INTERVENTIONS OPÉRATOIRES
Outre les psychoses qu'on a constatées à la suite des opérations sur les yeux, on en a encore observé souvent, après d'autres interventions opératoires, surtout à la suite des castrations. La pathogénie en est variée. Outre la constitution névropathique et la névrose qui agissent comme causes prédisposantes, la névrose pouvant dans ce cas être ou indépendante ou en corrélation avec la maladie qui a nécessité l'opération, il faut encore considérer comme très importants : l'agitation psychique qui souvent précède et accompagne lintervention opératoire, le choc mécanique et la perte de sang amenés par l'opération, l'influence de la chloroformisation, l'effet toxique de certains produits (iodoforme) pendant le traitement ultérieur, et enfin, quand il s'agit de castration, la ménopause produite brusquement par cette mutilation.
Les psychoses qui se déclarent après les opérations sont pour la plupart précoces et transitoires. Les états maniaques sont de beaucoup les plus fréquents (Gucci'.Le pronostic est douteux. Un autre groupe est représenté par les cas de folie aiguë qui sont évidemment la manifestation d'une intoxication par l'iodoforme, ou à la suite de la narcose chloroformique (Savage.)
Les psychoses qui se manifestent après la castration chez les femmes ^ et qu'on pourrait considérer comme des psychoses de la ménopause arti-
* Gucci, Rivista sperunentale, XV, XVI. — Dent, Journ. of mental science, 1889, avril. — Savage, British. mecl. Journ., 1887, n° 1405.
= Gliivecke, Ârchiv. f. GynàcoL, XXXV, 1. — "Werth, Zeitschr. f. Psychiatrie, XLV, 1 et 2. — Kreutzman, ^ew-Yorker med. Monatschr., t. I, n" 2. Gaillard, New-York mecl, Journ., 1889, 25 mai. — Dufournier, A}'ch. génér. de méd., 1889, déc. — 111, Pittsburcj. med. Journ., 1888, janv.
ficielle, sont les mieux connues et assurément les plus importantes. L'immense majorité consiste en états mélancoliques. Parfois on cite aussi des manies aiguës (Gaillard).
Des cas cités par Gucci {Op. cit.) et par Weiss {Wien. med. Press, 1890, 22) nous apprennent que chez l'homme aussi la mélancolie peut se produire après la castration.
Wunderlich (Patliol, 2'' édit., p. 1329) décrit comme délire traumatique ou nerveux une folie transitoire qui se produit quelquefois à la suite des opérations douloureuses, des panaris, etc. Elle éclate du premier au troisième jour après l'opération ou la lésion. Le blessé devient bavard, agité. Après une nuit sans sommeil ou troublée par des songes, les yeux deviennent luisants, la face rouge, les idées confuses. L'agitation augmente, le malade ne sent plus de douleur, commence à s'exciter, à chanter, à crier et à arracher ses bandages. Le pouls est calme ; il n'y a pas de fièvre. Au bout de quelques jours le malade tombe dans un profond sommeil dont il se réveille avec un esprit lucide et sans souvenir de ce qui s'est passé. Parfois il y a aussi mort par épuisement le troisième ou le sixième jour au plus tard.
NÉVROSES GÉiNÉRALES
Souvent on observe du délire comme phénomène accessoire ou comme conséquence des névroses générales.
ChoréeK — On trouve presque régulièrement des troubles psychiques élémentaires (irritabilité, apathie, paresse intellectuelle, manque de mémoire, distraction), souvent des hallucinations visuelles, parfois même des états psychiques complets (manie, mélancolie active, délire de persécution démonomaniaque) qu'on pourrait considérer comme des psychoses d'inanition par épuisement dû aux mouvements désordonnés et à la privation de sommeil.
Les observations prouvent qu'il existe aussi des psychoses dans la maladie de Basedow^, psychoses d'ailleurs rares.
Dans uu travail remarquable Hirschl a réuni les observations (43; qui depuis 1862 ont été rapportées dans les publications médicales sur les troubles mentaux dans la maladie de Basedow, et il a enrichi la science de ses observations personnelles.
L'auteur trouve que les causes communes de ces deux maladies combinées sont : la tare héréditaire et le trauma psychique.
Le substratum anatomique de la psychose est probablement l'hyperhémie cérébrale par dilatation vasculaire dans l'oblongata. Après avoir éliminé les cas dont la corrélation étiologique avec la maladie de Basedow était fort douteuse (délire alcoolique, folie du doute, délire hystéropathique
' Leidesdorf, Vievteljahrssch)'. f. Psych.,l, 309. — Meyer. Ibid., 535. — Steinen, Antheil der Psyché am KrankheUsbild der Chorea. Strasbourg, 1875. - Hirschl, Jahrbilcher f. Pà-ychiatrte. Vienne, 1873.
et délire fébrile, folie hallucinatoire, démence paralytique), on rencontre en majorité des états maniaques et beaucoup plus rarement mélancoliques avec angoisse très prononcée. Les états maniaques répondent aux formes dégénératives et vont de pair avec un caractère très irritable. Le pronostic est défavorable. Sur 49 cas de psychoses dans la maladie de Basedow il n'y a eu que 6 guérisons; 18 cas ont été mortels.
Comme anomalie élémentaire et presque typique de la psychose dans la maladie de Basedow, Hirschl a trouvé une gaité et une irritabilité morbides. Dans les cas avancés cet état psychique répondait à un état intermédiaire entre la santé et l'exaltation maniaque à base dégénérative.
Bail a observé une fréquence remarquable des troubles mentaux dans la paralysie agitante ',
Outre la débilité psychique bien connue, qui habituellement se manifeste au cours de la maladie et qui pourrait bien être le phénomène d'un senium prématuré, Bail a trouvé chez la majorité de ses malades des anomalies psychiques élémentaires (irritabilité), souvent aussi des psychoses (la mélancolie avec hallucinations et impulsions au suicide prédominait) pour la plupart intermittentes et coïncidant avec des exacerbations de la névrose motrice.
Parent.(4wi. ivéd. psijchot., 1863, juillet) décrit un cas qui faitl'impression d'une démence sénile avec états périodiques d'agitation hallucinatoire. Il paraît que dans ces cas géuéralement le senium précoce joue au point de vue étiologique le rôle le plus important.
Des psychoses tantôt transitoires, tantôt permanentes et terminales, se rencontrent très souvent dans Vhystérie et dans V hypocondrie, Dans ces cas on peut presque toujours démontrer l'existence d'une tare héréditaire et la psychose finale constitue alors la solution d'un processus morbide constitutionnel et qui s'étend progressivement aux centres les plus éloignés.
Epilepsie -. — Ce n'est que rarement que l'épileptique reste toute sa vie indemne de troubles psychiques. En dehors des troubles réguliers, élémentaires et souvent transitoires de la vie intellectuelle, l'activité intellectuelle subit souvent (61 p. 100 des cas, d'après Russel Reynolds) un trouble profond et durable, généralement progressif (dégénérescence psychique), étant donné que le caractère et la sphère éthique en souffrent d'abord et l'intelligence ensuite. Cette atteinte peut aller jusqu'à l'idiotie la plus profonde.
La cause de l'aliénation mentale dans l'épilepsie n'est pas connue. Il faut chercher la cause principale dans les troubles cérébraux, congénitaux ou acquis, qui sont la base de l'épilepsie et qui, par leurs progrès, amènent dans leur sphère d'influence l'organe psychique.
Les troubles de la circulation produits par les accès épileptiques ont beaucoup moins d'importance, ce qui ressort déjà de ce fait que la forme vertigineuse de l'épilepsie est plus funeste à l'intégrité de la vie intellectuelle que la forme convulsive.
1 An7i. méd. psych., 1881, sept. ; et VEncéphale, 1882, mars.
2 Russel Reynolds, VÉpilepsie, édition allemande de Reigel, 1865, p. 43, avec citation des ouvrages spéciaux. — Trousseau, Clinique médicale.
L'épilepsie congénitale et celle qui se déclare avant la puberté entravent non seulement le développement cérébral, mais elles mènent aussi, au cours de la vie, à l'imbécillité. La violence des accès paraît être moins dangereuse pour l'intégrité de la vie psychique que la grande fréquence de ces accès. Les individus du sexe féminin sont plus menacés dans leur intégrité que ceux du sexe masculin.