SIXIEME PARTIE
Dans chacune des phases que le système nerveux central doit parcourir avant d'atteindre à l'apogée de son développement individuel, des circonstances peuvent intervenir qui entravent son développement ou l'arrêtent complètement. D'ordinaire ce phénomène se produit au détriment des capacités de l'organe psychique et les atteint gravement. L'ensemble des défectuosités et des lacunes qui en résultent dans le domaine psychique est désigné ordinairement par l'expression d'entraves dans le développement psychique.
11 est très difficile d'apprécier et d'envisager dans un ensemble clinique toutes ces insuffisances psychiques, car on se trouve en présence d'une immense variété de facultés dont l'altération diffère en nature, en intensité et de plus se produit aux différentes phases chronologiques da développement psycho-cérébral individuel.
En somme, ou peut distinguer doux groupes cliniques : dans l'un c'est la vie intellectuelle qui présente des défectuosités graves (idiotie intellectuelle) et domine par cette particularité tout le tableau clinique, tandis que dans l'autre groupe cette défectuosité qui ne manque pas complètement est de beaucoup dépassée par l'atrophie des fonctions éthiques (idiotie morale). Dans ces deux groupes il y a ensuite des diversités de degré (idiotie et imbécillité intellectuelle ou morale) ainsi que différentes formes cliniques (formes actives ou éréthiques et passives, voire torpides). Au point de vue clinique il faut considérer comme légers les cas d'idiotie morale, car seules les fonctions intellectuelles les plus élevées sont gravement atteintes tandis que les processus de la pensée, la faculté de conclure et de juger (raison) sont à peu près épargnés. Mais l'individu est privé de ce qu'on appelle en général l'intelligence, c'est-à-dire qu'il ne peut pas acquérir ni utiliser les principes fondamentaux et les vues d'ordre moral supérieur et par suite rationnels comme leitmotives d'un effort tendant à un but comme condition fondamentale de la formation du caractère avec la compréhension claire
de la valeur, de limportance et des devoirs de l'existence individuelle dans la société.
Cette forme d'insuffisance psychique, beaucoup plus bénigne en ellemême, prend au point de vue pratique et social un caractère beaucoup plus grave, car la défectuosité morale suppose un manque d'indépendance intellectuelle allant jusqu'à l'incapacité d'acquérir une position sociale et de s'y maintenir.
Au point de vue anatomique aussi les cas d'idiotie morale apparaissent comme plus bénins, car les troubles cérébraux qui en sont la cause ne doivent pas être nécessairement macroscopiques ; ils ont rarement une importance tératologique et n'arrêtent jamais le développement de la vie psychique, mais ils ne font que l'atrophier ou bien encore ils lui donnent une tournure perverse (comme transition aux dégénérescences psychiques).