CLASSIFICATION DES TROUBLES ÉLÉMENTAIRES PSYCHIQUES
L'observation clinique des états psychopathiques compliqués que la pathologie spéciale décrit comme des formes de la folie, suppose l'étude des troubles élémentaires dont le concours et l'action réciproque produisent précisément ces états psychopathiques. Au premier plan on trouve les anomalies psychiques, et, précisément parce qu'elles prédominent, elles donnent à la psychiatrie une place toute spéciale dans le domaine de la pathologie cérébrale.
L'observation de ces troubles psychiques élémentaires est non seulement précieuse parce qu'elle nous fait mieux comprendre les processus morbides de la folie, quand ces processus s'accumulent et forment des types complets de maladies ; elle est importante aussi pour la pathologie générale du système' nerveux central, car ces troubles peuvent se présenter isolément et passagèrement dans d'autres affections cérébrales et nerveuses qu'on ne peut rigoureusement classer parmi les maladies psychiques proprement dites.
Tel est surtout le cas pour les hallucinations et les illusions, les troubles dans la reproduction des représentations, dans leur évolution, dans la perception et enfin pour les phénomènes d'émotivité anormale, etc. Mais la psychiatrie clinique ne doit pas se borner à l'étude des phénomènes psychiques de la folie, car souvent le point principal pour le diagnostic, le pronostic et la pathogénie, est moins dans ces phénomènes que dans les troubles des fonctions motrices, sensitives, vaso-motrices.
* Comparez : Griesinger, Op. cit., p. 61. — Brosius, Die Elemente des Irreseins,\%&o. — Schûle, Handbucli dev Geisteskrankheiten, p. 39. — Emminghaus, Allgein. Psychopatlwlof/ie, p. 61.
Conformément aux qualités fonctionnelles du cerveau, organe central des fonctions psychiques sensorielles, sensitives, motrices, vaso-motrices et trophiques, il se présente à l'observation clinique autant de groupes de troubles élémentaires comme manifestations des maladies cérébrales.
Il faut en même temps tenir compte de certains troubles des phénomènes de la vie végétative, de la nutrition, des sécrétions, de la respiration, de la circulation, de la chaleur du corps, troubles qui sont provoqués directement ou indirectement par la maladie de l'organe psychique.
Vu la variété des phénomènes de la vie psychique normale et morbide, il est nécessaire d'établir avant tout un tableau et une classification.
Le plus naturel serait de classer les phénomènes d'après les trois tendances fondamentales par lesquelles s'extériorise la vie de l'àme. On peut distinguer :
1° Des processus dans la sphère affective de la vie psychique, états d'esprit et émotions;
2"" Des processus dans la sphère représentative, qui comprend toute l'activité attribuée à la raison, à la mémoire et à l'imagination ;
3° Des processus dans la sphère psychomotrice de la vie psychique, dans la sphère des instincts et des actes volontaires.
Nous parlerons donc des anomalies des sentiments, des représentations et de la volonté.
Cette classification n'a qu'une signification didactique. Elle ne tombe pas dans les errements de l'ancienne psychologie métaphysique qui admettait une trinité de facultés psychiques, chacune indépendante et isolée, ce qui a donné lieu aux erreurs les plus graves (monomanies, maladies mentales partielles).
La psychologie empirique n'admet qu'une vie psychique unique dans laquelle les diverses facultés, en travaillant solidairement et ensemble. ne représentent chacune qu'une forme active du travail psychique.