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TROUBLES DANS LE DOMAINE DES FONCTIONS VITALES

Chaleur du corps ^. — En général les psychoses sont des maladies cérébrales sans fièvre; cependant on trouve souvent un développement de la chaleur spécifique du corps qui s'écarte de celui observé chez les individus sains; on note des températures qui sont d'une élévation anormale de même que des températures qui tombent au-dessous du minimum normal.

Les recherches plus récentes d'Eulenburg et de Landois ( Virchows Arch. , 1868; Burkhardt, Arch.f. Psych., VIII, p. 333), montrent l'influence qu'exercent les destructions superficielles de certaines parties de l'écorce cérébrale (circonvolution frontale ascendante et extrémité frontale du gyrus formicatus) sur la chaleur spécifique et expliquent comment des variations peuvent survenir dans les affections de la région corticale du cerveau (psychoses). En général les lésions corticales superficielles ou une forte excitation faradique de ces régions produisent une augmentation de la température dans la moitié opposée du corps (Eulenburg, Hitzig); une faible excitation faradique de ces mêmes régions produit un abaissement de la température.

Ripping {AUg. Zeitschr. f. Psych., 37, 6) a observé une augmentation de la température dans la moitié opposée du corps dans le cas de fongus médullaire à la partie postérieure du gyrus formicatus, puis des différences de temp-érature unilatérale allant jusqu'à 0°,9 dans les cas de manie simple, de mélancolie, mélancolie avec stupeur et démence paralytique, simultanément avec d'autres symptômes nerveux (ptyalisme, inégalité des pupilles, transpiration unilatérale, paralysie faciale).

Les températures élevées peuvent, par exclusion des maladies de complication des organes végétatifs, avoir pour cause des processus d'excitation dans certaines parties de l'écorce cérébrale. On les observe dans les attaques congestives, paralytiques et épileptiques, dans le délirium

' Wachsmulh, Zeitschr. f. Psijdi., 14, p. 532. — Albers, IbkL, 18. — Ziegler, IbicL, p. 184. — Von Krairi, Gûnlz, Lœwenhardt., Ibid., 25, p. 685. — Wolfï, 24, p. 409. — Ulrich, 26, p. 76L — Clouston, Journal of menlal science, 1868. — Williams, MecL Times, 1827, p. 224.

tremens. dans l'état épileptique et l'agonie des aliénés. Chez les névropathes constitutionnellement très affaiblis, une selle ou une miction entravées, donc une irritation périphérique, peuvent provoquer des températures éphémères de 40°, sans qu'il existe nécessairement un trouble de l'état générai, de sorte que le thermomètre seul indique cette hausse de la température. On observe plus souvent des températures au-dessous de la normale dans la folie. Ordinairement on peut les attribuer à une augmentation des pertes de la chaleur (malades nus, furieux, paralytiques ayant une paralysie générale des vaisseaux). Chez certains malades (mélancolie avec stupeur et passive) où chaque perte excessive de chaleur est compensée par le repos au lit et une bonne couverture, on trouve tout de même des températures au-dessous de la normale (36°), des températures minima qui doivent être attribuées à une diminution de la production de calorique due à l'arrêt de la mutation intra-organique, à l'inanition, à la respiration incomplète.

Chez les fous furieux aussi l'augmentation de la perte de calorique l'emporte ordinairement sur l'augmentation de la production de chaleur par travail musculaire plus accentué.

Loewenhardt {Ally. Zeitschr. /'. Psych., 2S) et Zenker (/6., 33) ont rencontré de véritables températures de collapsus descendant jusqu'à i23°dans la folie furieuse, et cette température qui menait à Fépuisement se produisait bien avant la mort du malade'.

Les malades jouissaient alors d'une certaine euphorie et d'un appétit excellent. J'ai fait des observations analogues chez des paralytiques, couchés et bien enveloppés, peu de jours avant le dénouement fatal. On a pris dans le rectum des températures descendant jusqu'à '24°.

Le pouls. — Nous avons parlé des anomalies qualitatives du pouls en étudiant les troubles vaso-moteurs. La fréquence du pouls est très variable. La fréquence se rencontre souvent dans les états d'agitation, surtout d'anxiété, et doit dans ce cas être attribuée à l'émotion psychique.

Souvent, chez les fous furieux, l'accélération des contractions du cœur est remarquablement minime, malgré leur inquiétude et leur jactance extraordinaire. Dans ces cas on trouve même un ralentissement tombant jusqu'à 40 pulsations, ce qui peut s'expliquer par des processus d'irritation anormaux dans le trajet du nerf vague, parfois aussi comme manifestation de graves états d'inanition.

Digestion et assimilation'^. — Elles sont souvent troublées dans les états aigus et primaires de la folie. Les troubles de ces fonctions sont souvent la cause de la maladie; ils peuvent en être des complications fréquentes ou parfois en être la conséquence et être causés par l'abstinence.

Respiration. — Les troubles de la respiration se rencontrent de préférence chez les mélancoliques.

1 Ulrich, Allg. Zeitschr. f. Psych., 26, p. 671, trois cas (deux dans la manie alcoolique grave, un dans la mélancolie passive).

* Morel, Op. cit., p. 441. — Dagonet, Traité, p. 72.

Ils peuvent être causés par l'angoisse précordiale, par des névralgies. La respiration est alors superficielle, insuffisante. Souvent une tuberculose pulmonaire se développe comme conséquence de la respiration insuffisante;

Zenker {Allg. Zeitschr. f. Psycli., 30, fasc. 4) a observé chez des paralytiques un mode de respiration étrange, intermittente, rémittente, et arythmique, dans le geure du phénomène de Cheyne-Stokes, dans le cas d'attaques cérébrales.

Nutrition générale. Poids du corps. — L'état de la mutation intraorganique et de la nutrition générale dont le degré approximatif nous est donné par les pesées du corps, est de la plus haute importance chez les aliénés.

Ils justifient cette hypothèse de troubles profonds de toute la mutation intraorganique allant de pair avec la maladie psychique, la plupart des psychoses n'étant autre chose que l'expression de troubles graves de la nutrition, auxquels le cerveau participe ; dans ce cas, une faiblesse prédisposante de cet organe qui en fait un locus minoris resistentiae met les troubles psychiques au premier plan du tableau pathologique.

Il résulte des recherches faites à ce sujet par Albers\ Nasse% Lombroso, Stiff et d'autres que, chez les mélancoliques et les maniaques, une diminution progressive du poids du corps accompagne les processus de la maladie psychique jusqu'à sou apogée, qu'en général les rémissions coïncident avec une augmentation de poids, les exacerbations avec une diminution, qu'à rentrée en convalescence une augmentation ordinairement rapide du poids du corps coïncide avec la guérison psychique. Dans certains cas l'augmentation de poids a été d'une demi-livre et plus par jour.

Nasse a calculé que l'augmentation absolue est en moyenne chez les femmes de 21,6 p. 100, chez les hommes de 1S,8 p. 100.

Si les psychoses primaires passeut à 1 état de faiblesse psychique secondaire, les différences de poids s'égalisent et le poids du corps reste à peu près stationnaire.

L'augmentation de poids dans les terminaisons malheureuses des psychoses n'est cependant pas constante. Mais quand elle se produit, elle est plus continue et plus lente que dans les cas qui sont en voie de guérison. Dans la folie périodique aussi le paroxysme se manifeste simultanément avec une diminution du poids du corps et dure aussi longtemps que celuici baisse.

L'amélioration de l'état coïncide avec le retour de l'augmentation en poids.

Ripping a noté la haute importance de cette augmentation en poids (allant jusqu'à 29 kilogrammes) dans la guérison de la folie puerpérale.

• Albers, Deutsche Klinik, 1854, 32. — Erlenmeyer, Psijch. Corresp. BL, 1844. - Nasse, Allg. Zeitschr. f. Psych., 16, p. 514. — Lombroso, Ann. med. psych., 1867, mars. — Schultz, Deutsche Klinik, 1855, 9. — Stiff, Dissert. Marburg, 1822.

Sommeil.' — Les troubles du sommeil sont très fréquents chez les aliénés, et sont presque de règle dans les stades primaires de la folie. Le sommeil peut manquer pendant des semaines entières chez les mélancoliques et les maniaques. Chez les premiers le sommeil est troublé, parce qu'il n'est pas réparateur et que le malade alors le nie ou le place au même rang que le sommeil artificiel provoqué par les narcotiques.

Dans les stades secondaires de la folie le sommeil est ordinairement normal, quand il n'est pas troublé par des états d'agitation intercurrente ou par des hallucinations.

Le sommeil est souvent extraordinairement long et profond chez les imbéciles ainsi que dans les cas d'épuisement cérébral après la manie.

DEUXIEME PiRTIE

La recherche des causes des maladies est d'une haute importance scientifique. Leur étude nous mène à la pathogénie et à la prophylaxie.

Un mal aussi grave, au point de vue individuel et social, que l'est la folie, a dès les premiers temps poussé les savants à en rechercher les origines. Ainsi qu'on le verra par l'exposé que nous ferons plus loin de l'état actuel de notre science, les recherches faites sur les causes de l'aliénation mentale n'ont pas été sans succès; ce qui plus est, l'étiologie de la folie est mieux connue que celle de la plupart des autres maladies bien que précisément les difficultés soient ici particulièrement grandes.

Ces difficultés consistent tout d'abord dans cette circonstance qu'ordinairement, et c'est presque la règle, une multiplicité de causes concourent à produire la folie. Etant donné le manque de clarté de la pathogénèse, il est souvent presque impossible d'établir ces facteurs variables et surtout d'évaluer la valeur isolée de chacun d'eux.

Quand il s'agit d'éléments étiologiques d'un effet plutôt général, on ne doit pas négliger l'appoint de la statistique. La statistique est un précieux moyen auxiliaire pour les recherches étiologiques, mais à la condition que les questions soient posées avec justesse et précision, et que ses données brutes soient utilisées avec soin et sans idée préconçue. D'ailleurs la statistique ne nous donne jamais la cause d'un phénomène, mais seulement un encouragement à rechercher cette cause (Hayem). Les chiffres obtenus doivent être interprétés avec exactitude.

Ainsi, par exemple, du fait statistique qu'il y a un plus grand nombre de malades femmes dans un asile, il n'en résulte pas la conclusion que la morbidité du sexe féminin est plus grande que celle du sexe masculin, La principale cause de cette supériorité numérique est due plutôt au degré moindre de mortalité des aliénés femmes.

' IIap:en, Statist. Untersuchunr/en. — Schiile, Handb., 2° édilion, p. 189. — Emniinghaus, Allfj. Psi/cJiopatholof/ie, p. 301. — Koch,ZMr Statistik de)'Geisfeskranklteilei),SluilQaLT\., 1878. — Eisenharl, Friedrichs Blâller f. gerichtl. Medicin., 40, année de 1889, fasc. 2, -3,4.

iG8 PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALES DE LA FOLIE

Trop souvent il arrive que les profanes ou les médecins inexpérimentés prennent le dernier anneau de la chaîne étiologique, qui est sans doute un facteur important, pour la cause unique, et négligent tous les autres phénomènes antérieurs et un peu éloignés, et qui, par conséquent, sont moins évidents. Une perte dans les affaires, une grande émotion morale, etc., sont censées avoir causé la maladie, tandis que l'examen vraiment scientifique monire l'hérédité, les maladies qui allaiblissent, etc. : sur cette base seulement la dernière cause invoquée a pu produire son effet et amener la catastrophe.

Il n'arrive que trop souvent encore qu'où prend les conséquences et les symptômes d'un trouble mental que l'entourage n'a pas reconnu, pour la cau«e de l'aliénation mentale elle-même.

Un négociant atteint d'une paralysie au début fait des spéculations malheureuses. La maladie que les profanes eux-mêmes reconnaissent bientôt, est attribuée au chagrin ou à cet échec dans les affaires, tandis que l'examen scientifique réussit à démontrer qu'il n'a fait de mauvaises spéculations que parce que son cerveau était déjà malade.

On assure qu'un maniaque a été pris de folie furieuse à la suite d'excès alcooliques et vénériens; un examen minutieux nous apprend que cet homme, habituellement de mœurs bien rangées, ne s'est livré à ces excès que quand il a été atteint d'exaltation maniaque.

Une paysanne rentre chez elle après avoir entendu le sermon d'un missionnaire et est prise de folie furieuse. Le sermon est censé avoir causé sa maladie. En réalité, quand elle est venue au sermon, elle était déjà malade mélancolique) et elle venait pour trouver le pardon de prétendus péchés. Le médecin aliéniste constate quotidiennement qu'on prend les symptômes ou les suites de la maladie pour sa cause; cela doit l'engager à ne pas accepter sans réserve ce que disent les profanes.

L'anamnèse doit tenir compte de l'ensemble de l'individualité intellectuelle et physique, car souvent le trouble mental n'est que le résultat final de l'évolution tout entière et de la vie antérieure. Il ne s'agit point de maladies qu'on peut anatomiquemeut préciser, mais d'individus malades Schùle,.

Avant de songer à déterminer l'étiologie d'un cas concret, il faut soigneusement établir : l'histoire exacte du développement pliysique et intellectuel du malade, son état de santé habituel, ses dispositions morbides et ses dispositions antérieures, la prédisposition originaire de son caractère, son degré d'éducation, ses penchants, ses tendances et son mode d'existence, sa manière de réagir individuellement en face des influences et des irritants extérieurs.

Ordinairement il ne suffit pas de connaître l'histoire de la vie et de l'évolution de l'individu. Nous devons remonter aux particularités physiques et intellectuelles des ascendants; car, en dehors de la tuberculose, il n'y a pas une maladie qui soit aussi héréditaire et aussi puissamment basée sur les anomalies physiques et intellectuelles, sur les conditions vitales des parents, que ne l'est l'aliénation mentale. Malheureusement la réponse

à cette question étiologique des plus importantes est trop souvent loin d'être satisfaisante, les malades étant de naissance illégitime ou bien des gens de la couche la plus basse et dont l'ascendance n'a laissé aucune trace; ou bien il s'agit d'individus de la haute société chez qui on nie absolument tout ce qui touche à certains faits d'hérédité pénibles à avouer.

Eufm une statistique consciencieuse doit encore tenir compte de ce fait qu'au point de vue scientifique on ne peut pas toujours admettre cette thèse juridique : Pater est quem nuptiae demonstraut.

L'étiologie des maladies mentales est au fond la même que celle des autres maladies cérébrales et nerveuses. Elles forment avec ces dernières une même famille pathologique.

Un premier classement des éléments étiologiques nous permet de distinguer deux grands groupes : les causes prédisposantes ou plutôt exposantes 'd'après Hagen), et les causes accessoires, occasionnelles, souvent accidentelles. On ne peut pas toujours établir une démarcation précise entre ces deux groupes quand on se trouve en présence dun cas concret : une cause prédisposante ''organisation héréditaire anormale du cerveau, éducation manquée, etc. peut devenir une cause occasionuelle de la maladie, en produisant dans l'existence des émotions, des passions, de fausses situations qui provoquent l'explosion de la folie.

En général, l'expérience nous apprend que les influences prédisposantes ont un poids de beaucoup plus considérable que les influences occasionnelles, que souvent les premières suffisent à elles seules pour produire l'aliénation mentale.

Dans la série des causes prédisposantes il y a encore à considérer les facteurs généraux auxquels on doit attribuer une certaine influence qui cependant ne peut être évaluée qu'à l'aide de la statistique et d'une manière approximative; puis certains facteurs purement individuels reposant sur les dispositions physiques et intellectuelles, l'histoire du développement, le genre de vie, les événements de la vie, facteurs dont l'importance est de Ijeaucoup plus considérable que celle des facteurs généraux.

Les causes accessoires et occasionnelles sont habituellement divisées en causes physiques et en causes morales, distinction qui n'a de valeur qu'en tant qu'elle facilite le coup d'oeil d'ensemble sur le tableau étiologique et qui n'est justifiée qu'à la condition d'admettre que toute cause morale produit en dernière ligne son efîet par la voie physique, soit qu'elle ait besoin d'une prédisposition organique pour pouvoir agir comme choc général, soit qu'elle ait provoqué le trouble de nutrition cérébrale, base de la psychose, directement en influençant l'innervation vaso-motrice ou indirectement en troublant les processus de la nutrition générale.

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