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TROUBLES PSYCHO-SENSORIELS

(hallucinations)

Parmi les anomalies élémentaires les plus importantes de la folie il faut compter les délires des sens ou hallucinations, c'est-à-dire les illusions produites dans le domaine des sens et causées par des impressions sensorielles (Hagen).

Depuis Esquirol qui, le premier, a donné une étude approfondie de ces phénomènes, on a l'habitude de distinguer ici deux sortes de processus :

1° L'hallucination;

2° L'illusion.

Voici la différence qui existe entre ces deux processus : dans l'hallucination aucune excitation sensitive extérieure n'a amené la perception sensorielle (subjective ), tandis que, dans l'illusion, une excitation de l'appareil sensoriel périphérique, venue du dehors ou ayant surgi spontanément, a été altérée en se rendant à l'organe de la perception et arrive faussée dans la conscience.

L — Hallucination.

L'individu atteint d'hallucinations voit, entend, sent, goûte, flaire des choses dénuées de tout fondement, avec la même netteté que s'il s'agissait d'une perception des sens objectivement justifiée.

Ce processus est certainement morbide. Comme toute maladie n'est au fond autre chose qu'une fonction qui s'accomplit dans des conditions anormales, l'examen scientifique du phénomène doit étudier la fonction dans ses conditions normales et établir l'anomalie de ces conditions.

'Voir S. Johannes MûWer, H andb. cl. Physiolorjie, 1, p. 129, et Uber pkanlastische Gesichtserscheinungen, 1826. —Edigen, Die Sinnestaeuschungen, 1838. — Le même, Allg. Zeitschr. f. Psych., 25.— Esquirol, Arch. génér., 1832. — Brierre de Boismont, Des Hallucinations, 2' éditioa, 1852. — Kahlbaum, Allg. Zeitschr. f. Psych., 23. — Lazarus, Die Lehre von den Sinnestœuschungen, 1807. — Tamburini, Irrenfreund, 1880, 11, 12. — Kreepelin, Trugwahmehmungen, Yierteljalirsschr. f. wissenschaftl. Philos., V, 2. — Kandinsky, A7xh. ". Psych., XL

Le processus normal de la perception sensitive peut se décomposer en trois temps :

1° La réception d'une excitation physique du monde extérieur par l'organe terminal d'un appareil sensoriel (rétine, organe de Gorti, corps tactiles, etc.) et la transmission de ce processus moteur par la voie centripète des nerfs sensitifs correspondants;

2° La transformation de ce processus moteur en un processus psychique élémentaire fsensation) aussitôt qu'il a atteint l'extrémité du nerf sensitif dans le cerveau (organe de perception, cerveau sensitif, centrum sensationis, centre subcorticalj;

3° La transmission du processus moteur qui a été modifié dans le centre subcortical au dernier centre sensoriel (centre cortical sensoriel, organe de la perception, centrum ideationisj en suivant les voies qui vont du centre subcortical à l'écorce cérébrale.

Si ce centre terminal se trouve dans un certain état d'excitation fonctionnelle qu'on appelle l'attention et s'il contient des résidus d'une ancienne excitation 'images sensitives de souvenirj.le processus d'excitation, en arrivant dans le centre terminal cortical, provoque le réveil de ces résidus. Par la fusion d'une réminiscence ainsi réveillée avec le processus centripète, il se produit une perception, c'est-à-dire l'interprétation d'une impression sensorielle comme image du souvenir d'une impression antérieure qui, selon la loi de l'apparition excentrique ou de la projection, est rapportée à la source d'origine et renvoyée de cette manière dans le monde extérieur. Ce processus très compliqué de la perception sensorielle est pour nous un phénomène inconscient : ce n'est que le résultat tout fait de ce processus, la perception sensitive, qui arrive à notre conscience. Suivant que le centre de perception est plus ou moins préparé, qu'il fonctionne plus ou moins bien, le processus de la perception sera rapide comme l'éclair, intuitif, ou lent et laborieux.

Si l'image du souvenir éveillée et arrivée à se fusionner répond au processus d'excitation centripète comme similaire de celle que l'image du souvenir originaire a laissée comme résidu, la perception apparaît comme une perception adéquate et individuellement juste; dans l'autre cas fquand il n'y a pas coïncidence), le sujet chez qui se produit le processus est en proie à une illusion de perception (illusion psychiquej.

Grâce à la faculté de la mémoire, immanente dans les centres sensitifs corticaux, l'image du souvenir peut être évoquée d'une manière passive ou d'une manière active dans la conscience.

La reproduction passive peut se faire organiquement par une excitation autochtone ou réflexe, fonctionnellement par un nouveau processus d'excitation centripète dans la voie sensitive, ou par une association d'idées,

La reproduction active peut se faire par l'évocation arbitraire de l'image du souvenir.

Si la fonction de la mémoire est intacte, l'intégrité de la reproduction active est garantie. Dans la reproduction spontanée, une reproduction sous une forme modifiée (par laf usion avec d'autres images de souvenir) est impossible.

La différence fondamentale entre le souvenir et la perception (représentation imaginative et sensorielle — Sully) consiste eu ce que le premier produit seulement dans les circonstances ordinaires une image idéale de souvenir et non pas une image sensorielle. C'est probablement pour cette raison que la conscience est capable de discerner toujours facilement une réminiscence d'une image de perception. La cause de ce phénomène ne peut être fournie que par le fait que, lors de la formation de l'image de perception, tout l'appareil des sens est mis à contribution, tandis que pour l'image de souvenir cet appareil n'y a aucune part ou du moins n'y concourt pas d'une manière aussi intensive que pour l'image de perception. Quand une image de souvenir atteint la vigueur d'une perception sensitive (hallucination), on est amené à supposer que l'appareil des sens qui se trouve dans des conditions anormales a été mis par le centre dans un état d'excitation fonctionnelle approximativement aussi fort que celui qui serait produit par une perception sensitive physiquement justifiée et venant du dehors. La cause de ce phénomène tient ou à la force d'irritation anormale de l'image de souvenir, ou à la réceptibilité augmentée de l'appareil des sens, once qui est encore possible, à ces deux conditions à la fois.

Il est très difficile de trancher cette question étant donné les lacunes dans nos connaissances sur les diverses parties de l'appareil des sens.

Le degré d'intensité delà représentation de souvenir n'est pas sans importance : cela ressort du fait que les conditions occasionnelles pour la production des hallucinations peuvent se résumer en ce fait qu'elles doivent amener une irritation et une concentration intenses de la faculté représentative. Fonctionnellement cela se produit dans les états émotionnels (peur, effroi, enthousiasme") ainsi que dans l'accentuation de l'attention (émotions d'attente, vive absorption par un objet), quand il n'y a pas d'excitation des sens venant du dehors (obscurité, solitude, etc.). Ces conditions se trouvent surtout réalisées dans les prisons cellulaires où se font sentir les émotions, les remords, la nostalgie de la liberté, évoquant des réminiscences vivement annotées ; en outre l'absence d'excitations sensitives provenant du dehors fait que l'individu ne s'occupe que des tableaux que lui présente son imagination.

En effet, dans les prisons cellulaires, les hallucinations ne sont pas rares. Organiquement la formation des vives réminiscences est aidée par le fait que, dans le cas de maladies de l'écorce cérébrale, ces images de souvenir ne sont pas amenées par la voie dynamo-fonctionnelle psychique du réveil associatif, mais provoquées par des phénomènes organico-physiologiques.

Comme irritations organiques intérieures dans le domaine de l'écorce cérébrale on a admis : les troubles de la nutrition, comme il s'en produit facilement dans le processus qui est la base de la folie, dans les maladies fébriles, dans les états d'inanition, dans les intoxications.

Ce sont surtout les états d'inanition (anémie) qui favorisent la formation des hallucinations (naufragés, voyageurs mourant dans le désert, gens épuisés par une maladie aiguë, par des pertes de sang, ascétiques pratiquant les jeûnes, etc.).

Dans le domaine physiologique aussi on peut constater de grandes différences d'intensité daos les images de souvenirs. Ainsi on sait que le jeune homme a beaucoup plus d'imagination que le vieillard chez qui les images visuelles de souvenir surtout sjnt mal reproduites.

Ainsi il y a des individus qui par prédisposition originaire ont une mémoire des sens mauvaise ou partiellement mauvaise, contrairement à d'autres dont les images sensitives de souvenir se reproduisent avec une vivacité extraordinaire. Ce don se rencontre chez les artistes, soit comme faculté simplement reproductive, soit comme faculté opérant des transformations Imaginatives.

C'est sur ce talent qu'est fondé l'art des représentations émouvantes de certains grands artistes dramatiques, les créations plastiques ordinaires d'un Goethe, d'un Ossian, d'un Homère. Chez les compositeurs aussi la finesse de l'instrumentation , les nuances de leurs œuvres musicales proviennent probablement d'un pouvoir de reproduction subtil et vif de leur mémoire acoustique. Il faut admettre sans réserve que les individus doués d'une grande sensibilité sont plus portés aux hallucinations que les pauvres d'imagination qui se meuvent plutôt dans le domaine des idées abstraites; ce qui plus est, chez les premiers, les images de souvenirs mêmes peuvent prendre une netteté plastique qui frise l'hallucination (Goethe). Ces visions plastiques (hallucinations psychiques, Baillarger; pseudo-hallucinations, Kahlbaum), ces voix intérieures très vives représentent manifestement des transitions à peine perceptibles vers l'hallucination ; et d'autre part les observations faites sur les aliénés nous apprenuenrt que leurs hallucinations n'ont pas toujours ou ont rarement dès le début l'intensité d'une vraie perception des sens.

Dans tous les cas on peut encore douter si la reproduction, quelque intensive qu'elle soit, d'une image sensitive de souvenir, ou plutôt si une puissante excitation du centre cortical suffisent à donner à l'image de souvenir la force d'une image de perception et à la transformer en hallucination. Tous les faits de la physiologie moderne de l'écorce cérébrale confirment la supposition que les centres sensoriels corticaux ne sont que le siège du phénomène de la perception et de la conservation des images de souvenir. L'image de souvenir, arrivée à son expression plastique (hallucination), ne peut être reproduite dans une autre région de l'appareil des sens. Dans les centres subcorticaux (cerveau sensitif) des sensations élémentaires (lumière, couleurs, sons, etc.) peuvent probablement se reproduire par des processus d'irritation spontanés et intérieurs et atteindre l'intensité d'une sensation réelle, mais jamais le même fait ne pourrait se produire pour des figures, des mots et en général pour des images de souvenir plus compliquées.

Pour que l'image de souvenir devienne hallucination, il faut, sans préjudice de l'intensité de cette image, qu'il y ait des conditions analogues à celles qui sont nécessaires à l'accomplissement de la perception sensitive, c'est-à dire qu'il faut une irradiation fonctionnelle dans tout le trajet centro-périphérique des sens.

Le changement des conditions consiste en ceci que ce n'est pas un pliénomène extérieur physique, mais un phénomène intérieur psychologique qui fait résonner l'appareil des sens. Dans la perception sensitive il s'agit d'un phénomène centripète, dans l'hallucination d'un phénomène centrifuge. Tous deux concordent en ce sens que, suivant la loi de la projection excentrique ou loi de la perception, la cause de l'excitation est reportée à la périphérie du trajet sensoriel, dans le monde extérieur.

Alors l'illusion est parfaite et la conscience de l'halluciné ne peut plus la reconnaître qu'indirectement. On ne peut qu'émettre de pures suppositions sur la question de savoir sur quoi repose cette faculté du trajet sensoriel de se mettre en vibration par suite d'une simple excitation psychologique (représentation) .

On pourrait regarder cette augmentation de la réceptivité comme une sorte d'hyperesthésie.

Dans tous les cas, il s'agit d'un acte purement fonctionnel. En général, l'hallucination se rencontre surtout dans les affections cérébrales purement fonctionnelles où l'on peut constater aussi dans d'autres fonctions des phénomènes d'augment de l'excitation fonctionnelle. x4.insi s'explique la fréquence des hallucinations dans les psychoses fonctionnelles, dans l'hystérie, l'épilepsie, la chorée, etc. Comme résultat de l'observation on peut considérer ce changement fonctionnel dans la voie sensorielle comme la condition fondamentale pour l'origine des hallucinations ; autrement l'hallucination serait un phénomène quotidien et ordinaire, car les conditions qui amènent une intensité extraordinaire des réminiscences (émotion, attention, concentration, tension volontaire de l'imagination) se produisent très facilement. Si ces conditions conduisent réellement à l'hallucination, on peut avec [certitude admettre une excitabilité -anormale de l'appareil sensoriel centro-périphérique. La preuve que l'hallucination ne peut se former que dans le centre sensoriel cortical est fournie par les faits expérimentaux suivants :

1° La disparition des phénomènes hallucinatoires aussitôt que le centre sensoriel cortical a été détruit et que cette destruction a amené la perte des images de souvenir (maladies organiques localisées de l'écorce cérébrale, imbécillité apathique);

îl" La possibilité d'avoir des hallucinations bien que l'organe sensoriel extérieur soit complètement détruit;

3°Dans les processus d'excitation, l'appareil sensoriel périphérique, y compris son centre subcortical, se borne à des sensations subjectives élémentaires (lumière, bruits), mais il ne produit jamais des figures, des mots, etc. ;

4° La nature de l'hallucination est souvent conforme à la nature de la conception. Elle représente des conceptions visuelles devenues plastiques et des conceptions auditives devenues perceptibles.

Ce n'est qu'ainsi qu'on peut s'expliquer que parfois des hallucinations portant sur le même sujet, se rencontrent, comme par contagion, chez un grand nombre d'hommes préoccupés par les mêmes conceptions et se trouvant en même temps dans un état d'excitation émotionnelle.

Cependant l'objet de l'hallucination et celui de la conception ne sont pas toujours conformes l'un à l'autre.

Pour comprendre ce fait il est nécessaire d'examiner de quelle manière les images de souvenir susceptibles de se transformer en hallucinations, peuvent être évoquées.

Les circonstances sont tout à fait les mêmes que dans la formation des idées pures, par suite des idées délirantes.

L'évocation de l'image de souvenir, destinée à devenir une hallucination, peut avoir lieu spontanément par la voie physiologique organique ou par la voie dynamo-associative.

Dans le premier cas il n'est pas nécessaire que la représentation de souvenir soit consciente. Elle peut, au moment de son réveil, devenir effective, de sorte que la conscience n'en tient compte que lorsque cette réminiscence est arrivée à l'état d'hallucination.

La cause du souvenir peut être directe : une excitation dans le centre sensoriel. Mais on peut aussi admettre que cette excitation soit amenée au centre par un phénomène d'excitation soit dans la voie sensorielle périphérique, soit dans les voies sensitives d'un viscère quelconque.

La représentation de souvenir produite par association et devenant hallucination, sera ordinairement une représentation consciente et s'intercalera dans la marche des conceptions concrètes et conscientes.

Mais il n'est pas nécessaire qu'elle soit identique à sa forme originelle ; au contraire, elle apparaît souvent sous une forme travestie, imaginaire. Elle peut être réveillée par une représentation reproduite, par association ou par une perception sensitive ou même par une hallucination. On désigne ordinairement l'hallucination secondaire sous le nom d'hallucination réflexe (^Kahlbaum). La nature de l'hallucination peut être stable (une représentation de souvenir associative, fixée par la concentration, l'émotion, ou par une évocation continuelle et réitérée, par suite d'une excitation organique ou périphérique d'une qualité déterminée), ou bien le sujet varie constamment comme dahs un kaléidoscope.

Il est très rare que les hallucinations soient localisées à un œil ou à une oreille. Il s'agit alors d'illusions ou du moins d'excitations amenées par la voie sensitive au centre sensoriel. Il serait possible aussi qu'il n'y eût qu'une excitation organique unilatérale dans un centre cortical.

Toutes les fois que des représentations produites par le processus psychologique de l'association des idées et séjournant dans la conscience, sont capables d'exciter le centre sensoriel dans le sens d'une hallucination, il faut conclure à un état très avancé d'hyperesthésie de l'appareil sensoriel central et périphérique.

Comme exemples à l'appui de ce fait, il faut citer ces malades qui, au moment de lire ou de penser quelque chose, entendent prononcer la même chose dans le monde extérieur et qui se plaignent alors que leurs pensées sont exprimées et devinées par d'autres personnes.

Quelques-uns de ces phénomènes sont probablement des pseudo-hallucinations ; c'est surtout le cas quand les malades arrivent à se rendre compte

de l'origine subjective de leurs hallucinations et qu'ils les désignent par le mot <^ penser à haute voix » ; ainsi que le disait le malade de Leuret : « c'est un travail qui se fait dans ma tête ».

La signification nosologique de l'hallucination est celle d'un trouble élémentaire des fonctions psycho-sensorielles. Elle indique toujours un état morbide du système nerveux central. Elle se rencontre le plus souvent dans l'état délirant, mais, en elle-même, elle ne constitue pas du tout le critérium de l'aliénation mentale.

La signification psychologique de l'hallucination est celle d'une perception sensitive réelle. Il ne semble pas seulement à l'halluciné qu'il a telle ou telle impression; il voit, entend, goûte, sent réellement, comme si un objet réel produisait une impression sensitive.

Une question importante est de savoir ce que devient au cours du phénomène, la perception sensitive subjective ; si elle est reconnue par la conscience comme une hallucination ou si, n'étant pas jugée comme telle, elle arrive à fausser la conscience.

Cela dépend de l'état d'ensemble de la conscience et de l'intégrité des autres sphères sensorielles. La rectification est de règle chez le nonaliéné. La réflexion et l'attention qui sont intactes, l'activité des autres sens qui n'est point faussée et leur témoignage exact, amènent presque nécessairement à la rectification de l'illusion sensorielle. Dans ce cas , il est fort intéressant d'observer l'effet bouleversant que ce phénomène, pour ainsi dire sursensitif, produit même chez les individus sains d'esprit et sur les personnes qui connaissent à fond sa nature et sa marche.

Chez les aliénés, l'hallucination est généralement confondue avec une perception sensitive objective ; car la conscience est altérée ; les émotions troublent la raison et le calme de la réflexion ; de plus il existe souvent simultanément des hallucinations de plusieurs sens, de sorte qu'une perception sensitive subjective en appuie une autre, en même temps que les moyens de rectification et de contrôle de la perception sont entravés.

Cependant il arrive aussi que les aliénés rectifient et corrigent leurs hallucinations. Cela a lieu surtout quand les hallucinations portent sur un seul objet et se produisent rarement, qu'elles ne sont pas compliquées d'émotions, que l'individu atteint appartient aux classes instruites et que l'hallucination est la manifestation plastique momentanée de pensées correspondantes ou de mots qu'il vient de lire.

Dans la plupart des cas cependant les représentations q[ui provoquent les hallucinations, semblent naître d'une irritation cérébrale spontanée (non associative), ou du moins elles n'arrivent pas à la conscience du malade avant d'être transformées en hallucinations. De là vient que souvent le sujet des hallucinations ne correspond pas à celui de la conception consciente du moment et que par conséquent on le prend pour une chose étrangère et on le reporte daus le monde extérieur.

Une question pratique qui ne manque pas d'importance, se pose à ce propos, c'est de savoir si les hallucinations qui ne sont pas reconnues

TROUBLES DES FONCTIONS CEREBRxVLES DANS LE DÉLIRE 133

comme telles par l'iudividu, constituent un symptôme de folie. Certains auteurs, notamment des Français, n'ont pas hésité à répondre par l'affirmative à cette question, mais c'est à tort, car tout d'abord l'hallucination, quand même elle serait prise pour une réalité, n'est qu'un phénomène élémentaire qui ne nous dit rien par elle-même ni sur l'état général d'un individu, ni sur son état cérébral ; d'autre part, on a observé des personnes qui ont cru à la réalité de leurs hallucinations et qu'il nous serait bien difficile de considérer comme des aliénés (Mahomet, Napoléon, Socrate, qui causait avec son démon ; Benvenuto Cellini qui eut une vision du soleil pendant que, dans sa prison, il priait Dieu de lui permettre de voir encore une fois la lumière du soleil ; Pascal, qui a vu devant lui un précipice; la pucelle d'Orléans; Luther, qui jetait son encrier au diable, et d'autres).

L'explication n'est pas difficile quand on songe que ces hallucinés étaient dominés par l'illusion, la superstition de leur siècle, par leur tendance aux choses mystiques, et qu'ils n'avaient pas l'instruction nécessaire, ou n'étaient pas prédisposés pour rectifier et corriger les créations de leur imagination.

Cependant nous devons admettre que les hallucinations prises pour des réalités constituent des phénomènes qui compromettent l'intégrité des rapports avec le monde extérieur réel.

Quelque simple que paraisse la constatation d'une hallucination, il peut devenir difficile de se prémunir contre l'erreur et la confusion avec d'autres faits morbides. Sans doute on prend souvent pour des hallucinations ce qui n'en est pas en réalité, entre autres :

a). Les rêves de certains fous qui, dans leur imagination, se mettent, comme un acteur, dans un rôle ou dans une situation, font des dialogues sans voir ni entendre réellement d'interlocuteurs iHagen) ;

6). La reproduction des images des songes et le fait de les reporter dans le monde réel comme des évéuements réels. Cette absence de critique se rencontre dans des états de faiblesse psychique ;

y). La confusion d'une conception qui vient de naître avec le souvenir d'une perception qu'on croit avoir reçue. Dans cette catégorie rentrent les malades qui prétendent qu'on a dit sur leur compte telle ou telle chose, qu'on les a calomniés, alors que sur le moment ils s'imaginent seulement que ces faits ont eu lieu. Les assertions des malades se distinguent dans ces cas par leur caractère vague de la véritable hallucination (Hagen).

Les symptômes qui indiquent assez siirement l'existence de phénomènes hallucinatoires sont les suivants : une attention haletante portant sur un objet déterminé, la fixité du regard dans une direction déterminée, le fait de se boucher les oreilles, de se voiler la face. Beaucoup de malades, sans y être invités, rapportent ce que leur ont dit i leurs voix » et désignent souvent par un nom spécial l'objet de l'hallucination.

La création de mots nouveaux, le mutisme, le refus d'aliments sont des phénomènes très souvent causés par des hallucinations.

Il nous reste encore à appeler brièvement l'attention sur la signification historique et sociale des hallucinations.

Il n'y a guère de phénomène, dans la vie humaine, qui, aux diverses époques de son existence, ait été exposé à des appréciations aussi variables suivant les opinions émises par l'Église, la philosophie et les sciences naturelles. L'histoire des hallucinations forme une partie de l'histoire de la civilisation de tous les peuples et de toutes les époques; c'est un miroir qui reflète les opinions religieuses.

Les hallucinations ont été la cause d'importants événements historiques (vision de la croix par Constantin le Grand) ; elles ont créé des religions (Mahomet); elles ont amené aux aberrations les plus pitoyables dans les procès de sorcières, à la superstition et à la croyance aux revenants. Elles ont eu une part importante dans l'origine des contes et des légendes (croyance en l'existence des fées, des nymphes, des diables, des fantômes, des spectres), et ce n'est pas par hasard que les auteurs de ces légendes sont de préférence des campagnards, des bergers, des chasseurs, c'est-àdire des hommes chez qui le vif contact avec la nature développe une prédominance de la vie sensitive et de l'imagination.

Un exemple frappant de ce genre c'est le second sight (seconde vue) des montagnards écossais qui consiste en ce que des personnes particulièrement prédisposées, c'est-à-dire nerveuses, ont le don de voir les autres dans certaines situations, par exemple étalées dans un cercueil, — ce qui, plus tard, peut par hasard devenir une réalité.

Il faut ranger aussi dans cette catégorie l'apparition de mauvais augure de sa propre figure (vision gris-clair que Goethe eut de sa propre personne en allant à cheval à Drusenheim).

Les hallucinations sont très fréquentes dans l'histoire des couvents où la prédisposition nerveuse, le jeûne, la mortification, la privation de sommeil, la concentration intensive de la pensée sur un très petit nombre de représentations et par suite une imagination surexcitée, peut-être aussi la masturbation sont réunies pour les provoquer.

Dans les créations poétiques, les hallucinations sont du plus grand effet; voilà pourquoi les poètes, se rendant compte de la signification psychologique des hallucinations, ou peut-être aussi par instinct, ont recours aux hallucinations quand ils veulent produire un effet émouvant.

Sous ce rapport la vision de Macbeth dans la tragédie de Shakespeare produit un effet grandiose quand Macbeth trouve sa place à table déjà occupée par le spectre de Banco,

Un exemple excellent de l'utilisation des hallucinations dans l'art poétique nous est fourni par le Roi des Aïolnes de Gœthe.

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