SEXE
Des observateurs anciens, comme Esquirol, Haslam et d'autres, ont admis que les femmes sont plus prédisposées aux maladies psychiques que les hommes.
Chez elles, les époques dangereuses de la grossesse, de la puerpéralité et de la ménopause se font sentir; la femme a moins de force de résistance physique et intellectuelle que l'homme; ensuite l'aliénation mentale se transmet par hérédité plutôt à la descendance féminine; ces faits semblent à priori favorables à cette hypothèse.
Ces causes fécondes de folie dans le sexe féminin trouvent cependant un équivalent plus que suffisant dans le sexe masculin par le fait que l'homme est exposé au surmenage de la lutte pour l'existence, soutenue dans la plupart des cas par lui seul et sans aucun concours; parce qu'il se livre à l'abus de l'alcool, aux excès sexuels qui affectent beaucoup plus l'homme que la femme. Si la femme est forcée de soutenir seule la lutte pour l'existence, comme par exemple plus d'une veuve est obligée de le faire, elle succombe plus facilement et plus vite que l'homme.
Il est une cause de folie pour la femme, cause dont il convient de ne pas déprécier l'importance, qui tient à sa position sociale. La femme qui, de par son naturel, a plus besoin de la satisfaction sexuelle que l'homme, du
moins au sens idéal, ne trouve pas d'autre moyen honorable pour la satisfaction de ce besoin que le mariage (Maudsley).
C'est le mariage qui lui procure aussi son seul moyen d'existence. Le caractère de la femme s'est développé dans ce sens à travers de nombreuses générations. Déjà la petite fille joue à la maman avec sa poupée. La vie moderne, avec ses exigences plus grandes, offre de moins en moins de chances pour que cette satisfaction soit donnée par le mariage. Tel est surtout le cas pour les classes supérieures où les mariages sont plus rares et plus tardifs.
Tandis que l'homme, étant le plus fort, se procure sans difficulté des satisfactions sexuelles, grâce à sa plus grande force intellectuelle et physique, à sa position sociale indépendante, ou qu'il trouve facilement un équivalent dans une carrière qui absorbe presque toutes ses forces, tous ces moyens restent inaccessibles à la femme non mariée appartenant au meilleur monde. Cette circonstance la rend mécontente d'elle-même et du monde tout entier; elle se creuse la tête et se livre aux rêveries morbides. Pendant quelque temps elle cherche une compensation dans la religion, mais en vain. L'enthousiasme religieux, avec ou sans masturbation, développe une foule de maladies nerveuses parmi lesquelles l'hystérie et la folie ne sont pas rares.
Voilà ce qui explique la plus grande fréquence de la folie chez les femmes non mariées entre vingt-cinq et trente-cinq ans, c'est-à-dire à la fleur de l'âge, à l'époque où s'épanouissent les espérances de la vie, tandis que chez les hommes la folie se montre plus fréquemment entre trentecinq et cinquante ans, période des plus grandes exigences de la lutte pour la vie.
Des statistiques des maisons d'aliénés il ressort que souvent c'est l'élément féminin qui prédomine. Nous avons déjà indiqué une des raisons de cette prédominance : la mortalité moins grande chez les femmes parce que se produisent plus rarementchez elles lescasidiopathiques, notamment la démence paralytique. Une autre raison est que la folie chez la femme étant en général plus turbulente et se manifestant d'une manière plus indécente que chez l'homme, on se décide plus promptement et plus souvent à amener la femme aliénée dans un asile. Enfin il faut encore tenir compte du fait que le chiffre de la population féminine dépasse un peu celui de la population masculine.
En somme la statistique nous apprend que la fréquence de la folie est à peu près la même dans les deux sexes et qu'elle est plutôt un peu plus grande dans le sexe masculin par suite de l'ivrognerie et de lapins grande mise à contribution de l'activité cérébrale.