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SYPHILIS CÉRÉBRALE

Dans l'étiologie nous avons fait mention du fait que l'anémie syphilitique (produite parla maladie syphilitique des organes hémoplastiques, chlorose) peut provoquer des psychoses qui ne diffèrent en rien de celles qui sont dues à une autre cause. Outre ces cas, la syphilis peut cependant amener aussi des affections cérébrales par altération des tissus du cerveau et de ses enveloppes, affections qui par suite du caractère diffus des altérations font prédominer les symptômes psychiques dans le tableau de la maladie et qui par conséquent appartiennent au domaine de la psychiatrie.

L'apparition de ces affections syphilitiques du cerveau se produisent quand celui-ci a été préalablement affaibli par une tare, le surmenage ou des excès de toutes sortes. Dans ces cas, la localisation dans le cerveau peut se produire de bonne heure, peu après l'infection. Dans d'autres cas, cette localisation ne se produit qu'après plusieurs années et même après des décades d'années par suite de l'influence préjudiciable d'une cause accidentelle, par exemple un traumatisme de la tête. Dans le premier cas, la localisation syphilitique est souvent accompagnée d'un épilogue de la syphilis dans d'autres organes; dans le dernier cas, elle apparaît généralement comme une maladie autonome.

Les altérations cérébrales qui sont la base de la syphilis cérébrale sont très variées et par leur localisation et par leur nature. A côté d'une périostite simple, sclérosante, sanieuse, purulente et gommeuse, d'une ostéomyélite gommeuse et de l'atrophie inflammatoire de Virchow caries sicca) des os frontaux, les processus en partie purement inflammatoires, en

1 Wasner, Arch. der Ilellkunde, IV, p. 161. — Griesinger, Ibid., 1860, p. 68. — Lanceraux, Traité hist. et prat. de la Syph., Paris, 1866. — Jaksch. Prar/er med. Woclienschr., 1864, 1 à 52; Virchov/s Arch., XV. p. 217 et Geschiriilsfe, t. II, p. 457. — Heubner, Arch. der Heilkiinde, XF. — Le même, Die luef. Ei'krankung der Hiriiarterien, 1874. — Le même, Ziemssens Handbucli, XI, 1. — Wunderlich. Volkmanns Samnilunfi klin. Vor(ràr/e, n" 93. — Schùle, Sec/ionserf/ebnisse, p. 161. — Esmarch et Jessen, Allfj. Zeilschr. f. Psych., 14. — L. Meyer, Ibid., 18. — Westphal, Ibid., 20. — Wille, Ibid^, 28. — Schùle, ïbid., 28. — Ërlenmeyer, Die litel. Psychosen, 2° édit., 1877. — 'ilende\, Berlin. Jdin. Wochenschr., 1879, 36. — Rumpf, Die syph. Erkrankungeii des Xercensyslems, ^Viesbaden, 1887. — Fournier, La syphilis du cerveau, Paris, 1879.

partie spécifiques des méninges, du cerveau et des artères cérébrales, sont dans ce cas d'une grande importance.

Les altérations delà dure-mère sont soit des pachyméningites externes, soit des pachyméningites internes, soit des méningites gommeuses qui se développent de préférence entre les feuillets de ces membranes et qui se terminent par des tumeurs caséeuses.

On trouve plus fréquemment des processus spécifiques (syphilome) dans l'espace subarachnoïdal, processus qu'Heubner nous a montré comme des masses humides, rouge blanchâtre ou gris rougeâtre ou grises, avec consistance gélatineuse. Elles représentent des masses diffuses ou circonscrites, mais qui ne se détachent jamais nettement de la substance cérébrale qui est à l'état de ramollissement blanc ou rouge ; ces masses aboutissent probablement à la dégénérescence caséeuse (masses jaunes). A la convexité elles arrivent à souder les membranes entre elles et avec la surface cérébrale (ramollie). A la base du cerveau souvent les membranes ne sont pas atteintes par le processus qui apparaît plutôt comme une infiltration grise gélatiniforme et dont l'aspect et l'extension ressemblent à ceux d'une méningite tuberculeuse.

Si une résorption des masses syphilomateuses se produit, les méninges soudées forment comme une couenne qui persiste avec l'aspect d'une cicatrice.

Il est rare que les syphilomes soient des néoplasies autonomes du cerveau; dans la plupart des cas, ils ne se rencontrent qu'en connexité avec des néoplasmes des méninges. Les processus encéphaliques diffus (Virchow, Schûle) sont plus fréquents. La circulation et la nutrition du cerveau subissent une autre atteinte importante par suite de l'endartérite très fréquente des artères de la base du cerveau, maladie qui a été décrite par Heubner et à la suite de laquelle ces artères, de préférence à la scissure de Sylviuset au corps calleux, peuvent devenir imperméî>bles ; mais comme ces artères sont des artères terminales, il se produit facilement des processus nécrobiotiques (ramollissements) dans les zones du cerveau qu'elles alimentent (notamment noyau lenticulaire et noyau caudé). Il s'y ajoute encore des altérations causées soit par des processus simplement inflammatoires, soit spécifiques des nerfs cérébraux de la base (exsudats cicatriciels, syphilome).

Etant donnée la grande diversité des processus anatomiques et de leur localisation, on comprend la variabilité et la diversité stupéfiante des tableaux cliniques de la syphilis cérébrale dans laquelle des symptômes diffus aussi bien que des symptômes de localisation peuvent se manifester successivement ou bien être mélangés.

Il est rare que la maladie se développe d'une façon aiguë et impétueuse. Presque toujours des symptômes de maladie cérébrale en voie d'évolution, symptômes qui se présentent soit sous forme d'accès et localisés, soit d'une façon continue et indiquant des altérations diffuses, précèdent des mois entiers ou même des années la psychose. Ces symptômes ont au début un caractère très vague. Outre des accès de mal de tête qui d'ordinaire

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s'accentuent sous l'influence de la pression et de la chaleur du lit, à côté d'accès épisodiques de vertige et de syncope, de symptômes aphasiques, de faiblesse à allures de paralysie dans une extrémité, de paralysie occasionnelle d'un nerf cérébral, il se produit encore un changement dans le caractère et rintelligence. Les malades deviennent souvent moroses, d'une irritabilité surprenante, déprimés, souvent aussi hypocondriaques, tristes. Leur mémoire, leur faculté de répartie diminuent; leur capacité pour le travail intellectuel baisse, ils sont plus vite fatigués; leurs sentiments s'émoussent. L'expression de leur figure aussi devient indifférente, fatiguée, leur maintien mou. Ils ne supportent plus que très mal les spiritueux, tombent à certaines périodes dans une véritable léthargie pour être ensuite tourmentés par une insomnie durant des semaines entières. Après une durée plus ou moins longue de ces prodromes, un accès de manie furieuse, de délire hallucinatoire avec violente angoisse et hallucinations terrifiantes, ou un accès apoplectiforme ou épileptiforme, peuvent amener l'explosion proprement dite de la maladie. Après une régression complète ou partielle des symptômes de l'attaque, le tableau de la démence progressive se développe ou bien celui d'une démence paralytique. Ce n'est que dans des cas rares que ce tableau se développe sous forme primaire après les phénomènes prodromiques.

Dans cette évolution d'une démence progressive les formes les plus diverses des délires de persécution et des grandeurs primordiaux, du délire hallucinatoire, des états crépusculaires et de la profonde somnolence, de la folie frénétique grave allant jusqu'aux phénomènes dedelirium acutum peuvent alors faire leur apparition d'une façon intercurrente.

La débilité psychique qui est la condition causale, le grand trouble de l'intelligence, l'apparition et la disparition brusque du complexus symptomatique donnent à ces derniers un cachet particulier et indiquent du moins la présence certaine d'une maladie cérébrale idiopathique. Erlenmeyer insiste sur le caractère partiel des défectuosités psychiques dans la syphilis cérébrale, entre autres, la perte totale de la faculté à faire un calcul, à parler une langue étrangère que le malade parlait autrefois couramment, comme si les malades n'avaient jamais eu auparavant ces connaissances'. Dans cette affection psychique les troubles moteurs ne manquent jamais. Ils offrent un mélange très varié; ils ont en partie un caractère localisé et épisodique; ils indiquent en partie des altérations diffuses et sont continus et progressifs.

Sous le premier rapport on doit attribuer une importance particulière aux paralysies des nerfs cérébraux parmi lesquelles celles de l'oculomoteur (ptosis), de l'abducteur, du grand oblique, de l'hypoglosse, et.les paralysies faciales se rencontrent avec une fréquence décroissante. Les hémiplégies

1 Schùle aussi {Manuel, 3' édit., p. 397) trouve que cette « idiotie syphilitique » a un caractère particulier, parce que : 1° elle se développe avec une rapidité surprenante; 2° qu'elle présente à côté delà débilité psychique générale une partialité surprenante dans les défectuosités intellectuelles et que 3° ces symptômes de lacune sont très variables et alternent.

sout plus rares, les paralysies isolées des extrémités et enfm les paraplégies se rencontrent rarement.

Comme expression des troubles diflus dans les centres moteurs ou trouve des troubles de coordination généraux qui souvent atteignent aussi le domaine du langage et par ce fait rapprochent de très près le tableau de la maladie de celui de la démence paralytique. Dans les cas à marche chronique le langage est atteint presque régulièrement. A côté des accès d'aphasie occasionnelle, de mutisme, il y a du trébuchement des syllabes, un trouble de l'élocution qui est scandée ou du moins bradyphasique.

Dans toutes les phases de la maladie, quand elle évolue comme une démence progressive avec troubles moteurs, des attaques apoplectiques et épileptiformes peuvent se produire.

Les premières vont rarement de pair avec une perte de connaissance, laissent souvent derrière elles des paralysies (hémiplégies, aphasie, etc.; qui cependant sont d'ordinaire incomplètes et disparaissent bientôt.

Les attaques épileptiformes consistent en spasmes partiels toniques ou cloniques ou bien aussi en spasmes généraux. Elles sont souvent accumulées, en séries. Il n'y a pas toujours perte de connaissance.

Un trouble de l'intelligence qui se produit souvent après les attaques psychiques et motrices et que Heubner a avec raison particulièrement relevé, se présente sous forme d'un état particulier de somnolence allant jusqu'au coma ou à la confusion à allures d'ivresse état dont ou peu momentanément tirer le malade, qui alors reprend pour un moment ses sens, comme un homme normalement assoupi. Ce trouble peut durer des jours et même plusieurs semaines. Les états que nous venons de signaler peuvent aussi se rencontrer comme troubles épisodiques et autonomes. Les causes probables de ces états sont des troubles de la circulation dans l'écorce cérébrale, amenés par une embolie ou une thrombose. On rencontre aussi assez fréquemment une amblyopie, allant jusqu'à l'amaurose épisodique et alors sans lésions notables, ou d'une façon durable et avec les symptômes d'une névrite optique et d'une atrophie du nerf optique.

Les troubles sensitifs (douleurs ostéocopes, névralgies et anesthésies dans la région du trijumeau, douleurs rhumatoïdes dans les extrémités) n'ont qu'une importance secondaire dans le tableau de la maladie.

La marche de la syphilis cérébrale est en somme progressive, procède souvent par secousses, des douleurs nouvelles d'un genre quelconque donnent un nouvel essor à la maladie. Mais dans cette marche d'ensemble, essentiellement progressive, il y a une variation irrégulière des symptômes et des états isolés, comme on l'observe dans Thystérie (Wuuderlich). Des symptômes légers et graves, à forme localisée ou diffuse, en combinaison bizarre et extraordinaire, se placent les uns à côté des autres et rendent presque impossible le pronostic pour les jours ou les semaines qui vont suivre. La mort peut se produire inopinément par suite d'une nouvelle attaque, mais le malade peut aussi, après les phénomènes les plus menaçants, continuer à vivre. La durée totale de la syphilis cérébrale varie entre plusieurs mois et plusieurs années. La mort se produit brus-

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quement dans une attaque et avec des phénomènes comateux ou bien par dépérissement lent et dans le marasme général. Le pronostic est douteux.

Des guérisous spontanées n'ont pas été constatées jusqu'ici, mais l'art médical intervenant à temps réussit dans plus de oO p. 100 des cas à sauver la vie et souvent même à obtenir une guérison. Mais, dans la plupart des cas, on n'arrive qu'à une guérison qui laisse une défectuosité dans le domaine intellectuel. « La syphilis imprime au cerveau un caractère indélébile » fWnnderlich). Il devient moins capable de résistance et il faut toujours s'attendre aux récidives.

La première condition pour l'intervention thérapeutique, c'est de reconnaître le caractère spécifique de la maladie cérébrale.

Malheureusement elle ne présente pas de symptômes spécifiques. Le diagnostic ne saurait être qu'un diagnostic de probabilité. La première indication est d'établir par l'anamnèse ou par l'examen de l'état présent l'existence de la syphilis ; mais quand môme cette preuve serait faite, elle ne prouverait point par elle-même la nature syphilitique de la maladie cérébrale.

Ce qui est encore important pour le diagnostic, c'est que la maladie ne saurait être suffisamment motivée que par la syphilis, que les symptômes montrent un groupement insolite et qu'ils présentent des variations irrégulières protéif ormes. Sous le premier rapport l'apparition de phénomènes cérébraux graves à un âge souvent très jeune et sans prédispositions de l'individu, ni cause occasionnelle ni maladie causale, doit éveiller les soupçons. Un malade s'affaisse, par exemple, apoplectique, sans avoir d'athérome ni de maladie de cœur, ni de mal de Bright, etc., un autre est pris d'un accès épileptique sans aucune motivation.

Quant au groupement des symptômes, le mélange des symptômes localisés et diffus, l'apparition simultanée des troubles fonctionnels dans des cordons nerveux tout à fait disparates et anatomiquement très éloignés les uns des autres, méritent d'être particulièrement remarqués. Ainsi on trouve, par exemple, des hémiplégies compliquées de paralysie de l'oculomoteur et de l'abducteur, des hémiplégies du côté gauche combinées avec de l'aphasie ; de l'épilepsie avec des paralysies, avec des douleurs ostéocopes, des attaques apoplectiques suivies d'états de somnolence.

La thérapeutique trouve ici un terrain favorable quand elle intervient à temps et avec énergie, c'est-à-dire avec les spécifiques. Plus le diagnostic est vraisemblable, plus les phénomènes sont tumultueux et menaçants, plus le traitement devra être énergique. Dans les cas de diagnostic douteux, on fera bien d'essayer l'iodure de potassium.

Dans les autres cas il faut avoir recours au traitement par les onctions, mais qu'on se garde bien de mettre le malade à une diète trop maigre. Le cerveau du syphilitique ne supporte pas les traitements affaiblissants, et moins encore les saignées. Avec une bonne alimentation le traitement énergique par les onctions ne présente aucun inconvénient. On peut le combiner avec une médication par l'iodure de potassium ou ordonner ce

dernier par intervalles ou après la maladie. Si ce traitement par les onctions n'est pas possible, il faut recourir aux injections de sublimé.

Dans les cas chroniques et dont l'évolution rentre plutôt dans le cadre de la démence paralytique, c'est l'iodure de potassium qui est à recommander. On peut le donner à des doses quotidiennes de 8 à 10 grammes, en suivant le conseil d'Erlenmeyer de le donner par petites doses souvent réitérées et autant que possible étendues ; en même temps on donne une forte infusion de calamus aromaticus.

Dans la convalescence on recommande les toniques, une nourriture carnée, le lait, etc., le séjour à la campagne, les bains de mer, les cures hydrothérapiques, l'usage continu de l'iodure de fer.

Les bains sulfureux ne sont pas indispensables. Comme l'épéede Damoclès, un retour de la maladie est toujours suspendu au-dessus du cerveau invalide du syphilitique; une diététique physique et intellectuelle du cerveau est indispensable.

Observation XCIX. Syphilis cérébrale à forme de démence paralytique. Amélioration par le traitement antisyphilitique . Exacerbation provoquant la mort. — Schleger, quarante ans, sellier, sans prédispositions héréditaires, a eu, à l'âge de vingt-sept ans, un chancre induré. Le traitement ne parait pas avoir été spécifique. On n'a pas pu établir si des symptômes syphiUtiques s'étaient produits consécutivement. Depuis 1870, le malade souffrait de fréquents accès de vertige, se plaignait souvent aussi d'avoir la vue faible. Il y a sept mois il s'est marié. Bientôt après on remarqua chez lui un changement de caractère, de l'irritabilité alternant avec de l'apathie, de la distraction, une diminution de sa faculté de travail. Souvent il ne pouvait plus trouver le mot juste. Vers Pâques de 1873 il aurait déliré pendant plusieurs jours.

Le 2 aoi^it 1873 un état d'excitation maniaque se déclara; le 4, il y eut un affaissement apoplectiforme, mais sans qu'aucune paralysie en résultât. Le 5 des vomissements violents se produisirent qui du 6 au lo se répétèrent environ 120 fois et épuisèrent le malade tellement qu'à moins de perdre connaissance il ne pouvait rester que couché. L'état d'excitation maniaque persistant toujours (le malade voulait construire des maisons, partir pour l'Amérique, etc.), on dut l'amener à l'asile le 15 août 1873.

Il était profondément épuisé, pâle comme de la cire, sans fièvre. Les vomissements persistèrent encore pendant quelques jours. L'intelligence était profondément ti'oublée, son état d'esprit était très animé, la marche de ses pensées était accélérée; cependant le malade avait visiblement beaucoup de difficultés à exprimer ses pensées. Il présentait un délire des grandeurs fantastique, spontané et alogique, comme on en voit dans la paralysie. Il voulait visiter toutes les ménageries du monde, acheter des sangliers et des éléphants, faire de gigantesques transactions à la Bourse, etc. Les mouvements des mains étaient ataxiques, mal assurés, la démarche lourde et à jambes écartées, la pupille droite myo tique, les paupières supérieures étaient tombantes, parésiées, le muscle supérieur droit et le muscle interne de l'œil étaient parétiques et, quand il tournait ses regards en haut ou en dedans, il voyait les images doubles.

Sur tout le corps il y avait analgésie complète en même temps que la sensibilité tactile restait intacte; localisation et excitabilité réflexe. Les -glandes inguinales et les ganglions cervicaux étaient un peu gonflés. Au pénis il existait une cicatrice

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luisante comme un tendon. Au palais il existait un point blanchâtre de la grandeur d'une fève, sans épithélium et entouré d'un bord hyperhémique. Le malade avait dans ces dernières années perdu ses cheveux.

Le diagnostic établit la présence de la syphilis cérébrale et en prescrivit malgré le grand marasme le traitement par les onctions (4 grammes par jour) avec 4 grammes d'iodure de potassium par jour. En même temps on tâchait de nourrir le malade aussi substantiellement que possible et on le gardait au lit. Le délire devenait de plus en plus décousu; le malade ne pouvait plus discerner entre les produits fantastiques de son imagination et la réalité. L'enchaînement des idées ne se faisait qu'avec difficulté; souvent il lui était difficile de trouver le terme voulu; les faits du passé le plus récent étaient aussitôt oubliés. Le malade disait qu'un nègre lui avait coupé le cou à l'aide d'un cordon fin et il demandait du fil pour le recoudra; il cherchait les plaques de fer ornées d'une couronne de comte en diamants dont M, de Bismarck lui avait fait cadeau; il se croyait comte.

Le 13 septembre on cessa le traitement par les onctions, mais on continua de ui donner de l'iodure de potassium (4 grammes).

Au cours du mois d'octobre la syphilis buccale disparait complètement, la nutrition se relève, son crâne chauve commence à se couvrir d'une riche chevelure. Les symptômes psychiques ne s'améliorent pas ; au contraire la débilité intellectuelle va croissant et le délire prend un caractère alternant entre la mégalomanie et la micromanie. Le malade parle de deux millions dont on lui a fait cadeau; il se croit prince, lord, aide de camp de toutes les majestés, navigue sur -des vaisseaux poussés par des arquebuses à vent et qui filent avec une rapidité énorme. Il est un grand magicien; il a visité le pôle Nord par une voie souterraine en se glissant dans le Vésuve. Dans ses phases dépressives il a la phtisie, il se prépare à la mort. Parfois il demande brutalement à partir, se lance sur les gens de l'entourage pour les étrangler, casse des carreaux; deux fois il a fait une tentative de suicide par strangulation à la suite d'une émotion enfantine causée par sa détention.

Du 1^"' au àO novembre on applique le traitement par onctions (4 grammes), en continuant d'employer l'iodure de potassium. Le malade fait des progrès considérables pour la nutrition; ses joues se colorent. Le 21 novembre on supprime l'iodure de potassium. Malpropreté passagère causée, ainsi qu'on l'a établi, par l'anesthésie du rectum et de l'urètre. Parfois il se plaint de douleurs rhumatismales dans les extrémités inférieures. A partir du 21 décembre le malade prend de nouveau 2 grammes d'iodure de potassium par jour jusqu'au 5 avril 1874; à partir de cette date 4 grammes de sirop d'iodure de fer par jour.

Au cours du mois de mars 1874 le malade devient tranquille, rangé, l'intelligence s'éclaircit, il commence à reconnaître son état morbide, il ne comprend pas comment il a pu dire de telles absurdités. Le souvenir des faits vécus pendant sa maladie n'est que sommaire. Un examen minutieux fait cependant constater une imbécillité modérée et permanente. Le malade n'arrive pas à reconnaître clairement combien grave était sa maladie, il juge avec trop d'optimisme la faculté relative qu'il possède; ses rapports et ses sentiments à l'égard de sa femme et de ses parents se sont émoussés; en même temps il subsiste chez lui une certaine irritabilité émotive. Le ptosis et les phénomènes de paralysie de l'œil droit persistent sans changements.

On n'a pu constater des troubles du langage, de la sensibilité et de la motilité dans la période suivante, pas plus que des phénomènes syphilitiques. Le 3 mai 1874 le malade reprend ses anciennes occupations et se montre capable de vaquer à ses affaires.

Le 10 août 1874, il est de nouveau amené à l'asile. Après de forts excès sexuels

et alcooliques, un état d'agitation psychique avec vertige et vomissements violents, tout à fait semblable au premier, s'est produit vers la fin du mois de juillet.

Le malade présentait au point de vue psychique le même aspect que lors de sa première entrée à l'asile, c'est-à-dire une grande débilité psychique et de la confusion ainsi qu'un délire des grandeurs monstrueux et manquant de tout jugement. Mais contrairement à ce qui eut lieu dans sa première maladie, sa nutrition était cette fois excellente.

Les anciens troubles moteurs de l'œil droit persistaient de la même façon. Cette fois la reprise du traitement par les onctions et l'iodure de potassium n'a donné aucun résultat. Le malade présentait un trouble mimique tout à fait particulier; il ressemblait à un homme ivre, les muscles des joues et des lèvres de la moitié gauche de la face étaient souvent parétiques.

A partir du mois d'octobre amblyopie croissante des deux yeux, ce qui fait que le malade exprime le désir d'aller en Angleterre « pour se faire poser de nouveaux yeux dans la tête ». Au mois de mars 1875 se produisit un léger trébuchement des syllabes et l'habitude d'avaler les mots, qui depuis persista avec une intensité variable. Au commencement du mois d'avril, de l'ataxie et du tremblement se produisirent dans les extrémités supérieures. Le 11 mai 1875, il y eut deux accès de vertige. Au cours de l'été il se développa une chlorose (syphilitique) très avancée ; au mois de novembre il y eut passagèrement rétention d'urine et des vomissements. Au mois de décembre, le langage devient hésitant, ralenti, et manque tout à fait dans les accès" d'émotion. Les syllabes étaient incorrectement accentuées et souvent poussées comme par un effort. Des paralysies vasculaires dans la région du sympathique du cou se montraient aussi très fréquemment. Un ptosis se produisit à la paupière supérieure de l'œil gauche. Pendant cette longue période il existait au point de vue psychique une démence progressive et un délire des grandeurs tout à fait décousu. Le malade déclarait être un saint ; il aurait découvert un nouveau continent à travers le firmament, il était le cuisinier le plus habile et en même temps prince. Par moments il refuse toute nourriture parce que des millions de dieux lui ont défendu de manger ou parce que Bismarck a empoisonné les plats. Au cours de l'année 1876 la maladie fait des progrès considérables.

Une profonde anémie et la difficulté des mouvements imposèrent la nécessité de maintenir le malade presque toujours au lit. Le trouble d'élocution augmenta tellement que parfois, par suite du trébuchement des syllabes et du bégaiement, le malade ne pouvait se faire comprendre. Il s'y ajouta encore une aphasie amnestique. Au point de vue intellectuel il existait une démence profonde avec des restes du délire des grandeurs. Il prétendait avoir 7 vies, 7 parties génitales et un âge de 77 millions d'années. Les dieux viendront le chercher ici dans sept jours et alors il disparaîtra. A partir du mois de mai il avait par moments des vomissements, de la rétention d'urine, du météorisme avec phénomènes de collapsus.

A partir le 8 janvier 1877, des accès apoplectiformes et épileptiformes accumulés se sont produits; la température s'est élevée à 39 et 40". Le 16 janvier 1877, mort.

Autopsie (vingt heures post mortem). — Voûte crânienne et dure-mère : rien à constater. Sur la convexité les méninges sont excessivement tendres, à l'exception de légères opacités le long des grands vaisseaux au niveau du lobe pariétal et des épaississements blanc jaunâtre de la grandeur d'un grain de mil de la pie-mère au niveau des lobes temporaux. Par contre, à la base, les méninges, notamment à droite, sont très troubles et épaissies. Le nerf oculomoteur droit a à peine la moitié du volume du gauche et on est obligé de le sortir par une opération de l'arachnoïde épaissie. Les autres nerfs de la base sont intacts. L'artère vertébrale et celles de la

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scissure de Sylvius du côté droit ainsi que le commencement de la basilaire sont épaissies, rigides, sclérosées, mais nulle part imperméables. Partout, à la convexité comme à la base et même là où la pie-mère n'est ni trouble ni épaissie, il y a des endroits où on ne peut la détacher de Técorce cérébrale ramollie qu'au prix d'une perte de substance. Cette particularité se montre au plus haut degré à la pointe du lobe frontal.

Les circonvolutions du lobe frontal sont partout très petites et à certains endroits enfoncées et aplaties. L'écoi'ce cérébrale est très amincie, gris jaunâtre, ramollie, imbibée de sérosité. Le cerveau est du reste très anémié, humide, luisant, et se recroqueville sur la surface de section. Les vaisseaux sont dilatés, les orifices vasculaires nettement béants. Les ventricules sont considérablement dilatés et remplis de sérosité claire. Granulations clairsemées.

Toutes les parties intérieures et extérieures du cadavre sont très anémiées.

A la surface épiglottique gauche inférieure la membrane muqueuse est pigmentée et présente des pertes de substance superficielles. Dans le pharynx, catarrhe chronique. La pointe du poumon gauche présente un aspect cicatriciel, elle est en outre pigmentée. Le lobe inférieur du poumon droit est à l'état d'hépatisation grise. La surface intérieure de l'aorte est lisse et sans modifications.

Le foie est graisseux, la veine porte intacte ; mais sur la surface antérieure du lobe droit la séreuse est épaissie et au-dessous de cette dernière il y a une callosité blanche, rude, fibreuse et pénétrant dans le parenchyme.

Pour le reste pas de traces de syphilis viscérale.

Observation C. Démence progressive avec troubles moteurs d'origine syphilitique, Traitement par Viodure de potassium. Amélioration durable. — Walz, employé, trente-cinq ans, marié, a été amené à l'asile le 27 mai 1876 avec le diagnostic de démence paralytique. Le malade est issu d'une famille de névropathes excentriques. Le père passait partout pour un aliéné. A l'âge de vingt-deux ans, le malade contracta un chancre induré qui fut suivi de phénomènes syphilitiques généraux. Le traitement semble avoir été spécifique, mais peu énergique. Un an après l'infection, un accès apoplectique s'est produit et a laissé derrière lui une paralysie faciale. A la période suivante on n'aurait plus observé aucune trace de syphilis; cependant le malade était souvent atteint de mal de tête, ne pouvait supporter l'alcool et se fatiguait vite par le travail intellectuel. En 1873, à l'occasion de l'exposition universelle de Vienne, il aurait, dit-on, fait beaucoup d'excès in potu et Venere, il aurait été à la suite de ces excès nerveux, très agité et, pendant une longue période de temps, privé de sommeil; il se serait ensuite remis dans un établissement hydrothérapique. Il y a trois ans, une paralysie faciale du côté droit s'est produite. Le malade, dit-on, aurait à cette époque bégayé et zézayé pendant quelque temps.

L'été de 1873, à une époque où le malade était très surmené intellectuellement, de l'insomnie et une baisse rapide de la nutrition se sont produites. Au mois de mars 1876, le malade changea au psychique; il devint bizarre, irritable, distrait, oublieux. Par moments il était anxieux, fort inquiet de son avenir; il craignait d'être exposé à des privations, lui et sa famille; ensuite il se rassérénait et devenait insouciant jusqu'à la gaieté. Au mois de mai 1876, une insomnie pénible se produisit de nouveau; le malade devint agité, incapable de travailler, sensible à la lumière et au bruit.

Lors de son entrée à l'asile, il est légèrement congestif, comme s'il était ivre, avec une expression fatiguée et légèrement démente dans la physionomie et avec une attitude apathique. Il ne reconnaît pas l'endroit où il se trouve; le lendemain il croit être depuis plusieurs semaines à l'asile; il oublie un moment après les visites

qu'il a eues, les repas qu"il a pris, tandis que sa mémoire reste assez fidèle pour le passé le plus reculé. Il trouve lui-même qu'il est oublieux, que depuis une longue période de temps il était incapable de faire convenablement ses affaires, qu'il se trompait en comptant de l'argent, dans ses calculs, etc. Il est incapable de répéter les phrases un peu longues qu'on lui dicte , son clocution est troublée, ralentie, légèrement hésitante. Sa langue s'avance en tremblant; dans les mouvements mimiques et articulatoires les lèvres aussi tremblent et des convulsions fibrillaires se montrent dans les muscles de la figure; la moitié droite de la figure, notamment la bouche, est parétique ; à l'œil gauche il se produit un léger ptosis et une parésie du muscle droit inférieur. Les pupilles sonl de grandeur moyenne et égales; elles réagissent promplement. Les mouvements des extrémités manquent un peu de sûreté; souvent de légères convulsions se produisent. La démarche est légèrement chancelante, maladroite, les jambes écartées. L'examen le plus minutieux ne peut déceler aucune trace de syphilis. L'ophtalmoscope fait constater de l'élroilosse des artères à gauche, un peu d'engorgement des veines; à droite la moitié extérieure de la papille est grisâtre, terne (œdème). Le malade est hyperesthésique pour les bruits; il dort peu. lierre comme en rêve avec une notion très vague des lieux et du temps; souvent il demande brns(jucment à partir; à plusieurs reprises il est pris d'une émotion douloureuse et enfanline parce que sa femme ne vient pas le voir et qu'il est obligé, ici, dans « la prison», de passer son temps à attraper des mouches. Une autre fois il se lamente durant des heures parce qu'il est ruiné et qu'on le traite avec du poison. Il est un homme perdu; qu'on lui apporte un cercueil pour qu'il puisse se coucher dedans. * Oh! que c'est dur d'être condamné à mourir sans pouvoir revoir sa femme! »

On lui donne des bains, ce qui fait disparaître l'insomnie. Etant donné les antécédents syphilitiques, on prescrit de l'iodure de potassium et on augmente la dose progressivement jusqu'à 6 grammes par jour jusqu'à ce que l'acné iodiqne et des symptômes d'une légère intoxication se manileslent.

Déjà, vers le milieu du mois de juin, l'intelligence s'éclaircit et les troubles moteurs baissent.

La suite de l'observation est interronii)UC par le fait qu'on retire brusquement le malade de l'asile le 4 juillet 187G. Lors de sa sortie, il présentait encore un léger degré de débilité psychique, une élocution maladroite et de légères convulsions ainsi qu'un petit tremblement des muscles faciaux.

Je dois à l'obligeance de M. Birnbacher, directeur de l'asile, des renseignements complémentaires sur le malade. Bientôt après son départ de l'asile, un accès apoplecliforme s'est produit et fut suivi par une forte régression des fonctions psychiques et une parésie hémilatérale, e L'homme tout entier était comme un enfant imbécile et inepte. » Au bout d'une demi-année il s'est remis au point qu'il put tout d'abord faire un travail de copiste et bientôt après des travaux faciles de rédaction. Depuis deux ans il travaille comme avocat et a une clientèle assez nombreuse. « Sauf sa légère démence, on pourrait parler d'un état psyciiique intact. »

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