L'ORGANE DES FONCTIONS PSYCHIQUES.— NOTIONS PRÉLIMINAIRES D'ANATOMIE
Les recherches scientifiques indiquent comme organe des fonctions psychiques l'écorce du cerveau sans préjuger des autres parties du système nerveux central et des nerfs périphériques, voies conductrices et mécanismes secondaires dans la production et la marche des faits psychiques.
En désignant l'écorce du cerveau comme le siège de la production des fonctions psychiques dans le sens le plus étroit du mot, la science se fonde sur un grand nombre de faits puisés dans l'anatomie descriptive et microscopique da cerveau humain, dans l'anatomie comparée, dans la pathologie et surtout dans les plus récentes expériences de la physiologie, faits qui prouvent que Fécorce du cerveau est le siège où se produisent les perceptions et où les impulsions motrices volontaires aboutissent.
Cette écorce s'imprègne en même temps des images des souvenirs, comme autant de résidus des sensations précédentes, des perceptions et des mouvements volontaires. Comme tout travail intellectuel provient d'une perception sensorielle qui lui sert de point de départ, le laboratoire de la pensée (perception ou fusion d'une nouvelle impression sensorielle avec l'image des souvenirs d'une impression précédente, mémoire ou reconstitution des images des souvenirs, faculté d'associer les images de souvenirs disparates et d'utiliser cette association) ne peut être que l'écorce du cerveau. L'anatomie comparée nous a déjà appris depuis longtemps que les hémisphères cérébraux sont le lieu de production des fonctions psychiques ; elle a, pour justifier cette affirmation, démontré que le volume des hémisphères cérébraux comparé au volume des ganglions de la base (tubercales quadrijumeaux) augmente au profit des hémisphères à mesure que les fonctions psychiques des diverses espèces se perfectionnent.
Joannes Mûller a démontré ce fait à l'aide de l'anatomie comparée.
Ainsi, par exemple, chez la grenouille, les tubercules quadrijumeaux sont la partie la plus volumineuse du cerveau et prévalent de beaucoup sur les hémisphères qui ont à peine leur volume.
Chez la tortue, les hémisphères cérébraux, déjà plus développés, atteignent le volume du cervelet et recouvrent eu partie les tubercules quadrijumeaux ; chez le chien, ces derniers sont déjà relativement petits et complètement recouverts par les hémisphères.
Une confirmation très intéressante de ce fait a été fournie par Meynert ' qui a établi que dans la série animale jusqu'à l'homme, la relation proportionnelle qui existe entre la base et le sonimet des pédoncules cérébraux correspond au rapport de développement qui existe entre l'hémisphère et le mésocéphale. Il a constaté qu'à mesure que la grosseur des hémisphères augmente, la base du pédoncule (voie directe du cerveau antérieur et voie conductrice des mouvements volontaires) se développe et que le sommet du pédoncule cérébral (voie directe pour le mésocéphale) diminue de volume en même temps que les tubercules quadrijumeaux et les couches optiques.
Ces faits d'anatomie comparée permettent de conclure que le développement d'une partie du cerveau est directement proportionnel à l'importance physiologique de cette partie dans le rôle spécial qui lui est attribué.
Comme preuve à l'appui de cette thèse on pourrait signaler l'importance des lobules olfactifs chez certains animaux qui se distinguent par l'acuité de leur sens olfactif, surtout si l'on compare ce volume à la petitesse relative des mêmes lobes chez l'homme dans la vie intellectuelle duquel le sens de l'odorat ne joue qu'un rôle secondaire. A remarquer encore le développement relativement très considérable des tubercules quadrijumeaux chez les oiseaux qui se distinguent particulièrement par leur acuité visuelle.
De létude comparée des hémisphères cérébraux des mammifères de divers degrés il ressort que le développement considérable de ces hémisphères est particulier au cerveau antérieur et que les circonvolutions cérébrales placées autour de la scissure de Sylvius, circonvolutions que la physiologie et la pathologie ont avec certitude reconnues comme le siège de la faculté du langage, sont tout spécialement développées chez l'homme.
Voilà pourquoi d'excellents expérimentateurs, tels que Meynert et d'autres, désignent le cerveau antérieur comme l'organe essentiel de la fonction psychique (conscience et volonté).
L'importance considérable du cerveau antérieur au point de vue intellectuel est encore prouvée par l'augmentation proportionnelle de son volume à mesure que l'individu ou la race arrivent à un niveau intellectuel plus élevé; elle résulte aussi des pesées de cerveaux faites par Meynert à l'autopsie des aliénés et qui, dans la plupart des cas, ont fait constater une diminution du cerveau antérieur.
La surface du cerveau est flasque, avec des sillons ^ Si on compare la
' Rapport à la séance de l'Académie de Vienne, LX, 2 sept. 1869
- Ecker, H irnwmdunf/en des Menschen, 1869. — liuguenin, Pal/iolof/ie fjén. des maladie.^du sijslèine nerveux, 1873. — Pansch, Die Furc/ieii uiid Wiilste uni Grosshirn des Mensclien. Cerlin, 1878.
6 INTRODUCTIOX A L'ETUDE DE LA PSYCFUATRIE
surface cérébrale de Ihomme avec celle des différents mammifères, on voit que plus le degré de développement psychique de l'espèce est élevé, plus la surface cérébrale est lobée et sillonnée, en même temps que le développement en volume du cerveau antérieur augmente graduellement.
De cette manière on peut établir une série progressive d'organisations cérébrales qui, commençant par les types les plus primitifs, va graduellement jusqu'aux types les plus perfectionnés ; c'est une constatation faite par Gratiolet qui l'a utilisée avec beaucoup de succès.
Les insectivores (rongeurs, chauves-souris, etc.; sont les plus inférieurs (les mammifères chez qui l'on trouve les premiers rudiments des circonvolutions cérébrales. Chez ces animaux, toute la segmentation consiste dans la présence de la scissure de Sylvius. Chez le lièvre, le castor, on trouve en outre un sillon longitudinal et parallèle à la scissure de Sylvius.
Chez le renard, le chien, le loup, il y a sur chaque hémisphère trois sillons placés en forme d'arc autour de la scissure de Sylvius, ce qui forme quatre circonvolutions.
Telle est aussi la segmentation cérébrale qu'on trouve d'abord chez le fœtus humain ; ces circonvolutions constituant la base des systèmes de circonvolutions de toutes les classes animales, on les a appelées circonvolutions primordiales. A partir de l'éléphant, en s'élevant vers les espèces supérieures, le cerveau présente un type supérieur dans ce sens qu'il y a un grand sillon qui part de la scissure de Sylvius à l'occiput et s'étend jusque vers la fente de Sylvius; par conséquent ce sillon coupe transversalement toutes les circonvolutions primordiales qui vont du cerveau frontal au cerveau temporal, c'est-à-dire qui sont placées autour de l:i fente de Sylvius : c'est la scissure de Roland. Elle partage l'écorce cérébrale en deux nouveaux groupes de circonvolutions : la circonvolution centrale antérieure et la circonvolution centrale postérieure. Sur le cerveau des singes des espèces supérieures, on trouve encore deux nouveaux sillons : l:i scissure occipitale, sillon profond qui part de la scissure longitudinale, traverse la surface cérébrale de dedans au dehors en formant une convexité du côté postérieur, et coupe presque la pointe occipitale de l'hémisphère, enfin le sillon de l'hippocampe, un sillon qui se dirige plus loin, vers la partie postérieure, près de la pointe occipitale.
La segmentation de la surface cérébrale humaine suit le même schème q ae celle des singes et des fauves d'espèce supérieure ; seulement on y trouA'e encore une série de plis secondaires et chacun d'eux diffère des sillons primaires. De plus les lobes frontaux ont un développement qu'on ne retrouve à aucun des degrés précédents de l'espèce animale.
Ce qui caractérise ces segmentations, c'est qu'elles sont recouvertes d'une couche grise. Plus une surface cérébrale est abondamment plissée et silloanée, plus ses dimensions sont grandes et plus le cerveau est riche en substance grise.
11 est tout indiqué de supposer que l'accroissement de la substance grise est en corrélation avec l'augmentation de la puissance psychique et que celle-ci marche de pair avec l'augmentation de cette substance.
Cette conclusion qu'imposent les recherches de l'auatomie et de la psychologie comparées est encore confirmée par l'anthropologie et la psychologie humaines, car plus une race est supérieure, plus, chez ses représentants, la surface cérébrale est perfectionnée et riche en circonvolutions. Même chez les individus d'une même race, on note aussi ce rapport entre le volume de l'écorce cérébrale et Ja puissance intellectuelle ; autrement dit une plus grande capacité intellectuelle va toujours de pair avec une plus grande quantité de circonvolutions secondaires et tertiaires, notamment dans le cerveau antérieur. Ainsi l'embryogénie nous apprend que la différenciation des segmentations et des circonvolutions de la surface cérébrale chez le nouveau-né est très incomplète, qu'elles se développent à mesure que l'intelligence de l'individu progresse et qu'elles ne sont complètement développées que vers Tàge de vingt et un ans.
Enfin on est encore forcé de reconnaître l'importance des circonvolutions cérébrales quand on examine les cerveaux d'idiots très pauvres en circonvolutions; on constate que celles-ci sont restées stationnaires, presque à l'état fœtal, ce qui donne la raison de leur nullité intellectuelle. La structure* de l'écorce grise du cerveau est excessivement compliquée. D'après l'évaluation de Meynert, oOO à 800 millions de cellules ganglionnaires sont répandues dans ce stromade tissu conjonctif très riche en sang. Il est probable que ces millions de cellules sont reliées entre elles.
Dans tous les cas, des territoires, des groupes cellulaires appartenant à la même fonction, en général des portions entières de circonvolutions cérébrales sont en communication les uns avec les autres par des fibres arquées qui vont d'une circonvolution à l'autre (fibrae arcuatae Arnoldi — fibres d'association de Meynert).
En outre des systèmes de fibres (commissures) qui s'étendent transversalement entre les deux hémisphères et y rayonnent, établissent une communication entre les deux moitiés du cerveau. Il est probable que de chaque cellule ganglionnaire de l'écorce cérébrale part un appendice qui va dans le cylindre-axe d'une fibre nerveuse et en sort.
Ces fibres nerveuses se réunissent en faisceaux que l'on peut suivre en partie sur un cerveau durci.
Ces données d'anatomie macroscopique sur les tractus fibreux sont confirmées par les faits de dégénérescence secondaire dans les maladies localisées, ainsi que par les belles recherches de Flechsig d'après lesquelles les divers tractus fibreux acquièrent leur point de délimitation aux diverses périodes de la vie de l'enfant. Les vivisections faites par Gudden (atrophie des tractus fibreux déterminée par la destruction de certaines parties du cerveau) démontrent aussi la corrélation anatomique de ces tractus avec certaines parties de la surface cérébrale et leur rôle fonctionnel.
1 Meynert. Vierleljahrsschvifl fiir Psychiatrie, 1867, fasc. 1 ; ensuite SIrichers Lehre von (len Geireben, p. 703; Ja/irb. fur Psychiatrie, II, fasc. 2 et 4 ; Arch. fiir Psychiatrie et Klin. Psyc/iiatrie.
En raison de la grande somme de travail qu'il a à fournir, le cerveau, et particulièrement Técorce cérébrale, a besoin d'un afflux de sang facile et abondant en même temps qu'il lui faut des conditions favorables à l'évacuation des produits de la mutation intraorganique.
Les principales voies vasculaires ' pour l'apport du sang dans le cerveau sont les carotides.
La carotide: après avoir traversé le sinus caverneux, se divise en artère cérébrale antérieure ou du corps calleux pour la surface inférieure et médiane du lobe frontale, et se ramifiant en trois branches : a, pour la deuxième et la troisième circonvolution frontale; b, pour la circonvolution trabéculaire, le trabécule, la première et la deuxième circonvolution frontale, la partie supérieure de la circonvolution centrale antérieure et le lobe paracentral; c, pour le lobe carré — et artère cérébrale médiane ou de la scissure de Sylvius. Cette dernière alimente le reste du lobe frontale en se divisant en quatre branches (d'après la terminologie de Duret ce sont :
a, la frontale antéro-inférieure pour la troisième circonvolution frontale;
b, la pariétale antérieure pour la circonvolution centrale antérieure; c, la pariétale postérieure pour la circonvolution centrale postérieure; d, pour la circonvolution courbe et pour la première circonvolution temporale).
Pour les autres lobes (surface inférieure du cerveau, lobes occipitaux, circonvolutions temporales , le sang est fourni par l'artère cérébrale postérieure ou profonde qui sort de l'artère basilaire et qui est formée de trois branches \a, pour la circonvolution courbe; b, pour la circonvolution temporale inférieure et pour le lobe fusiforme; c, pour le lobe lingual, le lobe triangulaire et pour les lobes occipitaux).
Ces trois artères principales (artères cérébrales antérieure, médiane et postérieure), en partant de leur lieu d'origine, la base, passent d'abord dans l'espace subarachnoïdien, ensuite dans la pie-mère sans former entre elles d'anastomoses régulières. Elles se divisent en forme de faisceaux et envoient de la face intérieure de la pie -mère des artères d'alimentation qui s'enfoncent verticalement dans l'écorce cérébrale et qui, contrairement aux artères terminales de la base, prennent bientôt après leur origine la forme capillaire. Une partie de ces vaisseaux se termine dans la partie corticale eu y formant des mailles vasculaires cunéiformes. Les vaisseaux qui ne se terminent pas dans l'écorce cérébrale pénètrent jusqu'à 3 à 4 centimètres dans la couronne rayonnante (artères médullaires). Chaque circonvolution cérébrale en présente environ H à io. Ces artérioles médullaires ne forment que très peu d'anastomoses entre elles et seulement avec les extrémités terminales du territoire vasculaire qui s'étend des ganglions de la base du cerveau jusqu'à l'ensemble des circonvolutions des hémisphères. Cette répartition des vaisseaux par régions donne une autonomie relative aux diverses parties du cerveau; elle favorise
' Duret, Pror/rès médicaU 1873, janv., fév., nov. ; Ai-cli. de pIiijsioL, 1877. — Heubner. Die luet. Erl-rankunrj der Hirnarterien, 1874.— >'olhnagel, Ziemssens Handb.. 1876. XI.
LE TERUAIX UEXPLOHATIO.X ET LES SLilE.NCES ALXlLlAllîES !.'
la possibilité d'une répartition inégale du sang (par exemple dans l'écorce par rapport aux ganglions de la hase) et rend même possible la production des hyperhémies circonscrites (fonctionnelles, par exemple, dans la couche corticale). L'écorce cérébrale paraît être spécialement protégée contre les hyperhémies lluxionnaires par ce pliénomène déjà constaté par Schrœder, van der Holk et récemment confirmé par Heubner, qu'une grande partie des artères de la pie-mère se rendent directement dans les veines (réseau vasculaire dérivatif en opposition avec le réseau nutritif de l'écorce cérébrale). Il est alors possible qu'une tempête vasculaire, qui reste inolïensive pour l'écorce, passe à travers cette dernière dans la pie-mère. Le reflux du sang cérébral veineux se fait par les sinus de la dure-mère. Les plus importantes de ces voies sont le sinus transverse qui par le sinus longitudinal reçoit le sang veineux de la surface cérébrale, et le sinus droit qui par la grande veine de Galien évacue le sang des surfaces ventriculaires et en général de l'intérieur du cerveau.
La connaissance des canaux d'évacuation des produits des mutations intraorganiques est d'une grande importance. Ce n'est que tout récemment que les recherches de Rey et Retzius', de Schwalbe- ont fourni les éclaircissements désirés sur les voies lymphatiques du cerveau.
Ou ne peut plus mettre en doute que tout le cerveau est traversé par des espaces lymphatiques, drainé pour ainsi dire, que ceux-ci communiquent entre eux et qu'en outre ils communiquent soit directement soit indirectement avec les espaces lymphatiques des parties voisines.
On peut démontrer la présence des espaces lymphatiques intra-cérébraux aussi bien autour des cellules ganglionnaires qu'autour des vaisseaux (voies plasmatiques périvasculaires ou adventitielles entre l'adventice et la médiane). L'évacuation de ces espaces se fait par des voies lymphatiques qui suivent le même cours que les veines de la pie-mère et qui s'embouchent dans les profondeurs de l'amygdale et dans le tractus lymphatique jugulaire. On a pu établir avec certitude que l'espace subduremérieu qui existe à la face intérieure de la dure-mère, entre celle-ci et la couche extérieure de l'arachnoïde, et que l'espace arachuoïdal qui existe entre l'arachnoïde et la pie-mère sont des espaces lymphatiques épicérébraux.
L'espace subdure-mérien n'a d'autre signification que celle d'un espace capillaire. Il communique par l'intermédiaire des granulations de Pacchioni (appendices du sinus et des veines) avec les veines du sinus et du diploé. L'espace arachuoïdal représente un sac rempli de lymphe et muni d'un système à mailles ; ce dernier fait est du à ce que l'arachnoïde et la duremère sont rattachées légèrement l'une à l'autre par un système réticulaire. A la base du cerveau seulement ces mailles sont très grandes et représentent de véritables kystes (d'après Rey et Retzius.)
L'espace arachnoïdal communiqne avec les ventricules et avec les nerfs
Sliidien zia- Ana/omie des Xerrensi/s/ems. Slokholm, 1875-1878. Archiv. fïii' die f/es(i)ninfe Physiolof/ie, XUI, AIV.
optique et acoustique, et par là en même temps avec le liquide périlymphatique du labyrinthe. L'espace subdure-mérien et l'espace arachuoïdal n'ont entre eux aucune communication directe. Mais quand l'augmentation de pression est considérable, le sérum subarachnoïdal peut passer par filtration dans l'espace subdure-mérien et de là dans le sinus des veines.