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TROUBLES DES FONCTIONS SÉCRÉTOIRES

Ils sont très fréquents chez les aliénés, mais très peu connus.

On peut admettre que la plupart de ces troubles sont dus à des troubles de la circulation causés par des anomalies dans l'innervation ; on peut supposer que d'autres sont produits par des phénomènes anormaux dans certains centres du système nerveux qui régissent les fonctions sécrétoires.

Les troubles sécrétoires se rencontrent ordinairement dans les états aigus de l'aliénation mentale, ils peuvent manquer dans les folies chroniques. Dans la folie mélancolique, les sécrétions sont en général diminuées ; dans les états maniaques, elles sont ordinairement augmentées.

Sécrétion des larmes '. — Un fait qui a déjà frappé les observateurs d'une époque plus ancienne, c'est que souvent la sécrétion des larmes manque chez les mélancoliques. — « Mes yeux sont secs comme mon cœur. » — Ce n'est qu'au commencement de la convalescence que les pleurs s'accompagnent à nouveau d'une sécrétion lacrymale.

Sécrétion de l'urine. — Comme on le sait, les changements qualitatifs et quantitatifs de cette sécrétion ne sont pas rares dans des maladies cérébrales. Ils peuvent être (selon Mendel) l'expression d'une mutation intraorganique anormale dans le cerveau ou du trouble de la mutation intraorganique dans d'autres organes, causés par une maladie cérébrale, ou bien ils peuvent être la conséquence de l'influence du cerveau malade sur les nerfs vaso-moteurs du rein ''lésions du pédoncule cérébral, apoplexies rénales et albuminurie qui en dépendent).

L'examen des urines des aliénés est, cela s'explique naturellement, d'une grande importance, pour étudier la mutation intraorganique, mais les analyses quantitatives sont très difficiles à faire à cause de la difficulté qu'on a à recueillir l'urine.

Rabow (Arch. f. Psych., \ll, ii, d'accord en partie sur ce point avec Lombroso, trouve la diurèse diminuée dans la mélancolie. Elle peut, malgré une ingurgitation abondante de liquides, tomber à 100 centimètres cubes.

' Morel, Traité des malad, ment., p. 443.

On n'a pas de données sûres sur la quantité d'urine émise dans les états d'agitation psychique.

Lombroso prétend avoir trouvé une diminution du poids spécifique dans la mélancolie (Rabow, au contraire, l'a trouvé augmenté); il l'a trouvé normal dans la manie, et augmenté dans la démence.

En ce qui concerne les analyses qualitatives de l'urine, les faits suivants sont à noter. Rabow a trouvé une diminution considérable des chlorures et de l'urée chez les mélancoliques. Les aliénés paralytiques sécrètent une plus grande quantité d'urine dans les premiers stades de leur maladie et, conformément à l'augmentation de la consommation des aliments, plus d'urée et de chlorure que les individus sains. Dans la démence progressive, la quantité d'urine, la quantité absolue de l'urée et des chlorures baissent, tandis que le poids spécifique est augmenté, et il est rare qu'il n'y ait pas de trouble dû aux sels uriques.

Dans les degrés extrêmes de l'imbécillité secondaire, Rabow a constaté que l'urine et les chlorures ne sont pas sécrétés proportionnellement à la consommation abondante des aliments et que, par conséquent, la mutation intra-organique a subi un certain ralentissement.

Mendel a fait des recherches concernant l'acide phosphorique. Il a constaté habituellement que, chez les individus atteints d'une maladie chronique du cerveau, la quantité absolue ou relative de l'acide phosphorique est moindre que chez les individus sains qui ont pris quantitativement et relativement la même nourriture que les malades.

Dans cette période de la paralysie où, malgré le bon appétit et l'absence de fièvre, on remarque une diminution rapide du poids, l'acide phosphorique et l'acide sulfurique sont considérablement augmentés par rapport aux autres parties solides.

Dans l'agitation de la folie furieuse on a trouvé une diminution considérable de l'acide phosphorique (jusqu'à 1 p. 100 et même plus aussi bien au sens absolu que par rapport aux autres principes constants de l'urine.

Huppert soutient que, dans les accès épileptiques, de l'albumine apparaît dans l'urine, assertion confirmée par Rabow et d'autres.

Rabenau a démontré aussi la présence de l'albumine chez nombre de paralytiques et a confirmé la découverte de Huppert que l'albumine même combinée avec des cylindres hyalins et des globules rouges sanguins, se montre après les ictus cérébraux (apoplectiformes et épileptiformes).

Le même fait a été aussi observé par Huppert dans la mania acutissima, dans les accès épileptiques par lues cerebralis, ainsi que dans la démence sénile avec accès paralytiques, enfin dans l'apoplexie simple et récente.

Westphal a constaté encore l'albuminurie dans le delirium tremens, Fûrstner [Arch. f. Psych., VI, 3) l'a trouvée, comme phénomène transitoire et ordinairement en combinaison avec des cylindres de fibrine et des globules sanguins isolés, dans l'alcoolisme chronique, sans qu'on ait pu trouver de néphrite à la nécropsie.

L'opinion de fûrstner que cette albuminurie transitoire doit être ramenée à une affection du centre producteur de l'albumine (Claude Rernard),

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causée par un trouble dans la circulation de ce centre, demande à être confirmée.

Anomalies dans la, sécrétion de la salive K — Dans les états mélancoliques la sécrétion de la salive paraît ordinaijement diminuée; dans les états maniaques, elle est souvent augmentée. L'augmentation de la sécrétion salivaire (ptyalisme) ne doit pas être confondue avec le simple écoulement de la salive, non anormale quantitativement, dans la paralysie de la déglutition ou quand la bouche est béante, ce qui arrive souvent chez les idiots ou dans les états de stupeur.

La sécrétion se fait, comme on sait, sous l'influence de la cinquième paire: nerf auriculo-temporal (faisceau parotidien), nerf lingual, sublingual et submaxillaire, du facial (nerf de la parotide et corde du tympan) et du sympathique (plexus maxillaire externe du ganglion cervical).

Le véritable nerf sécréteur, c'est la corde du tympan. Quand on coupe cette dernière ou qu'on la paralyse par l'atropine, la sécrétion de la salive s'arrête complètement, bien que l'afflux du sang à la glande salivaire continue toujours. L'influence du sympathique est vaso-motrice, le nerf lingual agit par réflexe sur le facial à laide du ganglion maxillaire.

Eckhardt a démontré que l'excitation de la cinquième paire et du facial produisait une salive aqueuse et pauvre en principes organiques, et que l'excitation du sympathique produisait une salive abondante en matières solides, visqueuse et gluante.

Ces expériences peuvent se confirmer aussi au lit du malade. Les excitations dans la région du trijumeau donnent parfois un écoulement de salive délayée et aqueuse, tandis que l'excitation du sympathique par la grossesse, par les maladies sexuelles, par les affections de l'estomac et de l'intestin etc., augmente la sécrétion de la salive visqueuse.

Stark a rapporté l'observation d'aliénés qui confirment l'expérience physiologique : les exacerbations d'une névralgie du trijumeau s'accompagnaient d'un écoulement de salive délayée et aqueuse, tandis que les états d'excitation sexuelle s'accompagnaient d'un écoulement de salive visqueuse; de sorte que, selon les circonstances, la qualité même de la sécrétion salivaire peut donner une indication sur la signification idiopathique ou sympathique d'un type morbide.

Les expériences dOwsïannikow, de Lépine, de Bacchi et de Bochefontaine, d'après lesquelles l'excitation de certaines parties de l'écorce cérébrale augmente la sécrétion de la salive, ont besoin d'être confirmées. Elles expliqueraient la fréquence de l'écoulement salivaire dans certaines affections du cerveau antérieur (psychoses).

Menstruation^. — Souvent il y a des troubles de cette fonction chez les aliénés. Ils sont l'expression de troubles de nutrition constitutionnelle

' Obernier. Allr/. Zeitschr. f. Psijch., 21, p. 278. — Berthiei-, Gaz. des hôp., 1864, n° U9. — Stark, Allfj. Zeitschr. f. P-mch., 27, p. 95. — Tambiirini, liivista sperunentale dl frevih-ia, 1875, nov. {Irrenfreund., Is77, 5).

* Voir plus bas : Les causes de la folie (anomalies de la menstruation). — Moral, Op. cit., p. 452.

(anémie) ou locale (maladies sexuelles) ou bien de troubles d'innervation vaso-motrice qui à leur tour peuvent avoir des rapports étiologiques avec l'élément causal de la psychose ou avec le processus cérébral morbide base de la psychose.

Tandis que dans les stades secondaires de la folie, pourvu que des maladies locales ou générales ne soient pas en jeu, les troubles de la menstruation manquent ordinairement, il y en a très souvent dans les états primaires de la folie. Ordinairement, dans ce cas, il y a une aménorrhée temporaire ou constante, et dans ce dernier cas le retour des menstrues coïncide ordinairement avec le retour à la santé psychique. Parfois l'aménorrhée dure encore longtemps après la convalescence psychique. Même dans les cas très rares où une brusque suppression des menstrues coïncide avec l'explosion d'une psychose, leur retour n'a pas toujours une signification critique, car les deux phénomènes sont les effets coordonnés et simultanés d'une même cause, mais la suppression des menstrues n'est point la cause de la psychose.

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