on appelle altération épilep-
' Littérature : Percy, Dict. des sciences mécl., 26. — Magnan, De l'alcoolisme, 1874. — Weiss (Leidesdorf, Psi/ch. Stadien, 18771. — Drouet, Aiui. méd. psych., mars 1875. — Legrand du Saulle, Efi/de médico-légale sm^ les épileptiques. Paris, 1877. — Echeverria, Journal of mental science, janv. 1881. — Raab, Wien. med. BltUter, 1882, n°' 8-10.
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tique, ou s'explique uaturellemeut que, comme le delirium tremens, elle ne puisse pas uon plus se produire à la suite d'uu seul excès alcoolique isolé, fùt-il très violent, et que pour la faire naître il faut des excès continués pendant longtemps.
L'apparition d'uu accès épileptique sous l'influence accidentelle de l'ivresse prouve toujours que l'altération épileptique, c'est-à-dire l'épilepsie, existait déjà auparavant; car le retour des accès, chez les épileptiques sous l'influence d'un abus alcoolique occasionnel, a lieu assez souvent.
L'épilepsie alcoolique une fois développée, la cause accidentelle la plus importante pour le retour des accès est alors l'excès alcoolique.
Environ 10 p. 100 des alcooliques présentent des accidents épileptiques. En général ce sont des phénomènes tardifs de l'alcoolisme chronique.
Souvent ces attaques épileptiques ne sont qu'incomplètes, car elles n'atteignent que certains groupes de muscles ou seulement une moite du corps. Un fait remarquable dans ces cas c'est qu'elles sont précédées et accompagnées presque toujours par une congestion violente. Souvent aussi pendant l'attaque l'individu perd conscience.
Cependant, outre ces sortes d'accès incomplets, on en rencontre aussi d'autres qui ne diffèrent en rien du tableau vertigineux ou convulsif ordinaire de l'épilepsie. La façon dont ces accès se produisent est au point de vue diagnostique plus importante que leur forme, car ils se produisent à de plus grands intervalles , et ils reviennent sous forme accumulée et en connexité avec les excès alcooliques. Très souvent ces séries d'accès sont suivies par des troubles sous forme de délire épileptique ou par un état crépusculaire somnambuliforme ou aussi de stupeur. Parfois on observe une complication simultanée de delirium tremens ou d'hallucination ébrieuse. Avec l'entrée en scène de l'épilepsie alcoolique, la dégénérescence intellectuelle des malades fait des progrès rapides.
Le pronostic est défavorable, en partie en lui-même, en partie par suite des excès alcooliques toujours réitérés qui accentuent la prédisposition et provoquent de nouveaux accès. Le bromure de potassium paraît faire preuve d'utilité en présence de l'épilepsie alcoolique. Beaucoup d'ivrognes cependant restent sans accès, môme sans l'emploi du bromure de potassium, pendant leur séjour à l'hôpital, grâce aux conditions hygiéniques favorables de l'établissement et à la privation des spiritueux.
Observation' LXXXVIII. Epilcpsie alcoolique. JJclin'uni tremens el épileptique combinés. — Pirch, trente-sept ans, sans tare, très adonné à la boisson depuis «a jeunesse, a eu en 1859 un accès de delirium tremens, en 1860 un typhus grave avec symptômes cérébraux, et a été atteint il y a neuf ans de son premier accès épileptique après avoir fait des excès alcooliques. Ces accès revenaient isolément environ tous les quatre mois, ordinairement après des excès de boisson. Ils commençaient par un mal de tête violent et étaient suivis par des états de stupeur duiant plusieurs heures et pendant lesquels le malade était anxieux, voj'ait des ligures menaçantes, des animaux, des étincelles, etc. Depuis cinq ans ils ne se renouvelèrent pas, mais le 22 octobre 1876, ils revinrent après un excès alcoolique. Le
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matin, en mettant ses bottes, le malade éprouva tout d'un coup un mal de tête violent, ses yeux se voilèrent et il tomba par terre sans connaissance. L'après-midi l'accès se répéta. Le soir on amena le malade à l'hôpital où il arriva saignant d'une morsure qu'il s'était faite à la langue et dans un état de légère stupeur. Il donne d'une manière exacte son nom et son état civil, parait anxieux, inconstant, agité. Trémor général; pas de fièvre; pouls à 88, très mou, lent, bruits du cœur sourds, foie gonflé. Le malade dort un peu. Le 23 au matin il constate avec étonnement qu'il est à l'hôpital. Ses souvenirs ne remontent que jusqu'au 22 au matin.
Au cours de l'après-midi il commence à voir des oiseaux, des souris, des rats, des hommes en caoutchouc qui tous s'élèvent en l'air.
Inquiétude croissante, trémor violent. Malgré le chloral, il passe la nuit du 2isans sommeil, il est hanté par des visions d'animaux.
Le 24 au soir, à 7 heures, accès épileptique avec morsure de la langue. Ensuite il se déclare, comme complication du delirium tremens, un accès de délire épileptique. Trouble profond de l'intelligence, peur terrible, rage aveugle et insistance pour partir. Le malade voit des assassins, il est égorgé, sa tête est coupée sur un banc, il sent des trous d'un pied de profondeur dans son corps.
Entre temps il a de nouveau des visions d'animaux; il se croit au cabai'et, boit de la bière, tend son verre vide au garçon, le gronde parce qu'il tarde à revenir. Le chloral ne donne pas de succès. Dans la journée du 25 on lui donne 0 s'", 15 d'extrait d'opium par la voie sous-cutanée. Le malade dort toute la nuit du 25 au 26 ; il devient promptement lucide et a gardé un souvenir sommaire des incidents de sa maladie.
Il nous raconte avoir eu, il y a neuf ans, pour la première fois, ensuite il y a cinq ans, des accès délirants terrifiants postépileptiques et qui ont duré environ cinq jours. Le malade se remet rapidement à la suite de l'emploi de petites doses d'opium et le 30 octobre il est renvoyé.