EMPRISONNEMENT
C'est un fait établi par la statistique, que l'aliénation mentale est plus
' Nasse, AUg. Zellschr. f. Psych., 27, 30. — Ideler, Ibid., 28. — Schrôter, Ibld., 28. p. 243. — Arndt, IbuL, 30, p. 64. — Lôchner, IbicL, 37. — Frôhlich, Op. cit., p. 308. — JoUy, Ai^ch. f. Psijch., III, p. 442.
* Moriz, Caspers Vierteljahrsschr. 22, p. 297. — Delbriick, Allg. Zeitschr. f. Psych., Il, p. 57. — Gutsch, Ibid., 19, p. 21. — Sauze, Ann. med. psych., 21, p. 28. — Delbrûck, Vierteljahrsschr. f. yer. Med., 1886, avril. — Nicholson, Journal of menf. science, 1873, juillet,
fréquente dans les prisons ^ La cause en est non seulement dans la captivité elle-même, mais essentiellement dans le genre de vie antérieur et dans certaines prédispositions des criminels. Beaucoup de criminels sont atteints au moment de leur incarcération de troubles psychiques qui n'ont pas été reconnus-. Beaucoup ont une tare organique^ ou sont prédisposés à la maladie par leur vie passée dans la misère, l'ignominie, la malpropreté, la débauche, ou par d'autres causes parmi lesquelles la détention n'est qu'un facteur accessoire.
Il est d'autres éléments importants qui se font sentir en dehors de la captivité : la pauvreté, la misère, les scrupules avant l'acte criminel, la peur de ne pas réussir, la terreur d'être découvert et appréhendé au corps, les peines et les tortures de linstruction judiciaire et de la condamnation. Il faut y ajouter les facteurs anti-hygiéniques de la prison (manque d'air frais, de mouvement physique suffisant, de nourriture substantielle, masturbation), combinés avec des facteurs psychiques : le chagrin, les remords, le désir de revoir son pays et sa famille, la discipline trop sévère et en même temps trop souvent bigote de l'établissement qui n'individualise pas et enfin la dureté du traitement.
La plupart des maladies mentales se produisent pendant la première et la seconde année de la détention et, d'après Delbrûck, les cas chez les criminels d'occasion (passionnels) dépassent de 13 p. 100 le nombre des cas chez les criminels professionnels.
Il faut en chercher la cause dans le repentir et les remords des premiers, sentiments complètement émoussés chez les seconds.
Dans les années suivantes de la détention il se produit une certaine accoutumance et un certain équilibre de la vie psychique.
Ou a beaucoup discuté sur l'influence des différentes méthodes dans l'application de la peine (prison cellulaire, prison collective). Autrefois l'isolement, d'après le sévère système pensylvanien, avec le mutisme absolu, la fermeture à toute excitation du monde extérieur, a été sans doute cause de bien des cas d'aliénation mentale; mais si Ion applique la prison cellulaire d'une façon plus humaine, cest-à-dire si l'on tient compte des besoins physiques et intellectuels du condamné, Tefïet qu'elle produit n'est pas plus nuisible que celui de la prison collective, à moins qu'elle favorise l'éclosion d'une affection mentale déjà en voie de formation.
Malgré cela, la prison cellulaire ne convient pas à chaque condamné. Elle est dangereuse pour les gens d'un esprit très borné qui ont besoin des
oct.; 1874, avril, juillet ; 1875, janv., avril (Monographie précieuse des psychopathies des criminels). — Hurel, Ann. med. psi/ch., 1875, mars, mai. — Thomson, Joui'n. of mental science. 1886, oct. — Reich, Allg. Zeitschr. f. Psych., 27. — Bar, Die Gefàngnisse, Strafanstallen iind Strafsystème, Berlin, 1871. — Kôhler, Psychosen iceibllcher Stniflinge, Allgein. Zeitschr. f. Psych., 33, p. 676. — Kirn. Ibid., 37. p. 713.
' Thomson, 1, p. 50 ; Lélut, 1, p. 50 ; Gutsch, 3 p. 100 ; Bar, 1 à 3 p. 100.
' Bar. Op. cit., p. 215.
^ Laycock, Juurn. of mental science, \%&9,, oct. — Brierre, Les fous c/'iminels de l'Angleterre. — Thomson, Joitrn. uf mental science, 1870, octobre.
Stimulants extérieurs, pour les individus orgueilleux, méfiants, taciturnes, excentriques, qui, même dans la vie ordinaire, passent pour ne pas être d'une nature normale, et enfin pour ceux qui prouvent un profond repentir et qui ont de lourds remords (Bar). Les formes de la folie dans les prisons sont les mêmes que dans la vie ordinaire, mais modifiées par les conditions hygiéniques spéciales, sociales et disciplinaires de rétablissement.
Comme formes modifiées dignes d'être remarquées et particulières aux criminels occasionnels, nous devons citer, outre la mélancolie, la démonomanie. la nostalgie d'origine émotive 'remords) et l'hypocondrie (par suite des facteurs anti-hygiéniques de l'établissement), une folie qui se produit surtout dans les prisons cellulaires et qui débute par des hallucinations auditives. Les malades entendent dire qu'ils sont graciés et que leur peine est terminée.
Ils chicanent pour obtenir leur mise en liberté, ils s'imaginent, leur demande n'étant pas accordée, qu'on les détient illégalement. Le délire de la persécution se développe.
Si, au début de leur maladie, on les transfère dans une prison collective, on obtient une guérison rapide, le trouble étant probablement occasionné par la solitude.
Chez les criminels professionnels, pour la plupart affligés d'une tare organique, on rencontre outre l'imbécillité avec instincts impulsifs, outre la moral insanity, l'épilepsie et les états épileptiques ainsi que des formes de folie périodique, assez fréquemment des états d'excitatiou coléreuse ( Zuchthausknall, violence des prisons) avec des explosions de folie furieuse qui se produisent sous l'iufluence de la privation de libcLé et de la discipline de l'établissement, grâce à la grande irritabilité de ces individus tarés.
IL — Causes prédisposantes individuelles.
UEREDITE ^
La cause la plus importante de toutes dans le domaine de l'aliénation mentale c'est la transmissibilité des prédispositions psychopathiques et en général des infirmités cérébrales par la voie héréditaire.
Le fait de l'hérédité des infirmités psychiques et des maladies était déjà connu par Hippocrate. Il n'est, sur ce terrain, qu'un phénomène partiel d'une loi biologique qui joue un grand rôle dans le monde organique et
■ Lucas, Traité philosophique et physiologique de l'hérédité, Paris. 1874. — Morel, Traité des dégénérescences, etc. l'aris, 1857. — Le même, Arch. génér., 1859, sept. — Le même. Traité des maladies 7nen taies, p. 114, 2-58. — Le même, De l'hé/^édité morbide progressive. Arch. gériér., I8fj7. — Jung, Allg. Zeitschr. f. Psych., 21, 23. — Legrand du SauUe, Le trouble mental héréditaire. — Ribol, Lliérédité. — Uagen, Statistiche Untersuchungen, Erlangen, !8T6. — Bullinger, Ueber Vererbung von Krankheiten, 188'2. — Môbius, Zeitschr. f. Psych., 40, p. 228. — Bail et Régis, Uencéphale, 1883.
à laquelle se rattachent même tous les progrès intellectuels de la race humaine.
Eu dehors de la tuberculose il n'y a guère de terrain pathologique sur lequel l'hérédité se fasse aussi puissamment sentir que sur celui des maladies mentales; il n'y a des difïérences d'opinion que sur le chiffre de la fréquence de ce phénomène. Les statistiques (Legrand du Saulle, op. cit., p. 4) varient entre 4 et 9 p. 100 pour les cas héréditaires. Avec une telle latitude et un écart aussi considérable, un facteur déterminant, une loi précise ne peuvent guère être posés. La différence d'évaluation ne peut avoir d'autre cause que la différence avec laquelle les uns et les autres ont établi leurs statistiques.
Il importe beaucoup de savoir dans quelles couches de la société on a puisé les données statistiques. Dans les cercles aristocratiques, dans les groupes fermés au contact du monde, dans les communautés religieuses fermées (juifs, sectaires, quakers) où il y a mariage et sélection entre consanguins, la proportion de l'hérédité est plus grande que dans une population fluctuante. Les points de vue des différents statisticiens sont aussi différents les uns des autres. Certains observateurs n'ont admis l'hérédité que quand on pouvait établir l'aliénation mentale chez les ascendants hérédité directe et homologue). Mais on ne peut pas restreindre à ce point la notion de l'hérédité.
Il faut tenir compte de trois faits :
1° Atavisme. — L'organisation et les particularités physiques et intellectuelles peuvent se transmettre de la première à la troisième génération, sans que la seconde, qui est intercalée, présente les stigmates de la première; partant, les conditions dévie et de santé des grands parents nous intéressent.
2° Ce n'est que dans des cas rares que la véritable maladie est transmise par la voie héréditaire (folie congénitale, syphilis héréditaire); la règle est que le procréateur ne transmet que la prédisposition à la maladie. La véritable maladie ne se déclare que lorsque, sur la base de la prédisposition, des causes adjuvantes se font sentir.
Nous devons donc placer en ligne de compte l'état de santé des consanguins (oncles, tantes, cousins, cousines) et, comme là aussi la loi de l'atavisme existe, les maladies éventuelles des grands-oncles et des grandes-tantës.
3° Ce n'est qu'exceptionnellement qu'une seule et même maladie se développe chez l'ascendant et chez le descendant par la transmission héréditaire des prédispositions morbides. Au contraire il existe une remarquable transformation des types morbides qu'on pourrait presque considérer comme une loi (loi du polymorphisme ou de transmutation).
Les transmutations sont innombrables. Les névroses et les psychoses les plus variées se rencontrent dans les familles héréditairement tarées, simultanément aussi bien que consécutivement à travers les générations, et elles nous apprennent qu'au point de vue biologico-éliologique elles ne sont que les branches d'un même arbre pathologique.
Le fait de la transformation des maladies transmises par hérédité nous
porte à examiner avec soin à quelles formes et à quelles manifestations de la vie nerveuse morbide se rattache la transmissibilité héréditaire d'après son mode d'apparition directe ou modifiée.
a). Il n'y a pas de doute sous ce rapport quand les psychoses existent chez les ascendants et les descendants (hérédité homologue). Dans certains de ces cas la psychose garde dans les deux générations la même forme et se déclare à la suite des mêmes causes occasionnelles, comme la puerpéralité (hérédité uniforme).
,8). Un phénomène équivalent et que l'on peut ranger dans cette catégorie, c'est le suicide^ chez plusieurs générations, c'est-à-dire la prédisposition au suicide, qui est presque toujours due à une mélancolie ou à une constitution névropathique cjui n'arrive pas à s'orienter dans les situations embarrassantes de la vie. Les cas de suicide sont surtout probants quand l'ascendant et le descendant se suicident au même âge et dans des circonstances analogues. Il existe même des tableaux généalogiques de familles tarées entièrement éteintes par le suicide -.
y). L'influence héréditaire des névropathies constitutionnelles, qu'elles consistent seulement en migraines habituelles ou en hystérie, en neurasthénie ou épilepsie ^ ne peut pas être mise en doute non plus.
Le facteur héréditaire préjudiciable peut se manifester chez les descendants sous forme d'une simple constitution névropathique, ou par la production de névroses, ou aussi par des psychoses qui vont jusqu'à l'idiotie, la forme la plus grave de la dégénérescence héréditaire.
5). L'influence héréditaire, comme prédisposition à la folie chez les natures pathologiques, a été constatée et établie comme un fait certain.
Certains exaltés, esprits faux et excentriques, originaux, hypocondriaques, ont non seulement des ascendants et des collatéraux atteints de maladies nerveuses et psychiques, mais aussi des descendants névropathes fous et même idiots.
Ces êtres étranges qui, pour la plupart, dès leur enfance, sentent pensent et agissent autrement que les autres hommes, sont en danger continuel de verser dans la folie ; ce sont des candidats pour une forme de folie dégénérative par excellence, la paranoïa qui sévit aussi parmi leur descendance d'une façon toute particulière.
z). Enfin le crime et le vice^ sant en corrélation héréditaire avec la folie;
' Tigges, Viet'teljahrsscl'.r. f. Psychialrie, 1868, n"' 3, 4, p. 334.
' Morel, Traité des mal. méd., p. 404. — Ribot, p. J47. — Lucas, II, 780. Ann. méd. psych., 1844, mai, p. 389.
^-Trousseau, Clinique méd. — Moreau a trouvé que pour 364 épileptiques il y avait des consanguins : épileptiques. 62; hystériques, 17 ; apoplectiques, 37; fous, 38. 195 fois il y avait eu des convulsions, de la phtisie, de la scrofulose, de l'éclampsie. de Fasthme, de l'ivrognerie, etc., chez les parents et les consanguins.— Martin, .4«?). ;»eV/.73s.//c/h, 1878, nov., démontre que les enfants d'épileptiques meurent en grand nombre de convulsions.
M\oller, Allg. Zeifschr. f. Psych., I, p. 616. — Heinrich, Idld., 5. p. 538. — Solbrig, Verbrechen und Wahnsinn, 1867. — Legrand du SauUe, Ann. d'hygiène, 1868, oct. — Despine, Etude sur les facultés intellect, et morales, Paris, 1868. — Layeock, Journ. of mental science, 1868. — Brierre, Les fous criminels de l'Anç/lelerz-e. — Thomson, Journal of mental science, 1870. Voir la littérature dans la folie morale.
cela ressort du fait que la maladie mentale et la dégénérescence nerveuse se rencontrent très fréquemment chez les criminels professionnels, chez leurs consanguins, leurs ascendants et leurs descendants. Le crime, comme phénomène de dégénérescence morale, et la folie, comme phénomène de dégénérescence organique, nen restent pas moins deux choses opposées. Leur point de contact est uniquement celui-ci : que l'aliénation mentale peut aussi se présenter sous la forme clinique de la dépravation morale et que par erreur on la considère souvent comme telle.
L'ivrognerie' aussi doit être classée parmi les éléments qui chargent héréditairement l'individu. Dans ce cas on rencontre rarement une hérédité homologue, mais ordinairement une hérédité hétérogène, les ascendants dégénérés par excès alcooliques donnant la vie à des enfants qui viennent au monde idiots, hydrocéphales ou avec une constitution névropathique, qui périssent très tôt de convulsions, tandis que, chez les survivants, la constitution morbide des centres nerveux produit l'épilepsie, l'hystérie, Taliénation mentale et précisément les formes les plus graves de la dégénérescence psychique.
Ainsi Marcé nous rapporte le cas d'un ivrogne qui a procréé seize enfants. Quinze ont péri très tôt, le seul qui est resté vivant était épileptique. D'après Darwin les familles d'ivrognes s'éteignent à la quatrième génération. D'après Morel la marche de la dégénérescence est la suivante :
F" Génération. Dépravation morale, excès alcooliques; IP — Ivrognerie, accès maniaques, paralysie générale ;
IIP — Hypocondrie, mélancolie, tcedium vitae, impulsion à l'as-
sassinat; IV® — Imbécillité, idiotie, extinction de la famille.
Un fait surprenant, mais démontré par les recherches de Flemming, Ruer, Demeaux, c'est que même les enfants de parents ordinairement sobres sont fortement prédisposés à l'aliénation mentale et aux maladies nerveuses en général si leur procréation a coïncidé avec l'heure fatale de l'ivresse. Cette funeste influence d'interférence peut se faire sentir même dès la naissance sous forme d'imbécillité et d'idiotie congénitales.
Griesinger a appelé l'attention sur le fait que la génialité - est quelquefois combinée avec l'idiotie héréditaire. Moreau a même été jusqu'à déclarer que la génialité est une névrose. Il est hors de doute que les hommes de génie ont souvent des parents et des alliés aliénés ou défectueux psychiquement (la grand'mère et un oncle de Schopenhauer étaient
' Comparez l'excellent travail deTaguet, Sur les conséquences Jiérédi/aires de l'alcoolisme. Ann. inéd. Psych., 1877, juillet. — More!, Traité des déf/énérescences, p. [ti6. — Jung. Allg. Zeilschr. f. psych., 21, p. 535, 626. — Bar, Al/wholismus, 1878, p. 360.
- Comparez Ilagen, L'eber Verwandtschaft des Génie mit dem Ir resein. Allrj. Zeitsclir. f. Psych., 33, fasc. 5 et 6. — Maudsley, p. 309. — Moreau, Psychologie morbide, 1859. — Radenstock, Génie und Wahnsinn, Breslau, 1884.
idiots) et qu'eux-mêmes ils procréent des enfants faibles d'esprit et même idiots. Il semble que l'organisation plus élevée et plus affinée des éléments nerveux arrive à un développement supérieur quand il y a interférence de conditions favorables, et à la dégénérescence psychique quand les conditions sont défavorables.
Une question* fort discutée encore est celle de savoir si la parenté consanguine trop proche doit être considérée comme un facteur de dégénérescence héréditaire. Les expériences des éleveurs de bétail qui, il est vrai, ne prennent pour leur sélection que des animaux sans défauts, ainsi que les arbres généalogiques de la dynastie des Ptolémées, plaident contre cette théorie. 11 est possible que la parenté consanguine reste longtemps sans influence tant que les individus qui s'accouplent sont indemnes d'éléments dégénératifs. Dans le cas contraire, une dégénérescence rapide se produira certainement.
D'après les recherches de Boudin les mariages entre consanguins ont souvent pour conséquences : la stérilité, les fausses-couches, des descendants névropathes d'une petite vitalité et de constitution lymphatique, la scrofulose, la tuberculose; puis des monstruosités (doigts et orteils en trop, spina bifida, pied bot, bec-de-lièvre, etc.), l'albinisme (qu'on peut produire par voie expérimentale chez les animaux en accouplant sans cesse des consanguins;, la rétinite pigmentaire (Liebreich). la surdi-mutité et celle-ci est en rapport avec le degré de la parenté consanguine. Si le risque de créer un enfant sourd-muet dans les mariages ordinaires est désigné par le chiffre 1, cette probabilité monte au chiffre 18 dans les mariages entre cousins, à 37 dans les mariages entre oncle et nièce et à 70 dans les mariages entre neveu et tante, tandis que la transmission directe de la surdi-mutité par hérédité est très rare (Ménière). Souvent aussi il existe chez les issus de mariages entre consanguins des maladies mentales i Esquirol) et des épilepsies (Trousseau .
Enfin on ne peut mettre en doute que tout ce qui affaiblit le système nerveux et la force de procréation du générateur, que ce soit l'âge trop précoce ou trop avancé, des maladies épuisantes antérieures (typhus, syphilis, tuberculose), des cures mercurielles, des excès d'alcool ou des excès sexuels, le surmenage, etc., peut produire une constitution névropathique et indirectement toutes sortes de maladies nerveuses chez les descendants.
L'importance de l'hérédité en psychiatrie apparaît bien nettement quand on suit à travers les générations le sort des familles atteintes de maladies psychiques -.
* Darwin, Mariages consanguins, traduc. allemande de Velde, 1875. — Devay, Du danger des mariages consanguins, Paris, 1857. — Boudin, Ann. d'hyg., 2<^ sér., XVIII, p. 42. — Mitchell, id., 1865; AUg. Zeitschrift f. Psych., 1850, p. 359. — Bauregard, A)in. d'hyg., 1862, p. 226.
= Comparer les tableaux intéressants de Bird, AUg. Zeifsch. f. Psychiat., 7, p. 227. — Taguet, Ann. méd. psych., 1877, juillet. — Doutrebende, Ibid.., 1869, sept., nov. {Schtnid's Jahrh., 145, 3).
Le tableau généalogique ci-dessous pris dans mes observations personnelles pourrait nous en fournir un exemple bien frappant :
["génération
5e GÉNÉRATION
l" fille, sort inconnu.
^ 2" fille, aliénée.
/ y fils, manie-démen-
l'e fille, aliénée.
Néant.
Néant.
ce.
2" fille, saine.
7 enfants sains.
1" fils, aliéné, suicide.
\ 2e fille, imbécile.
j 3" fille, folie périodique.
Néant.
' Fille, en- Père aliènéA fant unique, ' atteinte d'a-
l 3<= fille, aliénée.
Néant.
Néant.
Mère saine./ liénation ^ mentale.
1 4e fille, saine.
f 5° fils, aliéné.
2 fils, sort inconnu.
Néant.
Néant.
> l"fils, sain.
6e fils, aliéné.
' 'J fils, aliéné.
r 3e fille, saine.
Néant.
Fille aliénée
7e fils, sain.
3 enfants sains.
\ 8" fils, sain.
5 enfants sains.
x\iusi sur ces 37 individus issus d'ancêtres aliénés, il y en a 13 atteints de maladies mentales et 24 sains (?); cependant on ne possède sur quelques individus des deux dernières générations aucun renseignement et d'autres sont encore très jeunes.
Un coup d'œil rétrospectif sur tous les faits que nous venons de citer nous montre l'aliénation mentale comme un phénomène de dégénérescence dont les causes doivent être cherchées dans des prédispositions morbides congénitales et transmises par le germe générateur, expression d'états cérébraux morbides hérités par l'ascendance, ou dans des lésions de l'existence cérébrale individuelle contractées pendant la vie.
La prédisposition morbide, l'infirmité ou la véritable maladie, engendrées par un de ces facteurs, montrent, suivant la loi biologique de l'hérédité, une tendance très prononcée à se transmettre sous une forme quelconque à la descendance.
Le mode de transformation par la voie de la transmission héréditaire, la forme spéciale de l'infirmité nerveuse ou psychique, dépendent de circonstances individuelles ou extérieures, et souvent accidentelles. Ici la science n'est pas encore arrivée à pouvoir formuler une loi.
En général on peut seulement dire que si deux individus tarés se réunissent pour procréer ou si à la constitution défavorables d'un des générateurs s'ajoutent des conditions défavorables interférentes (ivrognerie, influences débilitantes, etc. ), la tare de la descendance devient de plus en plus lourde par la transmission continuelle des éléments psychopathiques dégénératifs, la dégénérescence arrive progressivement au degré le plus grave. Alors les névropathies font naître les psychoses qui, au début, sont encore assez bénignes et conformes au type des psycho-névroses, mais qui deviennent de plus en plus dégénératives (folie circulaire, périodique, morale, impulsive; jusqu'à ce que finalement se produise l'idiotisme. Alors
la nature procède à l'extinction de la famille pathologique qui perd la faculté physiologique de se reproduire.
Par contre, à un certain degré, uue régénération est encore possible par le croisement avec le sang sain d'une famille indemne, par l'interférence de conditions d'existence favorables. Les formes de la maladie deviennnent alors de plus en plus bénignes, et si l'on continue le croisement, le gerrne dégénératif peut disparaître tout à fait.
Une prédisposition congénitale peut d'ailleurs se produire sans aucune influence héréditaire. Ainsi, par exemple, les anomalies de la forme du crâne et du développement cérébral peuvent être la conséquence d'un rachitisme du bassin chez la mère (Zuckerkandl); la dégénérescence cérébrale peut être causée par des maladies cérébrales fœtales (porencéphalie) par des traumatismes, peut-être aussi par de vives émotions de la mère pendant la grossesse, par l'âge trop précoce ou trop avancé des générateurs (Emminghaus, Op. cit., p. 323).
La question intéressante de savoir s'il existe une folie héréditaire comme forme clinique, n'est pas résolue, bien que Morel y ait répondu par l'affirmative ^
En ce qui concerne cette question il faut insister sur la différence qui existe entre la simple prédisposition héréditaire (prédisposition latente) et la tare héréditaire, c'est-à-dire le cas où le facteur héréditaire intervient d'une manière déterminante dans le développement physique et intellectuel de l'individu.
La folie dans le cas de simple prédisposition héréditaire ne diffère des cas non héréditaires que par sa manifestation dans le jeune âge, par son explosion à la suite de causes accidentelles et souvent futiles, par la manière brusque de l'explosion et par la rapidité de la terminaison ainsi que par le pronostic plus favorable.
Dans les degrés de transition de la folie héréditaire dégénérative, les formes deviennent plus graves, plus organic|ues, et certains caractères de la dégénérescence (stupeur, actes impulsifs, périodicité), se manifestent.