CHAPITRE XI
TROUBLES DANS LE DOMAINE DES FONCTIONS TROPHIQUESi
Le domaine des fonctions trophiques n'a été que très peu étudié par la physiologie.
La connexité des troubles trophiques avec les maladies des organes nerveux centraux ne doit pas être déclarée impossible.
Au contraire, en faveur de cette connexité plaident une série de défectuosités corporelles congénitales chez les individus qui ont une organisation et un développement cérébral anormaux, le plus souvent par suite d'hérédité, et qui en outre se manifestent par une série d'anomalies fonctionnelles.
Ces symptômes anatomiques- de dégénérescence sont : certaines anomalies dans la conformation crânienne, disproportion entre le crâne facial et le crâne cérébral, développement inégal des deux côtés de la face, situation, grandeur ou petitesse anormales des oreilles, transition immédiate du lobule de l'oreille à la joue sous forme d'un pli semblable à un pilier, développement rudimentaire des oreilles, différenciation incomplète des dents, absence de la seconde dentition, grandeur ou petitesse anormale de la bouche, bec-de-lièvre, gueule de loup, hypertrophie de la lèvre inférieure, os incisif saillant, palais trop étroit, trop bombé, trop large, trop plat, ou aplati unilatéralement, staphyloraphie du voile, obliquité du nez, de la fente oculaire, rétinite pigmentaire, cécité congénitale, coloboma de l'iris, albinisme, taille de nain, hypertrophie du tissu adipeux sous-cutané, pied bot, main bote, mains inégales, petitesse anormale du pénis, phimosis avec prépuce non hypertrophié, épi et hypospadias, anorchidie, micro-monorchidie, hermaphroditisme, utérus bicorne, absence d'utérus, absence de vagin, absence des mamelles, système pileux anormalement développé, barbe chez les femmes, sourcils réunis, etc. La connexité entre le trouble du développement cérébral et ces signes de dégénérescence anatomique se manifeste le plus nettement dans le crétinisme.
' Claude Bernard, Leçons sur la chaleur animale. — Eulenburg, Lehrb. der Nervehkrankheit. IP éd. — Cimrotl, Leçons clin. — Binswanger, Zur Kenntniss der troph. Vorfjdnrje bei Geisteskranken, Diss. GœLtingen, 1878.
* Legrand du SauUe, Annal, méd. psych., 1876, mai.
En ce qui concerne spécialement les anomalies crâniennes, il faut bien retenir que le cerveau et le crâne ont chacun un développement indépendant, mais qu'ils sont pourtant en rapports réciproques.
Ainsi la microcéphalie crânienne peut être causée par un^e synostose prématurée des sutures crâniennes, mais aussi par un arrêt de développement du cerveau.
Les synostoses crâniennes prématurées ne produisent ordinairement que des arrêts partiels de développement.
Le fait le plus marquant ici, c'est la synostose tribasilaire prématurée, origine du crétinisme. Il faut distinguer de ces anomalies souvent héréditaires et pour la plupart existant déjà virtuellement dans le germe générateur, les anomalies acquises et ayant pour base le rachitisme.
Charcot a démontré que les affections cérébrales acquises peuvent aussi amener des troubles secondaires trophiques.
Ce fait est prouvé par le décubitus acutus perniciosus qu'on observe sur la fesse, du côté hémiplégie, à la suite de certaines maladies cérébrales en foyer (apoplexie), et qui se produit indépendamment de l'anesthésie éventuelle, de la paralysie vaso-motrice et du manque de propreté; puis par l'inflammation de la synoviale des articulations du côté paralysé dans les foyers encéphalo-malaciques et apoplectiques.
Ces influences trophiques sont démontrées aussi par les variations considérables dans le poids du corps qu'on observe chez les aliénés, indépendamment de leur genre d'alimentation et de vie, ainsi, par exemple, l'augmentation surprenante de la graisse quand il y a transition d'un état primaire à un état secondaire; eo suite parles troubles progressifs profonds dans la formation du sang qui apparaissent sans motif, qui accompagnent souvent la dégénérescence graisseuse des organes qui forment le sang, et qui conduisent à un dénouement fatal : les anémies dites pernicieuses '. Il faut encore rappeler la fragilité anormale- des os chez certains malades, fragilité qui va souvent de pair avec une plus grande déperdition de la chaux, de l'acide phosphorique et de l'acide carbonique. Les os, notamment les côtes, présentent alors une déperdition des sels calcaires, une mollesse ostéo-malacique. Rindfleisch {Handbuch der patholog. Gewebelehre, p. o28) admet comme cause possible de la résorption des sels calcaires une hyperhémie par engorgement des vaisseaux médulaires osseux, cette hyperhémie pouvant de son côté être occasionnée par une innervation anormale des vaso-moteurs.
Il faut noter encore chez les mélancoliques et les idiots certains troubles de la nutrition, des formations épidermiques (zoster, épidémie gercé, rugueux, ongles cassants; qui peuvent se rencontrer aussi chez les hysté-
' Shiile, AU. Zeifschr. f. Ps-ijch., 32.
' Gudden, Arc/i. f. Psych., II, 683. — Laudahn, IbuL, III, 371. — Meyer, Wirchow's Arch., 72, 3. — More, 37te Lancet', 1870, 13 sept. — Williams, Ib'uL, 10 sept. — Davey, Ibid., p. 201. — Lindsay, Edinbari/ ined, Journ., 1870, nov. — Rogers, Journal of mental science, 1874, avril. — Ormerod, Ibkl., 1871,4 janvier. — Laehr, AUq. Zeilschr. f. I's>jc/i., 37, p. 72.
ropathes. Ils rappellent les processus analogues qui ont lieu dans la lèpre mutilante dont la cause, découverte par Virchow, est une périnévrite.
A une époque plus récente on a publié des cas intéressants de pigmentation chez les aliénés (nigrities. — Annal, méd. Psych.. mai 1877).
Enfin, il faut remarquer la facilité avec laquelle guérissent les lésions qui se produisent dans les premiers stades de la démence paralytique, ce qui est probablement dû à la paralysie vasculaire et à la néoformation des vaisseaux, tandis que dans les stades terminaux de la maladie (dégénérescence des cornes postérieures de la moelle épinière , les lésions ne guérissent plus et le décubitus se produit très facilement.