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SENSIBILITÉ

L'expérience clinique nous montre que, clans la plupart des cas de folie, les troubles ne se manifestent pas dès le début par des jugements faux^ du délire et des hallucinations, ma^is par une humeur et des émotions morbides. C'est ce qui nous engage à étudier avant tout les anomalies de la sensibilité et des sentiments. Ces anomalies peuvent se diviser en modifications pathologiques de la vie des sentiments elle-même et en modifications pathologiques dans la production des émotions, et aussi en modifications dans le mode de réceptivité des émotions.

I. — Troubles essentiels de l'esprit. Etats d'esprit morbides.

Un état d'esprit paraît morbide par le fait qu'il se produit spontanément, c'est-à-dire qu'il n'a pas été amené par une cause externe correspondante. Son origine n'est donc pas de nature psychologique mais de nature organique. 11 est la manifestation d'un trouble de la nutrition dans l'organe psychique.

C'est par là que cet état d'esprit se distingue de prime abord du changement d'humeur physiologique qui est toujours motivé.

Il ne faut pas non plus perdre de vue cette distinction quand il s'agit d'un état délirant. Il y a beaucoup d'états d'esprit qui, bien que provoqués par des causes morbides, ne sont pas pathologiques par eux-mêmes ; mais ils sont la réaction naturelle de ces causes morbides. Ainsi, par exemple, un individu atteint de la monomanie de la persécution entend des voix qui lui disent qu'il est un mauvais drôle, qu'il est menacé de mort, etc., il en devient triste. Le fou, le paralytique, le délirant qui ont des idées de grandeur, aperçoivent dans leurs hallucinations des faits correspondants et sentent se relever leur moral et leur estime d'eux-mêmes. Le cas contraire

1 Comparez : Hrosius, Alkj. Zeitschrlft fiir Psych., p. 189. — Wachsmuth, IhicL, 15, p. 325. — Frese, Ibid.,21, p. 59. — Meynert, Psych. centralhJ., 1871; el Anzeiyer cler Gesellsch. dey Aerzte in Wien, 1875, 10. — Spamer. Avchiv. fur Psych., VII, p, 160. — Emminghaus, Psychopatholoy., p. 62-102. — Schûle, Handbuch, 2" édition, p. 39.

ù'-t PATHOLOGIE ET THERAPEUTIQUE GENERALES DE LA FOLIE

serait un état pathologique et indiquerait une décadence beaucoup plus complète de la vie psychique si ces malades ne réagissaient pas d"une manière correspondante.

Ces états d'esprit réactionnels,. dépressifs et expansifs, dans la folie, ne doivent donc pas être confondus avec les états d'esprit primitifs, spontanés, non motivés et par conséquent morbides des mélancoliques. On trouve dans la folie les mêmes états d'esprit qu'on rencontre dans hi vie physiologique.

Au point de vue pratique il faut considérer les états d'esprit morbides à caractère douloureux et les états d'esprit morbides à caractère gai.

1° Vétat iTesprit déprimé et douloureux qui se produit spontanément (psychalgie, phrénalgie! est le phénomène fondamental dans les états délirants mélancoliques. Il s'agit là d'un phénomène analogue à celui qui se passe dans les nerfs sensitifs affectés morbidement par un trouble de nutrition et réagissant sous forme de névralgie. Les troubles de nutrition de l'écorce cérébrale produisent une douleur psychique ('névralgie psycliic[ue'.

Mais, tandis que dans les nerfs affectés de névralgie la conscience réagit simplement sous forme d'un sentiment commun la douleur . l'efiet est beaucoup plus compliqué quand l'organe de la conscience même devient malade. Etant donné la solidarité des processus psychiques, les troubles élémentaires doivent fatalement engendrer d'autres troubles.

Ainsi la douleur psychique, primitivement due à une cause organique, se complique de phénomènes produits par des causes psychologiques.

Une importante source de douleurs vient tout d'abord du contact de la conscience déprimée avec le monde extérieur. La façon de comprendre ce dernier dépend entièrement de la nature de notre humeur et du sentiment que nous avons de nous-mêmes. Le même événement nous touche d'une manière différente selon que nous sommes d'une humeur gaie ou triste. Selon que nous le regardons avec des yeux pleins de chagrin ou de j'oie, le même paysage nous met dans différents états d'esprit, évoque différentes considérations et nous apparaît même avec des couleurs tout à fait différentes. La loi physiologique continue à agir même avec des conditions pathologiques.

Pour le mélancolique le monde extérieur est sombre, changé, revêtu d'autres couleurs; les objets même qui ordinairement produisaient une impression agréable, paraissent dans le miroir palhologiquement altéré du sentiment comme des objets désagréables i dyesthésie psychique .

Une autre source de douleur psychicjue consiste en ce fait que l'acte de se représenter ciuelque chose s'accomplit sous l'influence de l'état momentané de l'esprit et des sentiments et que seules les représentations qui répondent à cet état peuvent se maintenir dans la conscience.

Par suite de cette loi, il ne peut exister dans la conscience des mélancoliques que des images douloureuses et des conceptions tourmentantes. La première conséquence, c'est la monotonie des représentations et par conséquent l'ennui.

Dans la dépression mélancolique il y a aussi une entrave dans la marche et la formation du processus de la représentation et un arrêt remarquable dans la sphère psychomotrice de la vie psychique.

Cette entrave dans les aspirations, cet arrêt dans la décharge de la tension psychique fournissent un nouveau contingent de sentiments nombreux de déplaisir et l'état s'aggrave parce que le malade s'y abandonne sans résistance, écrasé qu'il est par le dérangement subit de son mécanisme psychique.

A l'apogée de la maladie il surgit une source nouvelle et abondante de douleurs : le malade s'aperçoit que ses représentations ne sont plus annotées par les sentiments habituels de plaisir ou de déplaisir, qu'il est devenu incapable de se réjouir ou de s'affliger de quoi que ce soit (anesthésie psychique). Son existence manque alors de tout charme.

Enfin, à côté de la névrose psychique, expression d'un trouble de la nutrition, ce trouble étant général, il se produit souvent des troubles sensitifs (névralgies, paralgies, paresthésies et anesthésies - ; souvent aussi les fonctions végétatives ainsi que le tonus musculaire souffrent. Ces troubles variés, vu la disposition générale, constituent encore une autre source abondante de douleurs dans la conscience déprimée. Si cette dernière source de douleurs prévaut, la dépression morale prend un caractère hypocondriaque. La dépression morbide et douloureuse est en ellemême sans objet. Dans les cas de maladie légère et passagère, elle garde ce caractère et on la considère aussi comme morbide. A mesure que sa maladie progresse et que son esprit s'obscurcit davantage, le malade cherche à motiver sa dépression morale et, comme il en voit la cause partout ailleurs (monde extérieur, rapports sociaux antérieurs, etc.) plutôt que dans une affection de son système nerveux central, il en arrive à s'expliquer par de fausses raisons son état d'esprit. Le besoin d'objectiver s'impose particulièrement dans les cas où la dépression hypocondriaque va de pair avec les symptômes organiques d'un trouble physique. Bien que sa manière de comprendre ses rapports avec le monde extérieur reste normale, le malade arrive pourtant à avoir des opinions fausses sur son état physique et il croit qu'il existe chez lui des altérations incurables alors qu'il n'y a que des troubles fonctionnels.

2°) La gaité morbide (aménomanie, hédonie psychique, — Emminghaus) qui présente une analogie avec le plaisir physiologique motivé et avec l'état joyeux provoqué par certains toxiques (alcool , gaz hilarant, etc.), constitue la note émotive fondamendale des affections maniaques et est diamétralement opposée à la dépression mélancolique. Par suite des altérations organiques intérieures, le caractère est gai, expansif; l'appareil psychique n'est dans ce cas accordé que pour la note du plaisir.

C'est dans ce sens que se manifestent les impressions du monde extérieur et les sensations physiques; dans la conscience il n'existe et il ne se maintient que des images et des représentations conformes à cet état d'esprit; l'évolution de la représentation est plus vive, sa nature trop

expansive, amusante; la transition des conceptions aux désirs et à l'action se fait sans entrave et est même facilitée.

Le malade qui a en outre à chaque moment conscience de cette facilité et de cette accélération de ses représentations et de ses aspirations, éprouve autant de sensations de plaisir que le mélancolique éprouve de douleur en se rendant compte des antinomies de certaines situations et de certains états.

IL — Troubles dans la production des émotions. (Réaction motivée anormale.)

Cette catégorie de troubles peut être subdivisée en trois groupes que voici : troubles dans le mode de réception des sensations générales, anomalies dans lïntensité de la réaction émotive, et anomalies dans le mode d'impression des sentiments.

A. — Anomalies dans le mode de réception des sensations

En ce qui concerne la faculLé de l'esprit à être impressionné au moyen de certaines représentations des perceptions ou certaines représentations des souvenirs par des sentiments de plaisir ou de déplaisir, il y a deux possibilités : les émotions se produisent avec une facilité anormale, la limite de l'irritabilité étant beaucoup plus restreinte que dans la vie normale; ou bien les émotions ne se produisent que très difficilement ou même pas du tout.

1° Réaction émotke d'une facilité anormale (hyperesthésie psychique, émotivité'.

Ces états sont toujours le signe d'un cerveau lésé dans sa nutrition et par conséquent plus ou moins épuisé, le symptôme d'une faiblesse fonctionnelle de la vie des sentiments. Cette faiblesse émotive arrivée à son plus haut degré se manifeste en ce sens que l'idée seule suffit à produire une émotion. Il n'est pas besoin pour cela que l'émotion soit particulièrement profonde; mais les phénomènes, contrairement aux émotions du cerveau sain, ne restent pas longtemps dans la conscience.

La courte durée du processus émotionnel s'explique en partie par l'épuisement rapide de la faculté émotive (faiblesse excitable) en partie par l'oubli rapide de la représentation qui a causé l'émotion, ou par le fait que cette représentation a été supplantée par une autre qui la suivait. . Si donc cette facilité anormale de réaction continue à subsister, il se produit un changement d'humeur continuel; car, suivant la nature des représentations qui se succèdent, il se produit des émotions correspondantes. Cette faiblesse irritable, cette émotivité est surtout très développée chez les convalescents dont les forces cérébrales ont été affaiblies par une maladie grave, telle que le typhus, chez les individus qui ont une tare héréditaire ou qui sont névropathes, chez les hystériques, les hypo-

condriaques, les neurasthéniques, dans certaines maladies cérébrales organiques fdémence séuile. apoplectique, paralytique, lues cerebralis, dans les premières périodes de tous ces états).

Il y a là encore un symptôme très significatif qui indique que les centres nerveux les mieux organisés n'ont plus la même faculté d'arrêt et d'entrave ; de vifs mouvements de mimique, en général des phénomènes moteurs, vaso-moteurs et sécrétoires, accompagnent le processus psychique. Au point de vue clinique, cette faiblesse du moral se manifeste par la sensiblerie de ces malades, la facilité avec laquelle se produisent chez eux, surtout chez les hystériques, les pleurs et le rire qui peuvent dégénérer en convulsions. Quant à la nature de ces impressions émotives, ce sont des sensations de plaisir ou de déplaisir (hyperhédonie psychique et hypéralgie — Emminghaus).

Selon le caractère et la valeur des représentations qui résultent de ces émotions, on distingue : des hyperesthésies sensorielles, — les perceptions du monde extérieur ou venant du corps lui-même sont accompagnées de sensations désagréables (chez hysthériques, hypocondriaques, fiévreux, mélancoliques) ou par des sensations de plaisir (plus grand plaisir à manger, à boire, sentiments d'euphorie dans le cas de manie;; Vhyperesthésie esthétique, — on est péniblement touché par le manque de beauté artistique, par l'aspect d'une figure répugnante, par des manières répugnantes, par la malpropreté du milieu, etc. ; par contre, accentuation du plaisir en face de reproductions artistiques de personnes et objets, ce qui fait naître des sympathies, des antipathies, des idiosyncrasies ; Yhyperesthésie éthique, — compassion très vive pour le malheur ou le bonheur d'autrui, violent dégoût pour les actes vils et enthousiasme pour les nobles actions, se manifestant par une réaction émotive excessivement violente à la suite d'une offense ou d'une distinction, par la production facile de tristesses et d'enthousiasmes à la suite d'idées adéquates, comme par exemple, une accentuation du sentiment de la pudeur allant jus([u'à une pruderie qui rend insupportable l'aspect d'un pied de chaise non vêtu (certains hystériques).

2" Difficulté ou même suppression de la réaction émotive (apathie du caractère, allant jusqu'à l'absence d'émotions).

La diminution ou même l'absence complète de la réaction émotive en présence des impressions de nature à provoquer des réactions ^anesthé sie psychique,! est un symptôme psychique élémentaire fréquent et très important. On peut l'interpréter comme un phénomène d'arrêt ou de lacune dans le mécanisme psychique. Cette différence doit être prise en considération aussi bien au point de vue clinique qu'au point de vue du pronostic. Un signe de diagnostic différentiel important, c'est de savoir si le malade se rend compte lui-même de l'absence de sa faculté émotive, ou bien s'il en ressent douloureusement l'absence (anesthésie psychique douloureuse 'j.

' Comp. Emminghaus, Op. cit., hypéralgie psychique, p. 80 et hyperhédonie, p. 92.

Ce dernier fait se produit généralement chez le mélancolique. Son anesthésie psychique est uu phénomène d'entrave. La production des impressions émotives joyeuses est arrêtée par sa dépression douloureuse morbide et organique ; mais son état d'esprit, du moins à l'apogée de la maladie, reste tout aussi indifférent aux impressions qui ordinairement auraient été péniblement ressenties. Cette impassibilité provient de ce que la douleur psychique spontanée exerce une vive action qui s'émousse, de sorte que les impressions venues du dehors sont trop faibles pour se faire sentir. On voit parfois se produire le même fait dans les états de dépression physiologique très violents, lorsque, à la suite d'un grand nombre d'impressions douloureuses, il se produit un état d'émoussement et de torpeur dans lequel, au moins pour un instant, le malade n'est plus touché par aucun événement douloureux nouveau.

L'apathie du mélancolique, dans le domaine éthique ou religieux, constitue un phénomène particulièrement important. Elle se manifeste par une indifférence désespérée pour les lois de la religion, autrefois très respectées, pour les devoirs de la vie de famille, les devoirs professionnels, les devoirs envers les amis et la société.

Les malades eux-mêmes en sont péniblement affectés et commencent à douter s'ils sont encore dignes d'être appelés des hommes, puisqu'ils n'ont plus de sentiments humains. Ils éprouvent douloureusement cette absence du calme et de la consolation religieuses que donne la prière. Ces phénomènes d'entrave peuvent devenir les éléments d'idées délirantes démonomaniaques et zoanthropiques qui se développeront ultérieurement.

Dans une autre catégorie de maladies psychiques l'apathie est en partie un phénomène d'entrave et en partie un phénomène produit par l'absence d'une faculté quelconque. L'impression émotive est absente dans toutes les sphères du monde des représentations ou bien elle ne manque que dans la sphère éthique.

Ainsi, chez le maniaque, il y a une indifférence remarquable pour les aspirations éthiques et les devoirs éthiques. Elle indique une absence de ce contrôle esthétique et moral dont il disposait habituellement; elle s'explique en partie par ce fait que sa conscience a été faussée par des sensations ag^réables, par l'impossibilité, résultant de l'obsession du sentiment agréable, de faire naître les représentations contraires qui montrent les dangers, l'immoralité, le châtiment avec des sensations désagréables et d'opposer ces idées aux idées d'agrément ; elle est en partie causée par l'accélération de tous les processus psychiques, ce qui ne permet pas de s'arrêter à une représentation et ce qui empêche de réfléchir sur la signification d'un événement ou d'une action.

Dans la folie avec conceptions délirantes systématiques (paranoïa), les idées délirantes qui faussent la conscience du malade, l'empêchent de saisir ses anciens intérêts et les aspirations de sa vie. Dans son nouveau Moi morbide, il regarde le passé sain et normal comme quelque chose d'étranger qui n'a rien de commun avec lui. Chez certains malades de cette catégorie, par suite de la nature concrète de leur idée délirante (mono-

manie de la persécution), il s'établit un état d'hostilité pour le monde extérieur et l'altruisme s'altère profondément. Mais, dans la sphère des idées délirantes qui le préoccupent , le malade est très émotif. Avec le temps la réaction émotive aussi peut s'éteindre pour les idées délirantes; c'est alors un symptôme de faiblesse psychique, de lacune et d'écroulement profond du mécanisme psychique.

L'apathie des sens apparaît plus souvent comme symptôme d'une lacune dans le domaine psychopathique. Dans tous les états de faiblesse psychique elle est d'une signification très importante pour le pronostic. Elle n'est qu'un symptôme partiel de l'émoussement général et de l'insuffisance des capacités psychiques. Le malade ne pouvant s'apercevoir qu'il a perdu une partie de ce qui fait la valeur de l'homme, n'éprouve aucune douleur de cette perte. Ce manque d'excitabilité émotive est la cause de l'indifférence que présentent la plupart des individus internés dans les asiles d'aliénés pour le sort de leurs parents et de leurs compagnons de douleur; c'est aussi une des causes pour lesquelles les aliénés internés sont si faciles à diriger.

L'indolence émotive de ces invalides psychiques présente des degrés nombreux et variés et, étant donné l'immense variété du monde des sentiments, des lacunes différentes dans les nombreux domaines de cette sphère.

Le plus important de ces phénomènes est l'absence de la vie éthique.

Fait curieux, cette absence se trouve souvent être le premier symptôme du début de la faiblesse d'esprit causée par les processus organiques graves du cerveau (démence paralytique, sénile) ; elle précède pendant un laps de temps prolongé la diminution de la mémoire et l'affaiblissement intellectuel. Souvent aussi elle constitue l'unique résidu d'une psychose arrivée en apparence à la guérison.

Les individus rentrent dans la vie et sont même tout à fait à la hauteur de leurs devoirs sociaux; mais ils sont devenus des philistins et des égoïstes, ce qu'ils n'étaient point auparavant. Le sort heureux ou malheureux de leurs semblables ne les touche plus ; les anciens liens de famille et d'amitié se sont relâchés et ne sont conservés que par pure habitude.

Ne s'intéressant plus aux côtés esthétiques ou éthiques de la vie civilisée, ils sont complètement absorbés par la satisfaction de leurs besoins matériels et par les exigences de leurs devoirs professionnels.

Cette lacune dans les sentiments est souvent le premier symptôme d'une faiblesse d'esprit en train de se développer et cela s'explique par le fait que les sentiments éthiques (compassion, sentiment d'honneur, sentiment religieux ), ayant leur racine dans la formation et dans l'application des idées et des principes éthiques , représentent les facultés intellectuelles les plus élevées, supposent une organisation cérébrale des plus fines et doivent par conséquent être les premiers affectés dans le cas où l'organe psychique devient malade.

Cet état d'insensibilité morbide se développe souvent de la même façon chez les onanistes et les buveurs d'alcool.

On peut la rencontrer aussi comme une anomalie congénitale produite par des éléments héréditaires dégénératifs. Dans ce cas on peut la considérer comme une idiotie morale, puisque le cerveau de ces malheureux a reçu une organisation inférieure par le fait d'éléments dégénératifs qui ont frappé le germe, et que cette organisation cérébrale défectueuse les prive de la faculté de former des conceptions esthétiques et éthiques et de les combiner pour obtenir des notions éthiques. Schûle {Manuel, p. 46) distingue dans cette maladie une forme grave où il y a absence complète de sentiments et d'idées morales, et une forme bénigne dans laquelle ces conceptions ont été acquises, mais n'ont pas pu se développer parce qu'elles ne produisent pas d'impressions émotives.

Un symptôme de lacune morale partielle, très important au point de vue pratique et digne d'attention au point de vue médico-légal , c'est le manque de dignité personnelle (sentiment d'honneur) ainsi que l'absence de remords quand on a commis une action immorale ou illégale.

C'est l'absence des sentiments esthétiques (anesthésie esthétique) dans ces états de faiblesse psychique, qui explique et rend possible la consommation de choses nauséabondes, la contraction d'habitudes dégoûtantes; sur le terrain sexuel cette absence d'esthétique jointe à l'anesthésie morale cause certaines aberrations odieuses de l'instinct génital, et le sansgêne de certains individus dans la satisfaction de leurs besoins sexuels et physiques.

Cependant on ne sait pas si le sans-gène de certains hypocondriaques et hystériques dans la satisfaction de leurs besoins, dans la nonchalance avec laquelle ils parlent des fonctions de leur corps à leur entourage, constitue une absence du sentiment esthétique ou un phénomène d'entrave, étant donné que l'obsession des sentiments et la nature des représentations empêchent la manifestation des idées opposées à ces conceptions.

L'arrêt ou le manque de sentiments éthiques et esthétiques mènent fatalement à l'égo'isme ; la fréquence de cette anomalie chez les aliénés explique pourquoi la plupart d'entre eux sont en réalité des égoïstes.

B. — Anomalies dans l'intensité de la réaction émotive

L'intensité de la réaction émotive est certainement morbide quand l'émotion qui accompagne une représentation s'élève à la hauteur d'une passion, tandis que la même cause agissant dans des circonstances physiologiques ne produirait que des sensations se rattachant aux représentations excitantes.

Comme symptôme fonctionnel particulièrement grave du trouble moral et de la réaction convulsive de l'organe psychique, nous devons citer les états d'emportement qui se manifestent avec une intensité qui fait perdre conscience à l'individu et qui, par leur durée extraordinairement prolongée, peuvent aboutir à un dérangement complet de la vie psychique L'état d'hyperesthésie psychique facilite l'éclosion des réactions à intensité mor-

bide. Mais cette hyperestliésie n'en est pas toujours la condition essentielle. Comme preuve nous citerons ces emportements qui se produisent chez les idiots et qui, par suite du manque d'entrave, prennent un caractère joyeux ou dépressif très prononcé et surtout sont empreints d'une colère violente. Seules, les passions d'origine éthique ou esthétique sont impossibles dans ce cas. En réalité, on peut attribuer l'intensité de la réaction émotive à l'absence des processus d'arrêt du centre; psychiquement à la faiblesse fonctionnelle des régions intellectuelles les plus élevées, somatiquement au défaut d'arrêt des centres vaso-moteurs et moteurs qui sont touchés par le processus émotif, ce qui fait que les processus organiques qui leur sont simultanés deviennent très puissants.

Il y a des individus chez lesquels il existe habituellement une irritabilité d'humeur anormale. Autrefois on en faisait une forme spéciale de maladie psychique (excandescentia furibunda ou iracundia morbosa), alors que ce phénomène n'est qu'un trouble élémentaire émotif, un mode de réaction pathologique du cerveau. Dans tous les cas, c'est le symptôme d'une maladie cérébrale profonde. Celte irritabilité dénote un cerveau affaibli par l'anémie ou par des excès d'alcool ou par des lésions graves (maladie cérébrale, lésions de la tête), ou atteint d'une névrose grave ''tare héréditaire, épilepsie, hystérie), ou défectueux dans son origine (idiotie;. Les moindres causes provoquent des emportements de colère violents et qui sont maiutenus à cette tonalité par des reproductions douloureuses.

Le mode d'émotion dépend essentiellement de la nature de la représentation qui affecte l'individu et de l'état de conscience qu'il a de lui-même. Si cette représentation est de nature douloureuse et si la confiance en soimême a diminué (mélancolie), les impressions émotives et respectivement les émotions ne peuvent être que douloureuses. L'émotion peut être provoquée aussi bien par des représentations reproduites que par des perceptions sensitives venant du monde extérieur ou du corps de l'individu.

Les idées mêmes, qui dans les circonstances physiologiques provoqueraient du plaisir, ne produisent ici que des émotions douloureuses. Au summum de la maladie, tout fait psychique, même une simple perception des sens, affecte douloureusement (hyperesthésie psychique); un fait analogue se produit dans les nerfs atteints de névralgie; là aussi, la limite de l'excitabilité a baissé, de sorte que des excitations mécaniques, thermiques, atmosphériques, qui ordinairement ne seraient pas perçues, provoquent des paroxysmes de douleur. Souvent cet état d"hyperesthésie psychique s'accompagne d'un état d'hyperesthésie sensorielle et parfois aussi cutanée.

Les émotions sont simplement douloureuses (tristesse, désespoir), ou bien ce sont des émotions de surprise (embarras, perplexité, consternation, honte), ou le plus souvent des émotions d'attente (peur, angoissej. S'il y a une disposition aux émotions gaies et une forte confiance en soimême (manie;, le trouble se manifeste par des emportements joyeux quand il ne devrait exister que des sentiments joyeux.

Là aussi, il y a, au summum de la maladie, des phases dans lesquelles il existe un état de véritable hyperesthésie psychique, car chaque repré-

sentation et même chaque perception des sens se combine avec des émotions, et le malade se réjouit de sentiments de plaisir continuels (hyperhédouie, — Emminghaus; hypermétamorphose, — Neuman).

Si la conscience n'est pas déprimée et si la représentation qui provoque l'émotion est rattachée à des sentiments désagréables, il se produit alors des émotions de colère dites mixtes.

Quand le caractère est enclin à la colère, les prétextes les plus futiles, un regard, un geste, même une parole d'apaisement, suffisent pour provoquer chez le malade de continuelles et nouvelles explosions de colère.

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