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C. — Anomalies dans le mode d'impression des émotions

Il y a des états anormaux dans lesquels la représentation concrète ne donne pas une impression émotive physiologique semblable à celle qui aurait été produite autrefois par la réaction individuelle, mais elle produit un effet différent et même inverse dans certaines circonstances (perversion du sentiment, paralgie (Emminghaus), par analogie avec les nerfs sensitifs qui réagissent d'une façon morbide).

Cette anomalie suppose que, à l'état normal, sauf préjudice pour le vieux proverbe « de gustibus », certaines impressions produisent toujours chez les individus les plus divers la même sensation. Il ne s'agit pas ici, comme dans le cas d'atonie émotive, de l'absence de certaines impressions, qui devaient normalement se produire, mais de la production de réactions qui sont l'opposé des réactions normales qu'on observe chez l'individu en général. C'est pour cela que le caractère morbide des impressions per verses se manifeste d'une manière beaucoup plus nette que les anomalies de la faculté et de l'intensité des réactions. Au point de vue pratique, elles constituent un phénomène très important, car souvent ces perversions des impressions s'accompagnent facilement d'impulsion, ce qui peut amener à des actes nuisibles aussi bien aux intérêts de l'individu lui-même qu'à ceux de la société.

On peut citer comme exemples de réactions perverses sur le terrain des émotions sensitives les idiosyncrasies des névropathes et surtout des hystériques qui éprouvent du désagrément de choses qui physiologiquement produisent des sensations agréables (parfum des fleurs) et qui trouvent du plaisir à des choses désagréables (odeur de résines puantes). Comme réaction motrice, il se produit alors de la pica (envie).

Ordinairement à cette perversion des impressions se rattachent des hyperesthésies sensorielles et psychiques (vive susceptibilité et intensité anormale des réactions allant jusqu'aux emportements au point de vue psychique, et jusqu'aux convulsions au point de vue somatique).

Comme perversion des sentiments éthiques citons : le plaisir à voir souffrir les hommes et les animaux avec le penchant qui en résulte à torturer les hommes, à maltraiter les animaux, à détruire et à profaner les monuments artistiques et religieux. Souvent ces perversions sont combinées

avec des anomalies du sens sexuel, base somatique des sentiments éthiques et sociaux.

On peut ranger encore dans cette catégorie : le dégoût du travail, de la vie matrimoniale, le plaisir à commettre des actes d'immoralité, à troubler le bonheur conjugal et vital d'autrui, défauts qu'on rencontre si souvent chez les dégénérés psychiques (folie morale), mais, il est vrai, combinés ordinairement avec des phénomènes d'absence.

On peut classer aussi dans cette catégorie la particularité qui fait annoter par des émotions de plaisir des représentations qui ordinairement ne donnent que des impressions douloureuses. Une de mes malades a perdu, pendant son état de manie circulaire, son époux qu'elle aimait; elle a dû faire de véritables efforts pour avoir à peu près l'apparence d'une personne qui porte le deuil. Par opposition, il y a des mélancoliques qui, sous l'influence de leur état morbide, ne peuvent réagir que d'une façon douloureuse aux causes qui, dans les conditions physiologiques, seraient des sujets de joie; ainsi, par exemple, en voyant leurs enfants qu'ils adoraient autrefois ou des amis qu'ils aimaient, ils n'ont que des impressions de répugnance. La réaction peut être simplement passive (mixopédie, misanthropie) ou même il y a des impulsions aux agressions hostiles par actes et paroles.

Une forme curieuse d'émotion perverse chez les mélancoliques, c'est le plaisir douloureux (Leidseligkeit) décrit par Ideler et Emminghans; des représentations qui dans la vie intellectuelle normale seraient douloureusement ressenties, produisent une sorte de faible satisfaction par le fait même que les mélancoliques éprouvent une douleur qui alors est marquée par une émotion relativement agréable.

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